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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 23:32

2012

 

« Si j’étais à votre place, vous investisseur ou chef d’entreprise européen ou, tout simplement, étranger à la Côte d’Ivoire, j’aurais hésité à effectuer ce déplacement, tant l’image que donnent de nombreux media de notre pays est peu rassurante.

Parce que selon tous les indicateurs, selon de nombreux spécialistes et experts en Economie, selon de grands cabinets internationaux, selon les média les plus pointus qui écrivent sur l’Afrique, investir dans un pays qui va de crise aiguë en crise aiguë depuis 15 ans, est particulièrement risqué. Mettre de l’argent dans un pays dont la presse ne parle que du climat d’insécurité qui y règne n’est pas très conseillé.

Comment puis-je avoir confiance dans un pays dans lequel les commissariats, les casernes et les postes de polices sont régulièrement attaqués ?

Un pays où régulièrement les journaux font état de complots de déstabilisation déjoués par les autorités ?

Et pourtant, malgré ces tableaux alarmistes, la Côte d’Ivoire est de retour.

Aux questions que certains d’entre vous et pas des moindres se posent logiquement, vous permettrez que je réponde par des interrogations :

Comment, malgré plus de 10 années de crise politico-militaire, bon nombre d’investissements dans cette période de forte instabilité se sont avérés judicieux car ayant générés de bons revenus et produit de bons résultats. Tels, le secteur de la banque (le nombre d’établissements financiers est passé de 18 en 2004 à 24 en 2012), le secteur de l’assurance (1er de la zone CIMA avec une croissance moyenne de 6,6% par an depuis 2004) ainsi que le secteur des TIC pour ne citer que ceux-là.

Comment ; malgré cette instabilité chronique en Côte d’Ivoire, ce pays a pu maintenir sa position de premier producteur de cacao au monde ; a pu se hisser au rang de troisième producteur et 1er exportateur mondial d’anacarde et de sixième producteurs d’hévéa.

Enfin, comment ce pays-là a-t-il pu conserver sa position de leader de la zone UEMOA ?

Un seul mot en guise de réponse : la résilience de l’économie ivoirienne.

Cette résilience, qui permet à l’économie ivoirienne de repartir vigoureusement après chaque grave crise sociopolitique :

- 2,5 point de croissance dès 2001 après la crise de 1999

- 3,6 point de croissance après la crise de 2004

- 8,5 points de croissance en 2012 après la crise postélectorale.

C’est cette même résilience de l’économie ivoirienne qui a permis à son secteur privé de redémarrer ses activités dans un délai enviable, alors qu’il fut très ébranlé par la crise poste électorale. En effet, 1954 entreprises ont été crées en 2011, et 1069 au premier trimestre de l’année 2012.

Certes, certains analystes économiques essaieront d’expliquer cette résilience par des arguments rationnels. Mais pour nous hommes d’affaires, cette économie a ce petit quelque chose d’inexplicable qui fait sa force.

Mesdames et Messieurs, en me basant sur ses faits concrets que je viens de mentionner, je ne me pose plus de questions, je laisse tomber toutes les analyses des experts mondiaux en investissement qui insistent sur le risque pays, et je dis, j’y vais.

J’y vais, comme le Groupe NSIA, qui de l’assurance en Côte d’Ivoire, s’est installé dans 11 pays africains incluant le Nigéria. Ce même groupe qui a étendu ses activités à la banque en faisant l’acquisition de la BIAO en 2007. De cette acquisition dont notre groupe en est fier, les performances de la BIAO lui ont permis de passer de la 6ème place en 2007 à la 3ème en 2011 pendant cette période de crise.

Je laisse tomber toutes les grandes théories des Cabinets en stratégie et j’y vais, comme le Groupe OLAM l’a fait, en s’alliant, entre autres, au Groupe SIFCA de mon jeune frère et (désormais) non moins ministre Jean Louis Billon.

J’y vais, comme le Groupe Bolloré qui, avec sa filiale Bolloré Africa Logistique a investi dans le Port à conteneurs d’Abidjan plusieurs dizaines de millions d’€uros, consolidant ses positions et multipliant son chiffre d’affaires et ses résultats pendant cette période.

J’y vais comme Petro Ivoire, un groupe ivoirien de distribution de produits pétroliers qui s’est consolidé et a étendu ses activités dans le Gaz, y réalisant un des investissements les plus importants de ces dernières années.

J’y vais comme ces grandes sociétés de téléphonie mobile qui rivalisent d’investissement et d’innovation, mettant la modernité à la portée des masses populaires ivoiriennes.

J’y vais comme les Groupes Marocains qui investissent massivement depuis quelque temps en Côté d’Ivoire. Et ils n’ont pas tord.

Tout cela pour vous donner quelques exemples concrets, car ils sont nombreux, les investisseurs qui ont réussi pendant cette période de crise ou qui reviennent s’installer en Côte d’ivoire.

Aujourd’hui, j’avais juste envie de partager avec vous mon intuition d’homme d’affaires qui croit très fort que la Côte d’Ivoire est le pays où il faut investir, et investir maintenant. Car vous investirez dans un pays à forte rentabilité, leader de la sous-région et hub d’un marché de 300 millions de consommateurs (CEDEAO).

Croyez moi et soyez en sûr, si les entreprises ivoiriennes que j’ai l’honneur de représenter, avait la capacité d’absorber seules tout le flux financier qui va circuler en Côte d’Ivoire ces prochaines années, je n’aurais pas été devant vous aujourd’hui afin de vous recommander vivement de venir investir en Côte d’Ivoire. Comme on dit chez nous, on aurait mangé seul cet argent.

Et au delà de ces éléments très concrets qui illustrent l’opportunité que représente la Côte d’Ivoire, je dois mentionner d’autres aspects qui viennent améliorer le climat des affaires depuis plus d’une année maintenant.

Nous amorçons un tournant décisif dans l’histoire économique de la Côte d’Ivoire avec pour la 1ère fois, une convergence de vue, une vision d’avenir partagée entre les pouvoirs publics et le secteur privé. Avec le Plan National de Développement élaboré par le Gouvernement qui vient rencontrer celui, à plus long terme (le plan stratégique Côte d’Ivoire 2040), défini et adopté par le Patronat, et mis à la disposition des autorités. Désormais le cap est fixé et notre pays sait dans quelle direction il doit se diriger. Comment et à quel rythme il doit construire son développement.

Par ailleurs, de nombreux signes lancés par le Gouvernement, ont considérablement amélioré le cadre des affaires depuis quelques temps :

- Je pense notamment au guichet unique récemment mis en place qui simplifie considérablement la procédure administrative de création d’entreprise.

Ainsi en 48 heures, vous pouvez maintenant boucler toute la procédure de création de votre entreprise.

- Je pense, également, est c’est très important, vous le savez, à la création d’un tribunal de commerce qui gère désormais les litiges entre entreprises.

- Autre mesure, et, c’est un signal notable, une incitation à travailler pour créer de la richesse, la baisse substantielle du B.I.C qui est passé de 35% à 25%.

Vous m’en voudrez, et c’est normal, si je termine mon intervention sans dire un mot de la corruption.

Nous, hommes d’affaires ivoiriens partageons le même sentiment sur la question; à savoir que la corruption est de moins en moins flagrante dans notre pays. Et les signaux que nos gouvernants nous envoient tendent à nous convaincre de ce que leur volonté de lutter contre ce fléau est réelle.

La presse s’est largement faite l’écho de l’effort d’assainissement dans la justice, notamment avec la suspension de quatre (04) hauts Magistrats dans notre pays. Une mesure forte qui contribue à rassurer à la fois l’investisseur, et le justiciable. Nous avons donc la conviction que de moins en moins, en Côte d’Ivoire, la corruption sera un frein à la rentabilité et à la prospérité des entreprises.

Venez donc, et nous ferons ensemble de bonnes affaires. Vous y trouverez sur place, des partenaires compétents et intègres ; des partenaires ayant la maîtrise de l’environnement des affaires en Côte d’Ivoire et qui savent évoluer pour s’adapter à un climat des affaires en pleine mutation.

Vous trouverez également une main d’œuvre de qualité, disponible et abondante.

Le temps de la Côte d’Ivoire est venu. Et nous vous invitons à être présents au moment où cela se passe. Parce que c’est maintenant que cela se passe. Demain, il sera trop tard.

Je vous remercie. »

 

Jean Kacou Diagou, Président de la CGECI

Source : Banque Mondiale 5 décembre 2012 

 

 

Le discours du président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), Jean Kacou Diagou, lors de la réunion du Groupe Consultatif pour le Financement du PND 2012-2015, que la presse a diffusé sous le titre : "Investir en Côte d’Ivoire ? J’y vais !", et que nous avons reproduit ci-dessus, est une véritable invitation au pillage des ressources de la Côte d’Ivoire. Ces gens se croient revenus au beau temps du prétendu « miracle ivoirien » des années 1960-1970, quand, toute l’intelligentsia ivoirienne étant embastillée ou paralysée par la terreur, les fameux bailleurs de fonds faisaient des fortunes faciles sur le dos des Ivoiriens, avec la complicité d’Houphouët et ses ministres des Finances successifs, dont un certain Bédié…, celui-là même qui joue à présent les eunuques en chef au service des Ouattara. A cette époque-là, ce n’étaient pas des Ivoiriens, mais des chroniqueurs de la presse colonialiste qui se chargeaient de faire la réclame. Voici, par exemple, ce que cela donnait sous la plume d’un Pierre Biarnès, alors le correspondant du Monde pour la sous-région, basé à Dakar.

En 1963, il voyait « l’économie ivoirienne en pleine expansion », et il ne semblait pas douter qu’elle maintiendrait indéfiniment cette allure.

Vingt ans plus tard, en 1982, changement de ton : il n’est plus question de miracle, mais d’« un modèle à l’épreuve »...

M.A

 

1963

 

L'économie de la Côte d'Ivoire est en nette expansion

de notre envoyé spécial Pierre Biarnès – Le Monde du 18 décembre 1963

 

« "SONAFI 8 % 1933". Cette affiche jaune, en lettres rouges et noires, reproduite à des centaines d'exemplaires, attire l'attention dés que l'on quitte l'aérodrome d'Abidjan. Pour l'étranger informé des menées subversives qui ont été découvertes M en janvier et en août, et dans lesquelles sont impliquées plusieurs dizaines de personnalités politiques, cet appel à l'épargne, lancé par une société d'Etat avec la garantie de l’Etat, apparaît de prime abord comme un défi.

Quelques Jours passés à interroger les responsables, tant ivoiriens qu'étrangers, dés différents secteurs d’activité du pays ment du contraire : ce pari de la Côte d’Ivoire et de son gouvernement sur la confiance qu'ils estiment l'un et l'autre continuer à inspirer n'a rien de téméraire.

Quelques chiffres suffisent à témoigner de la poursuite de l’expansion économique et confirment l'impression de prospérité que l'on ressent, immédiatement, en parcourant la capitale ivoirienne, où s’élèvent chaque mois de nouveaux immeubles, hôtels ou édifices publics, le disputant en luxe et en confort à ce que l'on fait de mieux actuellement dans le monde.

Au 31 octobre 1963, les recettes douanières s'élevaient à 18090 millions de francs CFA contre 15364 millions en 1962, soit une progression de 2726 millions de francs CFA.

Le trafic du port d'Abidjan au cours des neuf premiers mois 1963 s'élevait à 2182845 tonnes contre 1844746 tonnes en 1962, soit une progression de 300 000 tonnes, dont 260000 tonnes à l'exportation et 78 000 tonnes à l'importation.

De leur côté, les récoltes de café et de cacao qui viennent de s'achever ont atteint des chiffres records : 184 800 tonnes pour le café et 100000 tonnes pour le cacao. Selon les prévisions pour les nouvelles campagnes ouvertes officiellement le 28 septembre 1963, ces chiffres seraient dépassés, tout au moins en ce qui concerne le café. On est en effet généralement moins optimiste actuellement en ce qui concerne le cacao, par suite de l'abondance des pluies. Quoi qu'il en soit, l'augmentation des prix à l’intérieur du pays, résultant de nouvelle» conditions de commercialisation, ainsi que l'augmentation probable des tonnages devrait entraîner normalement un accroissement de l'activité du commerce général et des industries naissantes en Côte d'Ivoire.

Quant à la balance commerciale, dont l’excédent était de 5 milliards de francs C.FA. en 1961 et avait atteint 10 milliards en 1962, soit un doublement, elle se soldait par un excédent de 12 milliards à l’issue des huit premiers mois de l'année en cours.

Ces résultats remarquables sont ceux d’une politique économique réaliste, de caractère libéral, poursuivie par M. Houphouët-Boigny et son ministre des finances, M. Raphaël Saller.

La Côte d'Ivoire possède au surplus d'importants atouts d'ordre géographique qui expliquent, eux aussi, l'expansion actuelle et qui sont peut-être bien la cause profonde du maintien de la confiance des investisseurs étrangers, par-delà certains risques d'agitation politique : diversité des zones climatiques et des sols, et situation d'ensemble dans la zone tropicale humide qui favorise la diversification, déjà grande, des cultures ; position côtière, qui permet une moins coûteuse mise en exploitation que dans les pays de l'intérieur ; plus grand pouvoir d'achat des masses rurales.

Deux chiffres résument au reste à eux seuls cette expansion et ce maintien de la confiance : en 1959, à peine 10000 français résidaient en Côte d’Ivoire ; en 1963, ils dépassent le nombre de 20000. »

 

 

1982

 

UN MODÈLE A L’ÉPREUVE

Les limites du « miracle »

Par Pierre Biarnès – Le Monde 16-17 mai 1982

 

« Pendant deux décennies, la Côte d'Ivoire a été en Afrique la vitrine de l’Occident. Dès février 1969, M. Mac-Namara, alors président de la Banque mondiale, en visite à Abidjan, s'exclamait, admiratif et satisfait : « II serait difficile sans doute de trouver dans toute l'Afrique un pays gui ait accompli des progrès plus décisifs vers la prospérité ».

De 1960 à 1979, le produit intérieur brut de la Côte-d'Ivoire a été multiplié par treize en valeur courante, passant d'environ 145 milliards de francs CFA à près de 1900 milliards, et il a plus que quadruplé en francs constants. Pendant la même période, le revenu réel par habitant a triplé pour atteindre près de 200 000 francs C.P.A. par an en francs courants, pour une population qui — du fait notamment de l'immigration en provenance des pays voisins a elle-même plus que doublé (la Côte d'Ivoire compte actuellement près de huit millions d'habitants).

En 1979, près de vingt ans après l'indépendance, quel que soit le secteur considéré, il était incontestable qu'un premier et important palier de développement avait été atteint. Les axes routiers importants étaient revêtus ; l'infrastructure de l'éducation primaire était à peu près en place (environ 80% des enfants étaient scolarisés) ; l’électrification des villes et des principales localités (près de 450) était réalisée, de même que l'approvisionnement régulier en eau potable de presque tous les villages ; le pays était doté d'un tissu industriel de base pour les activités les plus rentables de transformation des produits agricoles ou de substitution aux importations, etc.

La très forte croissance de la production agricole, notamment de la production agricole « industrielle » et d'exportation, passée de 650 000 tonnes en 1960 à près de 1 500 000 en 1978, a été à la Base de cette expansion et dans ce cadre, le cacao et le café qui, tout au long de la période considérée, ont représenté environ 60 % des exportations à eux deux, ont joué le rôle essentiel.

En 1978, avec 296884 tonnes (contre 85683 en 1960), la Côte d'Ivoire est devenue le premier producteur mondial de cacao, dépassant le Ghana, tandis que cette année-là, qui n'était cependant pas une très bonne année, avec 196226 tonnes (contre 136635 en 1960), elle se maintenait au troisième rang des producteurs mondiaux de café, derrière le Brésil et la Colombie.

Parallèlement, dans le cadre d'une politique de diversification méthodiquement menée, la Côte d'Ivoire était devenue un des plus gros producteurs mondiaux d'huile de palme (118037 tonnes en 1977-1978, contre 20 736 en 1960). Sa production de coton était passée de 6 505 tonnes (de coton-graines) en 1960 à près de 120 000 tonnes en 1978 ; celle d'ananas, de 19 885 tonnes à 62 200 ; celle de bananes, de 88 000 tonnes à 160 000 ; celle de latex de 81 tonnes à 15500 tonnes. La Côte d'Ivoire était, d'autre part, en train de devenir un important producteur de sucre de canne, et elle se lançait dans la culture en grand du soja.

Durant les quatre dernières années, cette croissance s'est poursuivie à un rythme très soutenu. 367000 tonnes de café (chiffre record) ont été produites en 1980-1981 et environ 350 000 tonnes sont attendues de la présente campagne. Quant au cacao, avec plus de 400 000 tonnes pour les deux dernières campagnes, il bat, lui aussi, de nouveaux records.

Surtout, de 1976 à 1979, la flambée des prix de ces deux produits, qui, à certains moments, ont même respectivement quadruplé et doublé, a permis l'explosion de la croissance : en 1977, par exemple, année où les cours du café ont atteint en moyenne 1222 francs CFA. le kilo et ceux du cacao 99800 F CFA, la valeur de la production ivoirienne totale augmentait de 47 %, les investissements publics doublaient et la Côte-d'Ivoire triplait ses emprunts extérieurs.

L'euphorie était à son comble et Abidjan devenait le symbole de la réussite.

Le réveil devait être plus brutal. En moins de deux ans, le marché international du café et du cacao se retournait complètement et les cours de ces deux produits retrouvaient, en valeur nominale, leur médiocre niveau de 1974 : autour de 400 F CFA pour le premier et de 550 pour le second. En valeur réelle, c'était encore pire, et, le coût de ses importations s'étant, pendant ce temps-là, par contre, considérablement élevé, la Côte d'Ivoire, victime finalement d'une fantastique détérioration des termes de ses échanges, se retrouvait, en dépit de la progression continue de sa production, avec des revenus amputés de moitié, une infrastructure économique qu'elle avait de plus en plus de mal à faire fonctionner, une structure financière en plein déséquilibre.

Pour faire face à la crise, il fallait stopper brutalement d'importants programmes d'investissements, en particulier dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, et dissoudre nombre de sociétés publiques, qui, après avoir été pendant plusieurs années les locomotives de l'expansion, se retrouvaient presque toutes en état de faillite virtuelle. Des licenciements massifs s'ensuivaient, tandis que la chute des revenus, qui se propageait de proche en proche, se répercutait sur le niveau de la production industrielle, qui s'installait dans une relative stagnation, après avoir connu des taux de croissance annuelle de l'ordre de 12 % pendant de longues années.

Plus profondément la crise mettait à nu les principaux défauts du système de développement ivoirien, que les bons résultats des années précédentes avaient eu tendance à masquer : une très grande dépendance vis-à-vis de l'extérieur et de considérables disparités internes. Sa richesse provenant essentiellement de cultures d'exportation dont elle ne maîtrise pas les cours — c'est vrai de ses deux grandes cultures traditionnelles, le café et le cacao, mais ce le sera tout autant de ses cultures nouvelles, telles que l'huile de palme ou l'hévéa, — la Côte d'Ivoire ne peut prétendre assurer, sur des bases aussi fragiles, un véritable décollage économique.

Mais, dans la mesure où, pour accélérer autrement sa croissance, elle a très largement fait appel, par ailleurs, et avec succès à d'autres facteurs étrangers — hommes, capitaux, techniques, — elle a d’autant aggravé sa dépendance, et cela n'est pas non plus sans danger.

Ainsi, les intérêts étrangers représentent plus des trois quarts du capital social des entreprises industrielles privées. Les emprunts auprès de l'étranger atteignaient environ I 500 milliards de francs O.P.A., à la fin de 1981, et la charge annuelle de cette dette approchait alors près du tiers de la valeur des exportations. Les expatriés européens sont" omniprésents et les travailleurs étrangers africains se retrouvent dans des proportions très importantes dans tous les secteurs 25 % dans l'industrie, 85 % dans le commerce, 75 % parmi les salariés de l'agriculture.

Le coût de cette dépendance est important du point de vue financier, et il aggrave lourdement la balance des paiements. II est également élevé quant aux risques politiques et sociaux. Bien que l'assimilation soit particulièrement réussie en Côte d'Ivoire, où 30 % au moins de la population est étrangère, il reste que, dans un contexte de crise et de rareté de l'emploi, cette situation peut dégénérer en conflit de nationalités. On le voit bien depuis un an ou deux, avec les controverses publiques qui sont apparues au sujet de l'origine d'une criminalité urbaine dont la croissance est inverse à la récession économique.

D'autre part, en dépit d'efforts certains en sens contraire, entrepris à l'initiative du président Houphouët-Boigny lui-même, le développement ivoirien, dans la mesure ou il était essentiellement axé sur la croissance de te production, s'est incontestablement accompagné d'importantes distorsions et a accentué les inégalités du pays.

— Les inégalités géographiques puisque la zone forestière méridionale, qui était naturellement la plus riche, a reçu la majorité des investissements agricoles et industriels depuis l'indépendance ;

— Les inégalités entre Abidjan, métropole du Sud en pleine expansion, et de tout le reste du pays, encore que l'afflux considérable d'immigrants que cela a provoqué dans la capitale a vite entraîné l'apparition de gigantesques et dangereuses poches de pauvreté aux abords immédiats des quartiers résidentiels de celle-ci ;

— Les inégalités de revenus, enfin, avec un éventail de plus en plus large entre les faibles ressources de la majorité de la population et la richesse criante de quelques centaines de super-privilégiés.

Avec l'entrée en exploitation du pétrole off shore, la Côte d'Ivoire escompte légitimement sortir de la grave crise à laquelle elle est actuellement confrontée. Dès l'an prochain, la production (environ 600 000 tonnes) du petit gisement «Bélier», au large de Grand-Bassam, et celle (de l’ordre de 1500 000 tonnes) des premiers forages du gisement «Espoir », au large de Jacqueville, couvriront très largement ses besoins. En attendant mieux, d'ici trois à quatre ans, le cap des 6 millions de tonnes pourrait être atteint, permettant d'effacer toutes les dettes actuelles et de repartir de l'ayant. »

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Published by chato9.over-blog.com - dans Actualite politique ivoirienne
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