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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 10:14

 

 Souffrant du diabète et dans l'impossibilité d'avoir accès aux soins que nécessite son état de sante à cause du gel de ses avoirs, Awa Ehoura que nous avons rencontrée le week-end dernier à son domicile, nous a confié : « Je suis en train de mourir à petit feu ». Mais tout en restant digne dans la maladie, la consœur, aujourd'hui paralysée d'un membre supérieur, a tenu à faire partager ses peines, tout en mettant les points sur les ''i''.

 

Avec votre maladie et les déboires auxquels vous êtes confrontée, vous êtes l'un des principaux sujets d'actualité ces derniers temps. Dans quel état d'esprit êtes-vous en ce moment ?

Je vous remercie déjà d'être venu à la source pour avoir l'information. Depuis quelques jours, ma situation, de point de vue santé, attire l'attention du monde entier. Mais c'est à dessein parce que des amis ont estimé que ma souffrance durait bientôt un an pour cause du gel de mes avoirs financiers. Ils ont donc décidé que l'on sache que c'est parce que je n'ai pas accès à l'argent qui m'appartient que je vis une situation difficile où je ne peux rien faire; ni me soigner, ni vivre correctement, ni prendre en charge mes enfants. Enfin, ma vie a basculé du jour au lendemain à partir du moment où on a gelé mes avoirs. Mon état d'esprit ne peut qu'être très bas.

 

Avec donc cette situation, comment vous portez-vous, du point de vue santé ?

Pendant un an, du fait que je me sois soignée de façon épisodique, que je ne me sois pas nourrie comme il faut, avec le stress de la guerre et des risques concernant ma sécurité et celle de mes enfants, je commence à vivre les complications du diabète qui est en train de me détruire. J'ai déjà fait une paralysie de mon bras gauche il y a trois semaines, j'ai des douleurs dans les jambes, etc. Je me déplace difficilement. Je ne peux pas sortir pour des raisons de sécurité pour marcher pour faire du sport. Donc, vraiment, je suis en train de mourir à petit feu. Heureusement qu'il y a mon Dieu qui me soutient puisque depuis février, c'est Lui qui a permis à un certain nombre de personnes de venir chaque fois apporter un peu d'argent pour que j'achète des médicaments. J'étais même réduite, il y a un mois, à chercher des génériques partout parce que je n'avais pas suffisamment d'argent pour acheter les médicaments spécifiques du diabète.

 

Vous avez, selon vos proches, menez des démarches auprès des autorités pour le dégel de vos avoirs, mais le porte-parole adjoint du parquet que nous avons joint la semaine dernière se demande si vous avez mené les démarches qu'il faut ?

Il ne faut pas oublier le contexte dans lequel on évoluait. Aujourd'hui, c'est assez aisé, même de parler de ma maladie, raison pour laquelle vous et moi, on se rencontre pour faire une interview. Mais, je vous ramène au mois de mai 2011, juste un mois après que le Président Laurent Gbagbo a été arrêté, aller faire une audition au palais de Justice relevait vraiment d'une audace. Je l'ai fait plus tard parce que dans mon fort intérieur, je n'ai rien à me reprocher et je me suis dis : « Là-bas au moins, on m'expliquera pourquoi mes comptes ont été gelés ». Mais, lorsque je suis allée faire l'audition, on ne m'a rien dit d'autre. Et un jour on m'a dit: « Ok, on transmettra, et on vous appellera ».

 

Le substitut du procureur Djè Noël affirme que vous n'avez certainement pas joint un certificat médical à votre demande de dégel de vos avoirs ?

Une audition, ce n'est pas le lieu de dire que vous êtes malade. Et pour moi, je n'ai jamais pensé que le gel de mes avoirs aurait duré un an. Pour moi, cela allait durer le temps qu'on se remette du chaos de la guerre, et puis une fois que les choses allaient commencer à se normaliser on allait regarder dans les dossiers et se rendre compte qu'on a gelé mon compte pour rien, et que je n'étais pas un acteur majeur de cette guerre qui m'a autant touchée comme tous les Ivoiriens. Je n'étais donc pas allée là-bas pour exposer ma petite vie. Je me suis donc dit : « Tu fais l'audition et si on regarde dans le dossier et qu'il n'y a rien, on va remettre ton argent en place ». Alors, plusieurs mois sont passés, chaque fois, je demandais au procureur « de quoi il était question parce qu'on dit qu'il aura une liste de dégel ». Il me répondait toujours que « ton nom n'est pas dessus. Attends la semaine prochaine, attends la semaine prochaine ». Puis, un autre jour, lorsque je l'ai appelé, il m'a dit : « Ah, non, non, non !!! Pare ce que quand on dit le nom des autres, on accepte, mais quand on évoque votre nom, on dit : Ah non non, non!!! Et une fois même, il a été demandé que votre dossier soit transmis à la Primature ». Je ne savais plus où j'en étais, jusqu'à ce que je décide que je n'ai plus personne à appeler. Je regarde le Seigneur Jésus-Christ, le jour où il décidera, ça va se faire. Puisque si le procureur même qui est en train de dégeler les avoirs me dit qu'il ne sait pas pourquoi le mien n'est pas fait, je ne sais pas à qui vous voulez que je me confie. Ensuite, il y a presque trois semaines, on m'a dit d’adresser une requête au procureur. J'ai demandé « une requête, c'est quoi », et on m'a dit de faire une lettre au Procureur. J'ai fait la lettre qui est dans le circuit. Aux dernières nouvelles, elle est en train d'aller au cabinet du ministre de la Justice. Peut être un de ces jours, j'aurai un retour. (…) En somme, rien ne justifie tout cela. Je suis journaliste. J'ai, comme ils le disent, le tort d'être à un endroit au lieu de là où ils souhaiteraient que je sois. Voilà, sinon, je ne vois vraiment pas ce que j'ai fait qui peut faire en sorte qu'on m'en veuille autant. Parce qu'il y a des acteurs majeurs, des politiciens, qui ont pris des positions bien claires et tranchées dans ce pays et dont les comptes ont été dégelés. Moi, je n'ai jamais fait de meeting, je n'ai pas de carte de parti politique, je ne vois pas pourquoi on s'acharne sur moi. On dégèle même les avoirs de certains journalistes, certaines personnes de la communication et moi, je suis encore là.

 

« Des quatre coins du monde, on m'appelle et ça me fait chaud au cœur. »

 

Vous étiez, dit-on, très liée au président Gbagbo ?

Oui, mais être liée à quelqu'un ne veut pas dire que vous faites des meetings politiques ensemble. Je peux être liée à vous, parce qu'on a des affinités en tant que journalistes, mais lorsque vous allez demain, au meeting du Rdr, je ne suis pas concernée. Voilà, il faut qu'on fasse la part des choses. On ne peut pas me reprocher ce qui est un fait avéré. J'ai été nommée Conseiller spécial de M. Laurent Gbagbo, alors Président de la République. Donc, je ne peux pas renier le fait que je sois proche de lui. Voilà, c'est une querelle qu'on me fait qui n'a pas de sens. Et je ne le renie pas, j'étais proche de lui mais je n'étais pas proche de ses convictions politiques. Je ne fais pas de politique. Devant la nation, je ne peux pas dire que je ne le connais pas et que je ne l'ai jamais connu. Ce n'est pas vrai. On ne peut pas être conseiller de quelqu'un pendant deux ans, le fréquenter, manger à sa table et puis dire qu'on ne le connaît pas. Maintenant, si on me reproche d'avoir accepté la nomination, ça, c'est un autre débat.

 

Quel bilan faites-vous des actions qui sont menées, tant en Côte d'Ivoire que dans le monde, pour vous venir en aide ?

Aujourd'hui, la réaction est simplement extraordinaire. Les gens sont merveilleux. Ils font beaucoup de dons, des médicaments. Ça fait à peine quelques jours et je suis à peut être quatre à cinq mois de médicaments dont j'ai besoin. Il n'y a pas mal de personnes qui m'ont apporté de l'argent. Il y a également des personnes qui ont donné des cautions dans des pharmacies afin que je puisse me servir en médicaments s'il y a urgence, etc. C'est vraiment merveilleux. Des quatre coins du monde, on m'appelle et ça me fait chaud au cœur. A travers vous donc, je remercie toutes ces personnes, que Dieu les bénisse. Je remercie surtout vous, mes confrères qui ont osé en parler, parce que c'était comme s'il y avait une omerta. Moi, je suis une Ebony et aujourd'hui, je suis traitée comme une criminelle. Pourtant, je suis une des meilleures journalistes de ce pays puisque j'ai été Ebony. Ça aussi, on ne veut pas me le reconnaître. Moi, j'ai des soucis. L'Unjci (Union nationale des journalistes de Côte d'Ivoire : Ndlr) qui est censé me représenter n'a même pas bougé le petit doigt. Même s'enquérir de ma situation, elle ne l'a pas fait. Même pour savoir si j'étais encore en vie parce que cette union était au courant de toutes les menaces qui planaient sur ma vie. Le président de l'Unjci était même à la présentation des vœux au président de la République. J'avoue, franchement, que j'avais espéré secrètement que le Président de l'Unjci allait poser la question concernant mon cas au chef de l’État. Et je suis sûr que le président de la République espérait, lui aussi, cette question. Elle n'est jamais venue. Mais ce n'est pas grave, parce que l'opinion internationale le sait. Quand Reporters sans frontière prend position pour moi et demande qu'on lève le gel de mes avoirs, et m'apporte une aide financière, c'est une grande satisfaction. Lorsque j'étais en activité et que je lisais les dépêches, j'avoue que je disais, parlant de Reporters sans frontières, « mais ces gars-là sont tout le temps, en train de se mêler de ce qui ne les regarde pas ». Mais aujourd'hui, c'est Reporters sans frontières qui prend position pour moi. Je me repens donc de tout ce que je disais et je reconnais que leur combat est noble parce que quand les miens m'ont abandonnée, c'est eux qui ont reconnu que j'étais en train de souffrir. Merci aussi à vous sur place, vous qui avez écrit des articles, vous qui vous êtes déplacés pour venir chez moi. Mais surtout, la section ivoirienne du Cipj (Comité international pour la protection des journalistes) et son secrétaire général Stéphane Goué, qui ont dit : « On vient te voir parce qu'après Hermann Aboa, il faut qu'on s'occupe de toi », et cela m'a fait chaud au cœur. C'est ensemble qu'on a mené cette opération. J'ai d'ailleurs demandé à Stéphane Goué et au Cipj de coordonner toutes les actions en ma faveur. Je veux également remercier des personnes qui vont se reconnaître que je n'ai pas envie de citer, qui ont lancé cette affaire sur Facebook. Notamment une amie qui est au Kenya qui a mobilisé tout son réseau d'amis. C'est vraiment formidable. C'est une grande famille qui s'est développée autour de moi. Je crois que c'est Dieu qui est en train de se manifester. Mais, je répète encore, in fine, ce que nous souhaitons, c'est que les autorités dégèlent mes avoirs. C'est ça le but de l'opération. Ce n'est pas de la mendicité, il ne s'agit pas de demander de l'aumône mais c'est juste qu'on me donne ce à quoi j'ai droit pour mener une vie normale avec mes enfants. Je suis diabétique depuis 1998 et donc s'il n'y avait pas une telle situation, personne n'aurait su que je suis diabétique parce que je n'aurais pas demandé de l'aide. J'ai mon salaire, je paye mes médicaments et je vie avec la maladie depuis longtemps. Mais c'est parce qu'on a gelé mes avoirs et que je n'ai pas d'argent que les problèmes ont commencé. Voilà le but de l'opération. Mais surtout, et j'insiste, je souhaiterais que, dans cette chaîne de solidarité, il n'y ait pas de récupération politique. Je suis en train de payer pour ce que je n'ai pas fait. Donc, je ne peux pas être plus royaliste que le roi, je ne veux pas d'aide politique. L'aide sociale, la compassion n'a pas de couleur politique. Donc, je ne veux pas d'aide d'une organisation qui a une connotation politique. Je ne cite aucun nom mais que celui qui a des oreilles entende. Qu'on laisse les âmes généreuses s'exprimer, venir en aide à leur sœur, à leur fille, en entendant que les autorités dégèlent mon compte car j'ai foi qu'elles font le faire. C'est cela le vrai combat.

 

Interview exclusive d’Awa Ehoura. Propos recueillis par Claude Dassé - Soir Info 23 janvier 2012

 

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Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l’unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu’ils soient en rapport avec l’actualité ou l’histoire de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens, et aussi que par leur contenu informatif ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».

 

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 11:57

Le Collectif des Etudiants pour la Réouverture immédiate des Universités Publiques de Côte d’Ivoire (CERUPCI) que je représente dans ce communiqué est très préoccupé par la fermeture des universités publiques de Côte d’Ivoire, notamment l’université de Cocody, l’université d’Abobo-Adjamé, les URS de Korohogo et de Daloa.

En effet, depuis le mois d’avril 2011, au sortir de la grave crise postélectorale qu’a connue notre pays, les universités publiques d’Abidjan ainsi que celles de Korohogo et Daloa ont été fermées par les autorités gouvernementales ivoiriennes. La réouverture de ces établissements avait été annoncée pour le mois d’octobre 2011. Malheureusement, le Président de la République lors d’une visite officielle au Togo, en novembre 2011, a dans son discours, fait mention du report de cette réouverture en octobre 2012. Cette fermeture prolongée des universités publiques constitue pour nous, une grave atteinte à notre droit à l’éducation.

Les quelques mois de fermeture initialement annoncés se sont donc prolongés et nous n’avons aucune certitude d’ailleurs sur la date d’octobre 2012. Ce délai permet, selon les autorités, de restaurer les locaux et de lutter contre les réseaux estudiantins qui se sont avérés préjudiciables à la sécurité et à l’équité au sein de l’université. Or, nous évaluons à 2% le nombre d’étudiants sensés appartenir à la FESCI, syndicat qu’accuse l’actuel pouvoir, à juste titre, d’avoir fait régner l’insécurité sur les campus universitaires. Sachant que le problème ne peut être traité dans des locaux vides, il faut d’évidence que l’université rouvre pour gérer la situation de violence et la circonscrire si le besoin s’en faisait sentir. Nous demandons instamment au gouvernement de ré-analyser cette situation.

Notons que la connaissance est la base de tout projet professionnel et, au-delà, elle est le fondement de la démocratie. Or, les années blanches successives sont préjudiciables aux étudiants qui se retrouvent désœuvrés, dans l’incertitude et le stress de l’attente.

Notons que cette fermeture des universités publiques handicape vivement les étudiants dont les parents n’ont pas les capacités financières nécessaires pour les inscrire dans des universités privées. Situation d’autant plus gênante que depuis 2009 les années blanches s’enchaînent. On se retrouverait ainsi à la rentrée 2012-2013 avec quatre promotions de bacheliers et des centaines de doctorants en attente de soutenance. Ces derniers sont d’ailleurs particulièrement contrariés par cette décision qui ne leur offre aucune alternative. Les bourses des doctorants qui sont supposés assurer la relève de l’enseignement universitaire en Côte-d’Ivoire ont été suspendues par une décision unilatérale du ministre de l’Enseignement supérieur qui considère qu’il ne s’agit pas d’une priorité. Les bacheliers de l’année scolaire 2009-2010 qui ont été orientés au titre de l’année universitaire 2010-2011 accumuleront deux années d’interruption d’études injustifiées. Notons que plus de 60% de la population ivoirienne vit dans l’extrême pauvreté ce qui explique le besoin crucial de pouvoir s’appuyer sur l’enseignement public.

Cette période de vacuité freine l’avenir de la jeunesse et par voie de conséquence celui du pays qui a véritablement besoin d’une jeunesse bien formée et efficiente pour relever les défis du développement. Or, le développement d’une nation vient de la valorisation de ses ressources humaines. Tous les Etats qui progressent, se soucient de l’avenir social et du développement, font de l’éducation une priorité. Cependant, depuis les années 80 notre système éducatif connaît une tournure de détérioration. Cette crise constante au fil des temps prend une allure étouffante puisqu’elle débouche aujourd’hui sur la fermeture des universités publiques de Côte d’Ivoire alors que nous attendions des solutions et au contraire des nouvelles universités dans le pays. Cette décision, nous le répétons, est inadmissible par nous, les étudiants de Côte-d’Ivoire et notamment par le collectif au sein duquel nous sommes réunis qui représente l’ensemble des étudiants. Nous sommes indignés.

Nous invitons massivement les étudiants de Côte d’Ivoire concernés, les parents d’élèves et tous ceux qui sont sensibles à notre cause, notamment toutes les associations défendant les droits de l’Homme et l’éducation dans le monde, à soutenir notre action en participant à la signature de pétition en ligne à l’adresse suivante : http://campuslibre.wordpress.com

Nous demandons, entre autres, au gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour accélérer les travaux à l’université pour la restauration des bâtiments de cours, plutôt que de privilégier la construction des murs d’enceinte qui pourraient être construits ultérieurement. Les cours pourraient reprendre durant la finalisation de cette phase des travaux. On peut imaginer, comme cela a été fait dans d’autres pays, la mise en place de grandes bâches en lieu et place des salles de cours dans l’attente de la finalisation des travaux. Quand il y a la volonté on avance et on trouve les solutions.

Nous demandons au gouvernement de régler les arriérés de salaire des professeurs en veillant à ce que l’ensemble des professeurs soient rémunérés pour éviter un mouvement de grève à la reprise des cours. Grève qui serait encore très préjudiciable aux étudiants.

Toutes nos propositions sont sur le texte court de la pétition mise en ligne.

Fait à Abidjan, le 19 janvier 2012.

Aleoussene Gbane (Contact : +225/02 65 11 43)

Communique de presse du Collectif des Etudiants pour la Réouverture immédiate des Universités Publiques de Côte d’Ivoire (CERUPCI).

Source : Connectionivoirienne.net 21 janvier 2012. 

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 21:22

La vérité aura mis près de dix-huit ans à surgir, mais elle a une très grande portée historique et diplomatique. Car cette fois, elle n'est pas d'ordre politique mais scientifique : l'expertise menée à Kigali par le juge français Marc Trévidic établit que les tirs qui, le 6 avril 1994, ont abattu le Falcon 50 du président rwandais Juvénal Habyarimana sont partis du camp militaire de Kanombé, tenu par l'armée officielle, censée protéger le chef de l'Etat.

L'enquête établit donc que ce sont les extrémistes hutu qui ont assassiné le président Habyarimana parce qu'il venait d'accepter un partage du pouvoir avec les Tutsi. Et non par des combattants tutsi proches de l'actuel président Paul Kagamé, en guerre contre le régime Habyarimana, comme le juge Jean-Louis Bruguière, prédécesseur de M. Trévidic, l'avait affirmé en 2006 sans jamais avoir enquêté sur le terrain. A l'époque, ses conclusions avaient conduit le Rwanda à rompre ses relations diplomatiques avec la France.

Or cette vérité n'est pas seulement balistique : elle révèle une réalité historique qui établit le mécanisme terrible qui, cent jours durant, a conduit à la mort 800.000 Rwandais, essentiellement tutsi, mais aussi hutu modérés.

Elle montre que l'attentat contre l'avion présidentiel, qui fut le point de départ mais non la cause d'un génocide préparé de longue date, s'inscrit dans une stratégie de la terreur de la part des extrémistes hutu. Il s'agissait de provoquer une situation de chaos propice à la perpétration du massacre planifié et systématique des Tutsi et des opposants hutu. De fait, les tueries ont démarré immédiatement après le crash.

L'expertise judiciaire anéantit ainsi la thèse défendue notamment par le juge Bruguière et le journaliste Pierre Péan[1], selon laquelle les soldats rebelles tutsi venus d'Ouganda et conduits par Paul Kagamé auraient, pour s'emparer du pouvoir, provoqué sciemment le génocide de leur propre peuple, les Tutsi de l'intérieur. L'enquête biaisée du juge Bruguière a failli aboutir non seulement à un terrifiant fiasco judiciaire, mais à une conclusion négationniste : le génocide des Tutsi aurait été organisé… par ceux-là mêmes qui allaient en être les victimes.

Parce qu'elle dérange beaucoup de monde, cette vérité a mis longtemps à être établie. Elle ne gêne pas tellement la France de Nicolas Sarkozy, qui a renoué avec le régime de Paul Kagamé et qui, à Kigali, a reconnu les "graves erreurs d'appréciation" de Paris. Mais plutôt la France de la cohabitation Mitterrand-Balladur, qui a soutenu jusqu'au bout le régime Habyarimana, et celle d'une armée tricolore qui, longtemps, a approvisionné et entraîné les militaires rwandais, dont certains allaient participer au génocide.

S'il a lieu un jour, le procès aux assises du crash de 1994 ne devra pas évacuer ces responsabilités. La vérité sur le génocide rwandais doit continuer à être recherchée indépendamment de la très inquiétante dérive autoritaire de l'actuel régime de Paul Kagamé. Car, avec le génocide, il s'agit d'une tragédie historique.

Source : Le Monde.fr 11.01.12 (Mis à jour le 12.01.12)

 

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[1] - Auxquels il faut malheureusement joindre le Franco-Camerounais Charles Onana, qui, avant de prendre en marche le train de la défense de Laurent Gbagbo à travers son livre "Côte d'Ivoire. Le coup d'Etat", était surtout connu comme un défenseur des génocidaires rwandais. (Note de M. Amondji).

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 20:45

Avec ce refus, le pays d’Abdoulaye Wade risque de perdre 50 millions de dollars d’aide américaine.[1]

 

La justice du Sénégal a rejeté le mercredi 11 janvier pour vice de forme, la demande d'extradition en Belgique de l'ancien chef d'Etat tchadien Hissène Habré, poursuivi pour crimes contre l'humanité et réfugié à Dakar depuis sa chute en 1990, a confirmé le ministère de la Justice. La Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Dakar a rejeté la demande d'extradition de Hissène Habré en Belgique. Elle a estimé que la demande de la Belgique n'est pas conforme aux dispositions légales sénégalaises a affirmé un haut responsable du ministère. La Belgique n'a pas respecté la procédure, a-t-il indiqué sans plus de précision.

Un autre juge de la Cour d'appel de Dakar, a estimé qu'il y a vice de forme dans la demande formulée par la Belgique, sans non plus préciser lequel. Reed Brody, avocat membre de Human Rights Watch (HRW) et à la pointe des démarches pour faire juger Hissène Habré, a estimé que ce n'est pas un refus d'extradition en tant que tel. La justice sénégalaise a dit que les Belges n'avaient pas fourni l'original du mandat d'arrêt et d'autres documents. C'est un jugement purement technique qui laisse la porte ouverte à une nouvelle demande d'extradition belge, a affirmé M. Brody. Ce n'est pas un jugement définitif sur le bien-fondé de la demande, selon lui.

Avec cette situation, le Sénégal risque de perdre 50 millions de dollars d'aide des Etats-Unis en raison de son incapacité à juger ou extrader l'ex-chef d'Etat tchadien, Hissène Habré, a affirmé une ONG ouest-africaine. Plus de 25 milliards de francs CFA (50 millions de dollars) d'aide américaine du Sénégal risquent d'être totalement compromis par l'incapacité du Sénégal à juger ou extrader Hissène Habré conformément à ses obligations internationales, affirme cette ONG basée à Dakar, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho), dans un communiqué. Selon cette ONG, le Congrès américain avait décidé en décembre d'octroyer cette aide au Sénégal, mais des congressistes sont préoccupés par le fait que M. Habré n'a toujours pas été extradé pour être jugé pour crimes contre l'humanité. Ils ont demandé à la Secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, de soumettre avant le 6 février un rapport au Congrès sur les dispositions prises par le gouvernement sénégalais en faveur de la traduction de Hissène Habré en justice, selon la même source. La Raddho regrette qu'une aide aussi utile pour le Sénégal soit compromise à cause du manque de volonté des autorités sénégalaises de faire avancer le dossier Habré. Elle demande à Dakar de respecter ses obligations internationales en extradant Hissène Habré en Belgique dans les meilleurs délais.

Le 8 juillet, le gouvernement sénégalais avait annoncé qu'il allait expulser M. Habré au Tchad où il a été condamné à mort par contumace avant de revenir 48 heures plus tard sur sa décision, à la demande de l'ONU. Abdoulaye Wade a affirmé que le Sénégal n'avait pas refusé de juger Habré, mais ne disposait pas de juridiction ad hoc pour le faire et avait donc renoncé à tenir un procès à Dakar. La Belgique a lancé en septembre 2005 un mandat d'arrêt international contre Hissène Habré pour violations graves du droit humanitaire international et fait une demande d'extradition. Cette procédure se base sur une plainte déposée en 2000 par un Belge d'origine tchadienne, en vertu d'une loi belge dite de compétence universelle pour les crimes de droit international qui autorise les tribunaux à se saisir d'un tel dossier dès lors qu'un ou des citoyens de nationalité belge sont concernés ou que l'auteur présumé se trouve sur le territoire belge. Hissène Habré avait été renversé par l'actuel président tchadien Idriss Deby Itno qui, après avoir été un de ses proches était entré en rébellion avant de provoquer sa chute.

 

Par Ariane Nkoma (source : Tchadonline.com 12/01/2012)

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Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenances diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la «crise ivoirienne ». Selon la formule consacrée, les propos tenus dans ces articles n’engagent que leurs auteurs.

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[1]- Combien le pouvoir ouattariste a-t-il perçu pour avoir livré Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale ?

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 10:13

“Une victoire à la Pyrrhus, on connaissait déjà l’expression. Maintenant on pourrait bien parler d’«une victoire à la Ouattara» concernant la Côte d’Ivoire. En effet, le vainqueur de la présidentielle du 28 novembre 2010 se trouve comme assiégé par trois camps. Il y a d’abord celui des vaincus mais irréductibles [...], et ceux des deux faiseurs de roi que sont les Forces nouvelles (ex-rebelles) de Guillaume Soro et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) de l’ex-président Henri Konan Bédié.” Marcus Boni Teiga

 

Les ouattaristes avaient commencé l’année 2011 dans l’euphorie d’un remake de la célèbre « marche sur Rome » des bandes mussoliniennes. Moins de huit mois après « leur victoire » remportée grâce à l’intervention armée de la France sarkosyenne, les voilà déjà partis pour finir comme l’éphémère « République de Salo ».

D’abord il y a eu le fiasco monumental de ce qui aurait dû être des élections législatives et qui ne fut qu’une cooptation de prébendiers et de « mangecrates » avides de profiter de la bonne fortune de leur soi-disant coreligionnaire et compatriote du Nord. Les Ivoiriens, eux, ont massivement boudé ce scrutin, signifiant par là aux fantoches et à leurs parrains français, étatsuniens et onusiens leur rejet unanime du coup de force du 11-Avril. Avec seulement 15% à 20% de participation au mieux, probablement aucun des « élus » du 11 décembre 2011 n’a même atteint le taux de 50% des inscrits nécessaire pour l’être en toute légitimité. Mais la leçon la plus remarquable de ce scrutin à l’envers, c’est l´aveu implicite par le président de la Cei lui-même, de sa forfaiture de décembre 2010. Car comment croire encore que ce Youssouf Bakayoko était sincère lorsqu’il proclama le résultat du scrutin présidentiel, quand, après le 11 décembre, on l’a entendu mentir si effrontément sur le taux de participation, à seule fin d’enjoliver les résultats d’un scrutin sans véritable enjeu ?

Ensuite il y a eu les exactions récurrentes des prétendues « forces républicaines » et les vaines gesticulations de leurs patrons civils et militaires pour nous faire accroire qu’ils les tiennent bien en main. Mais, à peine Ouattara, Soro et leur chef d’état-major d’opérette ont-ils poussé leur coup de gueule convenu contre les tueurs de Vavoua, que ceux de Sikensi faisaient de nouveaux morts parmi les manifestants aux mains nues qui protestaient contre un premier meurtre. Il est clair que ces bandes hétéroclites n’ont même pas de chefs capables de se faire obéir d’elles. Ouattara et ses complices ont beau multiplier les pantalonnades, ce n’est pas encore demain la veille – à moins d’un miracle bien improbable – qu’ils changeront des mercenaires livrés à eux-mêmes depuis si longtemps et tellement accoutumés à l’impunité, en gentils petits soldats bien disciplinés. Il faut même s’attendre à voir les désordres actuels perdurer et s’aggraver même, car ce régime n’a pas d’autre force armée sur laquelle s’appuyer que celle-là, et il ne peut donc pas se permettre de se les mettre à dos en exigeant trop d’elle.

Devant leur impopularité grandissante, et dans le vain espoir d’y remédier, les fantoches au pouvoir n’ont rien trouvé de mieux que d’offrir au bon peuple d’Abidjan des jeux et du pain comme cela se pratiquait dans la Rome impériale quand les dominants voulaient endormir la conscience des dominés. C’était la fonction des illuminations du Plateau et du feu d’artifice. Dans son allocution de nouvel an, Ouattara s’est glorifié des dons d’aliments qu’il aurait fait à des familles nécessiteuses. On a pu voir aussi dans la presse la photographie d’un préfet recevant à titre personnel une enveloppe des mains d’un représentant du ministère de l’Intérieur. Ce n’est sans doute pas une première en soi dans l’histoire de la CI que cette distribution d’enveloppes. C’était déjà le ressort secret du prétendu charisme d’Houphouët. Bédié en avait repris la pratique de façon ostentatoire, mais c’était encore devant des publics choisis – ce qui, soit dit en passant, n’empêcha pas que le jour de sa chute, aucun de ses prébendiers ne leva même le petit doigt pour le défendre –. La nouveauté, c’est que cette fois-ci cela s’est fait pour ainsi dire sur la place publique. Signe des temps ! En somme, celui que ses partisans surnomment « warifatchè » – c’est, comme qui dirait, l’homme qui transforme en or tout ce qu’il touche – nous prévient qu’en matière de corruption, non seulement il n’a pas plus de scrupules que ses prédécesseurs, mais il n’a même pas leur pudeur…

A cet égard, Guillaume Soro n’est pas en reste. Pour la nuit du 31 décembre, il s’est offert un petit triomphe dans son fief de Ferkessédougou, avec un spectacle musical à la Woodstock et un feu d’artifice grandiose, probablement le premier jamais tiré dans cette localité. Première mise de fonds pour s’acheter l’assise politique qui lui manquait, et dont sans doute le manque se fait sentir de plus en plus cruellement à mesure que se dissipe l’aura qui enveloppait « le Saint-Just des forces nouvelles » tant que celles-ci ne s’étaient pas montrées sous leur vrai jour comme à Duékoué, Abengourou, Vavoua, Sikensi et autres lieux.

Le clou de ces réjouissances démagogiques a été l’exhibition de football qui eut lieu au stade Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan dans l’après-midi du 5 janvier. Pour s’attirer la sympathie des Abidjanais qu’ils savent friands de ce port, Ouattara et son gouvernement y affrontèrent la Fédération ivoirienne de football ! Les premiers l’emportèrent par un score de 3 à 0 auquel contribuèrent personnellement le président et le Premier ministre, chacun marquant son but. Le lendemain matin, tous les journaux proches du pouvoir montraient des images d’un « Félicia » archicomble. On se doute bien que des gens qui savent si bien bourrer les urnes et truquer les résultats électoraux n’ont rien laissé au hasard : le spectacle était gratuit… Reste à savoir si remplir un stade de milliers de badauds fanatiques aura suffi pour redorer le blason d’un régime déjà à bout de souffle après seulement huit petits mois d’existence.

Un qui est aussi en quête de reconnaissance, mais qui peine visiblement à convaincre les Ivoiriens de sa bonne foi, c’est Charles Konan Banny, le président d’une très improbable Commission dialogue vérité et réconciliation qu’on désigne plus communément par l’acronyme : Cdvr. A ce propos, voyez comme parfois les mots nous jouent des tours. Prenez ce sigle, par exemple : « cdvr ». Placez un « a » après le « c » et après le « d », puis un « e » après le « r », et vous obtenez : « cadavre »… Simple coïncidence, certes. Mais, dans un pays comme la Côte d’Ivoire, où il y a encore tant de superstitieux – et Charles Konan Banny en est un notoire ! –, n’eut-il pas été plus sage d’appeler cette commission autrement ? Cependant ce souci-là est loin d’être le seul que notre apprenti réconciliateur aura à affronter. Voici deux anecdotes qui illustrent bien ce qui selon moi constitue le plus gros handicap de la Cdvr : la personnalité de son président, un dangereux cocktail de vanité, de naïveté et d’ambitions souvent déçues avec leurs séquelles de frustrations recuites, sur un fond d’houphouélâtrie familiale et de francophilie atavique... Il y a peu, des jeunes citoyens, partisans de Laurent Gbagbo, qu’il recevait en audience en ont fait la désagréable expérience. Cet « homme de dialogue » ne supportait pas qu’ils lui parlent comme des citoyens responsables libres de leurs opinions et de leur allégeance. Banny étala à cette occasion une conception si mesquine et si sectaire de la Justice comme de son propre rôle à la tête de la Cdvr qu’on pourrait douter de sa compétence pour une telle mission. Quelques jours plus tard, au cours d’une tournée dans l’Ouest martyr, il frisa le ridicule en déclarant qu’il considérait ses activités actuelles comme la poursuite de son programme de gouvernement quand il était Premier ministre. Il serait intéressant de savoir ce que ceux qui lui ont confié cette noble mission ainsi que les éminentes personnalités dont il s’est entouré ont pensé de cette manière égocentrique de comprendre le rôle de la Cdvr.

Chaque fois qu’il a l’occasion de prendre la parole – et il sait l’art de multiplier ces occasions –, Banny s’exprime comme si sa fonction à la tête de la Commission dialogue, vérité et réconciliation avait fait de lui le cogérant de la République. Ainsi, à l’occasion du nouvel an, il s’est lui aussi fendu d’une adresse aux Ivoiriens aussi longue que celle de Ouattara… Il n’est pas impossible que sa fonction lui soit montée à la tête et qu’il considère la présidence de la Cdvr comme une sorte d’apanage ou même comme un butin qu’il se serait acquis par sa contribution personnelle à la victoire de Ouattara. Le risque, c’est que cet organisme qui ne peut fonctionner efficacement que de manière collégiale et en s’ouvrant à la participation responsable de l’ensemble de la communauté nationale en soit bientôt réduit à n’être que le fonds de commerce de son seul président.

Déjà, beaucoup d’Ivoiriens n’ont qu’une confiance limitée dans la Cdvr comme facteur de la réconciliation nationale. Au cours de sa tournée dans l’Ouest martyr, alors qu’il visitait le camp des déplacés de Naïbly dans la commune de Duékoué, Banny a pu l’apprendre de la bouche même de ces malheureux :

« (…) Vous demandez que chacun de nous plante la graine de la réconciliation. Nous sommes d’accord et nous sommes et restons fiers d’être Ivoiriens. Mais monsieur le président du Cdvr, vous avez également dit que toute réconciliation prend sa source dans la vérité. Sur nos terres où vous nous demandez de retourner, les Dozos et les FRCI y ont encore leurs barrages dressés dans de nombreux villages. La quasi-totalité de nos villages sont détruits et ont besoin d’être réhabilités. Nous sommes aussi confrontés au problème foncier qui a toujours été géré avec parti pris par la force des armes. Des hommes en armes ont même pris de force des portions de terres à nos populations. (…). Nous voulons retourner sur nos terres mais les armes se promènent encore partout. Aussi nous sommes indignés de voir des étrangers vêtus dans la tenue de l’armée de notre pays. »

Il est des circonstances où certaines paroles valent des actes. Le discours des déplacés de Naïbly est l’une de ces manifestations de plus en plus fréquentes et massives par lesquelles les Ivoiriens expriment leur ras-le-bol vis-à-vis de ce régime et de ses frci. Ce qu’on a entendu là, et ce qu’on a vu à Vavoua et à Sikensi, notamment, ce sont autant de preuves que le roi est nu... Il faut se rappeler que Vavoua était sous la botte des miliciens ouattaristes depuis 2002, et que les populations martyrisées qui se sont soulevées contre eux sont celles-là même parmi lesquelles et au nom desquelles ils ont été recrutés. Ces événements ont montré que non seulement les gens n’ont plus peur des frci, mais qu’ils sont prêts à prendre les plus grands risques pour en débarrasser le pays. Ainsi se confirme ce que j’écrivais dans mon précédent article : si nous avons bel et bien perdu la longue bataille de 2002-2010, nous n’avons pas encore perdu la guerre qui nous est imposée depuis des décennies par des gens qui se dissimulent de plus en plus mal derrière des prête-noms de plus en plus transparents.

L’avenir, dit Victor Hugo, n’appartient à personne… Je crois surtout qu’il faut seulement savoir qu’il n’y a pas de fatalité et que chacun a seulement l’avenir qu’il s’est mérité… Je souhaite que cette année qui commence sous des auspices aussi prometteurs nous rapproche de la réalisation de notre vieux rêve de liberté. Je sais bien que ce bonheur ne nous sera pas donné sans que nous consentions encore de lourds sacrifices. Je souhaite donc aussi, chers compatriotes et chers amis qui nous faites l’honneur de fréquenter ce blog, que nous ayons le courage de les accepter, afin que notre chère Côte d’Ivoire ait un jour le bel avenir qu’elle mérite.

Marcel Amondji

 

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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 21:32

Il faut sauver le soldat Koulibaly... même malgré lui

Par Grégory Protche* (source : Le Nouveau Courrier 19 décembre 2011)

 

Je viens de lire un article de Mamadou Koulibaly, Législatives sous hyper-présidence : Quelques leçons, paru le 16 décembre dans L'Inter. Long. Trop. Pour masquer le vide : le trop plein ? Comme les chanteurs font 22 titres sur un cd quand ils n'en ont pas trouvé un d'assez fort pour faire un single... le bon. Beaucoup de lignes, de chiffres, mais pas une idée. Pas une idée importante. Essentielle. Et cruciale aujourd'hui. Ce qui est rare venant de lui. Et triste. Du commentaire. De la rhétorique. Du vide. Du bout du stylo. Comme s'il n'avait pas participé, comme s'il ne s'était pas présenté, comme s'il n'avait pas accepté les inacceptables conditions d'élections au mieux inutiles et au pire dommageables.

MK pose trois questions en ouverture de son article. 1) Les partis politiques ont-ils été à la hauteur des enjeux ? 2) La classe politique est-elle encore crédible dans notre pays? 3) Les élections servent-elles encore à quelque chose? Trois questions fondamentales mais hors de propos. Anachroniques. Dérisoires. Il annonce ensuite que son analyse s'appuiera sur les chiffres de la Commission électorale indépendante… Pourquoi ? Pourquoi faire ? Qui croit encore à l'indépendance de cette commission au point qu'on en ait besoin pour s'en défier… MK plonge dans une piscine vide sous les yeux du public pour informer celui-ci qu'il n'y a plus d'eau dedans.

Un petit doigt d'égo, lorsqu’il découvre que sa défaite "semble focaliser" les attentions… c'est désagréable car énoncé presque narquoisement : Mamadou Koulibaly douterait-il (vraiment) de l'attention que les gens intelligents portent à son parcours ? Et donc de son importance dans le jeu politique, non pas seulement ivoirien, mais africain, panafricain même ? Françafricain au moins. Bien sûr que ceux qui voient en lui un traître se réjouissent de son fiasco. Bien sûr aussi que ceux qui pensent que rien n'est si simple sont consternés par cette évitable et inutile Bérézina annoncée. Quand MK rappelle que son parti est né il y a quatre mois à peine et qu'il est privé de ressources par Alassane Ouattara, on a envie de lui dire : autant de raisons de ne pas cautionner un prétendu jeu démocratique aux règles aussi viciées que vicieuses… C'est en comptant ses fractures que le plongeur se souvient qu'il avait vu le gardien vider la piscine.

Alassane Ouattara devient sous sa plume un "hyper président". Une façon comme une autre de le légitimer, de le sarkozyser, grogneront certains. D'oublier dans quelles conditions il est devenu cet hyper président… Mais là n'est pas le plus grave. Puisque tous les partis ivoiriens ont vu leur audience baisser, en raison d'une abstention qu'il ne commentera pas, celle du Lider, son parti, est à l'unisson. Pas plus, pas moins. Sauf que le Lider, en soi, n'existe pas. Le Lider, c'est son leader : Mamadou Koulibaly. Et c'est tout. Comme un étudiant fainéant, il paraphrase et traduit les chiffres en mots. Et là, on commence à comprendre le but, naïf, de sa manœuvre : trouver une explication politique, politicienne, à une erreur intellectuelle. À une faute morale. Lorsqu'il avance que "le vainqueur (RDR, ndlr) a pris soin de violer toutes les règles démocratiques pour mettre en déroute ses adversaires, terroriser les populations, intimider l’électorat et utiliser les moyens financiers de l’Etat pour soutenir les candidats de son choix", ce n'est que pour oser, derrière, l'infamant : "Le FPI, avec son refus de participer au scrutin, a laissé tomber son électorat et le débat national pour se focaliser sur ses urgences du moment : se réjouir du faible taux de participation". Comment, moi, Gaulois vaguement au fait des "Ivoireries", puis-je être au courant que le FPI a boycotté ce scrutin en raison de l'arrestation, suite à l'intervention française, puis du transfert de Laurent Gbagbo devant la CPI, et pas Mamadou Koulibaly ?

Rien n’est pire que l’intelligence qui joue à l’imbécile, à part peut-être un idiot qui fait le savant.

On peine pour lui en le voyant évoquer la situation politique en Côte d'Ivoire comme si elle n'avait pas été "perturbée" par l'intervention française, comme si cette intervention n'avait pas eu lieu, comme si elle n'avait pas tout changé… Comme si "l'absence" de Laurent Gbagbo n'était qu'un détail.

On a du mal à distinguer encore le pourfendeur du franc CFA et des pratiques de la Françafrique derrière ces coupables et pathétiques omissions : un père, ça ne se tue qu'une fois. Et en reconnaissant Ouattara, il l'avait déjà fait…

Si je pouvais l’interviewer aujourd’hui, ce serait ma seule question : pourquoi le 12 avril 2011, prenant Accra pour Londres et vous-même pour de Gaulle, ne vous êtes-vous pas proclamé, en vertu de votre poste de président del’Assemblée nationale, président de fait puisqu’il y avait vacance du pouvoir… ?

L'intelligence ne fait pas tout. Pas plus en politique qu'ailleurs. Il faut du cœur, des tripes et le sens de l'histoire. On ne passe pas à côté d'un destin pour une carrière lorsqu'on s'appelle Mamadou Koulibaly. On n'en a pas le droit. Même si je persiste, depuis mon petit point de vue, à prétendre qu'il ne faut pas jeter le bébé politique Koulibaly avec l'eau vaseuse du bain électoral ivoirien. Aucun pays ne peut se permettre le luxe de se priver d'un cerveau comme le sien. Bref : il faut sauver le soldat Koulibaly... y compris malgré lui.


*Rédacteur en chef du Gri-Gri International, auteur de "On a gagné les élections, mais on a perdu la guerre".

 

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 17:29

Sur les cendres encore chaudes de l’élection présidentielle de 2010, des élections législatives viennent de se dérouler en Côte d’Ivoire. Un fait, a cependant sauté aux yeux de tous. Les Ivoiriens ne se sont pas bousculés aux portes des bureaux de vote. Pour tout dire, nombreux parmi ceux qui ont pris part à l’élection présidentielle de décembre 2010, ne se sont pas senti concerné par ce vote. Au regard de ce flagrant manque d’engouement, certains ont parlé de « désert électoral », quand d’autres ironisaient : « Bureaux de vote cherchent électeurs ». Soulignons aussi, le mot d’ordre de boycotte lancé par le FPI, principal parti d’opposition crée par Laurent Gbagbo. Ce parti avait appelé ses militants et sympathisants à « rester chez eux », de sorte à ne pas prendre part à ces législatives. Ceci, expliquerait cela.

Nonobstant toutes les agitations de l’opposition autour du taux de participation, le pouvoir Ouattara pouvait dormir sur ses deux oreilles, sûr de détenir l’arme sécrète : Monsieur CEI, l’expert dans l’art des résultats mystérieux. Cet homme n’avait pas encore dit son dernier mot. Mais c’est maintenant chose faite. Car des méandres du laboratoire si sophistiqué de la CEI, la nouvelle vient de tomber : 36,56% de taux de participation à ces législatives de 2011. Là où certains ne donnaient pas plus de 20%. Formidable Youssouf Bakayoko, tu ne cesseras jamais de nous dribbler !

Ces élections législatives feront couler beaucoup d’encre et de salives. Pas plus. Ouvrons ici une petite parenthèse : Les perdants du PDCI, peuvent crier, ou même pleurer. Faire toutes les acrobaties les plus burlesques. Tant pis pour eux ! Car, tant que le sphinx de Daoukro, président du PDCI, convole en noces mielleuses avec Alassane Ouattara, président du RDR, ces frustrés peuvent « aller voir ailleurs ». Refermons très vite cette parenthèse sur les sanglots et les lamentations honteuses du PDCI. Ces gens sont assez grands pour assumer leur alliance de « dupeur-dupé ».

Vous avez dit élections législatives ? Alors que le pays est loin d’avoir dépassé les terribles répercussions de cette guerre inique. Des législatives dans un tel contexte, c’est un joli pansement qu’on tente ainsi d’appliquer sur des plaies purulentes et auxquelles l’ont s’est bien gardé d’apporter des soins appropriés.

Les plaies dont souffre la Côte d’Ivoire sont là, béantes et pas du tout jolies. Ce pays souffre des ses fils et filles portés disparus ou en exil. De ses enfants emprisonnés ou déportés. De ses femmes, de ses jeunes et de ses hommes victimes de la barbarie et de l’injustice des sbires du nouveau régime. Ce pays souffre de ne pas connaitre la vérité. Cette vérité qui libèrera et soulagera à la fois les cœurs et les esprits : « Qui a remporté l’élection présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire ? ». Ce jour où des preuves ne souffrant d’aucun doute répondront à cette question, ce jour et ce jour là seulement la Côte d’Ivoire pourra enfin pousser un profond soupir de soulagement. Elle pourra alors appeler ses fils et filles autour d’une vraie cohésion sociale, au-delà de simples et vains mots. Or, tant que le souvenir des bombes françaises hantera nos nuits les plus profondes, ce pays continuera de souffrir de ses cauchemars.

Les Ivoiriens ont été appelés à choisir. Aujourd’hui encore. Mais quel choix y a-t-il à faire lorsque le choix de la communauté dite internationale s’impose, depuis avril 2011, aux Ivoiriens ? Quel choix y a-t-il faire lorsque l’un des principaux protagonistes du jeu démocratique ivoirien et son parti politique sont absents, voire exclus ? Il eut fallu que celui qui tire sa légitimité de « la communauté internationale », s’en réfère justement à cette communauté pour choisir ses députés. Au lieu d’ennuyer les Ivoiriens plus préoccupés par leur sort quotidien dans la nouvelle république RHDP.

Cela aurait été juste et convenable au regard de l’historique [contentieux] électoral qui a cours depuis 2010. Toute tentative contraire reste et ne sera que mascarade. Les Ivoiriens, ont refusé d’aller à ces législatives. Par ce désaveu cinglant, ils ont renvoyé Monsieur Alassane Ouattara à « sa communauté internationale ». Car le peuple est et reste le dernier recours. Beaucoup de chefs d’Etat l’ont appris, ces derniers temps, à leurs dépens.

N’empêche, Hamed Bakayoko, ministre de l’intérieur d’Alassane Ouattara, interrogé sur la question de l’enjeu de ces législatives, répond : « L’enjeu de cette élection n`était pas le taux de participation, c`était d`abord d`organiser une élection apaisée ». En d’autres termes, que les Ivoiriens aient participé ou non à ces élections, cela leur est égal. « La communauté internationale a constaté qu’il n’y a eu aucun incident lors de ces élections ». Hamed Bakayoko peut dire ce qu’il veut pour sauver la face à son patron. Youssouf Bakayoko peut annoncer les chiffres qui font plaisir à ses employeurs, avec à la clé des promesses de séjours dorés en France. Les Ivoiriens ont fait usage de leur droit. Le droit d’exprimer leur désapprobation : « Non, nous ne voulons pas de ces élections wouya wouya (sans aucune valeur) ».

Et la démocratie dans cette histoire ? Alassane Ouattara n’a, en effet qu’une volonté factice d’ouvrir le jeu démocratique en Côte d’Ivoire. Et montre qu’il se souci peut de ce que les Ivoiriens pensent ou ressentent. Qu’ils croupissent en prison, qu’ils meurent en exil, qu’ils subissent les exactions de tous genres ou la justice des vainqueurs, il n’en a rien à cirer. Le plus important, pour lui, c’est de montrer à la « communauté internationale », que « tout va très bien en Côte d’Ivoire » et de surtout s’offrir une législature taillée sur mesure. Une assemblée nationale où l’on pourrait facilement conduire les débats en dioula, du fait de sa très forte coloration nordique.

Alors les Ivoiriens, qui ont très vite comprit cela, ne se sont pas fait prier pour refuser de prendre part à ces législatives. On n’entend d’ici, certains caciques du pouvoir s’évertuer à minimiser le faible taux de participation : « le scrutin a été libre et transparent » ; « la légitimité du prochain parlement n’est pas liée au taux de participation », et patati et patata… Quoi qu’il en soit, l’arrière goût amer de ce refus leur restera longtemps encore en travers de la gorge.

En l’absence des Ivoiriens, dans leur large majorité, de qui Ouattara tient-il donc sa légitimité ? Répondre à cette question revient à répondre aussi à celle-ci : « Qui a remporté l’élection présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire ? ».

Marc Micael

 

(Source : Ivorian.Net 16 décembre 2011)

 

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 16:39

Analyse - La réconciliation nationale reste le principal défi d’Alassane Ouattara, toujours controversé.


« Est-ce vraiment le boycott des partisans de Gbagbo qui a pesé ? Il ne faut pas comparer les législatives de dimanche avec la présidentielle de décembre 2010, mais avec les dernières législatives, il y a onze ans. Le taux de participation n’était déjà que de 32%. Ce qui n’avait pas empêché à l’époque Laurent Gbagbo de juger son assemblée légitime », rappelle, un brin désabusé, Boureima Badini. Cet homme discret a joué un rôle clé dans le long processus de sortie de crise qui a abouti aux élections de dimanche.

 

Coulisses 

Dans son bureau qui domine la lagune d’Abidjan, un grand portrait du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, rappelle qu’il est avant tout le représentant de l’homme fort de la région. Ce dernier est devenu le « facilitateur » du conflit ivoirien en 2007, lorsque fut signé l’accord de Ouagadougou entre Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Guillaume Soro, alors chef des forces rebelles qui occupaient le nord du pays. Pendant quatre ans, Boureima Badini n’a cessé de maintenir le dialogue entre les frères ennemis ivoiriens, menant une diplomatie de coulisses qui a bien failli voler en éclats lorsque Gbagbo a refusé le verdict de la présidentielle de 2010. Mais aujourd’hui, Badini est bien placé pour évaluer les enjeux de l’après-législatives. Il semble convaincu que tout dépendra de « la capacité des vainqueurs à tendre la main aux vaincus de la crise » : « Dans nos sociétés fragiles, la majorité, même légitimée par les urnes, ne peut pas se permettre d’ignorer la minorité », explique-t-il. Le Rassemblement des républicains (RDR), le parti de l’actuel président, est assuré de rafler la majorité des 255 sièges de l’Assemblée. « Mais il devra se montrer le plus inclusif possible et tendre la main à ses adversaires », souligne encore Badini.

Reste que le parti de Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), bien qu’affaibli, n’a dans l’immédiat aucun intérêt à collaborer avec le pouvoir. C’est donc Ouattara et ses alliés qui devront seuls gérer les défis immédiats : la reprise économique et le retour de la sécurité. En principe, c’est le grand allié du RDR qui devrait décrocher le poste de Premier ministre. L’ancien parti unique fondé par Félix Houphouët-Boigny, le Parti démocratique de Côte-d’Ivoire (PDCI), avait permis à Ouattara de gagner la présidentielle en lui apportant le soutien du sud et du centre du pays. Mais comme beaucoup d’observateurs, Badini spécule sur le maintien de l’actuel chef du gouvernement à son poste : Guillaume Soro a l’avantage d’être obéi par les forces rebelles, qu’il a commandées et dont les chefs ont été promus dans la nouvelle hiérarchie militaire.

 

Complices 

« Ouattara et Soro sont devenus très complices, note le négociateur burkinabé, qui connaît bien les deux hommes. De plus, ils sont complémentaires : Ouattara assure la reprise économique, et Soro s’occupe de la réforme de l’armée et de la sécurité. » Est-ce que ce sera suffisant pour faire taire les vieux démons ? « Une partie de la population continue à voir en Ouattara un étranger d’origine burkinabée, reconnaît Badini, forcément sensible à la stigmatisation dont ses nombreux compatriotes ont fait l’objet pendant tant d’années de tensions. La crise ivoirienne a été avant tout identitaire. On s’est alors attaqué aux immigrés, qui forment un tiers de la population active. » Badini n’ignore pas que la reprise économique s’accompagnera de nouvelles revendications sociales, tant les attentes sont fortes. Seront-elles exploitées par les partis politiques, alliés ou non du gouvernement ?


« A terme, il y a bien un risque de voir une partie du PDCI reformer une grande alliance du Sud avec les héritiers du FPI », estime un cadre du PDCI qui, bien qu’hostile à Gbagbo, reconnaît à ce dernier « des atouts qui manquent à Ouattara : une certaine ferveur, un contact facile avec le peuple ». L’actuel président, lui, voyage beaucoup à l’étranger, « mais jusqu’à présent, il s’est peu déplacé dans le pays, rappelle-t-il. Or, bien plus que de nouveaux députés, les Ivoiriens veulent un leader qui leur parle et leur redonne confiance ».


Par MARIA MALAGARDIS (Envoyée spéciale à Abidjan) Libération (Paris) 14 décembre 2011


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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 15:43

« On ne peut fonder la liberté sur l’emploi d’une force étrangère. Remettons entre les mains des peuples leurs propres destinées. Ceux qui veulent donner des lois, les armes à la main, ne paraissent jamais que des étrangers et des conquérants. » Robespierre


L’image m’avait choqué et je lui avais consacré un billet sur le défunt site « www.credci.net »… « Pacification de la Côte d’Ivoire », disait la légende. On y voit des jeunes hommes allongés par terre dans la rue, quelque part dans Abidjan. Et, debout devant eux, trois ou quatre individus lourdement armés dont l’un, sans doute le chef de bande, tient dans sa main droite, outre son arme, une chicotte dont il frappe violemment l’un des citoyens à terre malgré ses supplications.

 

Ce chicoteur ignorait évidemment qu’il anticipait les conseils que, quelques semaines plus tard, Tiburce Koffi prodiguera à quelques-uns de ses collègues sur la scène même d’un incident de rue dont il était le témoin… Mais – et j’ose à peine l’écrire –, il se peut aussi que ce soit le chicoteur qui inspira l’intellectuel… 

« Ce week-end, nous conte T. Koffi,  j’ai fait l’expérience du bien-fondé de la répression : feu rouge à un carrefour. Nous sommes tous immobilisés. Un conducteur de wôrô wôrô, au mépris des feux, passe. Comme tout le monde, j’observe, écœuré et impuissant, la scène. Soudain, sortent de l’ombre, cinq éléments des Frci qui suivaient, cachés, les manœuvres des conducteurs indélicats. Ils font sortir le conducteur de sa voiture, lui retirent ses pièces. Je sors, moi aussi, de ma voiture, et je les rejoins. Je leur explique qu’il est inutile de lui arracher ses pièces, car il a les moyens aussi bien légaux qu’illégaux de les retirer et pis, de récidiver ! Que faire alors ? Je leur propose une autre solution : qu’ils ôtent le pantalon du délinquant et qu’ils le flagellent, là, dans l’obscurité, jusqu’à ce qu’il urine sur lui, devant nous ! La méthode leur a paru curieuse, voire douteuse. Je les ai rassurés de son efficacité en leur disant qu’elle s’appelait d’ailleurs MGO (Méthode Gaston Ouassénan – du nom de son illustre inventeur, général d’armée de son état)[1]. Après mon bref exposé scientifique sur la question, l’un d’entre eux (ça devait être le chef) a mis en pratique mes consignes. Ensemble, nous nous sommes délectés des cris de douleur du délinquant. Oui, ce fut un agréable supplice ! Puis, celui qui semblait être le chef a dit : "Kôrô, on dirait que tu as raison, dêh ! Ça là, mogo-là ne va plus jamais griller feu dans pays là !"La flagellation publique comme punition légale aux contrevenants ? Songeons-y sérieusement ! » (Fraternité Matin)

Ainsi, non seulement l’houphouétiste d’aujourd’hui, et jusqu’à un houphouétiste d’élite comme Tiburce Koffi, regarde de telles pratiques sans s’émouvoir, mais encore il en redemande ! Gageons que, contrairement à lui, les non houphouétistes, surtout ceux de mon âge et au-delà, éprouvèrent d’étranges sensations à la vue de cette scène… De notre temps on n’en faisait pas des photographies, encore moins des photographies en couleurs, mais de telles scènes étaient, pour ainsi dire, notre pain quotidien. C’était le travail de ceux que nous appelions avec mépris les « gardes froko », ces exécuteurs des basses œuvres des administrateurs coloniaux auxquels, il y a cinquante et un an, « l’indépendance façon » d’Houphouët a substitué ses sous-préfets et ses préfets…

Cette scène d’un autre temps, et le propos de Tiburce Koffi plus encore, confirment la nature néocolonialiste du régime issu du coup de force du 11 avril 2011. En même temps, ils nous disent que cette histoire ne s’est pas terminée avec la funeste journée. Ils nous disent que nos souffrances ne font que commencer, mais aussi, a contrario, que les vainqueurs du 11 avril ne sont pas très sûrs d’en avoir fini avec leurs victimes. D’où leur volonté d’instaurer un régime de terreur. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres…

 

Le président que nous devons à la belliqueuse générosité de Nicolas Sarkozy se serait assigné pour tâche prioritaire la « pacification de la Côte d’Ivoire »… La généralisation de la « méthode Gaston Ouassénan » en vue de la régénérescence civique des Ivoiriens que préconise Tiburce Koffi lui facilitera-t-elle les choses ou les lui compliquera-t-elle plutôt ? Dieu le sait…

« La pacification de la Côte d’Ivoire », c’est aussi le titre du livre dans lequel Gabriel Angoulvant justifiait ses crimes contre nos aïeuls, dont ses compatriotes convoitaient les terres, le sous-sol, les forêts et la force de travail, et qui n’entendaient pas se laisser faire.[2] Ce mot de pacification et les différentes pratiques qui vont avec, comme les meurtres de masse et les autres formes de sévices corporels sont donc très intimement liés à notre mise en dépendance. Et nous sommes paraît-il devenus indépendants depuis cinquante et un ans. Cinquante et un ans pendant lesquels, à voir les agissements des « Frères Cissé » ou à lire Tiburce Koffi, leur Solon, nous n’aurions donc fait que tourner en rond jusqu’à retomber, dès le lendemain du 11 avril 2011, dans l’époque des « gardes froko » chicoteurs et des gouverneurs pacificateurs.

Au lendemain du 11 avril, beaucoup comparaient l’atmosphère qui régnait dans Abidjan et dans le reste du pays à ce que les Ivoiriens ont vécu en 1963-1964, voire en 1949-1950. La comparaison serait vraie si, après le 11 avril, les Ivoiriens qui résistaient à ce coup d’Etat au long cours (2002-2011) avaient renoncé et s’étaient couchés. Or il n’en fut rien. Les nombreux exilés civils et militaires ont, pour ainsi, voté avec leurs pieds en faveur d’une résistance sans concessions. A l’intérieur du pays aussi les signes se multiplient qu’une volonté chaque jour plus déterminée de résister au nouvel ordre est à l’œuvre. A preuve, le refus général de nos compatriotes de toutes les régions, de toutes les ethnies et de toutes les confessions de participer à la mascarade électorale du 11 décembre. Au fait, où donc étaient passées ces foules compactes qui auraient plébiscité Alassane Ouattara, le 28 novembre 2010 ?

En fait, la seule époque qu’on pourrait comparer à celle que nous vivons depuis le 11 avril, c’est celle qui correspond aux règnes d’Angoulvant et de ses successeurs immédiats, c’est-à-dire grosso modo aux années 1908 à 1920. Epoque qui vit nos aïeuls perdre, sous la pression des Français poussant déjà devant eux leurs mercenaires sahéliens, leur liberté en même temps que leurs droits naturels sur leurs propres terres. Les colonisateurs voulaient des peuples entièrement à leur merci. Ils renversaient partout les dynasties légitimes et, à leur place, ils instauraient des fantoches qu’ils choisissaient de préférence parmi les déracinés, les corrompus et les lâches. Telle fut l’origine de la plupart des chefferies, notamment les chefferies dites « de canton », à travers lesquelles les Français exploitaient leurs conquêtes. Chez nous, grâce à la complicité de l’ancien chef de canton Félix Houphouët, que certains s’obstinent toujours à décorer du titre de père de l’indépendance, ce système fut prolongé très au-delà de ce qu’on nous donna pour une « décolonisation ».

Sous le régime colonial direct, comme sous celui de cette fausse indépendance, les Ivoiriens tentèrent plus d’une fois de secouer le joug. Parfois même, comme à la fin des années 1940 ou en 1960, ils purent croire que le jour de leur libération était arrivé. Mais ils déchantèrent. C’est dans ce sens, et seulement dans ce sens, que les événements de la décennie 2000-2011 sont comparables à ceux de 1944-1950 ou de 1960-1963. Mais il y a quelque chose qui les en différencie radicalement : les Ivoiriens d’aujourd’hui ne sont plus enclins à se laisser faire comme l’étaient ceux de 1950 ou de 1963.

En 1950, nous nous réveillions à peine de la longue nuit coloniale. Peu nombreux étaient ceux d’entre nous qui avaient à la fois une idée claire de nos droits et une volonté bien arrêtée de les recouvrer. Du moins, ceux qui en avaient une idée claire n’étaient pas nécessairement les mêmes qui étaient animés de la volonté de les recouvrer à quelque prix que ce fût. Si beaucoup se montrèrent capables de consentir les plus grands sacrifices, la société dans son ensemble n’était point préparée à affronter la machine de propagande et de répression des colonialistes. Et les chefs qu’ils s’étaient choisis étaient en réalité, ou peu désireux ou tout bonnement incapables de les mener jusqu’au point où ils rêvaient d’atteindre. C’est ainsi que le formidable mouvement insurrectionnel des dernières années 1940 fut vaincu autant par la trahison de son principal dirigeant que par la féroce répression des colonialistes français.

De 1960 à 1963, les toutes premières années de la fausse indépendance furent des années d’immenses illusions. Nous croyions que nous étions entre nous seulement, libres de faire ce que nous voulions et ce que nous croyions devoir faire chez nous, par nous-mêmes, pour nous. Et nous croyions aussi que celui qui nous avait déjà trahis dix ans auparavant était redevenu digne de notre confiance pleine et entière avec l’indépendance qu’il avait solennellement proclamée. Or il avait toujours parti lié avec nos oppresseurs, lesquels, pour leur part, n’étaient point décidés, indépendance ou pas, à nous céder la moindre parcelle du pouvoir qu’ils s’étaient arrogé sur nous. Et, une fois de plus, nous fumes trahis et vaincus. Dans les deux cas, la défaite nous laissa sans réaction, en sorte que nos vainqueurs purent faire dans le pays tout ce qu’ils voulurent des années durant sans être contrariés.

Aujourd’hui au contraire, et alors que la bataille a été d’une brutalité inouïe, les vainqueurs n’ont joui d’une supériorité psychologique que durant quelques semaines à peine. Et les vaincus ne se sont pas couchés. Ils ne se sont pas avoués vaincus. Comme l’autre, ils pourraient dire avec raison qu’ils ont certes perdu une bataille, mais qu’ils n’ont pas perdu la guerre.

Hier, le traître au pouvoir n’avait pas à se donner beaucoup de peine pour nous leurrer parce qu’il agissait sous le masque de l’anticolonialisme symbolisé par le sigle « Pdci-Rda ». Aujourd’hui, s’ils sont toujours au service des intérêts de la France plutôt qu’au service des Ivoiriens, Ouattara, Bédié et consort sont forcés d’agir sous leur vrai visage et, au-delà de leurs serments et de leurs promesses, tout le monde peut voir qui ils sont vraiment, comment ils fonctionnent et qui les manipule.

Jamais les auteurs de nos malheurs n’ont été aussi bien identifiés qu’en cette année 2011. Jamais les enjeux de la lutte séculaire des Ivoiriens pour recouvrer leurs droits spoliés n’ont été aussi clairement perçus par eux que depuis que la France, entraînant avec elle une administration des Nations unies aux ordres d’un quasi apatride, nous a imposé par la force un ersatz d’Houphouët et de son régime de trahison nationale. Aujourd’hui les Ivoiriens savent bien ce qu’ils veulent. Ils ont vu les ruses, les manœuvres sournoises, les violences ouvertes, grâce à quoi les colonialistes les ont une fois encore frustrés de ce qu’ils savent être leur dû. Cette fois encore ils ont été vaincus, mais ils ne sont pas résignés. Ils ne peuvent pas se résigner. Plus jamais ils ne se résigneront.

Je ne dis pas que les mois, les années qui viennent seront de tout repos. Au contraire, il nous faudra encore accepter des sacrifices et subir toutes sortes d’avanies. Ils se sont abattus sur nos villes et nos villages comme une nuée de sauterelles. Observons ces nouveaux députés issus de la farce électorale du 11 décembre : ils seraient incapables de dire à quoi sert un député. Mais quelle importance ? De toute façon, leur programme sera concocté à Paris et il leur sera dicté au fur et à mesure par le gauleiter Simon. Eux ne sont là que pour « manger ». Ils « mangeront » donc, et ils s’acharneront sur tous ceux qui voudront les en empêcher. Donc il faut bien savoir que plus nous leur résisterons, plus ils redoubleront leurs violences. Mais, l’essentiel, c’est que nous résisterons, comme d’habitude. Car si la « pacification », avec tout ce qu’elle signifie de crimes impunis, est une constante dans notre histoire, il y a aussi cette autre chose qui toujours l’accompagne, comme sa résultante ou son corollaire : notre résistance !

Marcel Amondji



[1] - Il s’agit d’une allusion à la bastonnade infligée à Aboudramane Sangaré, un proche de L. Gbagbo, par G. Ouassénan Koné alors ministre de la Sécurité.

[2] - La pacification de la Côte d’Ivoire, E. Larose, Paris 1916.

 

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 12:41

Présidente fondatrice de la Nouvelle COCOPROVI, membre du Conseil économique et social, vice-présidente du Conseil général de Zuénoula, Irié Madeleine Zamblé-Lou nous a quittés dans la nuit du 27 novembre 2011. Celle qui était, depuis 1996, un véritable monument national sera inhumée à Manfla, département de Gohitafla, le 17 décembre. 

A la fin de chaque année, le quotidien gouvernemental Ivoir’Soir, aujourd’hui disparu, invitait ses lecteurs à désigner « l’homme de l’année », c’est-à-dire la personne qui s’était particulièrement signalée au cours de l’année soit par son civisme, soit par un exploit sportif particulièrement remarquable. Pour 1996, à la surprise des organisateurs, leur choix se porta sur une femme, disait ce journal, « courageuse quoique analphabète ».

Cette femme, c’était Madeleine Zamblé-lou Irié, la présidente de la Coopérative de commercialisation des produits vivriers (COCOPROVI), et la principale animatrice du « marché gouro » d’Adjamé. Un marché qu’elle avait fondé presque seule, en 1983, sur un terrain public concédé à l’amiable par le maire de l’époque et qui, au fil des ans, était devenu une véritable institution nationale.

Ce qui lui valut cette distinction, c’est la victoire qu’elle avait remportée quelques semaines plus tôt sur un certain Kalil Farès, Ivoirien d’origine libanaise et commerçant cossu – c’est presque un pléonasme –, qui prétendait déguerpir le « marché gouro » de l’espace qu’il occupait en brandissant, outre un titre de concession en bonne et due forme à lui attribué par le ministère de l’Environnement, de la Construction et de l’Urbanisme, un alléchant « projet d’investissement » dans lequel devaient participer, selon lui, des bailleurs de fonds basés en Suisse et en France… Le genre d’argument auquel les soi-disant décideurs ivoiriens profilés Houphouët étaient incapables de résister !

L’affaire était déjà aux mains de la Justice et menaçait de mal tourner pour la COCOPROVI, qui ne pouvait produire aucun titre légal d’occupation, quand, devant la détermination des coopératrices soutenues par la population, l’Etat en la personne de son chef, alors Henri Konan Bédié, se vit obligé de prendre position : « le « marché gouro » restera à sa place, pour le moment, et on trouvera un autre terrain pour les mirobolants « projets d’investissement» du citoyen Farès… ». Ce qui s’appelle couper la poire en deux !

Recevant une délégation des marchandes venues le remercier au lendemain de son arbitrage, Bédié leur intima l’ordre de ne plus « faire de la politique au  marché ». Le choix des lecteurs d’Ivoir’Soir était au contraire un encouragement à en faire. « Il est important, précisait l’un d’eux, à l’heure où l’on crie : ivoirité, patriotisme, que l’Ivoirien puisse choisir la personne qui incarne le mieux ce modèle». Ce sont de ces petits faits qui montrent qu’une opinion publique informée, vigilante et indépendante des appareils politiques, commençait à faire sentir son influence sur les attitudes et les décisions des hommes au pouvoir.

Cependant, l’affaire ne prit pas fin avec l’arbitrage ambigu de Bédié. Le nommé Kalil Farès revint souvent à la charge sans toutefois réussir à déguerpir le « marche gouro ». Bien après la chute de Bédié, quand Charles Konan banny devint Premier ministre, un Premier ministre dont apparemment beaucoup d’affairistes espéraient toutes sortes de faveurs, Farès lui adressa une missive dans laquelle il se plaignait amèrement de ce qu’il considérait toujours comme une justice dont il était la victime : « C’est moi qui suis le propriétaire du terrain sis à l’ilôt n° 82 à Adjamé-Nord, lopin de terre appelé communément « marché gouro ». Mon affaire a défrayé la chronique en 1996. En effet, j’ai acquis en 1992, sous l’ère du ministre de la Construction M. Ezan Akélé, l’arrêté N° 265 M.E.C.U D.CU SDAHPC m’accordant le permis de construire et inscrit au journal officiel N° 23 du jeudi 8 juin 1995 puis légalisé par le secrétariat général du gouvernement. Et un conseil des ministres a prouvé que le terrain m’appartient. » Rien n’indique que ce processif opiniâtre Libano-Ivoirien eut plus de succès avec C. Konan Banny qu’avec ses prédécesseurs. Et c’est la meilleure preuve que la résistance des femmes du « marché gouro » n’avait pas été vaine.

Quant à Madeleine Zamblé Lou Irié, après l’épisode glorieux de 1996, elle connut quelques déboires sérieux, qui n’étaient sans doute pas sans rapports avec sa fonction et son rôle d’animatrice du « marché gouro ». En effet, peu de temps après sa consécration, sa maison brûla avec tout ce qu’elle contenait. Elle-même et sa fille faillirent y perdre la vie. Mais ce ne fut pas assez pour lui faire perdre courage ni pour la faire renoncer à son combat.

Madeleine Irié, ton histoire nous rappelle que seule la lutte paie.

Repose en paix.

Marcel Amondji
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