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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 22:41

Février 2003-Novembre 2012, une petite dizaine d’années sépare les deux textes confrontés ici. Les deux proviennent du même journal, Fraternité Matin, et leur différence est à peine sensible. Pourtant, à les lire avec attention, chacun de ces textes porte la couleur des temps où il a été pensé et écrit. La parole de Vincent To Bi Irié se ressent de ce présent de confusions et de faux-semblants assumés, où il est de bon ton de charger le peuple ivoirien des travers et des fautes de ceux qui prétendent le diriger, et qui ont l’air de croire que c’est la même chose que mener un troupeau de moutons. Michèle Pépé, en digne fille son père Paul, parle quant à elle depuis un temps où on ne doutait ni de la loyauté de notre peuple ni de son intelligence ; un temps où on ne niait pas encore à coups de bombes les droits des habitants naturels de ce coin de terre appelé Côte d’Ivoire, à jouir des mêmes libertés que les autres peuples ; un temps où on se faisait aussi quelques illusions sur nos prétendues élites, mais où on restait tout de même capable de les indexer, comme on dit chez nous, lorsqu’elles jouaient les c…

Cela dit – et il fallait que cela soit dit –, Vincent To Bi Irié nous a toujours fait l’impression d’être au fond un honnête homme. Cet article n’a pas modifié ce sentiment ; nul n’ignore qu’il n’est plus possible, aujourd’hui, d’écrire pour Fraternité Matin comme on le pouvait au temps où Michèle Pépé y travaillait. Mais tous n’y ont pas perdu leur âme ; par la qualité de sa pensée autant que par sa plume, To Bi Irié s’affirme plus proche de cette tradition-là que de celle qui domine aujourd’hui dans les rédactions de son journal. C’est la première raison pour laquelle nous avons retenu son texte pour cette rubrique destinée à recueillir tous les matériaux, de quelque provenance que ce soit, qui apportent tant soit peu d’éclairage sur les tenants et les aboutissants de cette interminable crise du politique dans notre pays. La deuxième, c’est la proximité, évidente malgré (ou à cause de) la distance dans le temps, de son interrogation avec celle de Michèle Pépé. « Où allons-nous ? » ; cela peut aussi se dire : « Où nous mènent-ils ? Est-ce qu’ils le savent ? Est-ce qu’ils en sont dignes ? »


La Rédaction


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Où allons-nous ?


Les temps sont gris. La météo n’est pas facile à deviner. Au ciel clair, succèdent des bourrasques. Où allons-nous ? Celui-ci ne veut pas d’un pays pacifié. Celui-là a hypothéqué sa capacité à réfléchir et confié sa vie et celle des générations à venir au sort de son gourou. Ces autres sont convaincus que leur temps est venu de régner et de s’accaparer le pouvoir. Le tout dans une morose ambiance de lendemains incertains.

Beaucoup n’ont pas encore réalisé l’amplitude des événements que la Côte d’Ivoire a vécus. Il est certain que si c’était à refaire, l’Histoire se réécrirait de la même façon, dans le meilleur des cas. Dans le pire, avec plus d’encre de sang. Obstinément, le passé force la porte et veut se réinstaller. Nul n’est prêt aux concessions. La Côte d’Ivoire s’est longtemps targuée d’avoir un bon taux de scolarisation. Mais les Ivoiriens prennent-ils le temps de lire ? Les événements qui se déroulent ailleurs dans le monde ne s’appliquent pas forcément à la Côte d’Ivoire, dans un contexte politique et culturel différent. Mais il y a beaucoup de chances que les récurrences de crise et les schémas généraux d’évolution des sociétés soient les mêmes. Ce qui se passe ailleurs peut aussi bien se passer ici. Lire les débâcles des autres sociétés permet toujours d’en éviter dans son propre pays. Si au moins les habitants de ce pays savaient et lisaient que des comportements similaires aux leurs ont ruiné et dévasté les autres pays, ils auraient un peu plus de réserves dans l’appréciation de l’avenir du pays.

Où est passée l’élite intellectuelle et universitaire, celle qui assurerait la garantie de l’équilibre et de la réserve ? Elle a rejoint la masse incolore et inodore, s’exprime comme elle, pense comme elle, s’émeut comme elle. Depuis que cette élite a goûté au miel du pouvoir, elle a perdu sa lucidité. Elle ne parle que pour se positionner, pour plaire aux camps respectifs et pour en tirer les profits nécessaires. Et pourtant, il faut une voix du milieu, celle de la raison et de la vérité. Il nous faut une classe intellectuelle qui ne pense pas qu’à elle et qui ne nous abreuve pas de théories et idéologies suicidaires. Il faut à ce pays des têtes calmes. Tout le monde n’a pas besoin de vivre de pouvoir. Les tensions politiques presque permanentes requièrent que des têtes calmes en appellent à la raison pour que le pays se reconstruise. Du côté de la population, on ne voit pas où se trouve le bout du tunnel. Un déchaînement de violence dans les cœurs et dans le langage. C’est vrai, un peuple peut devenir fou. Le nôtre l’a été et veut le redevenir. Les langages haineux sont la norme. Aux arguments, on n’oppose plus d’arguments, on injurie, on menace, on lève le poing. Lorsqu’on jure que le sang va couler, on ne pense jamais à notre sang mais à celui des autres. C’est là que le sort devient pernicieux. Où allons-nous ? Les Etats-Unis viennent de déclarer notre pays destination à hauts risques. En français facile, cela veut dire qu’il y aura moins de touristes, moins d’investissements, moins d’argent dans les semaines et les mois à venir. Mais en langage faiblement codé, il faut entendre par l’avertissement américain qu’il y a des signes forts que la situation sécuritaire puisse se dégrader à tout moment. Ce qui en ajoute aux rumeurs d’attaques imminentes et de tentative de déstabilisation avant la fin de l’année. On pensait pourtant que les choses s’amélioreraient progressivement. Les autres savent toujours tout de nous, sauf nous-mêmes. Ils sont plus sérieux et rigoureux dans le traitement du renseignement et de l’analyse politique. Nos lendemains sont donc loin d’être tranquilles. Pendant ce temps, nos politiques se délectent de ce paysage brumeux. Il n’est pas facile d’être Ivoirien par les temps qui courent. Il faut avoir du cœur pour marcher sans savoir où nous mène le chemin.


Vincent To Bi Irié (Fraternité Matin 21 Novembre 2012)


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La classe politique ivoirienne mérite-t-elle d'exister ?

 

L'intention était noble. La recherche de la paix, ce trésor inestimable. Mais quinze jours après la fermeture de « l'internat » de Linas-Marcoussis, le constat est là, douloureux, amer. La Côte d'Ivoire a perdu sa souveraineté et sa classe politique son âme (?). Et l'on veut comprendre comment et pourquoi cela a pu être. En effet, on ne s'explique pas encore comment d'éminentes personnalités, pétries de qualités morales et intellectuelles, ont pu cautionner les "accords" qui portent le nom du village suscité ? Franchement, on ne s'explique pas que les négociateurs (?) ivoiriens aient pu signer pour le désarmement de l'armée régulière de la Côte d'Ivoire, leur pays, la mettre sur le même pied que des rebelles, et livrer, par voie de conséquence, leur pays aux velléités hégémoniques de certains Etats voisins belliqueux. On ne comprend pas qu'ils aient accepté de marcher, sans état d'âme, sur les lois et la constitution. On ne s'explique pas que d'éminents juristes aient pu laisser dire que la loi suprême de leur pays, comporterait des dispositions qui se référent « à des concepts dépourvus de valeurs juridiques » ; alors que les dispositions visées ont été âprement débattues durant des semaines et, par la suite, régulièrement soumises au vote des citoyens. Qui ont librement et souverainement fait leur choix. Alors dans quel état d'esprit ont vécu et travaillé, pendant une dizaine de jours, les pensionnaires ivoiriens de l'internat de Linas-Marcoussis ? A leur départ, en tout cas, l'on savait à peu près (ou l'on pensait le savoir), dans quel état d'esprit ils se rendaient dans cette bourgade : solidaires de la constitution, de la légalité et des institutions de la République, ont-ils proclamé. A l'arrivée des courses ? Ils ont sournoisement renié la constitution, entériné le coup d'Etat, consacré la prise du pouvoir par les armes et organisé une transition sous surveillance française, en oubliant, au passage, de condamner (même par principe) la prise des fusils pour exprimer des revendications d'ordre politique. Voilà la terrible réalité et le supplice moral que veulent nous faire vivre nos politiciens expatriés à Marcoussis. Et suprême mépris, ils jouent avec les mots (et les maux de leurs compatriotes) en prenant les Ivoiriens pour « des enfants à qui on donne le biberon tous les matins », comme l'a dit Konaté Navigué de la JFPI en parlant des Français.
Mais, à la vérité, les « Blancs » ne sont pas les seuls à prendre les Ivoiriens pour des c…

Michèle Pépé (Fraternité Matin 07 février 2003)



EN MARAUDE DANS LE WEB

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la «crise ivoirienne».

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