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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 15:13

Entretien avec Marcel Amondji (février 1991)

 

Cette interview fut réalisée en février 1991 par Carnus Bee, alias Valentin Lia Bi, et le regretté Faustin Gnaoré, pour leur journal, L’EVEIL. Elle aurait dû normalement paraître dans le numéro 15 (mars 1991). Mais ce numéro ne put jamais être diffusé et fut probablement le dernier, du moins à ma connaissance. Pour quelles raisons ? Je l’ignore. Mes interviewers, qui, ce jour-là, m’avaient parus très intéressés par ma petite personne, ne se sont plus jamais manifestés…

 

 

Q – Nombreux sont les Ivoiriens qui ont lu vos livres ; cependant, peu de nos compatriotes connaissent l’homme Amondji. Présentez-vous donc à nos lecteurs.

R – Le nom Amondji est un pseudonyme, Marcel étant mon prénom réel. A partir du moment où j’ai choisi ce pseudonyme pour écrire mes livres, j’ai en même temps choisi de n’être qu’une ombre derrière ces livres. Je voudrais donc autant que possible ne pas m’appesantir sur cette question somme toute secondaire.

 

Q - Depuis quand résidez-vous à l’étranger ?

R – Depuis 1961. Arrêté en France, le 7 juillet 1961, en vue de mon extradition en Côte d’Ivoire, j’ai faussé compagnie à mes gardiens à l’escale de Bamako et, je me suis promis de ne jamais accepter de composer avec le régime Houphouët. Depuis je n’ai eu aucun contact avec les autorités ivoiriennes. Je suis libre de toute allégeance et de tout lien avec les autorités actuelles de la Côte d’Ivoire. Ce qui ne m’empêche pas de me sentir totalement Ivoirien.

 

Q – Depuis le 30 avril 1990, la Côte d’Ivoire s’est réconciliée avec le multipartisme. En tant qu’intellectuel ivoirien vivant au bord de la Seine, ne pensez-vous avoir manqué au rendez-vous de l’histoire politique de notre pays ?

R – Personne n’a rendez-vous avec l’histoire ; surtout pas moi. Je ne conçois pas ma vie par rapport à des résultats et à des échéances politiques précises. Je crois que l’important est d’être un citoyen de la Côte d’Ivoire, où que l’on soit. Si on me démontrait que de si loin il est impossible de rien dire de valable, j’en prendrais mon parti. En attendant, je crois qu’il est possible, même de si loin, de juger valablement de la situation, et peut-être de contribuer à la montrer d’une manière plus complète, plus riche, à des gens qui, parce qu’ils sont immergés dans l’événement, ne peuvent en voir qu’une portion restreinte. Ce n’est pas un choix d’être à l’extérieur, de juger de l’extérieur. Les événements m’ont trouvé à l’extérieur et, à mon sens, les conditions ne sont pas encore réunies pour me permettre de mener en Côte d’Ivoire l’existence d’un citoyen vraiment libre.

 

Q – Nous nous trouvons aujourd’hui dans un contexte de multipartisme. Pensez-vous encore que vous soyez soumis au cérémonial dont vous parlez ?

R – Je pense que la situation est encore telle que des actes que nous pouvons poser, y compris des actes que nous croyons d’opposition, peuvent servir une certaine personnalité, une certaine image de quelque chose que nous refusons. Les conditions actuelles sont extrêmement confuses. C’est pourquoi je préfère me tenir en dehors de ce qui se fait. J’ai pris le risque de n’être qu’un observateur lointain qui n’a pas sa place dans les événements, ni dans les structures politiques. Je crois que je suis fidèle à ce que j’ai toujours été, et que c’est comme cela que je suis le mieux Ivoirien. Je ne veux pas régler ma position en fonction d’Houphouët. Quand je pense à l’avenir de la Côte d’Ivoire, c’est une Côte d’Ivoire débarrassée du culte d’Houphouët…

 

Q – Est-ce à dire que vous n’êtes pas sensible à la souffrance de votre peuple ?

R – Je suis moi-même une partie de la Côte d’Ivoire et, si j’ose dire, une part de la souffrance de mon peuple.

 

Q – Votre position se rapproche de celle de Harris Mémel Fotê qui, répondant à une question du Nouvel Horizon, disait être un « résistant ». Vous considérez-vous comme un résistant ?

R – Il n’y a pas eu que Mémel et moi. En tout cas, pour ce qui me concerne, c’est une affaire qui a touché plus d’une dizaine de personnes, dont mes amis Francis Wodié et Laurent Nguessan Zoukou, entre autres. Quant à me considérer comme un résistant, ce serait lui faire trop d’honneur que de dire que nous sommes des résistants à Houphouët. C’est une chose difficile à faire comprendre aux gens, mais, pour moi, Houphouët n’aura jamais été qu’une simple parenthèse dans l’histoire de la Côte d’Ivoire ; une parenthèse honteuse. Or, je ne vois pas où il y aurait de la gloire à résister à une parenthèse.

 

Q – Depuis l’instauration du multipartisme, près de 30 formations politiques se partagent aujourd’hui l’espace politique ivoirien. Cela suffit-il, selon vous, pour dire que la Côte d’Ivoire est devenue un pays démocratique ?

R – Plutôt que le multipartisme, c’est-à-dire la permission pour chacun de créer son parti, j’aurais préféré la liberté pour chacun d’exprimer son opinion sans encourir l’emprisonnement ou l’exil. Pour cela il n’était pas nécessaire d’avoir plusieurs partis. Il était seulement nécessaire de laisser s’exprimer le plus complètement possible toute la pensée politique que les Ivoiriens sont capables de produire. Naturellement, dans n’importe quel pays, si la liberté existe d’exprimer totalement la pensée politique, la diversité y est aussi;  et si la liberté de le faire est garantie, cela enrichit la vie politique. Sinon nous allons vers un piège plus dangereux que le monopartisme ; vers une situation où, au cas où le pouvoir tomberait aux mains d’hommes décidés à transformer le pays et à y promouvoir une nouvelle forme de gouvernement, ils seraient paralysés par des faux principes. Il faut savoir que tous ces pays qui se disent démocratiques, et qui nous donnent des leçons, ont commencé leur existence moderne, il y a cent ou deux cents ans, et, alors, aucun d’eux n’a placé la démocratie telle qu’ils nous l’enseignent en avant de ses préoccupations. Nous n’avons rien à gagner dans l’application mécanique de doctrines qui affaibliraient en nous les forces dont nous avons besoin pour les changements que nous devons faire si nous voulons vraiment nous en sortir. Je crois être un démocrate en ce sens que je ne préconise ni la dictature militaire, ni la dictature civile d’un individu ou d’un parti, mais la recherche du consensus, d’un esprit de coalition, afin que le plus de monde possible et le plus de cerveaux possible contribuent à créer les conditions de l’exercice de la vie politique dans ce pays. Il faut considérer les symboles de la démocratie que certains mettent en avant de nos jours avec un esprit de responsabilité alerté, si on veut éviter ce nouveau piège.

 

Q – En clair, vous êtes pour un parti unique à l’intérieur duquel se manifesteraient plusieurs tendances ?

R – Je ne dis pas forcément parti unique. Plutôt front unique, front de partis, coalition de partis… ; parce que chacun doit être libre d’avoir son idée. De toute façon, en Côte d’Ivoire, il n’y a jamais eu de parti unique. Nous avons eu un régime sans partis ; un régime politique où Houphouët, pour complaire à ses amis de Paris, a tout fait pour que les Ivoiriens ne disposent pas d’un moyen d’expression et d’action politique. Nous étions dans un système de « No Party Government »…

 

Q – Vos différentes prises de position semblent très critiques à l’égard des partis d’opposition, notamment les quatre partis de la gauche démocratique. Que leur reprochez-vous concrètement ?

R – Merci de me donner l’occasion de dissiper un malentendu. Je me tiens dans la position d’un observateur, mais je suis un observateur qui ne peut pas être indifférent au fond des choses. Dans ces conditions, il me semble que j’ai le devoir de dire, par exemple, qu’à mon sens, il n’y a pas eu une réflexion assez autonome sur la réalité politique du pays de la part de ces différents partis. Il me semble, pour tout dire, qu’on n’a pas su saisir l’occasion de poser le seul véritable problème de la Côte d’Ivoire, à savoir le problème de son indépendance politique vis-à-vis de la France. Il ne suffisait pas de secouer Houphouët ; il fallait détruire son système de fond en comble ! Cela dit, je crois qu’on peut trouver dans chacun de ces partis et chez chacun de leurs dirigeants beaucoup des qualités politiques dont le pays a besoin dans cette phase de son histoire. Il n’y a pas à désespérer. Donc il est aussi permis d’être critique. C’est-à-dire exigeant.

 

Q – Pensez-vous que le problème de la colonisation soit toujours d’actualité, quand on sait que les Africains qui sont aux affaires depuis trois décennies ne passent pas pour des modèles de bons gestionnaires ?

R – Je suis étonné d’entendre une telle question dans la bouche d’un jeune Ivoirien. Permettez-moi de vous poser deux questions. C’était quoi, la colonisation ? Et de quoi sommes-nous libérés ? Lors des derniers événements en Afrique ex-française, tous les journaux de France sans exception ont mis l’accent sur notre dépendance vis-à-vis de l’ancienne métropole. Ils ont mis en avant le fait que nos problèmes proviennent de ce que nos pays sont restés trop longtemps dépendants de la France ; et, à cet égard, la Côte d’Ivoire est tout à fait exemplaire. Et nous, Ivoiriens, nous dirions que la France n’est pas responsable de nos malheurs ! En Côte d’Ivoire, aujourd’hui, les Français que l’on dit « partis », sont encore plus nombreux qu’ils ne l’ont jamais été avant notre prétendue indépendance. Non seulement la décolonisation ne nous a rien apporté, mais elle a mis en place des dirigeants indignes et incapables.

 

Q – Quels sont les enseignements que vous tirez des élections qui viennent de se dérouler en Côte d’Ivoire ?

R – Ma tendance aurait été de préconiser l’abstention ; non pas une abstention passive, mais tout faire pour empêcher l’utilisation de ces élections pour fausser le jeu politique, comme ce fut la cas. Si l’opposition avait été assez forte, assez cohérente, pour donner à la Côte d’Ivoire un manifeste ou un programme politique, même pour le court terme, les gens en face auraient été assez impressionnés pour ne pas avoir recours au genre de subterfuges dont ils ont usé pour casser le mouvement populaire. Lors des événements du printemps 1990, une question importante a été réellement posée : c’est la question de la relève. S’il s’était trouvé des forces oppositionnelles cohérentes et suffisamment crédibles, le choix aurait été fait d’enlever Houphouët pour permettre l’alternance. Il y a eu un moment de flottement, que l’opposition n’a pas su mettre à profit pour imposer les changements attendus par tous. Les gens étaient prêts ; mais pas l’opposition. Les élections, en elles-mêmes et par leurs résultats, ne paraissent pas très significatives de la situation. Elles n’ont rien réglé, et elles ne permettront pas de régler quoi que ce soit. Le système politique ivoirien est conçu de telle sorte que le suffrage populaire ne peut pas conduire à de véritables changements, dans la mesure où la réalité du pouvoir est détenue par des personnages totalement irresponsables, tels Guy Nairay, Alain Belkiri, Antoine Césaréo, etc…

 

Q – Vous qui connaissez le PDCI depuis sa naissance, quel est le système Houphouët ?

R – Houphouët règne parce qu’il a été le héros national à un moment donné, mais aussi parce que, à un autre moment, il a été retourné par les ennemis du mouvement anticolonialiste ivoirien. Les Français, qui l’ont toujours utilisé depuis, ont besoin de lui en tant que leader charismatique du mouvement anticolonialiste ; mais, en même temps, ils ont fait en sorte qu’il ne puisse jamais échapper à leur contrôle. Le système Houphouët a été conçu pour substituer la volonté étrangère à la volonté ivoirienne. Nous venons peut-être d’avoir notre nouveau Guy Nairay en la personne d’Alassane Ouattara… Dans le système Houphouët, la volonté nationale ne joue aucun rôle ; elle est toujours subordonnée à la volonté étrangère.

 

Q – Que pensez-vous de la base militaire française de Port-Bouët ?

R – Il est inadmissible que des troupes étrangères campent sur le territoire national sous quelque forme que ce soit. L’armée nationale doit être organisée de manière à échapper à la tutelle d’officiers étrangers. Ce sont des choses qui, à mon avis, sortent du cadre de la négociation, puisque le pays est indépendant. C’est une question de souveraineté.

 

Q – La nomination d’un Premier ministre, la formation d’un nouveau gouvernement sans les barons du PDCI, Gbagbo et Wodié à l’Assemblée nationale… Tout cela pourrait laisser croire que tout bouge en Côte d’Ivoire. Est-ce votre sentiment ?

R – C’est vrai que tout bouge. Comme dit l’adage, parfois le vice rend hommage à la vertu. Le fait de nommer un nouveau gouvernement soi-disant compétent est un hommage rendu à ceux qui ont toujours dénoncé ce régime. Mais on parle d’un « gouvernement de technocrates ». Quand on dit d’un ministre que c’est un technocrate, cela veut dire qu’il n’a aucune responsabilité et, à la limite, qu’il n’a aucun rôle dans la définition de la politique qu’il va appliquer. Est-ce de cela que la Côte d’Ivoire a besoin aujourd’hui ? J’en doute. Dans un pays tel que le nôtre, et dans les circonstances actuelles, la technocratie n’est qu’un leurre qui permet d’évacuer la politique. C’est pourquoi la meilleure façon de qualifier ce gouvernement, c’est de dire qu’il est politiquement irresponsable, pour ne pas dire illégitime. Avec lui, pour la première fois, on a définitivement effacé toute trace de notre mouvement anticolonialiste de la vie politique active. Tout un symbole, au moment où, en France, certains préconisent une recolonisation de l’Afrique… Quant à l’entrée de l’opposition à l’Assemblée nationale, j’ai déjà répondu quand j’ai dit ma position au sujet des élections telles qu’elles ont eu lieu.

 

Q – Compte tenu des difficultés que connaît la Côte d’Ivoire, quelles sont, selon vous, les priorités pour relancer l’économie ivoirienne ?

R – Il faut commencer par analyser les véritables causes de la crise, sans craindre de donner toute leur importance aux causes dites exogènes, qui peuvent être résumées par un mot : « DEPENDANCE » ! Dépendance politique ; dépendance économique ; dépendance financière ; etc… Après seulement se pose la question de la manière de s’attaquer à la solution de cette crise. Selon moi, il faut payer la dette ; parce que la situation actuelle est dangereuse pour l’avenir de notre peuple ; et parce que nous n’avons pas la force de ne pas payer. Mais il ne s’agit pas de payer tout en laissant le FMI faire la loi chez nous. Il s’agit de payer pour nous en libérer. En somme, il s’agit de racheter notre souveraineté au FMI et à la France.

 

Q – La violation du secret de la confession, si confession il y a eu, par Mgr Yago ne vous a, semble-t-il, pas fait problème.

R – La manière dont Houphouët a présenté cette affaire de complot contre le pape est, à mon avis, une accusation dirigée contre l’archevêque et le clergé. Il s’agissait pour lui de se venger de la lettre pastorale du 18 juillet 1990 en faisant croire à l’opinion qu’un secret de la confession avait été trahi. L’attitude de Bernard Yago, qui a accusé le coup, est tout à fait intéressante en ce sens qu’il a dit que Houphouët a placé son intérêt avant celui de la religion. Je crois le cardinal pour qui j’ai depuis longtemps le plus grand respect.

 

Q – Pensez-vous que l’Eglise doit se limiter à des déclarations de principe du genre lettre pastorale, ou qu’elle doit prendre une part active dans la consolidation de la démocratie en Côte d’Ivoire ?

R – L’Eglise catholique ivoirienne n’a pas à avoir un rôle particulier dans l’Etat et la société. Pas plus que les harristes, les musulmans ou les protestants. Mais, en tant que citoyens, les catholiques et tous les autres croyants ont évidemment leur place, ainsi que leur rôle, et ils doivent occuper l’une et jouer l’autre comme ils l’entendent, dans le respect mutuel.

 

Q – Aujourd’hui, l’Ecole ivoirienne est en perte de vitesse. Quel est votre sentiment devant cette réalité ?

R – J’avoue que quand je pense à l’état dans lequel se trouve notre système éducatif, je me sens mal à l’aise. Et il n’y a pas que l’enseignement. Il y a aussi la Santé, la Sécurité, etc… Tout se tient. Alors, que faire ? Il faut à la Côte d’Ivoire un système politique capable de prendre en charge la construction d’une société moderne, harmonieuse, instruite et libre. Libérée par l’instruction et le développement économique. Sans aucune restriction de l’indépendance et de la souveraineté nationale. Car rien de tout cela ne sera possible si la souveraineté n’est pas rétablie d’une manière totale, et de telle sorte qu’il n’y ait plus ici un seul intérêt étranger qui pèse plus lourd aux yeux d’un gouvernement que les intérêts de cet Etat et ceux de ses citoyens.

 

Q – Que pensez-vous de l’avenir du monde rural ?

R – L’avenir du monde rural, mais c’est tout l’avenir de la Côte d’Ivoire ! Il faut penser le développement comme une chose qui doit commencer au village. Le développement, c’est le développement de la société, de ses structures politiques comme de ses capacités économiques. Il faut que cela commence dans la structure politique la plus élémentaire dans laquelle les Ivoiriens existent, et, cette structure, c’est le village. En outre, le village se trouve être non seulement un lieu de vie, mais c’est aussi un lieu de production culturelle. C’est le tabernacle de notre identité nationale. Le système actuel n’en a jamais tenu compte, sauf en paroles. Quand on fait des lois et qu’on n’y fait aucune référence aux coutumes de nos villages, toujours en vigueur, cela veut dire qu’on abolit ces coutumes ; qu’on les met hors la loi, avec tous ceux qui se guident encore sur elles. Parce que c’est une chose que personne ne peut empêcher. Et c’est l’une des causes de l’inefficacité de ce système : toute une partie de la vie politique réelle n’est pas reconnue. L’avenir du monde rural doit donc nécessairement passer par la réhabilitation des coutumes.

 

Q – Les coutumes étant différentes selon les régions, vouloir les faire entrer dans les textes de loi, ne serait-ce pas courir le risque de morcellement de la Côte d’Ivoire ?

R – La solution qui paraît la plus normale est celle de la législation française appliquée à tout le monde. Seulement cette loi fait problème, car le plus important n’est pas de créer des lois, mais de créer les conditions de la formation des lois adaptées aux Ivoiriens. Il faut donc faire des lois qui tiennent compte des besoins réels des gens ; de la manière dont les gens vivent réellement. La réalité d’aujourd’hui, c’est que, près de cent ans après la naissance de la Côte d’Ivoire, lorsque les Ivoiriens retournent au village, ils y vivent selon leurs coutumes. A mon avis, c’est là une raison plus que suffisante pour qu’on en tienne compte lorsqu’il s’agit de faire des lois…

 

Q – Que pensez-vous de l’avenir de la démocratie en Côte d’Ivoire ?

R – La démocratie n’est pas uniquement liée au multipartisme. L’essentiel pour moi, c’est l’émergence de forces toujours plus nombreuses pour la libération de la Côte d’Ivoire de cette emprise coloniale déguisée.

 

Q – Pour terminer, quel jugement portez-vous sur L’Eveil, et comment pouvez-vous le soutenir ?

R – Un journal tel que L’Eveil ne peut être qu’un journal d’ouverture ; un lieu de rencontres. J’ai été très impressionné par vos deux derniers numéros qui, justement, font référence à cette ouverture. C’était pour moi comme un rêve que je faisais, qui est d’aider la communauté ivoirienne de Paris à s’unir davantage. Cela ne doit pas empêcher les animateurs de ce journal d’avoir leurs propres opinions. Je suis prêt à collaborer à L’Eveil ; à participer à un travail collectif de mise à la portée des Ivoiriens de toutes les informations dont ils ont besoin pour avancer avec sûreté dans cette phase délicate de notre histoire. Tous les Ivoiriens, sans distinction. Car l’identité ivoirienne existe ; il s’agit seulement d’en renforcer la conscience qu’en ont les uns et les autres, tout en respectant la diversité des opinions et des croyances.

 

(Source : L’Eveil n°15, mars 1991)

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