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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 00:18

En hommage au président de la République bolivarienne du Venezuela décédé à Caracas ce mardi 5 mars 2013, nous invitons nos amis à lire ou à relire et à méditer Chavez---Bolivar.jpgla lettre qu’il a adressée, le 22 février 2013, aux participants du IIIe Sommet Afrique-Amérique latine et Caraïbes (Malabo, Guinée équatoriale).


Caracas, 22 février 2013


Frères et sœurs,


Recevez mon plus fervent salut bolivarien, unitaire et solidaire, avec toute ma joie et toute mon espérance pour le déroulement de ce IIIe Sommet tant attendu des chefs d’État et de gouvernement d’Amérique du Sud et d’Afrique.

Je regrette vraiment, du plus profond de mon être de ne pouvoir être présent physiquement parmi vous pour vous réitérer, par une sincère accolade, mon irrévocable engagement en faveur de l’unité de nos peuples. Je suis présent, cependant, dans la personne du Chancelier de la République bolivarienne du Venezuela, le camarade Elias Jaua Milano, à qui j’ai demandé de vous transmettre la plus vive expression de mon amour pour ces continents qui sont plus que frères, unis par de solides liens historiques et destinés à avancer ensemble vers leur rédemption pleine et absolue.

Je le dis du plus profond de ma conscience : l’Amérique du Sud et l’Afrique sont un même peuple. On réussit seulement à comprendre la profondeur de la réalité sociale et politique de notre continent dans les entrailles de l’immense territoire africain où, j’en suis sûr, l’humanité a pris naissance. De lui proviennent les codes et les éléments qui composent le syncrétisme culturel, musical et religieux de notre Amérique, créant une unité non seulement raciale entre nos peuples mais aussi spirituelle.

De la même manière, les empires du passé, coupables de l’enfermement et de l’assassinat de millions de filles et de fils de l’Afrique mère dans le but d’alimenter un système d’exploitation esclavagiste dans leurs colonies, semèrent dans Notre Amérique le sang africain guerrier et combatif qui brûlait du feu que produit le désir de liberté. Cette semence a germé et notre terre a enfanté des hommes aussi grands que Toussaint Louverture, Alexandre Pétion, José Léonardo Chirino, Pedro Camejo parmi beaucoup d’autres, avec pour résultat, il y a plus de 200 ans, le début d’un processus indépendantiste, unioniste, anti-impérialiste et reconstructeur en Amérique latine et caribéenne.

Ensuite, au XXe siècle, vinrent les luttes de l’Afrique pour la liberté, ses indépendances, contre ses nouvelles menaces néocoloniales, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral pour n’en citer que quelques-uns. Ceux qui, dans le passé, nous ont conquis, aveuglés par leur soif de pouvoir, ne comprirent pas que le colonialisme barbare qu’ils nous imposaient deviendrait l’élément fondateur de nos premières indépendances. Ainsi, l’Amérique latine et les Caraïbes partagent avec l’Afrique un passé d’oppression et d’esclavage. Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes fils de nos libérateurs et de leurs hauts faits, nous pouvons dire, nous devons dire avec force et conviction, que nous unit aussi un présent de lutte indispensables pour la liberté et l’indépendance définitive de nos nations.

Je ne me lasserai pas de le redire, nous sommes un même peuple, nous avons l’obligation de nous rencontrer au-delà des discours formels dans une même volonté d’unité et ainsi unis, donner vie à l’équation qui devra s’appliquer dans la construction des conditions qui nous permettront de faire sortir nos peuples du labyrinthe dans lequel le colonialisme les a jetés et, par la suite, le capitalisme néo-libéral du XXe siècle.

Pour cela, je veux évoquer la mémoire de deux grands combattants pour la coopération sud-sud comme l’ont été les deux ex-présidents du Brésil et de la Tanzanie, Luis Ignacio « Lula » da Silva et Julius Nyerere dont les apports et les efforts ont permis, en leur temps, la mise en place de magnifique forum pour une coopération solidaire et complémentaire comme l’est l’ASA [América del Sur/Africa].

Cependant, les temps que nous vivons nous obligent à consacrer nos plus profondes et urgentes réflexions à l’effort nécessaire pour transformer l’ASA en un véritable instrument générateur de souveraineté et de développement social, économique, politique et environnemental.

C’est sur nos continents que l’on trouve les ressources naturelles, politiques et historiques suffisantes, nécessaires, pour sauver la planète du chaos où elle a été conduite. Faisons que le sacrifice indépendantiste de nos ancêtres qui nous offre le jour d’aujourd’hui serve à unifier nos capacités pour transformer nos nations en un authentique pôle de pouvoir qui, pour le dire avec le père Libérateur Simon Bolivar, soit plus grand par sa liberté et sa gloire que par son extension et ses richesses.

Les paroles de cet immense général uruguayen José Gervasio Artigas résonnent toujours dans mon âme et dans ma conscience : « Nous ne pouvons rien attendre si ce n’est de nous-même. » Cette pensée si profonde renferme une grande vérité que nous devons assumer, j’en suis absolument convaincu.

Notre coopération sud-sud doit être un lien de travail authentique et permanent qui doit tourner toutes ses stratégies et ses plans de développement soutenable vers le sud, vers nos peuples.

Quoiqu’en aucune manière nous ne nions nos relations souveraines avec les puissances occidentales, nous devons nous rappeler que ce ne sont pas elles qui sont la source de la solution totale et définitive pour l’ensemble des problèmes de nos pays. Loin de l’être, quelques-unes d’entre elles appliquent une politique néocoloniale qui menace la stabilité que nous avons commencé à renforcer sur nos continents.

Frères et sœurs, je voudrais rappeler pour ce IIIe Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’ASA, l’esprit de fraternité, d’unionisme et de volonté qui a dirigé le déroulement de ce IIe merveilleux Sommet dans l’île de Margarita, au Venezuela, qui nous permit d’adopter unanimement les engagements de la déclaration de Nueva Esparta. Je souhaite avec beaucoup de foi et d’espérance que nous puissions récupérer à Malabo l’impulsion et l’effort de ce moment extraordinaire pour notre processus d’unité, le Sommet de 2009, qui a montré autant par sa fréquentation massive que par la quantité et le contenu des accords atteints.

Depuis le Venezuela, renouvelons aujourd’hui notre plus ferme engagement dans le renforcement du Secrétariat permanent de la table présidentielle stratégique de l’ASA avec ses principales tâches et fonctions pour accélérer le rythme dans la consolidation de nos institutions et obtenir ainsi une plus grande efficacité dans notre travail conjoint.

Je regrette avec beaucoup de douleur et de peine que tout notre travail commencé formellement depuis 2006 ait été interrompu par les forces impérialistes qui prétendent encore dominer le monde. Ce n’est pas un hasard, je le dis et je l’assume pleinement, que depuis le sommet de Margarita, le continent africain ait été victime des multiples interventions et des multiples attaques de la part des puissances occidentales.

Les nombreux bombardements et invasions impériaux empêchant toute possibilité de solution politique et pacifique aux conflits internes qui ont commencé dans diverses nations d’Afrique, ont eu comme objectif principaux de freiner le processus de consolidation de l’unité des peuples africains et, en conséquence, de miner les progrès de l’union de ces états avec les peuples latino-américains et caribéens.

La stratégie néocoloniale a été, depuis le début du XIXe, de diviser les nations les plus vulnérables du monde pour les soumettre à des rapports de dépendance esclavagiste. C’est pour cela que le Venezuela s’est opposé, radicalement et depuis le début, à l’intervention militaire étrangère en Libye et c’est pour le même motif que le Venezuela réitère aujourd’hui son rejet le plus absolu de toute activité d’ingérence de l’OTAN.

Face à la menace extrarégionale pour empêcher l’avance et l’approfondissement de notre coopération sud-sud, je le dis avec Bolivar dans sa Lettre de Jamaïque de 1815 : « Union, union, union, cela doit être notre plus importante consigne. » Notre Gouvernement renouvelle, en ce IIIe Sommet de l’ASA dans cette république sœur de Guinée équatoriale, son absolue disposition à avancer dans le travail nécessaire pour consolider notre coopération dans les secteurs que j’ai personnellement proposées à notre dernier sommet, dans la belle île de Margarita. Énergie, Éducation, Agriculture, Finances et Communication continuent d’être nos priorités et pour celles-ci, nous réitérons notre engagement pour avancer dans des initiatives concrètes comme Petrosur, l’Université des peuples du Sud ou la Banque du Sud, pour ne citer que quelques exemples. Dans le secteur de la communication, nous proposons, depuis le Venezuela, que cet effort que nous avons réussi à mettre en place ensemble dans différents pays de l’Amérique du Sud, TeleSur, s’articule avec l’Afrique afin qu’il puisse accomplir depuis ces latitudes sa principale fonction : relier les peuples du monde entre eux et leur apporter la vérité et la réalité de nos pays.

Enfin, je veux renouveler à tous mon désir que les résultats projetés lors de ce IIIe Sommet ASA nous permette de transformer ce forum en un outil utile pour conquérir notre définitive indépendance en nous plaçant à la hauteur de l’exigence de l’époque et comme le dirait le Libérateur, le plus de bonheur possible pour nos peuples. Je suis un convaincu, simple et obstiné, nous réussirons à mener à bien cette cause que nos libérateurs et martyres nous ont transmise depuis des siècles. Nos millions de femmes et d’hommes présentés en sacrifice pour leur pleine et absolue liberté. Avec le père infini, notre Libérateur Simon Bolivar, je dis une fois de plus : « Nous devons attendre beaucoup du temps, son ventre immense contient plus d’espérance que de faits passés et les prodiges futurs doivent être supérieurs aux anciens. »

 

Marchons donc vers notre union et notre indépendance définitive. En paraphrasant Bolivar, je dis maintenant : « Formons une patrie, un continent, un seul peuple, à tout prix et tout le reste sera supportable. »


Vive l’union sud-américaine et africaine !

Vive l ’ASA !

Jusqu’à la victoire toujours !

Nous vivrons et nous vaincrons !

 Hugo Chavez Frias

 

(Traduction : Gaston Lopez)

Source : cubasifranceprovence.over-blog.com 25 février 2013

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 23:15

Le week-end dernier, un des porte-voix du RDR s’est autorisé à écrire dans une déclaration de son cru au point 2 que « … c'est le refus de la défaite de Monsieur Laurent Gbagbo à l'élection présidentielle qui a engendré la crise postélectorale avec comme conséquence plus de 3000 morts… ». L’inénarrable Joël N’guessan reprend ainsi à son compte le postulat qui était servi par la presse internationale, du 11 avril 2011 à récemment, et selon lequel « …la crise post-électorale ivoirienne est née du refus de Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite… ».

L'Agence tous risques (affiche détournée)Puisque le représentant du RDR met ainsi au goût du jour un débat qui avait été quasiment interdit au lendemain du 11 avril 2011, il nous donne désormais l’occasion de revenir sur la question de fond de l’élection présidentielle 2010 : qui, de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara, a refusé de reconnaitre sa défaite ? En clair, que s’est-il passé durant l’élection présidentielle 2010 en Côte d’Ivoire ? Qui de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara a été proclamé vainqueur et par qui ? Que s’est-il passé entre le 28 novembre 2010 et le 11 avril 2011 ? Trois questions étroitement imbriquées dont les réponses permettent de savoir qui a refusé d’accepter les résultats proclamés par le seul organe habilité ?

 

Retour sur les faits

 

Le mercredi 1er décembre 2010, la Commission électorale indépendante (CEI), ne parvenant pas à s’accorder pour donner les résultats provisoires de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010, est forclose à minuit au regard de la loi électorale.

Le jeudi 2 décembre 2010, hors délai, le Président de cette CEI forclose, M. Youssouf Bakayoko – qui a lui-même fait acheminer au Conseil constitutionnel les documents électoraux – annonce depuis le QG de campagne de M. Alassane Ouattara, sans le moindre document et sur les antennes de la chaîne de télévision française «France 24», un résultat qui donne ce dernier vainqueur de l’élection du 28 novembre 2010.

Le vendredi 3 décembre 2010, sur la chaîne nationale RTI, le Président du Conseil constitutionnel, M. Paul Yao N’dré – muni des documents électoraux remis par la CEI et entouré des membres de son institution – proclame M. Laurent Gbagbo vainqueur du scrutin présidentiel du 28 novembre 2010. Ainsi, au terme de la loi ivoirienne qui fait du Conseil constitutionnel la seule institution habilitée à donner les résultats définitifs de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, le vainqueur de cette élection présidentielle du 28 novembre 2010 est le président Laurent Gbagbo.

Immédiatement après cette annonce, M. Young Jin Choi, représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Côte d’Ivoire, rejette les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel et déclare qu’il certifie plutôt les résultats provisoires donnés par le président de la CEI au Golf Hôtel, quartier général de campagne du candidat Alassane Dramane Ouattara. Le même jour, se saisissant de la perche tendue par le chef de l’ONUCI, M. Alassane Dramane Ouattara se déclare vainqueur de l’élection présidentielle. C’est le début du contentieux électoral. Les pays de l’Union Européenne – instrumentalisés par le président français Nicolas Sarkozy – et les Etats-Unis décident de s’aligner sur la position de M. Young Jin Choi.

De décembre 2010 à mars 2011, l’Union Africaine tentera de résoudre le contentieux électoral par la négociation. Elle commet des experts qu’elle envoie à Abidjan pour vérifier les documents électoraux. Cette commission d’experts africains ne livrera malheureusement jamais les conclusions de son travail car l’Union Africaine n’a pu résister à la phénoménale pression de Nicolas Sarkozy, qui a fait de la question ivoirienne une affaire personnelle. A bout, elle s’est satisfaite d’une déclaration demandant au Président Laurent Gbagbo de céder le pouvoir.

Deux semaines plus tard, le 28 mars 2011, M. Alassane Dramane Ouattara, lance les Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN) de Guillaume Soro (rebaptisées FRCI) à l’assaut des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) depuis leurs positions de l’Ouest et du Centre de la Côte d’Ivoire. Soutenues et poussées dans le dos par les forces françaises et onusiennes, les FRCI se retrouvent aux portes d’Abidjan au bout de trois jours de campagne sans rencontrer de réelle résistance.

Mais à Abidjan où sont cantonnées désormais les FDS, la résistance est plus que farouche. Pendant une semaine, les FRCI tentent en vain de prendre les sites stratégiques de la capitale ivoirienne.

Le 8 avril 2011, les FDS réussissent quasiment à bouter les FRCI hors de la capitale.

Le 9 avril 2011, les forces franco-onusiennes entrent en lice à visage découvert aux côtés des FRCI qu’elles soutenaient jusque-là au plan logistique. Elles bombardent le camp militaire d’Akouédo, le siège de la RTI et le Palais présidentiel du Plateau. Le 10 avril 2011, le bombardement de la résidence du chef de l’Etat à Cocody par les hélicoptères franco-onusiens débute à 17h00. Il est interrompu par la pluie qui s’est mise à tomber vers 17h30.

Le 11 avril 2011, autour de 10h, les bombardements reprennent. Sur le coup de 11h00, des chars français franchissent le portail de la résidence officielle du Président Laurent Gbagbo. Le premier à en sortir – avec un mouchoir blanc – est le ministre Désiré Tagro Assignini. Il attend avec les militaires français l’arrivée des troupes de M. Alassane Dramane Ouattara. Il est mitraillé par les FRCI sous les yeux de ces soldats français. Le Président Laurent Gbagbo et une centaine de personnes dont son épouse Simone et son fils Michel sortent de la résidence en feu. Ils sont conduits au Golf Hôtel.

Le 12 avril 2011, le président Laurent Gbagbo est déporté à Korhogo. Son épouse à Odienné. Ces deux villes, fiefs de la rébellion, sont situées dans le nord de la Côte d’Ivoire.

Le 29 novembre 2011, après plusieurs mois de détention dans des conditions inhumaines, Laurent Gbagbo est remis à la CPI par Alassane Dramane Ouattara, en sa qualité de chef de l’Etat. Tels sont les faits. Inaltérables.

Depuis le 19 février 2013, la CPI examine les «preuves» du procureur contre Laurent Gbagbo. Pour l’heure, tout porte à croire que l’accusation s’est fourvoyée. Le RDR aussi.

 

Par Bamba Franck Mamadou

Titre original : « Qui a refusé les résultats du scrutin présidentiel de novembre 2010 ? »

 

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Source : Notre Voie 28 février 2013

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 21:53

Interrogé, par le journaliste du "Sunday Times", sur le raid sioniste contre un centre de recherche de l'armée syrienne, le Président syrien Assad a affirmé :

 

"Notre pays n'a cessé de subir des coups, de la part d'Israël, mais cela ne veut pas dire que nous irons riposter tout de suite. Nous avons nos propres méthodes pour punir les Israéliens, et les Israéliens comprennent parfaitement ce Le-president-Bachar-Assad.jpgque nous entendons par le mot riposte. Ce n'est pas missile contre missile, balle contre balle, notre riposte aura une autre forme".

 

Le président syrien a souligné : "Dans notre guerre contre le terrorisme, l'Iran, le Hezbollah, la  Russie, nous soutiennent. Le rôle de la Russie est " très constructif", tout comme le rôle de l'Iran, mais le Hezbollah a pour mission, non pas, de défendre la Syrie, mais de défendre le Liban. Le peuple syrien est un peuple de 23 millions d'âmes, nous avons une armée nationale, une force de sécurité puissante. Nous n'avons pas besoin des combattants étrangers. En effet, ces combattants étrangers, ce sont le Qatar, la Turquie, l'Arabie saoudite, la Grande Bretagne et les Etats Unis, qui nous les envoient ", a dit Assad.

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 22:16

Interview du Dr Ernest Atté Boka*

 

Dr Ernest Atté Boka, quels sont les points d’accord entre le gouvernement et vous ?

Depuis le 4 février, nous avons enclenché un arrêt de travail de 5 jours et le vendredi 8 février dernier, nous avons convoqué une assemblée générale qui a délibéré pour suspendre le mot d’ordre de grève du 9 au 17 février. Cela, suite à la rencontre avec le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Gnamien Konan, le Dr-Ernest-Atte-Boka--porte-parole-de-la-coordination-des-s.jpgmercredi 6 février dernier. Réunion au cours de laquelle il a demandé de lui laisser un peu de temps pour qu’il puisse acter les dossiers relatifs à notre revendication majeure : le paiement des indices. Sur cette base, il s’était engagé, au plus tard fin février, à faire acter les indices, à savoir 400 points pour les cadres supérieurs de la santé et 150 points pour le personnel technique. Fort de cela, il a été décidé, lors de l’assemblée générale, d’ouvrir une fenêtre «thérapeutique», en vue des négociations.

Le payement des indices demeure la doléance majeure, à vous entendre.

Le Premier ministre Daniel Kablan Duncan, s’est saisi du dossier et a rencontré la coordination de la santé, le mardi 12 février, à la primature, de 18h45 à 20h. A cette occasion, nous avons passé en revue toutes nos revendications, mais le Premier ministre a voulu, pour désamorcer la crise, savoir la revendication majeure. Nous lui avons fait comprendre qu’il s’agit du paiement des indices et sur la question, il nous a demandé de lui donner 15 jours, à compter du 12 février, pour qu’il puisse finaliser ce dossier et nous donner des réponses concrètes. Dès l’instant où il a pris cet engagement fort, cela prouve que la décision du ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative a été réaffirmée par la hiérarchie. Cela nous rassure que ces indices seront pris en compte par le gouvernement.

Une date a-t-elle été arrêtée quant à la prise en compte de cette revendication ?

Lors de la dernière rencontre avec le ministre Gnamien Konan, il nous a indiqué la date du 31 mars. Alors que le gouvernement, dans son ensemble, parlait de janvier 2014. Il faut pouvoir rapprocher ses deux positions. Surtout que le Premier ministre, après l’audience du 12 février, a souhaité qu’on conduise le travail avec les ministères techniques pour finaliser les dossiers en vue de prendre une décision honorable pour les deux parties.

Qu’en est-il des autres revendications ?

Concernant les autres revendications, à savoir le payement intégral des indemnités, des émoluments hospitaliers et des arriérés d’indemnités. Dès l’entame de la réunion, le Premier ministre, Daniel Kablan Duncan, a voulu que l’on en discute un mois durant. Mais nous lui avons proposé de ramener ce délai à 15 jours en ce qui concerne les indices. Les autres questions feront l’objet de discussions durant un mois pour trouver des solutions.

Aucune période précise n’a donc été déterminée ?

Non, la période court à partir de la rencontre du 12 février. Pour les arriérés, le plus important était d’établir un chronogramme clair, accepté par les deux parties. Si l’on nous demande de le faire, cela veut dire que les arriérés seront pris en compte. Or le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative affirmait que l’Etat n’avait pas les moyens de penser aux arriérés.

Quelle va être la suite des évènements ?

Nos camarades sont mobilisés sur le terrain. Tout le monde attend des négociations sincères. Mais s’il y a un couac, l’action syndicale va prendre le relais. Nous avons fait beaucoup de concessions depuis 9 mois. Nous ne sommes pas des va-t-en-guerre. Nous souhaitons que le gouvernement ne nous ramène pas à cette situation de grève.

Si votre grève est légale, pourquoi avez-vous présenté des excuses à votre ministre de tutelle ?

Après une sortie de crise, il est toujours bon de normaliser les relations. Depuis que nous sommes syndicalistes, chaque fois que nous menons une action d’envergure, les ministres de tutelle pensent que nous dirigeons une action contre eux. Il était donc bon pour nous, avant d’aller à la primature, de rencontrer la tutelle, parler le même langage. A cette occasion, nous avons dit à la ministre de la Santé et de la Lutte contre le Sida, Raymonde Goudou Coffie, que s’il y a eu des impairs dans la gestion de la grève, qu’elle comprenne que c’est dans la conduite de notre mouvement et non pour braver son autorité. Donc si l’action a été mal comprise, nous lui présentons nos excuses.

Quelles ont été les conséquences de ce débrayage ?

Il faut signaler que partout, l’autorité se préoccupait de savoir si le service minimum était assuré plutôt que de chercher à résoudre le problème. Il est vrai que la population en a souffert. Mais quand nous faisons nos activités, personne ne vient faire de décompte macabre, pourquoi lorsque nous sommes en grève, on nous demande s’il y a des morts. Notre rôle, aujourd’hui, est de faire en sorte qu’il y ait moins de morts dans nos établissements hospitaliers. S’il y en a eu, néanmoins, je ne crois pas que ce soit à l’hôpital. Il faut savoir que pendant la période de grève, tous les cas d’urgence ont été pris en charge immédiatement.

Pourquoi une grève maintenant, quand on sait la situation difficile de la Côte d’Ivoire qui sort de crise ?

Des engagements ont été pris par l’Etat ivoirien. Nous aussi, nous souffrons. Parce que le médecin touche 173 000 F Cfa par mois. Avec ce salaire, on ne peut pas nous demander d’être souriants. C’est parce que nous sortons de crise que nous demandons au gouvernement d’y aller pas à pas. Par exemple, nous ne revendiquons pas systématiquement le payement de nos arriérés qui se chiffrent individuellement pour les médecins, à 3 000 000 F Cfa, pour les infirmiers spécialistes à 1 200 000 F Cfa, les non spécialistes à 960 000 F Cfa et les aides-soignants à 720 000 F Cfa. Nous savons que l’Etat n’a pas les moyens de payer ces sommes maintenant. Nous avons donc proposé d’établir un chronogramme. Mais pour ce qui est des indices devant nous accompagner à la retraite, c’est maintenant qu’il faut les relever. Il est inconcevable que le cadre supérieur du ministère de la Santé et de la Lutte contre le Sida n’ait qu’un indice de 745 alors qu’ailleurs, dans le même secteur, quelqu’un qui a le niveau le plus bas est à 880. Voici le drame aujourd’hui.

Si les indices sont pris en compte, le secteur retrouvera son calme. Nous savons qu’il y a des difficultés, raison pour laquelle nous ne sommes pas gourmands dans les négociations.

Ce sont les mêmes problèmes depuis 2009 qui perdurent. Si la santé est aussi importante, pourquoi ne pas prendre les décisions idoines pour apaiser cette fronde sociale ? Pourquoi attendre qu’il y ait du grabuge ? Anticipons tous. Trouvons des solutions, surtout que le Président a décrété cette année 2013, année de la santé, il n’y a donc pas de raison que le minimum ne puisse pas se faire. Pour que, la main dans la main, nous puissions conduire le système de santé à bon port en pensant à la motivation du personnel qui va animer toutes les infrastructures de santé qui seront mises en place.

En définitive, qu’attendez-vous du gouvernement et de la population?

Nous exprimons notre gratitude au Premier ministre qui a bien voulu se saisir de ce dossier pour engager des discussions sincères avec la coordination. Nous souhaitons qu’il aille jusqu’au bout des choses avec des résultats probants pour apaiser durablement le front social au niveau de la santé. Nous disons aussi aux populations de faire confiance au personnel de santé. Nous sommes toujours là pour elles, personne ne viendra les prendre en charge. Il est donc important que lorsque nous crions nos difficultés, elles puissent comprendre. Les agents de santé, dans le système de fonctionnariat, sont lésés dans le traitement financier, ce qui nous irrite souvent. Nous ne comprenons pas que nous qui sommes au début et à la fin de la vie d’un homme, soyons malmenés par l’Etat ivoirien, lorsque nous demandons le minimum. En direction de nos camarades militants, il faut qu’ils demeurent mobilisés et à l’écoute du directoire. Si nous n’avons pas les résultats escomptés, nous utilisons l’action syndicale.

 

Interview réalisée par Marie Chantal Obindé

 

(*) – Le Dr Ernest Atté Boka est le porte-parole de la coordination des 14 syndicats de la santé.

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Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenances diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».

Source : Fraternité-Matin 27/02/2013

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 20:46

Nous avions une politique véritablement nationale, qui comprenait la défense, l’économie, le social et le culturel. Nous avions tout embrassé ; nous n’avions rien négligé, et notre pays était notre pays.

 

Comment vous suivez ce conflit au Mali, depuis l’intervention de l’armée française ? 

Seydou Badian : La question m’a été posée, il y a quelque temps. Elle a été posée aussi à certains de mes compagnons. La réponse donnée par eux et par moi, c’est la même chose : Seydou-Badian-Kouyate.jpgon ne parle pas de l’intervention française que Modibo Keïta aurait saluée. Je dis qu’avec Modibo Keïta,  les conditions qui ont provoqué l’intervention française ne se seraient pas produites. Nous avions une politique véritablement nationale, qui comprenait la défense, l’économie, le social et le culturel. Nous avions tout embrassé ; nous n’avions rien négligé, et notre pays était notre pays. C’est cela. Mais tout de suite, je vous dis ce que j’ai déjà dit : nous n’étions pas contre la France, mais nous étions contre le système colonial. Nous sommes de culture française, nous sommes des adeptes des philosophes français, des humanistes français. Nous partageons beaucoup de choses avec la France sur ce plan là. Ils resteront nos amis et nos frères, c’est cela que j’ai à vous dire.

Est-ce qu’il y a des ressemblances entre ce conflit et les précédents que notre pays a connus ?

Non. Je vais dire tout de suite, j’entends dire par-ci et par-là, que depuis les années 1960, nous nous battons contre les Touaregs. La rébellion que nous avons eue, nous venait des administrateurs coloniaux qui étaient dans le nord. Pourquoi ? Parce qu’ils savaient que nous soutenions l’Algérie combattante. Ils ont fait circuler des papiers en disant qu’il fallait faire punir Modibo Keïta, excusez-moi du terme, de son concubinage avec les fellagas d’Algérie. Je vous mets à l’aise, il n’était pas, du tout, question d’Azawad. Il était question de créer une République du Litamé et c’était cela ; ça n’a pas été loin. Après, il y a eu d’autres. Mais, moi, j’étais en exil depuis 1968. J’étais hors du Mali. Je suis rentré au moment où les Accords d’Alger se préparaient et je les ai dénoncés. C’était en 2006-2007. Ma position est celle-ci : l’indépendance que le MNLA demande, c’est une lubie, un rêve. J’ai entendu un dirigeant MNLA dire : « Il nous faut un statut particulier ». Qu’est-ce qu’ils entendent par statut particulier ? Ils veulent être des supers citoyens ? Ils veulent un Etat dans l’Etat ? Qu’est-ce qu’ils veulent ? Si c’est des Maliens, qu’ils déposent les armes, on négocie du développement. Qu’est-ce qu’on doit faire ? Ce n’est pas à eux de nous dire ce qu’on doit faire. On se réunit avec toutes les communautés du nord du Mali, Sonrhaï, Bozo, Peul, Bamanan, Touareg, Arabes, et on voit ensemble ce qu’il y a à faire. D’ailleurs, il faut reconnaître qu’en matière de financement, ils en ont eu beaucoup. Parce que c’était la tactique d’ATT, quand ça bruissait un peu, il donnait de l’argent et c’est lui-même qui nous a amenés cette guerre parce qu’il a laissé les débris de la horde de Kadhafi rentrer au Mali avec armes et bagages. Le Niger a désarmé les Nigériens qui étaient en Libye ; l’Algérie a désarmé les Algériens qui étaient en Libye ; la Mauritanie a fait pareil. Mais c’est ATT qui les a laissés passer en leur faisant des cadeaux, pour qu’ils achètent du thé, et après ils se sont rebellés contre nous. C’était inévitable !

Et cette histoire de Kidal avec le MNLA ?

C’est le MLNA qui interdit à l’armée malienne de pénétrer dans Kidal. Mais ATT avait laissé tout ça aux Touareg. Il avait tout laissé. Est-ce qu’il y avait des soldats maliens noirs dans Kidal ? Il y en avait combien, il faut voir ?  Cette guerre, c’est la guerre d’ATT. Je suis sûr d’une chose, c’est qu’on ne sait pas tout ce qui s’est passé entre ATT et Kadhafi à propos des Touareg. Mais je crois que l’histoire étant l’histoire, tôt ou tard, on le saura. Parce que, ATT viendra s’expliquer un jour, je l’espère, devant le peuple malien.

Est-ce que vous avez des échos de nos militaires qui traversent d’énormes difficultés ?

Pas plus tard qu’avant-hier (mercredi), j’ai reçu un coup de téléphone du nord, d’un soldat qui se plaint de manque de nourriture, manque de carburant, et qui me dit : « regardez-nous et regardez les autres soldats, nos frères venus d’Afrique ! » Je ne comprends pas ce qui se passe ; je ne comprends pas. J’avais entendu le Procureur général, qui avait été sur le terrain, et tout ce qu’il a dit est vrai. Nos soldats sont pratiquement à certains égards considérés comme sous-équipés. J’ai entendu une journaliste dire que les soldats maliens se battent avec leur courage, qu’ils sont sous-équipés, vous vous rendez compte ! Sur le théâtre des opérations nos soldats communiquent avec le téléphone portable, il n’y a rien d’autre. C’est scandaleux. Je me demande ce qui se passe. Or, j’ai entendu le ministre des Finances dire l’autre jour que les moyens sont là. Alors où est le blocage ? À qui doit-on parler ? Qu’est-ce qui se passe ? Je suis vraiment choqué. Le ministre des Finances a mis ce qu’il faut à la disposition de qui de droit, et les destinataires n’ont rien. Ça, c’est quelque chose d’étrange ! Cela mérite une explication et je serais heureux de savoir ce qui se passe.

Avez-vous un mot de la fin ?

Je pense que nous devons féliciter nos soldats. Si pendant un certain temps, c’était des fils à Papa, c’était des soldats qui avaient payé pour être soldats, aujourd’hui, c’est des guerriers. C’est des vrais guerriers courageux, décidés, déterminés : on doit les féliciter, les encourager. Mais il faut qu’ils aient ce qu’il faut, et les priver aussi, c’est commettre un acte inqualifiable. Ça se passe où, à quel niveau ? J’aimerais le savoir, pour ma gouverne personnelle, à 85 ans, à deux pas d’aller rejoindre mes camarades. Je voudrais savoir ce qui se passe pour partir dans la quiétude, dans la paix. Est-ce que nous sommes défendus ? J’attends la réponse.

 

Kassim TRAORE, Le Reporter (Mali)

 

 

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Source : Bamada.net 27 février 2013

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 23:25

Madame la présidente, honorables juges, la rébellion de 2002 et la crise postélectorale de 2010 sont des événements dont les faits ne m’ont pas été racontés. Par ailleurs, à Abidjan, j’habite un quartier qui se trouve entre le Zoo et le quartier Samaké. Je pense que ces références pourront permettre à l’accusation et à la représente légale des victimes de deviner où cela se trouve. Alors les populations qui fuient les atrocités, c’est sur mes yeux. Les jeunes gens qui tombent, Me-Agathe-Barouan-lors-de-son-intervention.jpgles personnes égorgées ou brûlées vives, ce n’est pas des vidéos pour moi. Les femmes violées qu’il faut rassurer ne relèvent pas de faits divers. Tout ce vécu, notre passé et notre présent à nous population de Côte d’Ivoire, l’avenir de nos enfants, tous ces éléments m’imposent l’indécence, sinon la décence de ne pas faire de la question des victimes un débat d’un match en coupe Davis ou d’un championnat de ping-pong. Mais je voudrais simplement relever trois choses et dire que le village d’Anonkoua-Kouté est un village appartenant à Abobo. Dans ce village, les 6 et 7 mars 2011, donc la période qui est ici prise en compte, les populations ont été attaquées. Et la plupart des victimes tuées étaient des Ebrié.

La représentante légale des victimes avait des Ebrié dans sa liste ? Je dis tout de suite non, si j’en crois la liste qu’elle-même a voulu nous lire tout à l’heure sur les origines des victimes. Je le dis et je le répète, en Côte d’Ivoire, les populations ne vivent pas parquées par groupe ethnique. C’est vrai, il y a des quartiers où des groupes sont dominants, mais le système des cours communes en Côte d’Ivoire et la colportation de nos coutumes villageoises en ville les obligent à vivre en communauté quelles que soient les origines des groupes qui constituent la population dans la cour commune. Donc le miracle qui consiste à n’avoir qu’un seul groupe ethnique, que des membres d’un seul camp tués dans une attaque systématique en Côte d’Ivoire est un miracle possible par l’opération de l’accusation et de la représentante légale des victimes. Mais hélas, c’est un miracle, c’est un drame pour la Côte d’Ivoire.

Madame la présidente, Mesdames et Messieurs les juges, je voudrais continuer mon propos sur des choses beaucoup plus générales. Après ces trente heures d’audience, les Ivoiriens, toutes les personnes qui tressaillent au nom Côte d’Ivoire, les Africains ou les non-Africains qui pleurent l’Afrique au travers de la douloureuse histoire de la Côte d’Ivoire sont à la fin de notre audience entre tristesse et espoir. Tristesse devant une accusation qui déforme l’histoire pourtant bien récente.

L’histoire de la Côte d’Ivoire, l’accusation en a fait une caricature qui ne lui a pas permis de pouvoir saisir les enjeux et de comprendre la réalité dans la crise dans ce pays. Certes, on me dira que dans ce prétoire aujourd’hui, c’est Laurent Gbagbo qui est concerné par la procédure. Mais, faut-il le rappeler, le droit pénal et toutes discussions relatives à des charges pénales ne se nourrissent que de la réalité du terrain traité. En déformant les faits, l’accusation ne peut présenter un dossier de qualité à votre Cour. Madame la présidente, Mesdames et Messiers les juges, actuellement en Côte d’Ivoire, se chante un hymne, l’hymne à la réconciliation. Dans cet hymne, la justice judiciaire ou juridictionnelle est présentée comme l’élément incontournable et préalable. Alors peut-on rendre justice en faisant fi de la réalité ? La réponse est évidemment non.

Ce qu’on attend de la réconciliation, c’est l’écoute de tous. Chacun veut être entendu dans sa détresse pour repartir grâce au dialogue et regarder ensemble avec les autres pour la réconciliation de la Côte d’Ivoire. Une histoire trahie conduit où ? On l’a déjà indiqué, à de nouvelles violences. Parce qu’elle nie la souffrance des vraies victimes et n’identifie pas les vraies causes du conflit pour en résoudre les problèmes posés. Dans ces conditions, peut-on se reconstruire et construire ensemble ? Comme vous le voyez, la réconciliation ne peut se faire que si la vérité est respectée et c’est le respect de la vérité qui fait la justice. Est-ce la vérité de la défense qui voit comme un clair de lune sur la plaine dissiper la nuit des allégations du camp de l’accusation ? Madame la présidente, honorables juges, à cette interrogation, les populations de Côte d’Ivoire et d’ailleurs, les amis de la Côte d’Ivoire répondent avec espoir : la lumière triomphe toujours des ténèbres et quelle que soit la longueur de la nuit, le jour finit par s’élever.

Je vous remercie.


Propos recueillis par César Ebrokié (Notre Voie

 

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Source : La Dépêche d'Abidjan 3 Mars 2013

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 17:43

Egypte, Tunisie, Mali, Lybie : Le célèbre économiste franco-égyptien parle géostratégie du sahel dans un entretien avec nos confrères du site algeriepatriotique.com

 

Algeriepatriotique : On assiste en Egypte à une passe d’armes entre le président Morsi et l’armée. On parle d’un probable limogeage du ministre de la Défense et d’une «perte de patience» de l’institution militaire face à la situation politique dans le pays. Qu’en est-il ?

Samir Amin : Je ne suis pas au Caire actuellement. Je suis à Dakar. Lorsque je suis au Caire, en général, j'ai des informations un peu plus précises. Là, je n'ai guère que ce qui est donné par les médias et, donc, j'ai quelques Samir Amindifficultés à interpréter ce conflit. Je crois qu'effectivement il y a conflit, dans ce sens qu'une partie, au moins, du commandement de l'armée est consciente de la perte de crédibilité rapide du gouvernement des Frères musulmans et de la présidence de Morsi. Elle est également consciente qu'elle ne veut pas donner de gage à ce gouvernement. Elle veut continuer à apparaître aux yeux de l'opinion publique comme neutre ou relativement neutre et, donc, éventuellement, susceptible d'intervenir si le choc entre les Frères musulmans en déclin et le mouvement populaire démocratique qui se renforce chaque jour venait à créer une situation passablement chaotique.

 

Deux années après la révolution, les Egyptiens continuent de manifester, mais, cette fois, contre le président et son mouvement des Frères musulmans, lesquels sont accusés de reproduire le même système autoritaire que l’ancien régime. Morsi tombera-t-il ?

Je ne suis pas un devin. Je ne sais pas si Morsi tombera ou pas, mais ce que je sais, c’est que ce que vous dites est correct, dans le sens où l'opinion publique grandissante en Egypte est de plus en plus consciente que ce gouvernement et les Frères musulmans d'une manière générale ne font que poursuivre les politiques du régime antérieur, de celui de Moubarak et de Sadate, avant lui. Non pas seulement sur le plan de la gestion politique très peu démocratique, mais également – et cela est peut-être plus important – dans les domaines économique et social. La politique des Frères musulmans et du président Morsi est une politique super-réactionnaire ; il n’y a aucun changement par rapport à celle de Moubarak, aussi bien sur le plan social qu’économique.

C’est une politique de soumission totale, intégrale, aux ordres de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et, derrière eux, les Etats-Unis. Il n'y a aucun changement. Les électeurs qui avaient cru – parce qu'ils n'avaient pas vu les Frères musulmans au gouvernement – qu'ils allaient changer les choses ont été très rapidement déçus et c'est ce qui explique que le mouvement de protestation est en montée continue et permanente.

 

La nouvelle Constitution – qui est pour de nombreux Egyptiens synonyme d’une islamisation de l’Egypte – a donné lieu à un vaste mouvement de contestation qui va en s’aggravant. Que retiennent les Egyptiens de la douloureuse expérience algérienne ?

Vous savez, les Egyptiens sont les Egyptiens et l'Algérie, bien qu'un pays frère et proche, n'est pas connu de tout le monde. Par conséquent, l'expérience douloureuse des Algériens n'a pas été nécessairement comprise par une bonne partie (des Egyptiens, ndlr). Elle a été comprise par ceux qui suivent la politique de plus près, mais pour les grandes masses populaires, l'image est assez chaotique.

 

Deux années après les bouleversements en Tunisie, en Egypte et en Libye, les conditions sociales des citoyens se sont détériorées. La revendication sociale prendra-t-elle le dessus sur l’aspiration démocratique ? Les peuples arabes sont-ils en train de vivre une désillusion ?

D'une manière générale, oui. Les peuples arabes vivent une désillusion. Mais il faut regarder au cas par cas. On ne peut pas parler de l'Egypte, de la Libye et de la Tunisie comme s'il s'agissait du même pays. Les conditions très concrètes sont différentes d'un pays à un autre. Dans le cas égyptien, je suis persuadé – dans le cas tunisien également – que l'opinion en général – et non seulement l'opinion publique –, mais également l'opinion d'une bonne partie des classes moyennes, a compris que rien n'était changé et que leurs conditions continuaient à se détériorer avec les gouvernements actuellement en place.

Le cas de la Libye est assez différent, parce que l'intervention militaire – je dirai criminelle – des Occidentaux pour soi-disant libérer la Libye d'un dictateur, Kadhafi, a tout simplement détruit l'existence de ce pays. Je ne défends pas Kadhafi et ne prétends pas que c'était un grand démocrate, mais l'objectif n'était pas du tout d'établir une démocratie en Libye et la preuve est faite. La Libye est maintenant sur la voie – on pourrait dire – de la «somalisation», c'est-à-dire l'incapacité du pouvoir central à affirmer et à gérer le pays livré à des seigneurs de guerre, à des groupes régionaux et, souvent, à des bandits, à des cliques armées ou pas armées, ici ou là. La Libye n'existe plus comme pays.

 

Vous condamnez, par principe, toute intervention militaire étrangère mais vous avez appelé à soutenir celle de la France au Mali. Pourquoi la France doit-elle faire exception ?

Je me suis exprimé avec beaucoup de détails sur cette question. Je suis effectivement contre les interventions militaires des puissances occidentales, d'une manière générale. Mais il faut toujours, quand même, avoir le sens politique et le sens des nuances. Dans le cas du Mali, les forces dites islamiques – prétendues islamiques – s'autoproclament telles, même si ce qu'elles font n'a rien avoir avec l'islam. Et ça, c'est une autre question. Ces forces ne sont pas le résultat d'un mouvement populaire, mais celui d'une intervention de petits groupes armés, autoproclamés djihadistes et qui se sont imposés avec une violence extrême.

Le Mali était et reste menacé d'être véritablement saccagé par un pouvoir qui se prétend islamique, même s'il n'a rien à voir (avec l’islam). Je crois que vous, Algériens, vous pouvez le comprendre facilement, ayant eu l'expérience de ce que fut le FIS et de ce que fut le GIA. Dans ce cas, l'ennemi principal – en politique, il faut toujours distinguer l'ennemi principal des autres ennemis – du peuple malien, ce sont ces groupes djihadistes. La France n'est pas un ami ; loin de là. La France est une puissance impérialiste et coloniale, et elle le sera au Mali comme elle l'a été et comme elle l'est partout. Je n'en doute pas, mais faut-il laisser ces djihadistes créer un ou deux Etats pseudo-islamiques au Mali ? Ce dernier aurait été saccagé à la manière de la Somalie et je ne sais pas combien de décennies il faudrait après cela pour voir réapparaître un Etat digne de ce nom ; il aurait été gommé de la liste des Etats dignes de ce nom à l'échelle internationale.

Si les Français tentent, après cette aventure, de mettre le gouvernement du Mali sous leur tutelle, peut-être réussiront-ils à court terme. Mais le peuple malien saura se débarrasser de cette colonisation comme il l'a fait dans le passé. C'est un danger et je l'ai signalé, dit et écrit à un certain nombre de ceux qui me critiquent et ne lisent pas tout ; ils se contentent de dire que Samir Amin soutient les Français au Mali. Non ! Samir Amin dénonce les djihadistes prétendus islamiques comme le danger principal de saccage du Mali et ne se fait aucune illusion. J'ai écrit, d'ailleurs, que la France était très mal placée pour la reconstruction du Mali. Le Mali ne peut être reconstruit que par les Maliens et il ne le sera que par les Maliens, fût-ce contre les Français. Mais avant d'être reconstruit, il faut d'abord qu'il ne soit pas détruit. Or, ceux qui veulent le détruire, ce sont les djihadistes.

 

Pensez-vous comme d’autres que c’était à l’Algérie d’intervenir au Nord-Mali plutôt que la France ?

Ecoutez, je ne veux pas me mettre à la place du gouvernement algérien. Je respecte beaucoup ses positions et je crois qu’elles ont été intelligentes. Je pense que si le Mali, et peut-être aussi d’autres pays de la région comme la Mauritanie et le Niger, avait demandé à l’Algérie une intervention commune, je ne sais pas qu’elle aurait été la réponse du gouvernement algérien. Mais je pense qu’il aurait compris la demande. Néanmoins, le Mali n’a pas fait cette demande et, par conséquent, je comprends très bien – elle était tout à fait juste – la position de l’Algérie.

D’autre part, l’Algérie a raison – et tous ceux qui disent la même chose, ont raison : il faut distinguer. Les Touareg sont un peuple et les Touareg, comme peuple, ont des droits. Non pas le droit à la sécession, ni en Algérie, ni au Mali, ni au Niger, mais le droit d’être respectés comme des citoyens à part entière et non comme des citoyens de seconde zone. Alors, il faut distinguer ces revendications, parfaitement légitimes des citoyens maliens touareg comme des citoyens algériens touareg dont les droits, je crois, sont respectés, ou des citoyens touareg du Niger qui sont, je pense, dans le moment actuel, assez correctement respectés. Cela il faut le dire, il faut les distinguer des djihadistes.
Les djihadistes sont souvent des étrangers, comme vous le savez, c'est-à-dire qu’ils sont recrutés n’importe où dans le monde, en Algérie, en Tunisie, en Afghanistan et même en Finlande, paraît-il. Ces djihadistes ont su utiliser le mécontentement légitime des Touareg pour se prétendre les défenseurs de la communauté targuie. Ils ne le sont pas. Ils sont les défenseurs de personne d’autre que d’eux-mêmes. Leur projet est, tout simplement, un projet de mise sous tutelle qui ne respecte le droit d’aucun citoyen, qu’il soit targui ou autre. D’autre part, il faut se souvenir que dans le nord du Mali, la partie la plus peuplée est la vallée du Niger, de Mopti à Ansongo, à la frontière du Niger, et que la grande majorité de cette population est composée des pêcheurs bozos et des paysans sonrais, et ce ne sont pas des Touareg. Les Touareg ont des droits, certainement comme tous les citoyens, mais les pêcheurs bozos et les agriculteurs sonrais ont également les mêmes droits.

 

Comment expliquez-vous cette contradiction flagrante dans la politique étrangère de la France et de l’Otan qui consiste à combattre les groupes salafistes armés au Mali et à les soutenir en Syrie ?

Oui, la France est totalement en contradiction avec elle-même. Elle est, je dirais, du bon côté dans le cas malien ; elle est certainement du mauvais côté, partout ailleurs, particulièrement en Syrie, bien entendu, comme elle l’avait été en Libye où elle avait joué un rôle déterminant. La France reste une puissance impérialiste, mais il y a une petite fissure entre la France, les Etats-Unis et ses alliés majeurs en Europe, sur la question du Mali, parce que le projet du «Sahelistan», c'est-à-dire du grand Etat saharien, n’est pas un projet français ; c’est un projet qui a l’oreille des Etats-Unis. Il a l’oreille des Etats-Unis mais je ne sais pas s’il est vraiment un projet des Etats-Unis. Il est probablement soutenu par des pays comme l’Arabie Saoudite et le Qatar, qu’on veut nous présenter de temps en temps comme de grandes démocraties ; c’est amusant.

Ce projet du «Sahelistan» est de faire du Grand Sahara un Etat à l’image de l’Arabie Saoudite, c'est-à-dire un étang saharien avec une population très limitée en nombre mais des richesses fabuleuses, évidemment, le pétrole et le gaz, mais également l’uranium et probablement d’autres minéraux précieux et importants. Ce serait un Etat qui serait aux mains d’émirs prétendus islamiques qui s’enrichiraient fabuleusement à la façon des monarchies du Golfe et qui pourraient, peut-être, redistribuer à cette population clairsemée quelque chose pour les avoir de leur côté.
C’est un projet qui ne menace pas seulement le Mali, mais aussi l’Algérie, parce que les impérialistes n’ont jamais renoncé à casser l’Algérie et à priver la partie la plus peuplée de l’Algérie du Grand Sahara algérien. Alors, je crois qu’il y a, là, une fissure – sans plus – entre la vision française respectueuse, pour le moment, du partage – si on peut l’appeler ainsi – du Sahara entre les Etats algérien, malien, nigérien et mauritanien, et le point de vue – peut-être – des Etats-Unis qui est, ma foi, qu’un «Sahelistan» qui affaiblirait considérablement l’Algérie mais détruirait, par la même occasion, la Mauritanie, le Mali et le Niger, ne serait pas une mauvaise chose.

 

L’attaque terroriste d’In Amenas obéit-elle à cette même logique ? Si c’est le cas, la France jouerait-elle double jeu avec l’Algérie ? 

L’attaque d’In Amenas révèle, effectivement, la nature de ce projet de «Sahelistan» et je crois que le gouvernement algérien et – je pense – le peuple algérien aussi ont pris conscience que cette menace n’était pas réduite au Mali, mais qu’elle menaçait également le sud algérien. Je crois que cette attaque l’a démontré. Peut-être était-ce une erreur de leur part, parce qu’en s’attaquant directement au sol algérien, à In Amenas, les djihadistes en question ont aidé le peuple algérien et son gouvernement à comprendre que la menace ne pouvait pas être limitée au Mali.

 

Interview réalisée par Mohamed El-Ghazi et M. Aït Amara

 

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 00:01

Dans un article publié le 19 février dernier, et rédigé par Thomas Scheen, correspondant en Afrique du Sud, le Frankfürter Allgemeine Zeitung, un des principaux quotidiens allemands, relaie les critiques qui montent de l’Afrique à propos de la Cour pénale internationale, qui a des «motivations politiques» qui «tournent souvent à l’avantage de l’Occident».

Le quotidien indique que sous Gbagbo, l’influence française avait été réduite, et qu’elle est rétablie sous le règne de Ouattara, qualifié de «milliardaire» et de parrain de la rébellion de septembre 2002. Notre correspondant en Allemagne a traduit cet article pour nos lecteurs.

Ce mardi (mardi 19 février, ndlr) l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo comparaît devant un panel de juges de la Cour pénale internationale à La Haye, deux ans après qu'il a été arrêté et transféré aux Pays-Bas. Les juges auront à décider si les accusations portées contre M. Gbagbo sont valides et donc si l'ancien président de Côte d'Ivoire, peut être jugé par la CPI.

L'acte d'accusation accuse le socialiste de 67 ans, de «complicité indirecte» dans des crimes contre l'humanité en relation avec les violences de fin 2010 à début 2011 en Côte d’Ivoire. Selon l’acte d’accusation, Gbagbo et ses partisans auraient concocté un «plan» visant à maintenir Gbagbo au pouvoir, en ciblant ses opposants politiques et ethniques.

Seulement dans la période allant du 28 novembre 2010 au 8 mai 2011, des soldats et miliciens restés fidèles à Gbagbo, selon l’acte d’accusation, auraient assassiné entre 706 et 1059 personnes. Gbagbo, et avec lui, une grande partie de la population ivoirienne – en l’occurrence ses électeurs – contestent cela et dénoncent la procédure comme étant une « justice des vainqueurs». Flashback: Laurent Gbagbo est élu en Novembre 2000 dans des circonstances chaotiques, Président de la Côte d'Ivoire. Le pays vient de traverser un coup d'Etat militaire. Malgré les nombreuses imperfections, les résultats des élections sont internationalement reconnus. Deux ans plus tard, une rébellion provenant du Burkina Faso plonge le pays dans la guerre civile. Derrière les rebelles se trouve le rival de Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara. Cinq ans après le déclenchement de la rébellion, un accord de paix est trouvé en 2007.

Des élections libres sont fixées, mais jusqu'à ce qu'elles puissent être tenues, beaucoup de temps s’écoule parce que la liste électorale est incomplète et doit être renouvelée. Quand en novembre 2010, enfin, se tiennent les élections, Gbagbo ne reconnaît pas les résultats à cause de nombreuses fraudes présumées dans le nord du pays, fief de Ouattara. La communauté internationale veut forcer Gbagbo à céder le pouvoir. Il refuse et active ses partisans. Ses adversaires passent à l'offensive et obtiennent l'aide de l'armée française, Gbagbo étant devenu un paria international. Plus de 3000 personnes sont tuées. Gbagbo est arrêté ainsi que son épouse Simone. Gbagbo sera transféré à la Cour Pénale Internationale.

 

Les partisans de Gbagbo ont leur propre version

Du point de vue des partisans de Gbagbo, qui selon les résultats de 2010, pèse au moins 48 pour cent de la population électorale de la Côte d'Ivoire, l'histoire de la crise en Côte d’ivoire est bien sûr autre : Guillaume Soro, un ancien leader étudiant d'Abidjan et un ancien proche allié de Gbagbo, se rend peu de temps après l'élection de 2000 à Ouagadougou au Burkina Faso et y bâtit avec l'argent du milliardaire Ouattara, qui n'a pas pu participer à cette élection, une rébellion armée.
Cette dernière marche sur la Côte d’Ivoire en 2002 et tente de renverser un gouvernement élu. Les rebelles commettent de nombreuses atrocités. En 2007, sous la pression de la communauté internationale, un accord de paix est conclu avec la formation d’un gouvernement de transition. Guillaume Soro en devient le Premier Ministre. Après l'élection en Novembre 2010, Soro menace Gbagbo de reprendre la guerre si ce dernier n’abdique pas et met sa menace à exécution. 3 000 personnes sont tuées, dont plus de 800 civils dans un village de l'ouest de la Côte-d'Ivoire, massacrés par les rebelles de Guillaume Soro. La communauté internationale met Ouattara sur le trône, Guillaume Soro devient Président du Parlement et Gbagbo est inculpé.

 

Procès ou amnistie pour tous

Il est clair que les deux parties au conflit ivoirien ont du sang sur les mains. Cependant, la façon dont la Cour pénale internationale ou plutôt le procureur de la CPI, a pris parti dans le cas de la Côte d'Ivoire, est de nature à renforcer sentiment dominant en Afrique selon lequel le Tribunal n'est pas indépendant mais est politiquement manipulé.

Même les Nations Unies, qui ont activement participé à la chute de Gbagbo, ont à plusieurs reprises insisté sur les graves violations des droits humains commises par les rebelles. Malgré cela, aucun dirigeant rebelle n’a été poursuivi à ce jour. Le peuple de Côte d'Ivoire voudrait bien regarder vers l’avant ; mais pour ce faire, il n'y a que deux possibilités: soit l'amnistie pour tous ou alors les poursuites contre tous ceux qui ont été impliqués dans la barbarie en Côte d’Ivoire. Le procureur de la CPI et ses choix sélectifs empêchent cela.

Il est d’ailleurs à noter que l’approche contre les crimes de guerre réels ou supposés en Afrique, a toujours des motivations politiques qui tôt ou tard tournent à l’avantage de l’Occident. Exemple de la Côte d'Ivoire : sous Gbagbo l’influence française en Côte d'Ivoire avait été considérablement réduite ; sous Ouattara elle a repris de l’ampleur.

Dans une cellule aux Pays-Bas, se trouve également Jean-Pierre Bemba, un ancien chef rebelle Congolais. Lors de l’élection présidentielle de 2006, au Congo Jean Pierre Bemba a été défait par Kabila avec 42 pour cent contre 58 pour cent des voix. Les deux tentèrent alors de régler le différend qui s’en était suivi, avec des armes automatiques, jusqu’à ce que Jean Pierre Bemba lui-même s’enfuie au Portugal. Peu de temps après, il a été arrêté et transféré à La Haye sous le reproche que ses rebelles auraient perpétré des massacres en 2002, en République Centrafricaine voisine, quand elles étaient venues secourir le Président Ange-Félix Patassé, alors confronté à une guerre contre sa propre armée.

 

Solidarité entre autocrates

Est-ce un hasard si dans le même temps l'opposition congolaise a été décapitée et le pouvoir du Président Kabila soutenu par l'Occident, a été consolidé ? L'Afrique ne croit pas à de telles coïncidences. Les gouvernements africains se trouvaient une fois de plus confrontés à la décision de ratifier le Statut de Rome, qui régit la Cour Pénale Internationale et ils durent y réfléchir par deux fois. Confrontés à la décision de ratifier le Statut de Rome, qui régit la Cour pénale internationale, les gouvernements africains ont dû réfléchir par deux fois. Cela a bien sûr des conséquences : le mandat d'arrêt contre le Président Soudanais Omar El-Béchir a été à ce jour, exécuté nulle part en Afrique. La nouvelle Présidente de la Commission de l'Union africaine (UA), Mme Nkosazana Dlamini-Zuma, le rejette d’ailleurs de manière très explicite.

On peut bien entendu considérer cela comme la solidarité entre autocrates. Mais la question peut aussi être approchée différemment : pourquoi Omar El-Béchir pour ses crimes présumés au Darfour est-il l’objet d’un mandat d’arrêt et pas le Rwandais Paul Kagamé qui a financé de nombreux groupes rebelles dans l’Est du Congo ayant plongé les habitants de cette région dans une misère inimaginable ? D'un point de vue africain, la réponse est simple. 

Au Rwanda, l’Occident compte encore sur Kagame, alors qu’elle cherche un changement de régime au Soudan. L'outil pour cela est la Cour pénale internationale. D'un point de vue africain, la réponse est toute simple. L'Occident a encore besoin de Kagamé au Rwanda, alors que le même Occident souhaite un changement de régime au Soudan. L’instrument pour cela est la Cour Pénale Internationale.

 

Traduit de l’Allemand par Kouakou Koffi 

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Source : Le nouveau Courrier

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 23:40

 

Interview de Sidylamine Bagayoko, anthropologue malien

 

 

Sidylamine Bagayoko est chercheur associé au laboratoire interdisciplinaire de l’Université de Nice Sophia-Antipolis (Lirces) et invité à l’Université de Jyväskylä au centre de la Finlande. Il s’exprime sur la crise politique malienne. Une crise qui connaît deux sortes de causes, les unes directes : faillite de la démocratie malienne fondée sur le mensonge d’Etat, la corruption généralisée et la trahison, y compris les prises de décision solitaires et la gestion laxiste du pouvoir par l’équipe du président Amadou Toumani Touré, dit ATT ; les autres indirectes : la guerre en Libye, l’inexistence d’un partenariat gagnant-gagnant avec les multinationales étrangères malgré que le Mali est actuellement, avec l’Afrique du Sud et le Ghana, dans le tiercé de tête de la production d’or en Afrique.

 

Afrique Démocratie: Le Mali est en train de reconquérir les régions occupées par la rébellion touarègue et ses alliés islamistes, grâce à l’aide de l’ancienne puissance coloniale, la France. Quelles sont vos premières impressions si l’on sait que la crise malienne est tantôt perçue comme la première conséquence de la guerre en Libye, tantôt comme le déclic, voire l’accélération de la partition du pays ?

Sydilamine Bagayoko: Tout d’abord, je vous remercie pour l’intérêt que vous portez pour le Mali et la crise politique qui y règne depuis plusieurs mois. Aujourd’hui nous pouvons dire Dieu merci, grâce à l’intervention de l’armée française en soutien à la fois aérien et terrestre aux côtés de l’armée malienne : le Mali est en train de reconquérir les régions occupées par les rebelles du MNLA et les islamistes depuis janvier 2012 lorsque les villes d’Aguelhok et de Menaka tombaient. J’ai des sentiments de soulagement tout comme une très grande majorité du peuple malien. Cependant, je ne crois pas du tout que la guerre au Mali soit la première conséquence de la guerre en Libye. En effet, la guerre en Libye n’a été qu’une contingence. Faire un lien entre la crise politique résultant de l’occupation des régions nord du Mali comme conséquence directe de la guerre en Libye ne me semble pas crédible. Cela relève plutôt d’une analyse simpliste car le Mali n’a pas de frontière avec la Libye contrairement au Niger et au Tchad, qui sont des pays très pauvres comme le Mali, et qui avaient pourtant aussi des ressortissants Touarègues ou Arabes dans la légion étrangère de Kadhafi ; pourquoi ces pays n’ont-t-ils pas été occupés comme le Mali ? Je ne parlerai pas de l’Algérie quand on connait tous les moyens que ce pays déploie pour faire face au terrorisme depuis les années 1990. De plus, elle est habituée à faire face à l’invasion étrangère depuis la guerre d’Algérie (1956-1962). C’est vrai que beaucoup de combattants du MNLA et d’Ançardine ont la double nationalité voire la triple nationalité (malienne, libyenne ou algérienne). Et par conséquent, ils ont servi dans les légions de Kadhafi comme mercenaires à l’intérieur et à l’extérieur de la Libye comme au nord Mali ou ils faisaient tout le sale boulot lié au passage de la drogue ainsi que les armes destinées à certains pays de la sous-région, sous l’œil complice de certaines autorités maliennes très corrompues, et tout cela au su de la présidence de la République du Mali sous l’ère du président Amadou Toumani Touré. Si l’on met tout au compte de la chute de Kadhafi, cela veut dire que l’échéance de l’occupation du nord Mali serait seulement retardée avant la fin du régime de Kadhafi. De plus, si cette région du Mali était sous la tutelle de ce dernier grâce à son pétro-dinar qui faisait taire les autorités de Bamako d’alors, ce serait une bombe à retardement qui exploserait tôt ou tard quand on sait que Kadhafi ne serait pas éternel. C’est donc bien que tout s’est passé à temps, et non pas comme une bombe à retardement. En effet, l’occupation du Mali n’est ni plus ni moins que le résultat de la corruption généralisée qui s’est manifestée par les prises de décision solitaire et la gestion laxiste de l’Etat qui sont le résultat de la faillite de la démocratie malienne fondée sur le mensonge d’Etat et la trahison, rendant possible des décisions unilatérales qui violent la constitution comme les accords d’Alger en 2006.

AD: Que répondez-vous à ceux qui accusent la France de Néo-colonialisme, puisque le Sahel est une zone stratégique ? D’ailleurs, certains affirment que celui qui contrôle cette zone parvient à influencer l’ensemble de cette région riche en ressources naturelles telles que l’uranium au Niger, l’or et le pétrole récemment découvert au Mali.

S.B: Parler de néocolonialisme est vraiment dépassé et illustre un complexe qui n’a aucune raison d’être. S’il y a néocolonialisme, ce sont les dirigeants africains qui mettent en avant de tels propos pour mieux subjuguer leurs peuples. L’esclavage et la colonisation constituent des crimes certes abominables, mais ils sont derrière nous car depuis longtemps nous disposons de notre propre avenir : nous pouvons décider avec qui composer dans un monde ouvert et globalisé. C’est vrai qu’au lieu d’emprunter notre propre voie avec les indépendances, les dirigeants africains ont raté le coche en s’alignant soit avec le bloc socialiste, soit avec le bloc capitaliste. Du coup, un pays comme la France a été dernière le coup d’Etat de 1968 au Mali pour affaiblir le bloc socialiste ; elle serait aussi impliquée dans le coup d’Etat de 1991. C’est pourquoi au-delà d’une simple condamnation de principe, on n’a rien reproché au coup d’Etat du 22 mars 2012 car il n’y avait aucune main étrangère derrière, si ce n’est la défaillance d’un Etat en état de putréfaction avancée qui ne pouvait même plus garantir la sécurité de son premier responsable Amadou Toumani Touré. Les uns et les autres aiment utiliser de gros mots comme « intérêt géostratégique » pour impressionner l’audience, mais est-ce qu’il peut exister une zone économiquement plus stratégique que la région sud (Sikasso) et celle de l’ouest (Kayes) qui font du Mali un véritable Eldorado au vrai sens du terme. Et cela grâce aux mines d’or de Sadiola, de Yatela, de Gounkoto, de Loulou, de Morila, etc. Le Mali est parmi le tiercé en tête de la production aurifère en Afrique, en compagnie de l’Afrique du Sud et du Ghana. Bien que les recettes issues de l’exploitation aurifère servent à maintenir les caisses de l’Etat stables, les sociétés multinationales qui exploitent l’or du Mali ne sont ni plus ni moins généreuses que celles de la France. Les mines appartiennent en effet aux multinationales sud-africaines parmi lesquelles on peut citer Rand-Gold, Pearl Gold, Anglo-Gold Ashanti, Avnel Gold pour ne citer que celles-ci, qui hélas engrangent d’énormes bénéfices au détriment des populations. Le Mali ne bénéficie que de 20% des revenus issus de l’exploitation aurifère ; donc les 80% appartiennent aux entreprises qui exploitent cet or. Même si en revanche aucune entreprise française ne fait partie de celles qui exploitent l’or du Mali, le pays n’a pas non plus un partenariat gagnant, gagnant. Toutefois, le Mali n’est pas obligé de donner un quelconque marché à la France. Je ne vois d’ailleurs aucun mal à ce que les entreprises françaises interviennent au Mali si c’est dans le cadre d’un partenariat gagnant-gagnant. Ce dont nous devrons combattre, c’est l’exploitation de nos ressources naturelles sans que le peuple n’en bénéficie des retombées. Dans tous les cas, la France et le Mali sont des pays amis, profondément liés par l’histoire : le fait que le français soit la langue officielle du Mali confirme bien ce propos. Depuis plus d’un siècle maintenant, le français est une langue du Mali. De même le bambara est presque une langue de France, car on peut entendre parler le bambara-dioula partout en France où il y a une forte concentration des populations Dioula d’Afrique de l’Ouest. Enfin, pour que la liberté et l’indépendance des peuples africains puissent être totales, nous devrons nous battre pour acquérir la technologie afin d’exploiter nous-mêmes notre or, notre pétrole, notre uranium, notre diamant, etc.

AD: Certains interprètent l’intervention militaire de la France comme une occasion pour contrer l’influence grandissante de la Chine en Afrique, dans le Sahel, y compris le Mali. Partagez-vous cet avis ? Et êtes-vous d’accord avec ceux qui pensent que la paix ne peut passer que par le retour à l’ordre constitutionnel ?

S.B: On ne peut jamais savoir avec exactitude les intentions économiques qui se cachent derrière une relation d’amitié entre les Etats. Je ne partage pas cet avis dans la mesure où je pense que la seule façon de contrer la Chine est d’aller dans le sens des investissements gagnant-gagnant. En tout cas, cette intervention peut faciliter beaucoup de choses entre la France et le Mali. Pour preuve, il y a moins de sentiment anti-français au Mali contrairement à un passé récent où ce sentiment était apparent, compte tenu des histoires de sans-papiers et surtout du soutien supposé de la France au MNLA. Les gens profitent de la crise actuelle pour raconter beaucoup de bêtises sur le Mali : l’ordre constitutionnel est de retour depuis avril 2012 avec un président intérimaire conformément à la constitution de 1992 qui est toujours en vigueur en République du Mali. Organiser des élections propres, c’est ce qu’il y a de mieux. Mais il y a des risques que le nouveau président et sa nouvelle majorité ne puissent pas faire face à une opposition forte et la crise du nord en même temps. La culture démocratique a du chemin à faire au Mali, dans la mesure où aujourd’hui les partisans du FDR (Front uni pour la sauvegarde de la Démocratie et la République qui soutient la continuité des institutions en place) ne comprennent pas le comportement des organisations et partis politiques membres du MP22, tout comme les partisans du MP22 (Mouvement Populaire du 22 mars qui veut tout réformer et soutient la junte, c’est-à-dire le soulèvement du 22 mars 2012 qui a provoqué la chute du président Amadou Toumani Touré) n’acceptent pas les agissements des organisations et partis politiques membres du FDR. En réalité, c’est ça la démocratie, avec les divergences de point de vue même si ces divergences doivent être aplanies en temps de guerre. La paix va passer seulement par l’exemplarité de ceux qui détiennent le pouvoir maintenant et qui auront la chance de le détenir, en se rattrapant avec l’organisation d’élections crédibles. En réalité, il ne sert à rien ne de se précipiter pour retomber dans les mêmes erreurs du passé en élisant des responsables de manière frauduleuse avec la bénédiction d’une cour constitutionnelle, prête à valider l’ordre donné par le pouvoir exécutif.

AD: La France est éclaboussée par son double jeu par rapport à la question du MNLA et de l’AZAWAD dont elle est à l’origine selon des observateurs avertis. De plus, c’est cette même France libératrice qui s’est encore distinguée dans son rôle de pompier pyromane en imposant le dialogue au régime malien, juste après la libération de certaines villes ? Et pourquoi à votre avis la France a pris le soin de devancer l’armée malienne dans l’une des villes libérée, allant jusqu’à leur interdire d’y mettre les pieds, selon certaines sources ?

S.B: Je dirai plutôt que la France a été bluffée par le MNLA qui faisait croire qu’il est le dernier rempart pour la libération des otages français. En plus de cela, il faut ajouter le manque de discernement du ministre français des affaires étrangères de l’époque, M. Alain Jupé, qui avait plutôt la tête à la campagne présidentielle française de 2012 pour la réélection de Nicolas Sarkozy. Donc M. Jupé s’est permis de lancer des déclarations fallacieuses qui encourageaient le MNLA. Lorsque les villes d’Aguelhok et de Menaka sont tombées en janvier 2012, le président Amadou Toumani Touré devrait solliciter de la France le même soutien que le président actuel du Mali Dioncounda Traoré a demandé en janvier 2013 pour sauver le Mali. C’est l’incompétence, et même la connivence du pouvoir d’Amadou Toumani Touré qui a fait que le MNLA brillait du côté de Paris. Pourquoi le pouvoir légitime de Bamako ne pouvait-il pas faire le même tapage médiatique envers Paris, si la solution se trouvait de ce côté, ne serait-ce que pour sauvegarder la souveraineté et faire moins de victimes dans les rangs de l’armée malienne, en évitant tous les réfugiés civils qui se retrouvent actuellement en Mauritanie, au Niger et au Burkina-Faso sans compter les déplacés au sud du Mali ? Je ne crois pas que la France puisse imposer le dialogue, car le dialogue a des conditions que la France en tant que démocratie n’ignore point. Le dialogue est nécessaire et obligatoire en démocratie avec ceux qui ne sont pas armés, et qui reconnaissent l’intégrité du territoire du Mali comme étant incontestable ainsi que la laïcité, bref le dialogue doit être mené avec ceux qui n’ont pas commis de crimes. Cependant, il n’y a pas eu d’interdiction de la part de l’armée française, n’exagérons pas, car l’armée malienne a le droit de se rendre partout sur le territoire malien, même au-delà de Kidal. L’armée française a voulu devancer l’armée malienne tout simplement pour préserver des vies humaines et éviter des affrontements sanglants qui pourraient survenir entre les militaires maliens et des combattants armés du MNLA qui ont déserté les rangs de l’armée nationale en un moment donné en trahissant la République. Il faut savoir que Kidal est le bastion du MNLA et la ville par excellence des Touarègues et des Arabes dont certains sont restés fidèles à l’armée malienne. Des familles parmi les Touarègues et Arabes qui sont restés fidèles à l’armée malienne ayant souffert des exactions de la part des rebelles du MNLA et Ançardine pouvaient avoir des tentations de régler des comptes au sein du même groupe ethnique (Touarègue-Arabe). Je ne parlerais pas à la place de l’armée française, mais il fallait être extrêmement prudent pour ne pas être accusée de génocide ou encore complice de génocide comme ce fut le cas au Rwanda.

AD: Pensez-vous opportune l’intervention militaire de la France qui a bénéficié d’un soutien à minima des États-Unis ? D’autant plus que Barack Obama s’est récemment demandé si la France a pensé à l’issue du conflit avant d’intervenir au Mali ?

S.B: La France est une puissance militaire mondiale. Elle n’a pas forcément besoin d’attendre des Etats-Unis d’un soutien pour aller se battre au Sahara. Malgré les énormes moyens matériel et technologique des Etats-Unis, l’armée française connait le désert du Sahara mieux que quiconque grâce à sa base installée au Tchad et son service de renseignement très efficace. En plus, les Etats-Unis n’ont pas tardé à dépêcher des avions de ravitaillement et de transport, et d’autres soutiens en renseignements. Vous savez, le cauchemar du bourbier afghan continue à hanter beaucoup de puissances occidentales compte tenu des pertes en vies humaines. Donc Obama a bien raison de s’inquiéter pour la France à cause du précédent que son pays a connu et continue de connaître en Afghanistan.

AD: Qu’est-ce qui explique l’appel à la paix et à la dénonciation d’une frange des intellectuels maliens (Aminata Dramane Traoré, Seydou Badian Kouyaté, etc.), à la veille de l’intervention militaire de la France ?

S.B: C’est très normal, ils sont dans leur rôle, la politique doit suivre son cours tout comme les conflits idéologiques. Aminata Dramane Traoré est altermondialiste, donc par souci de cohérence avec son combat, elle s’oppose naturellement à toute intervention de type mondialiste même si elle peut avoir des raisons objectives à s’opposer à la guerre. Les troupes étrangères peuvent être dangereuses pour la stabilité des familles, si leurs hommes ne seront pas exemplaires et corrects vis-à-vis des filles avec des grossesses qui peuvent s’en suivre dans un pays où le respect des mœurs est capital. Quant à Seydou Badian Kouyaté, il est l’un des premiers militants du Mali prosoviétique dont il est nostalgique, donc il n’est pas étonnant qu’il s’oppose à toute injonction de la France. Dans tous les cas, la paix est essentielle, même si elle doit passer par la guerre, nous devrons accepter cette guerre.

AD: La société malienne ne risque-t-elle pas d’être à jamais divisée, voire amputée, à cause des exactions de l’armée malienne envers la population touarègue dans les zones libérées ?

S.B: Il n’y a pas de risque d’exaction contre qui que ce soit en fonction de son appartenance ethnique, il y a forcément des bavures comme dans toutes les guerres qui sont entre autres des cas de tortures à l’encontre des combattants islamistes arrêtés. Ce que toutes les armées du monde commettent en général, mais c’est d’ailleurs regrettable et condamnable car c’est à la justice de sévir quels que soit les crimes commis. Parmi ces individus qui ont subi des tortures, il y a des hommes noirs comme des hommes à la peau claire. Il n’y a aucune exaction contre les Touarègues ou Arabes en représailles, ne nous fions pas aux spéculations des médias en quête d’audimat. La population du Mali était toujours socialement soudée, elle l’est encore aujourd’hui et le restera toujours. Pour preuve, le colonel Gamou de l’armée malienne est arabe et beaucoup d’autres Touarègues sont restés dans l’armée malienne.

A.D: Quelle est selon vous la voie qui mènera à la paix, voire à la réconciliation entre les Touaregs et le reste de la population malienne ?

S.B: Il faut d’abord que les bandits qui ne reconnaissent pas la République soient punis, conformément aux lois de la République. La voie de la paix réside sans nul doute dans la vraie démocratie qui s’exprime par le dialogue, et la justice sociale pour tout le monde, sans oublier la gestion pluraliste des affaires publiques dans laquelle la vérité ne serait plus dissimulée. En terme de réconciliation, le Mali est réconcilié avec les Touarègues depuis toujours, il y a actuellement des Touarègues dans le gouvernement malien, le vice-président de l’actuelle assemblée nationale est Touarègue et le président du haut conseil des collectivités territoriales l’est aussi. Les médias prennent toujours l’exemple du cas nigérien où le premier ministre est Touarègue. En faisant de telle comparaison, personne ne mentionne le fait que le Mali a précédé le Niger dans ce cas en nommant un premier ministre Touarègue entre 2002-2004.

 

Propos recueillis par Dr Dame Diop, Afrique Démocratie

 

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Source : Connectionivoirienne.net 24 février 2013

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 18:54

Toutes les galeries forestières du ranch sont devenues des plantations de cacao et de banane. Moussa Guida est originaire d’un pays de la sous-région. Depuis douze mois, il est établi au cœur du ranch de Sipilou. Père de trois enfants, il y a construit une cabane qu’il habite avec les siens. Venu de son pays par le biais d’un frère, il travaille pour le compte de celui-ci. « Mon frère est à Duékoué. C’est lui qui m’a envoyé ici », dit-il. Moussa Guida a réalisé une plantation de cacao sur une superficie de deux hectares.

A côté de cela, dans le bas-fond (galerie forestière du ranch), il a un champ de riz pour nourrir sa famille. « Je ne suis pas seul ici », ajoute-t-il l’air craintif. Ce paysan qui paraît surpris de voir une voiture devant sa cabane, ce jeudi 21 février 2013, peu après 10 heures, précise tout de même : « C’est Salif Ouédraogo qui a donné la parcelle à mon frère. Si vous voulez plus de renseignements, allez le voir à Gbablasso ».

Moussa Guida n’a pas tort de dire qu’il n’est pas seul dans le secteur. A cent mètres de son habitation, un campement, avec une vingtaine de maisons en banco, a vu le jour. En plein centre du ranch de Sipilou. Un jeune homme est couché devant l’une de ces maisons. Difficile d’échanger avec lui. Pourtant, il est le seul adulte du campement à cette heure de la journée. Sur le chemin qui mène au village des travailleurs du ranch, des champs de cacao s’étendent à perte de vue. A l’entrée de ce village, un homme sur un vélo se rend au champ. Son nom Ousmane Badolo, il est aussi burkinabé. Comme Moussa Guidé, il travaille sur quatre hectares pour son frère, Bakon Pierre, qui vit à San Pedro. « J’habite le campement que vous venez de dépasser. Mon frère a eu la parcelle grâce à Salif Ouédraogo. Je ne sais pas les conditions d’acquisition », avoue-t-il. Ousmane Badolo, qui habite ce campement depuis deux ans, estime sa population (adultes) à 60 personnes.

Ils sont désormais les occupants des lieux avec quelques bergers peuhls qui viennent faire paître leur troupeau. La prudence est de rigueur dans la cité. De nombreuses personnes rencontrées refusent d’être bavardes par rapport à leur présence sur le site. « Celui qui nous a fait venir ici est à Biankouma. Nous ne voulons pas de problème », se contente de dire un homme, après concertation avec des amis dont l’un indique de façon lapidaire : « Le chef du village est au pont. Il est bien placé pour répondre à vos questions ».

Ce chef du village, Bla Koué Komi, se trouve effectivement à l’extrême ouest du ranch, ce jeudi 13 février. Les populations de trois villages voisins (Yorodougou, Ranch et Yalo) s’y sont donné rendez-vous pour construire un pont sur la rivière Méné qui sépare le ranch de Yorodougou. Ancien manœuvre à la station d’élevage, il est au chômage depuis le pillage du site, en 2002. Tout comme lui, la centaine d’ouvriers de cette station est retournée à la terre. L’homme est très amer lorsqu’il évoque la présence de ceux qu’il n’hésite pas à qualifier « d’envahisseurs ». Parce que les cacaoyers occupent désormais, l’essentiel de la superficie du ranch. « Depuis 2003, nous sommes envahis par des étrangers. Chacun d’eux s’installe comme il veut. Dans les maisons de fonction des agents comme sur les parcelles », regrette le chef du village des travailleurs du ranch. Selon lui, tout le monde sait qui les convoie ici, « mais personne ne peut parler ». « Parce que celui qui fait la pluie et le beau temps ici s’appelle Commando Lamine. C’est lui qui les installe dans les maisons et leur attribue des parcelles. Il est militaire, donc armé et faisait office d’autorité à Biankouma durant toute la période de la guerre », précise Bla Koué.

Selon le chef Bla Koué, la situation est encore plus insupportable parce que les nouveaux maîtres des lieux empêchent même leurs femmes d’aller chercher du bois de chauffe ou des champignons dans la brousse qu’ils considèrent comme leur propriété. « Ils nous font croire qu’ils ont acheté le ranch », poursuit-il. « Les 10 mille hectares du ranch sont transformés en plantations de cacao. Il ne reste plus qu’une petite partie des aires de pâturage qui est en train d’être occupée par des habitations. Ce qui est grave, c’est que les convois continuent de venir. Nous avons peur pour les jours à venir. Les mêmes situations qui ont entraîné les affrontements à Duékoué sont transposées chez nous », renchérit un autre habitant du ranch. Pour lui, après les espaces appartenant à l’Etat (ranch et forêt classée de Yalo), les nouveaux agriculteurs se sont attaqués aux parcelles villageoises.

Alphonse Soumahoro de Yalo enfonce le clou. Il déclare, sans ambages : « La prochaine bombe qui va exploser dans l’ouest du pays est ici. Tous les ingrédients sont en place ». Cet homme, secrétaire du chef de Yalo, s’explique en ces termes : « Pour l’instant, ces personnes se croient plus fortes que tout le monde. Elles arrachent de force les terres des villageois. Mais il va arriver un moment où, exacerbés, nous allons réagir. Ce moment n’est pas loin, vu le nombre de personnes concernées désormais par ces affaires de forêt ici ».

Le président d’une des communautés du département de Biankouma, Salif Ouédraogo, ne reconnaît pas avoir installé un seul compatriote ni dans le ranch, ni dans la forêt classée de Yalo. « Chacun est arrivé ici de son propre chef. Je ne sais comment ils ont eu des parcelles », soutient-il.

 

Encore l’ouest

 

Duékoué. Guiglo. Bloléquin. Toulepleu. Ces villes de l’ouest du pays ont connu des drames sans précédent dans la crise ivoirienne. Des dizaines et des dizaines de morts. A peine commencent-elles à panser leurs plaies, qu’une autre localité de l’ouest se signale. Biankouma. Plus précisément les villages de Yalo, Sokourala et le ranch de Sipilou. Dénominateur commun entre ces villages et les premières localités : la forêt.

Ici, des personnes ont été convoyées pendant la longue période de crise ivoirienne. Pour être installées dans la forêt. Au départ, les réserves de l’Etat que sont le ranch de Sipilou et la forêt classée de Yalo ont été le point de chute de ces nouveaux arrivants qui, dit-on ici, sont en majorité d’origine burkinabé. Puis des négociations ont été entamées avec les riverains. Ce que ces derniers réfutent aujourd’hui. Ils disent avoir été expropriés par la force de leur terre. Sous la menace des armes. « Cent hectares de forêt légués gracieusement pour service rendu à un fils du terroir », se défend l’un des nouveaux planteurs. Qui soutient mordicus qu’aucune terre n’a été « arrachée de force à son propriétaire ». Les populations locales, de façon unanime, disent le contraire. Elles évoquent même le cas des téméraires qui ont « fait la prison » à Biankouma. Situation qui a poussé les uns et les autres à devenir plus souples, face à l’occupation de la forêt.

Combien sont-elles, aujourd’hui, les personnes non originaires de Biankouma concernées par cette question de forêt ? Personne ne peut répondre avec exactitude. Même celui qui se dit leur chef dans le département se contente de lancer : « Elles sont nombreuses ».
Sans aucun doute, une bombe se prépare à Biankouma. Il faut la désamorcer. Le plus tôt serait le mieux. Il n’y a plus d’excuse pour attendre encore longtemps. L’autorité de l’Etat est effective à Biankouma (sic !). Comme partout ailleurs dans le pays.

 

Les propositions des cadres

 

Les cadres de Sokourala sont inquiets par rapport à ce qui se passe dans leur village. Ils le sont d’autant plus qu’il leur parvient, ces temps-ci, que l’Etat s’apprête à expulser les personnes qui ont infiltré les forêts classées au même titre que les forêts villageoises de leur localité. « Nous nous sentons interpelés et nous ne saurions rester en marge de ce mouvement, dans la mesure où nos parents n’ont pas d’autres ressources à part leurs terres. Nous voudrions donc que le Président de la République les aide à retrouver leurs terres dont ils ont été expropriés illégalement », soutient Dosso Vadroh, leur porte-parole à Abidjan.

Pour les cadres de Sokourala, il faut rendre « justice » parce que leurs parents « ont assez souffert » durant la crise sociopolitique qu’a connue le pays. C’est d’ailleurs ce qui les a motivés à entreprendre des démarches depuis 2009 auprès des autorités administratives de Biankouma. « A cette époque, on nous a demandé de patienter, le temps que l’autorité de l’Etat se confirme dans le département. C’est chose faite maintenant avec le retour de la Sodefor qui est prête à récupérer les forêts classées. Nous pensons qu’on doit se pencher sur le cas de nos parents », affirme leur porte-parole.
Les cadres, sur la base de témoignages recueillis auprès de leurs parents, révèlent que tout a commencé en 2008 quand l’ancien chef du village a eu recours aux Forces nouvelles pour se faire payer par les exploitants forestiers qui ont coupé les bois dans sa parcelle pour la scierie de Biankouma. « Ce chef a sollicité les services de Commando par le biais de son fils. C’est en contrepartie de cette intervention que ce dernier a demandé une parcelle de forêt pour faire un champ de maïs. Par la suite, il a ouvert la forêt de Sokourala à tous ceux qui voulaient faire des plantations de cacao », explique Dosso Vadroh. Qui ajoute : « L’essentiel des transactions se faisait de force. Trois personnes qui se sont entêtées dans leur refus de s’y plier ont passé quatre jours en prison à Biankouma ».

Le porte-parole des cadres de Sokourala reconnaît que des personnes ont vendu leur parcelle de leur propre chef. « Mais,

 

il s’agit, précise-t-il, de gens qui ont vu la menace venir. Pour ceux-là, les cadres proposent que ce contrat d’achat qui s’est fait dans des conditions difficiles soit transformé en contrat de location ».

 

Repères

 

• création. Le ranch de Sipilou a été créé en 1964. Il a été entièrement pillé en 2002, lors de la crise politico-militaire. Il couvrait 10 000 hectares.
• conflit. Commando et plusieurs de ses compatriotes sont opposés aux populations de Yalo. Ce litige concerne 379 hectares que les premiers auraient achetés à 11,62 millions de F. Commando a, lui seul, 130 hectares.
• destitution. Le chef du village de Sokourala a été destitué en 2010, suite à ses accointances avec les acheteurs de forêts.
• environnement. Des exploitants forestiers sont également présents dans le ranch de Sipilou et la forêt classée de Yalo.

Doua Gouly

(Titre original : « Ranch de Sipilou : les cacaoyers remplacent les bœufs. »)

 

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Interview de Lamine Romba, alias Commando, mercenaire et colon burkinabé

 

Lamine Romba, alias Commando, pourquoi avez-vous décidé d’occuper le ranch de Sipilou ?

A cause de la guerre, beaucoup de nos parents sont venus ici. On ne pouvait pas leur trouver à manger en ville. Nous avons alors regardé du côté du ranch. Nous savions que le ranch appartient à l’Etat et qu’à la fin de la guerre, le gouvernement pouvait décider de ce qui arrangerait les populations. C’est pourquoi nous sommes allés au ranch.

Lamine Romba, alis CommandoMais d’où sont venus les parents dont vous parlez ?

Certains viennent de Duékoué, Guiglo, San Pedro et d’autres d’Abidjan. Dans le village de Yalo, mes parents ont acheté des parcelles auprès des villageois. Mais l’installation dans le ranch a été gratuite. J’ai tous les documents relatifs aux contrats qui ont été conclus.
C’est donc vous qui avez installé les Burkinabè dans le ranch.

Oui. Parce que comme je le disais tantôt, il n’y avait pas à manger en ville. Nous les avons donc orientés vers le ranch. Nous ne savions pas comment faire pour les nourrir.

Quelles cultures font-ils là-bas ?

Ils sont planteurs de cacao, riz, banane et taro.

Mais pour des gens qui ont faim, ne serait-ce pas mieux de cultiver des produits vivriers ?

Oui. C’est ce qu’ils ont fait au début.

Et après ?

Certains ont commencé à faire le cacao.

Combien vous paye chaque personne installée ?

On ne peut pas vendre les parcelles du ranch. C’est pour l’Etat. On les a installés en attendant la fin de la guerre. Au cas où l’Etat demande leur départ, ils vont s’en aller.

Combien sont-ils, aujourd’hui, dans le ranch ?

Ils sont nombreux. Je ne saurais vous dire leur nombre exact.

Deux cents, cinq cents ?

Ils sont autour de deux cents. Il y a des Lobi, Sénoufo, Baoulé et bien sûr, des Burkinabé.
Tous ceux-là constituent-ils les parents dont vous parliez tantôt ?

Ils en font partie. Mes parents ont trouvé les Baoulé sur place. Ces derniers savent qui les a envoyés dans le ranch. Mes parents sont les réfugiés Burkinabè.

Réfugiés par rapport à quoi ?

Ils ont fui la guerre à Duékoué, Guiglo, Taï pour se retrouver ici. Arrivés à Biankouma, ils ne savaient pas où s’orienter. Nous les avons aidés à s’orienter. Comme ils ont exprimé le besoin d’aller travailler en brousse, nous les avons envoyés sur la parcelle qui appartient à l’Etat.

Depuis quand avez-vous commencé l’exploitation du ranch ?

Les premiers sont arrivés en 2002.

Y avait-il la guerre à Duékoué ou à Taï en 2002 ?

Avant même que la guerre n’arrive à Duékoué, les populations guéré avaient commencé à chasser les Burkinabè de leurs villages. Plusieurs d’entre eux ont dû abandonner leur champ. Même mon père a vécu cette situation, puisqu’il a laissé sa plantation.

Etiez-vous à Duékoué avant la guerre ?

Oui. Mais pas à Duékoué ville. Nous étions dans un village qu’on appelle Gbounouin, non loin de Bangolo. Tous nos biens ont été volés dans ce village.

Avez-vous un champ au ranch ?

Mon champ est vers Sokourala.

Quelle est la superficie de votre plantation ?

Vers le ranch, j’ai 40 hectares de cacao. Du côté de Sokourala, j’ai une autre plantation de 50 hectares en production aussi. J’ai en tout 90 hectares de cacao en production.

Vous êtes fortuné alors ?

Je me débrouille.

Que cherchez-vous encore dans l’armée où vous avez le grade de caporal ?

(Il hésite) J’ai eu tout ça au moment où j’étais en tenue. Je ne peux pas arrêter avec l’armée parce que j’ai un champ. Mes patrons ne m’ont pas dit d’arrêter.

Quel âge avez-vous ?

Je suis né en 1980.

À votre âge, si vous avez 90 hectares de cacao en production, cela confirme ce qui est dit dans les villages.

Qu’est-ce qu’on vous a dit là-bas ?

Il se dit que vous faites venir vos compatriotes de votre pays. Ils travaillent pour vous pendant deux ou trois ans et vous les payez, par la suite, avec des parcelles de terre.

Je sais que ce n’est pas facile d’entretenir une plantation. Mais avant d’arriver ici, j’ai dit que mes parents avaient des champs à Duékoué. C’est là-bas que j’ai gagné l’argent qui m’a permis de m’installer ici.

N’avez-vous pas de compatriotes qui travaillent pour vous ? Où ?

Dans le ranch, Non, Personne ne travaille pour moi. D’ailleurs, je n’ai pas de champ dans le ranch. A Sokourala, le chef du village, le vieux Diomandé Vafoungbé, m’a donné gratuitement 100 hectares. Ce n’est pas dans le ranch. Il m’a fait ce don parce que j’ai bien encadré son enfant dans la rébellion. Il a fait tous les papiers avec moi.

Il se raconte aussi que vous avez fait signer des papiers à tous les villageois sous la contrainte.

Pas du tout. Je ne menaçais personne. Le vieux qui m’a donné 100 hectares gracieusement, c’est en reconnaissance du bien fait pour son enfant qu’il a eu ce geste.

Vous un caporal, vous avez tellement bien encadré un soldat qu’on vous a offert 100 hectares de forêt. N’est pas un peu gros ?

J’ai aussi construit une grande villa pour ce vieux dans son village.

Alors, si l’Etat décide d’expulser tous ceux qui sont dans le ranch, quelle serait votre réaction ?

Si l’Etat décide de les expulser, ils vont sortir. Parce qu’avant d’y entrer, ils savaient que c’était sa propriété. Seulement, il s’agit de gens qui ne savent pas où aller. On verra avec l’Etat.
A Yalo, on vous a cité aussi comme un bourreau des populations. Qu’en dites-vous ?

Ce n’est pas possible qu’un compatriote vienne s’installer aussi facilement dans la forêt sans le consentement des populations locales. Toutes les installations ont fait l’objet de papiers signés. Je le répète. Je n’ai jamais forcé quelqu’un.

Comment expliquez-vous le litige qui vous oppose aux habitants de ce village ?

Il s’agit de gens qui nous ont vendu des parcelles de forêt. Ils ont perçu des avances de l’ordre de 5,1 millions de francs sur les 11,6 millions de francs pour 379 hectares. Maintenant, ils veulent renoncer à la vente. L’affaire est pendante à la justice (il sort un courrier adressé par un cabinet juridique domicilié à Man au chef du village de Yalo, dans le cadre de ce litige).

Qu’allez-vous faire dans ce cas ?

Je m’en remets à la justice.


Interview ralisée par Doua Gouly

 

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Source : Fraternité-Matin 01/03/2013

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