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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 23:27

"Houphouët : il y a 18 ans"

Nord-Sud 07 décembre 2011 

 

"Il y a 18 ans que le père de la nation, Félix Houphouët-Boigny tirait sa révérence. Occupés à battre campagne sur fond de rivalités « familiales », ses disciples pourront-ils, cette année, lui rendre hommage comme ils ont pris l’habitude de le faire ? Difficile de le dire. Pour rappel, c’est le 7 décembre 1993 (date à laquelle était commémorée la fête d’indépendance) que le premier président ivoirien a quitté le monde des vivants."

 

***

Voilà donc tout ce qu’il en reste, même chez ceux qui ont fait de son nom et de son image leur fonds de commerce… Ils font comme si…, mais on voit bien que le cœur n’y est plus. Sinon, comment comprendre qu’en ce dix-huitième anniversaire de sa mort, les journaux proches du « Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix » (Rhdp), y compris le gouvernemental Fraternité Matin, ne lui aient consacré que quelques lignes au bas d’une page intérieure ? Contrairement à ce que dit le quotidien Nord-Sud, proche des soi-disant « Forces nouvelles », ce n’est pas seulement à cause de la campagne des législatives qui vient de commencer dans une remarquable indifférence des populations. La réalité, c’est que dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, à part l’ambassadeur Jean-Marc Simon – et encore ! –, personne n’a vraiment intérêt à se réclamer d’Houphouët.

Marcel Amondji

 

 

 

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 14:13

Il y a quelques semaines, devant des collabos réunis à la mairie de Port-Bouët, Jean-Marc Simon, l’ambassadeur qui se prend décidément pour un gauleiter, savourait son plaisir d’avoir restauré par le fer et par le feu l’houphouéto-foccartisme. Il vient de remettre ça dans les colonnes de L’Intelligent d’Abidjan, cette fois, sous la forme d’une interview puant son bidonnage à plein nez. Toutes les questions avaient manifestement été composées en fonction de la « vérité » officielle made in Sarkosie, que le gauleiter avait sans doute reçu l’ordre de répandre parmi ses sujets. Remarquez, c’est de bonne guerre : quand le pêcheur de gros raconte sa dernière prise, ce qu’il  veut qu’on admire, c’est son adresse, sa ténacité, sa prouesse ; ce n’est pas la lutte héroïque de sa victime pour échapper à sa capture…

Je ne voudrais pas avoir l’air d’accuser les journalistes interviewers. Les questions qu’ils ont posées pouvaient très bien leur voir été suggérées, voire même fournies, par les propres services de l’interviewé. Ce ne serait pas la première fois… Et puis, ne dit-on pas : « Qui paie le bal mène la danse » ? Aujourd’hui, mis à part les journaux bleus dont on maltraite les dirigeants, combien de nos organes d’information sont vraiment libres et indépendants par rapport aux officines où se fabrique la pensée unique compatible Françafrique ? Devant les flots d’encens répandus par le gauleiter Simon sur « L’Intelligent d’Abidjan », difficile de ne pas suspecter l’indépendance de ce quotidien vis-à-vis de l’ambassade de France. Mais passons…

Fort heureusement, ce n’est pas encore demain la veille qu’un ambassadeur de France ou d’ailleurs nous fera prendre ses vessies pour des lanternes. Un jour plein après la publication des déhontées « vérités » simoniennes, même les collabos les plus capés ne s’étaient toujours pas rendu compte que leur maître à penser avait parlé ! Et, si des journalistes de L’Intelligent d’Abidjan ne s’étaient pas déplacés exprès pour les en informer, ils l’ignoreraient encore à l’heure où j’écris ces lignes… Or, si même ces gens-là sont tellement indifférents à ce qu’à raconté le grand stratège de la contre-révolution houphouéto-ouattariste, il n’y a guère à craindre que son interview bidon change l’opinion de la majorité des Ivoiriens sur le coup d’Etat du 11 avril 2011, ou sur les conspirations successives qui, depuis le 7 décembre 1993, l’ont préparée.

Reste que pour le proconsul français, l’important n’était peut-être pas tant d’être cru sur parole, que de bien faire comprendre à ces peuples rétifs par nature, auxquels son prédécesseur Gabriel Angoulvant rêva jadis de substituer des populations soudaniennes réputées plus dociles et plus malléables, qu’il assumait toutes les dérives, tous les forfaits de ce régime fantochard dont il est tout à la fois le parrain, l’architecte et le guide.  Sans états d’âme…

Marcel Amondji

  

Extraits commentés de l’interview de Jean-Marc Simon

(Source : L’Intelligent d’Abidjan 21 novembre 2011)

 

J.M. Simon : […]. Je dois dire aujourd’hui que l’image offerte aux visiteurs et aux citoyens est plutôt encourageante et réconfortante. La ville est propre, la sécurité règne […]. 

 

 M. Amondji : J.M. Simon doit avoir une notion très personnelle de la sécurité pour nier aussi effrontément l’insécurité dont tout le monde se plaint, à commencer par ses propres services. A preuve, cette mise en garde du Consulat général de France (Bulletin d’information du vendredi 25 novembre 2011) : « Une recrudescence d’actes avec violence est à déplorer depuis plusieurs jours. Il s’agit souvent de vols de voiture sur la route, d’incursion dans des logements avec vol et menaces. Ils sont souvent le fait d’individus armés qui opèrent à toute heure y compris sur des grands axes. Il convient d’être plus vigilant. »  

 

L’Intelligent d’Abidjan : La France, votre pays, a hier volé au secours de la Côte d’Ivoire pour payer les salaires des agents et fonctionnaires de l’Etat. Vous venez d’apporter une aide de 520 millions de FCFA au Fonds social de développement. Quel est le sens de ces gestes pour la France ? 

JMS : Après la crise terrible qui a ravagé ce pays, la fermeture des banques, l’interruption des activités économiques, la politique de la « terre brûlée » pratiquée par les partisans de M. Gbagbo […].

 

MA : Etranges, ces guillemets autour de « terre brûlée » ! Cela tend à confirmer que ce n’est pas une vraie interview, mais un texte déjà écrit que ces journalistes ont reçu.

 

L’Id’A : Excellence, le camp Gbagbo vous a accusé d’avoir kidnappé le président de la CEI, Youssouf Bakayoko, et de l’avoir conduit manu militari au QG de son adversaire au Golf Hôtel pour falsifier le verdict des urnes. Que s’est-il passé ce jour-là ? 

JMS : Même dans les mauvais films de série B, les diplomates ne kidnappent pas les présidents d’institutions… Il serait temps d’en finir avec cette rumeur désobligeante. Désobligeante pour moi-même – ça n’a que peu d’importance – mais aussi pour le président de la Commission électorale indépendante, qui a agi comme il s’en est exprimé lui-même à plusieurs reprises depuis, selon sa conscience et en prenant lui-même des risques et ses responsabilités. Il faut plutôt rendre hommage au courage de M. Youssouf Bakayoko dans ces circonstances et ne pas aller chercher de pression ou de manœuvre de quiconque.

 

MA : Les interviewers  se sont bien gardés d’interroger J.M. Simon sur les raisons impérieuses qui, selon lui, incitèrent Youssouf Bakayoko et Yacouba Bamba à aller chercher asile dans un luxueux hôtel de Neuilly-sur-Seine, aux frais des contribuables français, plutôt qu’à l’hôtel du Golf où ils avaient frauduleusement proclamé leurs résultats du scrutin présidentiel sous la protection des « Forces nouvelles », de l’Onuci et de la « Force Licorne », et sur ceux qui les aidèrent à sortir du pays sans être aperçus. Pourquoi ? Serait-ce parce qu’il n’aurait pas pu leur répondre sans se ridiculiser ?

 

L’Id’A : Comment appréhendez-vous les discours des proches de l’ancien régime à l’égard de la France ? Avez-vous le sentiment de n’avoir pas fait ce que vous devriez faire pour prévenir ce que vous qualifiez de hold-up électoral de l’ex-régime ivoirien ? 

JMS : Nous avons déploré, vous le savez, depuis 2003, puisque les choses ont commencé aux lendemains de l’Accord de Marcoussis, l’instrumentalisation d’un sentiment anti-français en Côte d’Ivoire. […]

 

MA : Tout aurait donc commencé avec l’accord de Marcoussis, et non avec les massacres du 19 septembre à Abidjan et à Bouaké, par les futurs protégés de J.M. Simon ! 

 

JMS : […]. A mon sens, il ne correspond pas du tout au sentiment réel et profond des Ivoiriens, avec lesquels les Français se sont toujours parfaitement entendus. Je crois d’ailleurs que peu à peu le camp Gbagbo avait compris qu’il ne servait à rien de s’attaquer à la France. On constate qu’au cours de cette crise postélectorale, on a peu touché aux intérêts français, ou même à la Force Licorne.

 

MA : Les journalistes auraient pu saisir l’occasion de ce propos passablement confus pour apprendre ou rappeler à J.M. Simon que c’est une caractéristique constante de l’histoire politique des Ivoiriens : déjà en 1949-1950, au plus fort des « événements de la CI » comme on disait à l’époque, aucun Français ne fut tué, ni même molesté. En revanche, eux ne se sont pas privés de massacrer les nôtres cette année-là, continuant une tradition séculaire de crimes coloniaux impunis. Mais J.M. Simon a un alibi : en 1950, il restait encore à naître.

 

L’Id’A : Est-ce le rôle d’un ambassadeur, fut-il celui de la France, de s’immiscer dans le processus de proclamation des résultats d’une élection dans un Etat souverain? 

JMS : Vous revenez là sur la question précédente, à laquelle je viens de répondre. Il n’y a eu aucune immixtion. Les résultats ont été proclamés par le président du Conseil Constitutionnel.

 

MA : Lapsus ? J.M. Simon confondrait-il « conseil constitutionnel » et « commission électorale indépendante » ? 

 

L’Id’A : L’ex-régime vous accuse d’avoir fait du faux en vous basant sur des résultats non définitifs pour ameuter la communauté internationale et présenter M. Ouattara comme le Président élu. En un mot, vous n’avez pas attendu la fin du processus électoral avec la décision du Conseil Constitutionnel. N’avez-vous pas induit en erreur Paris et les autres capitales européennes ? 

JMS : Il faut rétablir la vérité des choses. Nous n’avons pas pris position. La France a simplement pris acte des résultats de l’élection. Elle s’en est remise à la certification qui a été faite par le Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies comme c’était son mandat. A partir de ce moment-là, elle a agi sur le plan international pour que la volonté des Ivoiriens soit respectée.

 

MA : A vouloir trop prouver… Comparons ces propos avec ceux d’un autre diplomate françafricain, Jean-Christophe Rufin : « La France doit être leader d’une affaire comme celle-là, encore plus logiquement qu’en Libye. La Côte d’Ivoire se situe dans notre zone d’influence et de responsabilité.[…]. Les Européens n’interviendront pas si la France ne marque pas une direction. Ils pensent que nous avons les clés dans cette zone, ce qui n’est pas faux. […]. Il faut mettre l’Union africaine (UA) dans le coup, ou à tout le moins la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). » N’est-ce pas très exactement ce qui fut accompli dans les conditions et avec les moyens que l’on sait ? J.M. Simon espérait-il vraiment qu’on le prendrait au sérieux, quand il affirme : « Nous n’avons pas pris position. Etc. », surtout après avoir situé l’origine de la crise à Marcoussis ? Mais il vrai que quand un Français de cette sorte s’adresse à des nègres, il se croit tout permis.

 

L’Id’A : Qui est à la base de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire ? Est-ce Young Jin Choi, Laurent Gbagbo ou Alassane Ouattara ?

MA : Question étrange : pourquoi Choi, et pas Simon ou Carter Trois ? Au moins le Sud-Coréen était-il dans son rôle, alors que Simon et Carter, qui furent beaucoup plus présents que lui au moment de la forfaiture de Youssouf Bakayoko, n’avaient, eux, aucune légitimité à faire ce qu’ils faisaient, et qu’ils ne le firent que parce qu’ils étaient les représentants de deux grandes puissances financières et militaires.

JMS : […]. Je crois que la responsabilité est très claire dans cette affaire. Elle revient naturellement au clan Gbagbo qui n’a pas voulu respecter le verdict de cette élection qui s’est déroulée dans des conditions remarquables. Je vous rappelle que l’on a observé plus de 80% de participants aux deux tours de cette élection, ce qui ne s’est jamais vu en Afrique […].

 

MA : Où J.M. Simon fait le sophiste. Certes, ce taux de participation – lors du premier tour – a bien ce sens là, mais en même temps, vu ce qui s’est passé depuis, il signifie encore autre chose ; autre chose qu’on pourrait opposer à J.M. Simon, et qui se vérifiera lors des législatives prochaines. Sans compter que ce qui est du premier tour ne l’est pas du deuxième. Après le second tour, tout le monde avait d’abord annoncé un taux de participation inférieur de plus de 10% par rapport à celui du premier, jusqu’à ce que Youssouf Bakayoko, puis Choi inventent les 80% de participation qui leur permirent de trouver plus de 600.000 voix supplémentaires à d’ajouter au score supposé de Ouattara ; 600.000 voix qui vinrent ainsi, très opportunément, remplacer celles que le Conseil constitutionnel s’apprêtait à annuler en raisons des fraudes massives constatées dans les régions occupées par les soi-disant « forces nouvelles ». 

 

L’Id’A : Cette présidentielle en Côte d’Ivoire s’est déroulée sans le désarmement des ex-rebelles et la réunification du pays. Votre pays n’a-t-il pas provoqué le chaos en faisant pression sur Laurent Gbagbo pour organiser de manière précipitée des élections malgré la partition du pays ?

 

MA : C’est ce qui s’appelle tendre la perche à son interlocuteur. Voilà qui laisse à penser que les autres questions furent aussi construites en fonction des réponses que J. M. Simon tenait déjà prêtes. 

 

JMS : […]. Attendre cinq ans pour organiser une élection, je n’appellerai pas cela de la précipitation ! Cette élection était attendue par les Ivoiriens, je ne pense pas que l’absence de réunification totale du pays ait pesé en quoi que ce soit sur le verdict final des urnes. […]. 

 

MA : Ben voyons ! Peut-on faire mieux dans l’effronterie ? Mais une telle réponse est aussi l’indice que J.M. Simon n’est pas si à son aise avec cette histoire qu’il veut s’en donner l’air. Car, même pour lui, il aurait mieux valu que ces élections se déroulent dans un pays vivant sous la même administration, quelle qu’elle fût, du nord au sud et d’est en ouest. Pourquoi, et par la faute de qui cela ne fut-il pas possible ? C’est probablement la faute à tous les protagonistes, y compris Laurent Gbagbo, mais aussi y compris la France et son représentant, entre autres… Mais quoi qu’il en soit,  c’est une belle connerie de prétendre que l’absence de réunification n’a pas pesé sur le résultat.

 

L’Id’A : Laurent Gbagbo et ses partisans accusent votre pays d’avoir opéré un coup de force pour installer au palais présidentiel, votre pion, Alassane Ouattara alors qu’il n’a pas gagné les élections. Que répondez-vous à cette déclaration ? Qui a arrêté Laurent Gbagbo, son épouse et ses enfants ainsi que ses collaborateurs ? Est-ce vos forces avant de les remettre au commando dit mystique ? 

JMS : Il faut être sérieusement de mauvaise foi pour parler de coup de force de la part de la France. Il y a eu de la part de M. Gbagbo un rejet du verdict populaire, des intimidations sur la population, qui sont allées jusqu’à des massacres. On a vu, il y a plusieurs semaines, à Abobo une centaine de cercueils qui rappelaient de façon très douloureuse ce qui s’est passé. La France s’est contentée, []

 

MA : J.M. Simon souffrirait-il d’une forme de cécité qui ne lui permet de voir les morts et de les comptabiliser que lorsqu’il s’agit de « victimes de M. Gbagbo » ? Un décompte sérieux et honnête de toutes les victimes de cette crise depuis le 19 septembre 2002 montrerait à coup sûr qu’elles furent plus souvent le fait de ses protégés que celui des partisans de Laurent Gbagbo. Même après la forfaiture de Y. Bakayoko qui permit à l’Onu, instrumentalisée par la France et les Etats-Unis, de proclamer Alassane Ouattara président élu de la République de Côte d’Ivoire, et tant que ce dernier n’avait pas prêté serment, Laurent Gbagbo restait le chef de l’Etat légitime, responsable du maintien de l’ordre que troublaient à dessein les provocateurs ouattaristes. 

 

JMS : […] avec l’ONUCI et en vertu de la résolution 1975 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, de détruire des armes lourdes, qui non seulement menaçaient les populations mais les terrorisaient et les agressaient. Elle est intervenue en liaison avec la force des Nations-Unies et avec un mandat très clair du Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Maintenant, quant à l’arrestation de monsieur Gbagbo, je crois que les choses sont claires : il a été arrêté par les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire qui sont intervenues à l’intérieur de sa résidence. A aucun moment, aucun Français, militaire ou civil, n’a pénétré dans cette résidence.

 

MA : C’est un déhonté mensonge, mais c’est surtout le signe d’un embarras certain. Peut-être J.M. Simon espère-t-il qu’on ne croirait pas un ambassadeur si bien en cours capable de mentir avec un tel aplomb, et qu’on goberait tout ce qu’il raconte. Mais on peut vérifier sur le web que le jour où Laurent Gbagbo et les siens furent amenés à l’hôtel du Golf, les couloirs de cet établissement grouillaient de soldats portant en écusson les couleurs françaises. Il y a même des vidéos où, étrangement, l’image est brouillée mais pas le son ; ce qui laisse à penser qu’on l’a fait exprès pour cacher des gens qui n’avaient pas à être là. Mais, en tout état de cause, à qui fera-t-on croire qu’au niveau d’engagement où se trouvait la France et que du reste son ambassadeur revendique en toute clarté, elle aurait pris le risque d’abandonner la conclusion de cette affaire à l’ersatz d’armée ouattariste, sans s’assurer d’une manière quelconque que son inexpérience ne ferait pas tout rater ? 

L’Id’A : Concernant Désiré Tagro, vous êtes la dernière personne à avoir communiqué avec lui sur son téléphone portable car choisi par Laurent Gbagbo afin de négocier un cessez-le-feu pour permettre au chef de l’Etat et à ses proches de sortir sans violence de la résidence. Pouvez-vous faire éclater la vérité sur les circonstances de la mort du ministre Désiré Tagro ?

 

MA : C’est un autre indice de bidonnage : il y a certes un mystère Tagro ; mais ce n’est pas le seul. Il y a aussi le cas du colonel-major Babri Gohourou, porte-parole de l’armée loyaliste, qui se rendait en délégation à la résidence de France en compagnie d’Alcide Djèdjè, notamment, pour y négocier un cessez-le-feu, et qui fut tiré dans le dos par un sniper embusqué dans cette résidence. Et, avant eux, il y avait eu celui de Philippe Rémond, un enseignant français connu pour son soutien à Gbagbo ­­– un peu comme Yves Lambelin, qui sera, lui aussi, tué par « des inconnus », mais, si je puis dire, avec les honneurs de la République –, qu’on a trouvé mort, à Yamoussoukro, dans sa chambre d’hôtel, le lendemain de la prise de cette ville par les bandes outtaristes. Mais ces « questions-là ne seront pas posées »… et J.M. Simon n’aura donc pas à y répondre.

L’Id’A : Aujourd’hui, Laurent Gbagbo a été fait prisonnier. Quel regard portez-vous sur les poursuites contre l’ancien Président et ses proches ? N’y a-t-il pas une justice des vainqueurs contre les vaincus, quand on voit les Forces nouvelles qui sont libres de leurs mouvements, malgré les exactions qu’elles sont soupçonnées avoir commises ? N’y a-t-il pas deux poids, deux mesures?

JMS : Il y a bien entendu une responsabilité écrasante de la part de celui qui a refusé le verdict des urnes et n’a pas hésité à provoquer des massacres, qui ont fait, rappelons-le, trois mille morts recensés. Le nombre réel de victimes est d’ailleurs probablement beaucoup plus élevé. Maintenant, qu’il y ait eu de l’autre côté certaines exactions, je crois que personne ne le nie.

 

MA : « […] qu’il y ait eu de l’autre côté certaines exactions »… J’ai peine à croire qu’un homme qui n’aurait rien à se reprocher, qui n’aurait donc pas besoin de se disculper par tous les moyens possibles, y compris les plus odieux, pourrait, sur pareil sujet, mentir avec un tel sans gêne. Sans doute, cet ambassadeur, qui est pratiquement à la retraite mais qu’on prolonge ici probablement parce qu’on ne trouve personne d’autre pour finir le sale boulot qu’il a commencé, ne ressent même plus le besoin de défendre son image d’homme ni même, peut-être, son honneur. 

L’Id’A : Arrivé en pleine crise en Côte d’Ivoire, aviez-vous une mission spécifique à accomplir dans ce pays ? En êtes-vous satisfait ? Que retenez-vous de votre passage dans ce pays ?

JMS : […]. J’ai été extrêmement frappé par cette volonté des Ivoiriens de sortir de la crise, et qui a permis aux choses de rentrer dans l’ordre aujourd’hui. Si je devais résumer la mission qui était la mienne, c’était de faire en sorte que cette relation entre la France et la Côte d’Ivoire, qui est une relation très forte, très ancienne et très fraternelle, soit restaurée durablement et sans arrière-pensée, ni d’un côté, ni de l’autre. […]. 

 

MA : En clair, J.M. Simon veut dire qu’il a été envoyé pour ressusciter Houphouët… Mais ce n’est pas le plus absurde. Le plus absurde, c’est qu’il croie et veuille faire croire qu’il a parfaitement rempli cette mission christique. Mais, enfin, il aurait tort de se gêner, car il a vraiment beau jeu. Et pas seulement vis-à-vis de nous autres…

A l’Elysée, comme à Matignon, comme au Quai d’Orsay, ses supérieurs ignorent absolument tout de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens…

(Souligné par nous : M.A.)

 

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 11:55
Une réflexion sur les causes et les enjeux de la crise ivoirienne
 
If we must die, let it not be like hogs
Hunted and penned in an inglorious spot,
While round us bark the mad and hungry dogs,
Making their mock at our accursed lot.
If we must die, O let us nobly die,
So that our precious blood may not be shed
In vain ; then even the monsters we defy
Shall be constrained to honor us though dead !
O kinsmen we must meet the common foe !
Though far outnumbered let us show us brave,
And for their thousand blows deal one deathblow !
What though before us lies the open grave ?
Like men we'll face the murderous, cowardly pack,
Pressed to the wall, dying, but fighting back !
Claude McKay (If We Must Die, 1919)
 
 
1 - DU MIRACLE A LA CRISE
 
 
LA MATRICE
On peut donc situer l’origine de la crise actuelle tout au début de l’histoire commune des régions qui furent constituées en colonie sous l’appellation de Côte d’Ivoire par ceux qui les avaient conquises. Cependant, il n’y a pas de fatalité en histoire. Aussi bien la spécialisation de ces territoires fut-elle un choix que les autorités coloniales firent en toute conscience et en conformité avec l’ensemble des buts de la politique d’expansion coloniale de la France. La Côte d’Ivoire indépendante aurait pu – et même elle aurait dû – faire d’autres choix. Au demeurant, si les choix faits en son nom au moment de l’indépendance se situaient dans une ligne de continuité avec ceux que les colonisateurs avaient faits entre 1893 et 1960, il n’y avait pas identité absolue entre eux pour la simple raison que les motivations des uns et des autres, ainsi que leurs objectifs déclarés, étaient différents. Quoi qu’ils aient pu prétendre, les colonisateurs ne visaient qu’à exploiter le pays, ses ressources et ses hommes, à leur seul profit. Au contraire, les autorités ivoiriennes prétendaient, elles, développer le pays dans l’intérêt exclusif de ses habitants naturels, même si elles se flattaient d’y parvenir sans rupture avec l’ancienne métropole. Néanmoins la méthode, elle, n’avait point changé avec l’indépendance. Ni les maîtres de la colonie, ni les dirigeants de l’Etat indépendant n’avaient invité les populations concernées à donner leur avis sur les choix qu’ils avaient faits. Or, s’il était normal pour les colonisateurs de faire les choses sans tenir compte des gens qu’ils avaient trouvés sur place et qu’ils avaient dépossédés, les autorités ivoiriennes, elles, ne pouvaient rien faire de légitime sans faire participer les Ivoiriens, dont elles tenaient leur mandat, à leurs décisions comme à leurs actions. C’est par conséquent en toute liberté que, allant, le 3 janvier 1961, exposer aux membres de la toute nouvelle Assemblée nationale les grandes lignes de la politique économique de son gouvernement, Houphouët, qui venait lui-même d’être élu président de la République pour la première fois, annonça à son auditoire que son intention était d’accorder la « priorité au développement agricole, puisque, expliquait-il, 93% de la population vit de l’agriculture »
En toute liberté ? Voire ! Le 3 janvier 1961, parmi les invités de marque présents, il y avait celui dont on a dit qu’il était le Français le plus puissant après le général de Gaulle : Jacques Foccart. Il n’était certainement pas là seulement pour le plaisir d’écouter un « ami »… Mais faisons comme s’il n’y avait pas de souffleur, et que le chef du tout nouvel Etat ivoirien avait imaginé tout seul la politique qu’il se promettait d’appliquer.
Dans les années qui suivirent, les villes comme les communautés villageoises connurent une réelle prospérité, du moins, dans les zones où cette politique fut réellement mise en œuvre. Grâce à cette politique, et quoi qu’on puisse penser de toutes les circonstances qui l’ont accompagnée, et même si la crise actuelle justifie a posteriori toutes les critiques et toutes les réserves qui furent faites à son sujet, dans son ensemble, la Côte d’ivoire connut pendant cette période des taux de croissance de son PIB presque sans équivalent dans la région. Pour les populations, les villageois comme les citadins, c’était, au minimum, la promesse de changements inespérés dans leurs conditions d’existence : amélioration des moyens de transport et de communication, de l’habitat, de la santé, de la scolarisation, de l’emploi, etc.. Des espérances, pourtant, qu’en réalité elles eurent à peine le temps de caresser avant qu’elles ne s’évanouissent. Ce n’était en effet qu’un rêve merveilleux, et ce sens se retrouve très justement dans l’appellation de « miracle ivoirien » dont des chroniqueurs enthousiastes – enthousiastes, mais pas dupes – baptisèrent cette époque faste.
Dès la fin des années 1960, l’économie ivoirienne commença à se ressentir des effets pervers du modèle de croissance adopté par Houphouët et son ministre, le Français Raphaël Saller, auquel, sous la pression de l’opinion, avaient succédé, en 1965, Henri Konan Bédié à l’Economie et aux Finances et Mohammed Diawara au Plan, sans que, pour autant, ce changement d’hommes n’affecte le moins du monde l’orientation fondamentale de cette politique. Au premier plan de ces effets pervers, il y avait ceux qui résultaient de la prépondérance des facteurs étrangers dans la mise en œuvre du modèle de développement à l’ivoirienne, l’expression « facteurs étrangers » devant s’entendre, ici, non seulement des apports de capitaux d’origine extérieure, privée ou publique, sous forme d’aides, de dons ou de prêts, mais aussi de la participation physique directe d’étrangers (Africains, Européens, Libanais) à « l’œuvre de développement », selon l’expression consacrée. Etudiant les tendances de l’économie ivoirienne vers 1965, Samir Amin observait :
« Les modes de financement de la croissance de l’économie ivoirienne hypothèquent sérieusement l’avenir. La rémunération – à des taux très élevés – du capital étranger, dont la domination s’exerce d’une manière absolue sur toute l’économie du pays, traduit la dépendance extérieure de cette croissance. La Côte d’Ivoire passe rapidement, comme naguère à l’époque coloniale d’autres territoires, du stade de la mise en valeur, caractérisé par un apport net de capitaux extérieurs, à celui de l’exploitation, caractérisé par le retournement de la balance des flux, les profits réexportés l’emportant de plus en plus largement sur l’apport des capitaux. »[1]
Au moment de sa conception, le plan de développement mis en œuvre à partir de 1962 visait à créer les conditions du « décollage » de l’économie ivoirienne, c’est-à-dire de la relève du capital étranger par l’épargne locale. Le succès de cette entreprise ne faisait pas le moindre doute dans l’esprit de ses concepteurs. Le « décollage » était prévu, et même annoncé, pour l’horizon 1970. Mais, dès la fin de cette première phase du plan, il apparut que cette croissance, réelle et même remarquable, ne voulait pas dire développement. Surtout, elle ne générait pas l’accumulation de capital escomptée mais, au contraire, elle aggravait la dépendance de l’économie ivoirienne vis-à-vis des capitaux extérieurs, comme S. Amin l’avait prédit. Cependant, ces signaux de danger n’inquiétaient vraiment que des « puristes », par ailleurs taxés de « marxisme » tels, justement, S. Amin dont les mises en garde suscitèrent chez les admirateurs inconditionnels du « modèle ivoirien » un mécontentement si violent que l’écho s’en fera entendre encore, en 1982, dans l’ouvrage collectif « Etat et bourgeoisie en Côte d’Ivoire », sous la plume de Y.-A. Fauré et J.-F. Médard.
« La Côte d’Ivoire, y lit-on, symbolise tout ce que nos milieux intellectuels rejettent d’instinct : extraversion, dépendance, impérialisme, aliénation culturelle d’un côté, bourgeoisie, argent, matérialisme de l’autre… Ce discours critique sur la Côte d’Ivoire est tronqué, donc malhonnête. Le militantisme, les bons sentiments et la mauvaise conscience, même transmués en discours savant, ne peuvent tenir lieu d’analyse scientifique. Si cette dernière expression a un sens, l’observation exige le recul par rapport à nos réactions spontanées, et non de la complaisance. Il nous paraît donc urgent de réintroduire un peu de réalisme en n’exigeant pas de l’observation qu’elle révèle le bien et le mal, mais qu’elle permette de répondre à des questions moins ambitieuses sur le plan moral et sur le plan politique, mais plus proches des préoccupations scientifiques : qu’est-ce que c’est ? Comment ça marche ? Comment ça fonctionne ? Or, la littérature intellectuelle dominante n’a pas répondu à ces questions, sinon partiellement. Ce n’était pas son problème. Le sien était que la Côte d’Ivoire n’utilisait pas le bon discours, qu’elle faisait tout à l’envers : sans complexe apparemment, elle se proclamait capitaliste et pro-occidentale et mettait en avant le projet de société le plus platement bourgeois qu’on pût imaginer. Le discours est évidemment ce qui attire en premier lieu un intellectuel. A condition que ce discours soit le bon, il est disposé à fermer les yeux et à trouver toutes les excuses aux dérapages de la pratique. Or, non seulement le discours n’était pas le bon, mais les actes suivaient et, pire, ils portaient des fruits. Il fallait donc démontrer que, malgré les apparences, la Côte d’Ivoire s’acheminait vers la catastrophe et que son bilan était globalement négatif, puisqu’on savait, de science infuse, ce qui était bon et mauvais pour le pays. »[2]
 Si, publié en 1982 alors que l’échec du « modèle ivoirien » était déjà patent, ce jugement apparaît pour le moins comme une grave imprudence – même dans une discipline, la politologie africaniste, où le ridicule fait vivre plutôt qu’il ne tue –, en revanche il n’y aurait rien eu à redire vers 1965. Car les actes portaient effectivement de beaux fruits, et chacun y trouvait son compte, les Ivoiriens toutes catégories confondues et les étrangers. En outre, tout au long de cette période, le financement public local des investissements prédomine.
« Depuis 1960, observe S. Amin, les finances publiques ivoiriennes connaissent une grande aisance, qui permet de dégager chaque année une épargne publique non seulement importante, mais grandissante. La situation est aujourd’hui si exceptionnelle sur le continent qu’il faut souligner ce fait avec force. (…). …la Côte d‘Ivoire finance elle-même très largement ses investissements. »[3]
Mais, se demande pourtant S. Amin aussitôt après cette appréciation positive, la Côte d’Ivoire
« pourrait-elle financer aussi aisément des investissements orientés d’une autre manière, comme l’exigerait la préparation de l’étape ultérieure du développement ? Cela est malheureusement moins sûr, car la création d’industries de base, que cette étape de base exigerait, n’intéresse pas le capital étranger, pressé de rapatrier des profits rémunérateurs. L’Etat qui devrait alors se substituer à la carence du capital privé, ne pourrait financer de tels investissements qu’à la condition de s’engager dans la voie difficile de l’austérité. A son tour, l’austérité administrative réduirait les possibilités de l’épargne privée, laquelle est pour une large part le fruit de la prospérité rapide et de l’enrichissement des couches nouvelles qui se développent directement ou indirectement à partir des dépenses budgétaires. Quant aux investissements destinés à l’intensification agricole, qui constituent l’autre aspect de la préparation de cette étape nouvelle, ils exigeraient eux aussi des reconversions difficiles. »[4]
Cette dernière remarque, surtout quand on la rapproche du texte de Fauré et Médard cité plus haut, apporte presque toutes les clefs pour comprendre comment du « miracle » des années 1965-1975, l’économie ivoirienne en est irrésistiblement arrivée aux déséquilibres apparemment irréductibles d’aujourd’hui.
  
LES ANTECEDENTS DU « MIRACLE »
Fin 1950, le premier navire de haute mer pénètre jusqu’au cœur de la lagune Ebrié à travers le canal de Vridi enfin percé. La « mise en valeur » de la Côte d’Ivoire vient de recevoir un instrument à la mesure de son potentiel agricole et forestier : un vrai port. S’en suit le formidable développement des infrastructures, en particulier dans le domaine des transports, qui fit longtemps la fierté des Ivoiriens. Deux facteurs y concourent : le Fonds d’investissement pour le développement économique et social (Fides) créé en 1946, et qui était employé pour moitié en subventions, et affecté principalement au financement des travaux d’infrastructure (canal de Vridi, port d’Abidjan, routes et ponts notamment), et la Caisse centrale de la France d’Outre-mer (Ccfom) chargée des attributions de prêts et des prises de participations, dont les interventions visent les sociétés d’Etat et d’économie mixte, mais aussi les entreprises privées, les caisses de crédit agricole, etc., avec pour domaine d’intervention privilégié l’agriculture, l’élevage, la forêt et l’industrie. En revanche, malgré cet appui financier direct et un régime fiscal privilégié de longue durée accordé aux promoteurs industriels, le bilan de l’industrialisation qui s’en suit reste insignifiant. Au moment de l’indépendance, l’industrie ivoirienne est pratiquement inexistante. L’économie repose essentiellement sur la production de café et de cacao pour l’exportation. L’agriculture est aussi le seul secteur d’activité où les Ivoiriens sont vraiment présents. La forêt et les secteurs modernes (industrie et services) sont totalement contrôlés par les étrangers, Français pour la plupart. La France est d’ailleurs, et de très loin, le premier partenaire de la Côte d’Ivoire qui en reçoit 70% de ses importations et y destine 52% de ses exportations, et même 64% si on tient compte des ventes à l’intérieur de la zone franc.
La politique suivie après l’accession à l’indépendance n’a pas modifié ces données de départ. Au contraire, prenant appui sur l’agriculture d’exportation et l’exploitation forestière, le « miracle » a été principalement financé par des ressources extérieures : aide publique au développement (apd), capitaux privés étrangers, emprunts extérieurs de l’Etat ivoirien.
Entre 1965 et 1975, période dans laquelle s’inscrit le « miracle », la production du café et du cacao augmente de 7,1% par an en moyenne permettant de dégager des excédents commerciaux confortables et d’importantes recettes budgétaires. De même qu’à l’époque coloniale proprement dite, les caisses de stabilisation du café et du cacao – après l’indépendance, ces deux caisses alimentées par le produit des ventes de ces matières premières furent réunies sous l’appellation de caisse de stabilisation et de soutien des prix et des productions agricoles, la « Caistab » – servaient à financer l’investissement, les produits tirés de l’exportation des deux principaux produits sont employés pour développer les infrastructures. Attirés par la perspective de bénéfices juteux et garantis, les capitaux privés extérieurs affluent en Côte d’Ivoire.
Aussitôt après l’indépendance, le gouvernement lance une politique d’industrialisation axée sur l’appel aux capitaux privés et la création d’entreprises fabriquant des biens substituables aux importations. Le terrain avait été préparé, dès 1959, par l’adoption d’un « code des investissements » (loi du 3 septembre 1959) qui avait introduit le concept d’entreprise prioritaire. Selon cette loi,
« l’agrément d’une entreprise prioritaire lui garantit d’importantes mesures d’exonération et d’allégement fiscaux et, dans certains cas, un régime fiscal de longue durée capable d’assurer pendant vingt-cinq ans la stabilité de ses charges. »
Ainsi, jouissant déjà gratuitement des infrastructures installées par l’Etat et d’un système de protection douanière « raisonnable », libres au surplus d’exporter capitaux et bénéfices sans la moindre restriction, ces sociétés bénéficiaient encore d’une totale exonération d’impôts et de taxes douanières pendant vingt-cinq ans ! Jusqu’à 1970, les promoteurs étrangers, en majorité français, répondent avec enthousiasme à l’appel du gouvernement ivoirien. Les investissements privés, qui atteignent 162,8 milliards de Fcfa (prix de 1984) en 1965, contre 73,3 milliards d’investissements publics, s’élèvent au rythme de 6,3% par an en valeur réelle jusqu’à 1970. Mais, pour les rythmes de croissance, les investissements publics ne sont pas en reste : +10,2% par an de 1965 à 1970. Ils sont surtout destinés (dans le secteur productif) aux opérations de diversification agricole pour approvisionner les industries existantes ou pour en créer de nouvelles.
Pour une part non négligeable, la forte croissance des cinq premières années du « miracle » s’explique par l’afflux des capitaux privés extérieurs. Pendant cette période, l’industrie progresse de +14,4% par an en moyenne et en valeur réelle ; les services, au rythme de 9,7%. Les importations de biens et services s’accroissent de 8,2% par an, tandis que les exportations de biens et services augmentent de 8,6%. Non seulement la balance des biens et services est excédentaire, mais encore cet excédent s’améliore.
À partir de 1970, la saturation de la demande interne freinera la création de nouvelles entreprises industrielles. Les investissements industriels à rendement rapide sont épuisés. L’économie ivoirienne a atteint la croisée des chemins prophétisée par S. Amin. Tandis que l’industrialisation s’essouffle, le secteur des services poursuit sa croissance à des rythmes de 15,6% en moyenne annuelle de 1970 à 1975 (contre 7% pour l’industrie et 2,5% pour l’agriculture !). Mais, au-delà de 1975, cet autre miracle aussi se dissipe ; la croissance des services n’est plus que de 3,2% (contre 6,3%) pour le secteur privé, et de 4,6% (contre 10,2%) pour le secteur public. Alors, constatant les limites de la politique d’import-substitution, les planificateurs ivoiriens inscrivent dans le plan quinquennal 1971-1975 un deuxième objectif d’industrialisation axé, cette fois, sur la valorisation des matières premières et l’exportation de produits transformés localement. Il ne s’agissait, d’ailleurs, que d’étendre des activités déjà existantes, notamment pour le café, le cacao, l’ananas ou le caoutchouc. Les capitaux étrangers sont toujours prépondérants, mais l’Etat entreprend de diversifier ses partenaires étrangers. Parallèlement, il prend des participations dans les filiales ivoiriennes des groupes étrangers, se substituant ainsi (provisoirement, disait alors Houphouët), à une épargne privée proprement ivoirienne encore pratiquement inexistante. Enfin, l’Etat tend de plus en plus à se substituer aussi aux investisseurs étrangers dans plusieurs secteurs d’activité, en particulier dans le domaine agro-alimentaire, en lançant les programmes « sucrier », « palmier à huile » et « cocotiers ».
  
LE COMMENCEMENT DE LA FIN
En 1975, la part de l’agriculture dans l’économie est tombée à 37,5%, contre 57% en 1965. Cette tendance s’est maintenue pendant les années suivantes. Ainsi, en 1989, la part de l’agriculture dans la formation du pib se situait au niveau de 29%, tandis que celle des services s’élevait à près de 15,9%. Mais le plus remarquable concerne l’industrie, qui entrait, alors, pour 46,6% dans la formation du pib. Parallèlement, la structure des exportations des biens et services s’était sensiblement modifiée entre 1965 et 1975. Au début de la période, les recettes d’exportation provenaient pour 75% des ventes de produits agricoles, pour 20% de celles de produits manufacturés, et pour 5% des prestations de services. Dix ans plus tard, les proportions respectives se présentaient comme suit : 55%, 35% et 10%. Les importations et les exportations avaient progressé au même rythme (6,8 à 6,9%), ce qui permit à la Côte d’Ivoire de jouir d’un excédent régulier. La balance globale resta pratiquement en équilibre pendant toute cette période, les déficits et les excédents se compensant. Au début des années 1970 cependant, la balance des opérations courantes commença à montrer des signes de déséquilibre ; mais l’Etat n’éprouvait pas encore de difficultés à mobiliser des crédits en provenance de l’étranger ; et cette politique d’emprunt masquait le début de la détérioration de la balance.
Sur le plan des finances intérieures, le déficit du secteur public était demeuré assez faible sur toute la période considérée : en pourcentage du pib, respectivement 1,2%, 3,4%, 2,2% en 1965, 1970 et 1975, l’épargne publique ayant continué de s’accroître (de 3,9% du pib en 1965 à 5,8% en 1975) grâce à l’augmentation des recettes engendrées par les hausses des revenus et des transactions. L’excédent dégagé par la « Caistab » fluctue sur toute la période, mais devient significative : 0,01% du pib en 1965, 4,4% en 1970 et 2,2% en 1975. Les dépenses d’équipement du secteur public ont tendance à s’accroître : respectivement  5,1%, 7,5% et 8,1% du pib en 1965, 1970 et 1975. Mais ils restent encore compatibles avec les capacités de financement du pays. Toutefois, en raison des déficits réguliers du secteur public, le gouvernement prend l’habitude de s’endetter et, surtout, de laisser s’endetter les entreprises parapubliques qu’il vient de créer. Le recours aux emprunts extérieurs passe de 0,9% du pib en 1965, à 1,4% du pib en 1970, et 2,8% du pib en 1975 ; ce qui porte le ratio de la dette extérieure totale sur le pib de 9,1% en 1965, à 24,2% en 1975.
A partir de 1975, et jusqu’en 1977, la Côte d’Ivoire, qui produit 300.000 tonnes de cacao et autant de café, voit les prix de ces produits multipliés, respectivement, par 3 et par 3,6. Les recettes de la « Caistab » font un bond de 2,2% du pib en 1975, à 16,5% du pib en 1977, soit 254 milliards de Fcfa (prix courant 1989 ?). Devant ce pactole, les autorités oublient les bonnes résolutions qu’elles avaient prises dans le cadre de la préparation du plan quinquennal 1976-1980. La surchauffe des années 1976 et 1977 bouleverse les prévisions de ce plan en démultipliant les coûts de facteurs de production. Le gonflement rapide de la masse monétaire (+32,9% par an en moyenne entre 1975 et 1978) porte le taux d’inflation à hauteur de 19% par an. Conséquence : la compétitivité des secteurs tournés vers l’exportation s’érode très rapidement, tandis que les industries tournées vers le marché intérieur mais soumises au contrôle des prix, subissent une forte détérioration de la valeur ajoutée. Le gouvernement prend alors des mesures pour protéger l’industrie, notamment le contingentement des importations. Mais ces mesures ne font qu’aggraver la situation.
Dans le domaine des investissements publics, les dépenses de l’Etat sont multipliées par 2,5 entre 1975 et 1980. Le seul coût d’exploitation des raffineries de sucre – déjà surfacturées – est deux fois supérieur au cours mondial du sucre. Les infrastructures sociales surdimensionnées et luxueuses obéissent plus à des préoccupations de prestige qu’aux besoins réels. Il en est d’ailleurs de même des investissements productifs « stricto sensu » : ainsi, sur les 6 centrales sucrières achetées au prix fort, 2 ont dû être fermées.
Entre 1977 et 1989, les prix mondiaux du café et du cacao baissent de 40%, entraînant une chute sensible des recettes de la « Caistab ». Il y a, en ce qui concerne le cacao en particulier, une tendance à la surproduction du fait que de nouveaux producteurs sont entrés en lice avec des rendements très supérieurs à ceux de la Côte d’Ivoire – (avec des produits de qualité moindre) –. C’est, notamment, le cas de la Malaisie (225.000 tonnes en 1988-1989 contre environ 24.000 tonnes/an avant 1980, et 1 à 2 tonnes/ha contre 400 kg/ha pour la Côte d’Ivoire). La chute des recettes de la « Caistab » diminue d’autant les capacités d’autofinancement, mais l’Etat n’en poursuit pas moins son ambitieux programme d’investissements publics. Dans le même temps, la crise pétrolière de 1979 accroît la facture des importations : au total, les termes de l’échange chutent de 37% entre 1977 et 1980. Mais c’est l’époque où les autorités ivoiriennes sont persuadées que le sous-sol marin au large de Port-Bouët et de Jacqueville regorge de pétrole. Aussi ce choc pétrolier ne les alarme-t-il pas vraiment et elles s’engagent dans une politique d’endettement croissant. Le déficit du secteur public passe de 2,2% du pib à 11,9% en 1980. Les emprunts extérieurs nets publics atteignent 7,9% du pib en 1980, contre 2,8% en 1975. Dans l’ensemble, la part de l’investissement dans le pib passe de 19,9% à 27,5% entre 1975 et 1980 sous la pression d’une expansion du programme d’investissement public atteignant 19,8% par an. La conséquence en est que la surchauffe de 1976-1977 se prolonge durant trois années supplémentaires.
En 1980, la Côte d’Ivoire voit ses réserves épuisées et sa balance globale devenir déficitaire (-7,7% du pib en 1980) par suite d’un déséquilibre grave de la balance des biens et services, et de la tendance à la hausse des dépenses au titre des intérêts de la dette. L’encours de la dette à long et à moyen terme est en effet passé de 24,2% du pib à 42,2% du pib entre 1975 et 1980. Les entrées de capitaux ne suffisent plus à compenser le déséquilibre des opérations courantes, le déficit de la balance atteignant 17,4% à la fin de la période.
C’est à ce moment que le Fonds monétaire international (Fmi) et la Banque mondiale intervinrent pour la première fois. Début 1981, la Côte d’Ivoire signe avec le Fmi un accord en vue d’un programme d’ajustement et de stabilisation de 3 ans. La même année, la Banque mondiale consent un premier prêt d’ajustement structurel (pas) de 150 millions de dollars. Un deuxième pas de 250 millions sera paraphé deux ans plus tard, et un troisième en 1986.
Au milieu de ces difficultés, l’année 1985, marquée par une reprise due aux augmentations importantes des cours des principaux produits agricoles – café (+3,3%), cacao (+33%), coton (+45%), huile de palme (+35%) –, fut une embellie. Le pib s’accrut de 5%, contre des taus négatifs de -2,5% en 1984 ; -4,4% en 1983 et -3,9% en 1982. D’autre part, l’ajustement pouvait apparaître comme un succès : l’inflation est jugulée ; les finances publiques dégagent un excédent qui atteint presque 3% du pib, et la balance des paiements courants est en équilibre. Les dettes intérieures sont apurées. Parallèlement, le paiement des arriérés extérieurs et des intérêts de la dette rééchelonnée rassure les banques étrangères.

  

LES ANNÉES DE PURGATOIRE

C’est à ce moment que survient une chute vertigineuse des deux principaux produits. Le café passe de 1.048 Fcfa/kg en 1985-86, à 849 Fcfa/kg en 1986-87, soit une baisse de -25%. En 1988, il tombera à 600 Fcfa/kg. De même le cacao passe de 895 Fcfa/kg en 1985-86, à 671 Fcfa/kg en 1986-87. Conséquences : les recettes d’exportation accusent une chute de 200 milliards de Fcfa ; du fait de la hausse des prix des importations, la balance courante accuse un déficit d’environ 200 milliards de Fcfa ; parallèlement, la situation des avoirs extérieurs se détériore : de -406 milliards de Fcfa au 1er trimestre, elle passe à 450 milliards au 2e trimestre ; la « Caistab », qui avait dégagé des surplus jusqu’en 1986, s’oriente vers un déficit de ses opérations qui atteindra 400 milliards de Fcfa début 1988.
Début 1987, la fuite des capitaux s’accélère. Devant cette véritable débâcle, la Côte d’Ivoire est obligée de jeter l’éponge. C’est l’annonce, le 25 mai 1987, que le pays ne sera pas en mesure d’assurer le versement des 225 milliards de Fcfa dus à ses créanciers publics et privés. C’est alors qu’Houphouët, imputant ces difficultés à l’inégalité des échanges qui favorise les acheteurs de matières premières au détriment des producteurs, décide de ne pas approvisionner le marché du cacao. Commence alors un véritable bras de fer émaillé de péripéties rocambolesques, dont, cependant, l’issue n’était que trop prévisible. Privée des revenus du cacao et des crédits bancaires extérieurs, l’économie ivoirienne est au bord de l’asphyxie quand, en septembre 1989, à l’issue des « Journées nationales du dialogue », Houphouët se rend aux exigences des créanciers. Les prix-producteur sont ramenés à 400 Fcfa pour le cacao, à 200 Fcfa pour le café. Mais le plus difficile restait encore à venir. Ce fut en février 1990, la publication du « plan Koumoué Koffi » (du nom du ministre de l’Economie de l’époque) visant à réduire les salaires de 15% à 40% selon les catégories ; plan auquel les Ivoiriens devaient s’opposer avec fermeté à partir du 2 mars 1990.
Devant cette résistance et pour la tourner en douceur, le « plan Koumoué Koffi » sera remplacé par le « plan Alassane Ouattara », du nom du gouverneur en exercice de la banque commune des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), que Houphouët a choisi de préférence à une personnalité ivoirienne pour le seconder dans cette passe difficile. Moins choquant dans sa présentation formelle que le précédent – il n’y était plus question d’amputations directes des salaires –, le « plan Ouattara » n’en promettait pas moins les mêmes effets sur la qualité de vie des Ivoiriens, sans être plus efficace en ce qui concerne le problème de la dette, ni en ce qui concerne la relance économique. A son propos, un observateur notait :
« Les résultats de fin 1990, sur lesquels le Fmi va s’appuyer pour examiner la solvabilité et la résolution des Ivoiriens, sont alarmants. Le pib a baissé de 10% ; le déficit commercial est supérieur de 1,8% du pib à ce qui était programmé et les arriérés intérieurs ont diminué de 50 milliards (contre 82 milliards attendus) pour se situer toujours à un peu plus de 350 milliards de Fcfa. (…). Point mort également sur les arriérés extérieurs, puisque le stock est passé de 511 milliards à 575 milliards pendant l’année 1990, en grande partie en raison du retard vis-à-vis des organisations multinationales, dont la Banque mondiale. »[5]

 

LES CAUSES DE L’ÉCHEC

Depuis 1980, la Côte d’Ivoire se trouvait de facto sous la tutelle de ses créanciers sans que, pour autant, sa situation économique et financière en soit améliorée de façon sensible. La raison en est que toutes les solutions imaginées par les experts du Fmi et de la Banque mondiale se sont heurté à des obstacles infranchissables. Il y avait d’abord cette résistance des Ivoiriens, encore plus effective et plus efficace depuis que la société pouvait faire entendre sa voix à travers un grand nombre de publications, de syndicats, d’associations et de partis politiques indépendants des pouvoirs publics. Mais la difficulté principale découlait de la structure même de l’économie ivoirienne, et de son ouverture à l’étranger, qu’Houphouët a voulue la plus large possible.
« C’est, écrit à ce propos Gilles Duruflé, principalement au dynamisme de ses cultures de rente, de ses dotations initiales en terres et en forêts et à une conjoncture favorable des prix à l’exportation que la Côte d’Ivoire doit un rythme de croissance des exportations supérieur à celui du pib, rythme qui lui a permis de supporter le poids croissant de ses importations, de ses investissements et de son ouverture à l’étranger. Or, ajoute-t-il, ces éléments favorables (…) ont une fin, tandis que l’effet de retour des investissements et des importations sur la croissance des exportations reste très faible. Une grande partie de ses investissements ayant été financés sur emprunts extérieurs, seul cet effet de retour (…) permettrait de poursuivre le processus et de faire face au service de la dette lorsque la rente initiale commence à décliner. »[6]
Le « libéralisme » affiché par les autorités ivoiriennes en matière de politique économique était d’autant plus coûteux que la Côte d’Ivoire faisant partie de la zone franc, elle ne disposait d’aucun moyen de contrôle sur le flux des capitaux vers l’extérieur, via la France. Dès le début, le « miracle ivoirien » se signalait par l’importance des transferts privés dans les sorties de devises. Au commencement des années 1960, ces transferts privés s’élevaient déjà à quelque 3% du pib. A l’origine de cette hémorragie, on trouve les résidents étrangers (Français et Libanais aux gros revenus et travailleurs africains non Ivoiriens), mais aussi, à partir de 1970 surtout, les hauts revenus ivoiriens. Au cours des années 1970, plus particulièrement à partir de 1976, ces transferts ont sans cesse augmenté jusqu’à atteindre 150 milliards de Fcfa en 1980. Avec la crise ouverte et les incertitudes politiques qui s’en suivirent, cette tendance s’accentua, entraînant une baisse alarmante des dépôts des particuliers dans les banques ; au point qu’en 1988, les opérations de transfert vers la France durent être interrompues ! Ainsi la crise ivoirienne se révéla être une démonstration particulièrement éclatante de ce que Michèle de Saint-Marc avait prédit dès 1968 :
« La plupart des Etats de la zone franc sont en état de faillite différée dès 1968. Ils sont, en effet, dans l’impossibilité de payer leurs engagements extérieurs, si on ne les aide pas. Au cas où les courants d’aide extérieure se tariraient, les Etats de la zone franc seraient en état de cessation de paiement. »[7]
 
PETITE HISTOIRE D’UN DÉSASTRE ANNONCÉ
Il y eut un « miracle ivoirien », c’est incontestable ; mais il fut éphémère, et cela aussi est incontestable. En définitive, cette politique qu’Houphouët annonçait aux députés avec une superbe assurance n’a abouti que dans ce désastre qu’il nous est donné de contempler. Pouvait-il en être autrement ? Les chantres de l’houphouétisme voudraient nous en persuader : selon eux, les intentions d’Houphouët étaient bonnes mais elles ont été contrariées par la mauvaise foi de ses « partenaires au développement » et des spéculateurs. Mais, l’important dans cette affaire, ce n’est pas tant le désastre final que la distance entre le projet initial et le résultat. Pour illustrer cette distance, deux exemples, empruntés à Houphouët lui-même, suffiront. C’est, premièrement, un extrait de son discours du 3 janvier 1961 :
« La deuxième innovation que nous voulons apporter dans l’enseignement, c’est qu’aucun enfant ne pourra quitter un établissement scolaire sans être nanti d’un emploi. Tout enfant qui, pour une raison quelconque, abandonne l’école, doit être dirigé vers un centre d’apprentissage. »[8]
Et c’est, deuxièmement, un extrait d’un autre discours qu’il prononça dans des circonstances identiques une année plus tard, le 15 janvier 1962 :
« L’on doit comprendre que la politique du gouvernement n’est pas d’offrir une vie aisée à une catégorie de la population si intéressante soit-elle, mais de penser à assurer un mieux-être à l’ensemble des citoyens du pays. »[9]
On sait ce qu’il en fut en réalité dans l’un et l’autre cas.
Parmi les causes de l’échec du « modèle ivoirien » de développement, l’une des plus déterminantes, c’est que cette politique, même en admettant, par hypothèse, qu’elle était entièrement conçue par des Ivoiriens authentiques, et indépendamment de toute influence ou pression étrangère, le fut néanmoins sans tenir aucun compte des véritables aspirations ni, a fortiori, des traditions des peuples ivoiriens. En outre, elle fut exécutée sans leur participation volontaire et éclairée, pour ne pas dire qu’elle leur fut imposée, dans l’opacité la plus complète quant à ses buts véritables, et même quant à ses moyens, selon la méthode que le professeur Harris Mémel-Fotê a résumée dans son intervention à la Sorbonne :
« L’action de développement que le maître comme stratège ordonne et que l’Etat "capitaliste ou socialiste", continuateur de l’Etat colonial, exécute, par médiateurs interposés, cette action est conduite dans un esprit de conquête et de domination de la société paysanne. En opposant les "développeurs" et les objets de développement que sont les choses, les rapports sociaux et les êtres humains connus a priori comme se développant eux-mêmes, elle implique la réification des acteurs appartenants aux classes inférieures. Le premier aspect de cette agressivité réificatrice apparaît dans les projets de développement conçus par les experts ès-développement et mis en œuvre par les techniciens ès-développement contre les initiatives internes des classes inférieures considérées comme des entreprises "réactionnaires", tournées vers le passé, des manières de rétroprojets. »[10]
Bref, la stratégie de développement dont Houphouët exposa les grandes lignes le 3 janvier 1960 était, au mieux, une utopie. Et une utopie doublement paradoxale. Premièrement, parce qu’elle émanait d’un homme qui se voulait avant tout un pragmatique et non un rêveur. Deuxièmement, parce qu’elle fut néanmoins saluée partout, ou presque partout, comme une démarche inspirée par le réalisme même, et frappée au coin de la sagesse. Troisièmement, parce que les critiques, mêmes les plus virulentes, qui lui furent adressées, y compris celles qui provenaient de certaines tendances de l’opposition déclarée, ne prirent jamais en compte le fait que son principal défaut, c’était précisément d’être une utopie dès son point de départ ; c’est-à-dire un système qui n’avait aucune chance réelle de produire durablement les résultats qui lui étaient assignés en théorie.
De l’utopie, cette doctrine avait, en effet, toutes les caractéristiques : dogmatisme, autoritarisme, volontarisme ; toutes choses que son auteur devait d’ailleurs revendiquer fièrement dans un autre discours qu’il fit, le 25 août 1967, à Montréal (Canada) sur le thème de l’unité nationale. Discours important, et qui mérite d’autant plus qu’on s’y arrête que ce fut la seule et unique fois qu’Houphouët se risqua à jouer les théoriciens. Et l’intérêt de ce discours est encore augmenté par le fait que, reprenant les mêmes thèmes à l’occasion de ses vœux de nouvel an, le 31 décembre de la même année, Houphouët donnera nettement l’impression qu’il regrettait son discours québécois.
« L’unité nationale doit (…) procéder d’une conception globale inspirant une action politique générale à long terme. Dans ce domaine, les institutions que les dirigeants choisissent et qu’ils proposent aux populations nous paraissent remplir une fonction essentielle. Dans les nations où les institutions résultent de l’histoire, l’homme d’Etat doit, certes, en contrôler attentivement l’évolution, parallèlement à celle de la société. Il aura même, parfois, à orienter les transformations. Mais, dans sa tâche, les préoccupations novatrices cèdent souvent le pas à la question de la conservation de l’acquis. Au contraire, dans nos pays, la tâche la plus importante des gouvernements est d’introduire des structures, de promulguer des textes, de créer des organismes, qui devancent le degré d’évolution de la société. Il serait irréaliste de prétendre créer ex nihilo des institutions totalement originales. Pour bâtir des Etats modernes, force est, donc, de se référer aux modèles fournis par les Etats modernes. Mais il faut avoir conscience du décalage que l’on provoque, ainsi, nécessairement, entre la réalité sociale et la construction légale. Le rôle spécifique du dirigeant dans nos pays est de transformer ce décalage, qui pourrait être une source de traumatismes sociaux et une cause permanente de chaos, en une force de progrès, et, notamment, en un facteur d’unité nationale. Certains ont présenté les institutions comme des "superstructures" qui procéderaient du dynamisme historique. Nous pensons qu’elles peuvent, au contraire, introduire une cohésion et un dynamisme nouveaux dans le corps social. L’adoption officielle des structures juridiques modernes, de cadres institutionnels nouveaux fournit à tous l’image de la vie sociale de demain. Elle est une projection tangible des buts à atteindre. L’écart entre la réalité d’aujourd’hui et les actes du législateur indique la direction dans laquelle doit s’engager l’effort de tous. »[11]
On ne pouvait pas reprocher à un tel discours de n’être pas adroit. Mais, peut-être l’est-il trop pour ne pas y voir malice. L’orateur, qui semble avoir prévu toutes les objections, va hardiment au-devant d’elles pour les balayer avec assurance. Certes, qui eût voulu lui porter la contradiction ce jour-là eût été ridiculisé en un tour de phrase. Au demeurant, qui d’entre nous n’a jamais fait le rêve de voir nos pays attardés se transformer brusquement, comme par miracle justement, en des Suèdes, en des Suisses, ou en tout autre pays d’Europe ou d’ailleurs dont le bonheur, moins vanté que celui de ces deux-là, n’en est pas moins de beaucoup supérieur à celui de n’importe quel pays d’Afrique ?
« Notre ambition est, et demeure de faire du citoyen ivoirien l’égal des citoyens des pays les plus évolués »[12].
C’est une autre profession de foi d’Houphouët, tirée de son discours du 15 janvier 1962.
Mais, s’agissait-il de nous peindre en blanc ? Non ! corrigera-t-il le 31 décembre 1967 :
« Nous voulons une Côte d’ivoire moderne, nous nous voulons du XXe siècle. Nous nous voulons techniquement, économiquement, socialement toujours plus proches des nations les plus prospères. Mais nous voulons également qu’au-delà des apparences d’un pays moderne, notre Côte d’Ivoire connaisse, en profondeur, une sorte de développement adapté à la nature de ses hommes et de ses choses, qui transforme son visage sans aliéner son âme. Nous voulons aller de l’avant, assurément, mais sans, pour autant, renier notre passé, sans tourner le dos à celles de nos formes de civilisation qui constituent notre originalité et dont le monde a grand besoin, nous le savons. »[13]
On peut constater que le problème du « décalage entre la réalité sociale et la construction légale » est envisagé ici avec plus de réalisme et plus de sagesse ; en tout cas, de manière plus conforme aux leçons de la vie réelle.
Puisqu’il s’agit ici non d’asséner des vérités toutes faites, mais de fournir au lecteur des matériaux pour sa propre réflexion, on me permettra de poursuivre le jeu toujours fastidieux des citations. Après avoir montré comment le « dirigeant » concevait et jouait son rôle spécifique, il peut être intéressant d’examiner si c’est bien cela que les « dirigés » attendaient de lui. On va pouvoir le vérifier grâce aux constatations faites, en 1971, par des équipes d’enquêteurs de l’Institut d’ethnosociologie de l’Université d’Abidjan, constatations qui me paraissent particulièrement propres à éclairer le problème soulevé dans le discours de Montréal.
« Nous avons constaté, notent les enquêteurs, que l’administration intervient, si besoin est, par la force, pour mener à bien les opérations de développement : exploitation des cultures industrielles, scolarisation des enfants… Nous pouvons illustrer l’aspect coercitif de l’administration par l’exemple du lotissement des villages dans la sous-préfecture de Toulépleu. Ainsi à Seizaibli, les paysans sont conscients que le lotissement entraînerait la désorganisation de l’espace social structuré traditionnellement en différents quartiers lignagers, et manifestent une opposition très ferme à ces opérations. »[14]
« Nous avons vu, notent-ils encore, que les structures administratives étaient sans contact, ou presque, avec les populations villageoises. Comment [dans ces conditions] faire passer le message du gouvernement ? Le nouveau pouvoir politique doit pouvoir s’appuyer sur les structures traditionnelles. L’administration coloniale pouvait coexister avec le pouvoir traditionnel sans chercher à se le concilier. L’administration moderne ne peut pas ne pas en tenir compte (…). Les autorités anciennes intéressent directement le pouvoir central dans la mesure où elles ont la caution des communautés villageoises. »[15]
« Aussi ces autorités sont-elles maintenues, même si on tend à les réduire à des fonctions purement formelles (…). Lorsque l’administration ne s’appuie pas sur la force, les paysans continuent à observer la coutume : les institutions modernes demeurent en marge des pratiques. »(p. 86).
« En milieu ouvrier comme en milieu paysan, on préfère essayer de régler les problèmes d’abord par la voie coutumière : par l’intermédiaire du chef traditionnel au village, ou du chef ethnique (…). Ce n’est qu’après l’échec de cette procédure ou en cas d’affaires très graves que l’on recourt à la justice moderne. Cette dernière est en effet redoutée, car elle est étrangère à la communauté et perturbe le bon fonctionnement de l’arbitrage traditionnel : c’est la loi des Blancs, elle est impitoyable et favorise les riches. »(p. 87).
« Les paysans se montrent réticents envers les institutions modernes et l’on observe de nombreux décalages entre les nouvelles lois et les pratiques sociales (…). Il peut se produire des cas où l’application des règles coutumières est incompatible avec le code moderne et fait l’objet de mesures de répression. Ainsi un village s’est-il vu frapper d’ostracisme (sic) par l’administration pour avoir refusé d’enterrer un habitant jugé indigne d’une sépulture, la tradition locale voulant qu’on refuse des funérailles à ceux qui se sont rendus coupables d’actes réprouvés par la société. Ce qui est la norme aux yeux de la tradition devient un délit pour la justice moderne. La conséquence de telles incompatibilités se traduit à la fois par le repli du village sur lui-même et par le rejet et l’hostilité de la part des représentants de l’administration. »(p. 88).
Et voici encore deux constatations faites par les mêmes équipes, en 1975 cette fois, et publiées sous le titre : « Besoins culturels des Ivoiriens en milieu urbain » :
« Dans le domaine politique, le clivage entre les masses populaires et une élite au pouvoir se fait sentir avec acuité. Moins informées, impuissantes, souvent ignorantes du fonctionnement des nouvelles structures mises en place, les classes défavorisées se sentent écartées du pouvoir. Elles ne font que subir les volontés d’autorités qui décident à leur place, et (elles) aspirent, à leur niveau, à participer à l’élaboration des décisions concernant leurs propres intérêts. »(p. 222).
« Ecartées du pouvoir moderne, elles (les masses) militent pour le maintien des structures traditionnelles qui, selon elles, assurent la cohésion sociale. Aussi manifestent-elles une certaine désaffection vis-à-vis des structures politiques nouvelles. »(230).
On voit, par ces quelques exemples, que le véritable problème qui se cache derrière le « décalage entre la réalité sociale et la construction légale », c’est, au fond, toute la question du rapport entre développement et démocratie dans un pays tel que la Côte d’Ivoire.
Mais, la démocratie, qu’est-ce que c’est ? C’est, dira-t-on, le pouvoir du peuple. Cette définition est imprécise. En réalité, la démocratie doit être comprise comme le pouvoir pour un peuple donné de faire lui-même les lois auxquelles il doit obéir. Ce qui revient à dire : le droit de vivre sous les lois qu’il a faites lui-même, et non sous des lois faites et imposées par autrui.
D’autre part, le véritable but de toute politique de développement national n’est-il pas de doter la nation concernée des moyens nécessaires à la sauvegarde de son indépendance ainsi qu’au plein exercice de sa souveraineté, autrement dit, les moyens de faire ses propres lois et d’empêcher que d’autres ne lui imposent les leurs ? Faire de bonnes lois, les meilleures lois possibles, mais, surtout, les faire soi-même !
Depuis cent ans et plus parfois, les peuples ivoiriens n’ont jamais cessé d’exprimer leur volonté d’exister par et pour eux-mêmes, de vivre selon des lois faites par eux-mêmes et non en fonction des lubies d’une galerie de spectateurs ou de juges étrangers – surtout quand ce sont des gens qui, à un titre ou à un autre, ont à voir avec les politiques qui ont dévoyé nos institutions pour mieux nous asservir et nous piller –, mais en fonction de leur propre histoire et de leurs véritables besoins actuels.
Compte tenu des conflits que soulève l’application de doctrines telles que celle qu’Houphouët exposait à Montréal, même édulcorées, et compte tenu de la nécessité où se trouvent les autorités « modernes », soit de se reposer, volens nolens, sur les formes administratives traditionnelles, soit de mener une guerre civile incessante contre la société telle qu’elle est, il paraît évident que le système politique qui convient le mieux aux Ivoiriens, celui qui assurera vraiment le développement harmonieux de la Côte d’Ivoire, ne viendra pas de ces soi-disant parangons d’une conception de la démocratie qui, en leur propre sein, excluent les Noirs et/ou les pauvres, mais des profondeurs de la propre histoire des peuples ivoiriens, et à travers les pratiques sociales imprégnées de cette histoire. Dès lors, la véritable sagesse politique ne consisterait-elle pas à proclamer tout de suite, par principe mais sans dogmatisme, les institutions villageoises encore vivantes comme autant d’institutions normales de l’Etat unitaire moderne, ne serait-ce qu’à titre provisoire, et à entreprendre sur cette base la codification d’un droit national ivoirien intégré ? Il ne s’agirait, après tout, que de prendre acte d’un état de fait dont ni l’existence ni la suppression ne dépendent pas de notre bon vouloir ni, surtout, de celui de personne d’autre.
Il n’y a aucun sens à parler de développement, si ce n’est pas le développement d’un peuple concret. Ce qui caractérise le mieux les peuples, c’est leur système de valeurs, fruit de leur histoire, ce que Hegel nomme Siltichkeit. On ne peut pas détruire ou rejeter brutalement le système de valeurs d’un peuple sans le mettre dans les plus grands dangers de désintégration. Même la Banque mondiale en est d’accord aujourd’hui :
« Les pays, lit-on dans une de ses publications de la fin des années quatre-vingts, sont comme les arbres. On ne peut pas les faire grandir en les tirant de l’extérieur. Leur croissance doit répondre à leur logique propre et être alimentée par leurs racines. »[16]
Il n’eut été que très normal de donner pour principe et pour point d’appui au procès d’édification nationale commencé paraît-il le 7 août 1960, le projet de restaurer le plus complètement et le plus exactement possible les systèmes juridiques de tous les peuples de la Côte d’Ivoire ; puis, à partir de ces modèles, de définir, à l’usage de l’Etat unitaire fondé ce jour-là et compte tenu de sa fonction spécifique d’instrument du développement et de l’intégration nationale, le véritable esprit des lois ivoiriennes. Il eût suffi pour cela que les communautés villageoises, qui étaient encore le cadre de vie de la majorité des Ivoiriens, fussent réellement associées à la prise des décisions concernant l’avenir de tous les Ivoiriens. Cela eût été normal parce qu’il s’agissait de la restauration de l’indépendance et de la souveraineté de peuples établis sur ces terres depuis des temps immémoriaux, et non de l’installation d’un nouveau « Liberia » sur un territoire acheté par des immigrants venus ou revenus de l’autre côté de l’océan. Les autorités de la « décolonisation » firent un choix tout à l’opposé de celui-là : en reconduisant purement et simplement les lois et les règlements coloniaux sitôt la cérémonie d’indépendance terminée, ils frappèrent ipso facto de nullité toutes les coutumes particulières de nos peuples.
Tel est l’un des plus étranges paradoxes de la prétendue indépendance dans laquelle la Côte d’Ivoire patauge depuis 1960. Rien de ce que les Ivoiriens avaient su préserver de leurs institutions traditionnelles méprisées par les colonisateurs (et jusqu’à leurs langues mêmes) ne fut pris en compte par les nouveaux législateurs. Et c’est peu dire ! En fait, ils les nièrent en toute conscience, et ils les rejetèrent en bloc, parce qu’ils les considéraient, eux aussi, comme des institutions barbares ; ce qui revenait à déclarer hors la loi la majorité des Ivoiriens de 1960 parce qu’ils avaient su résister à leur anéantissement culturel par les colonisateurs !
Mais qu’on m’entende bien : je ne suis pas en train de prôner une nouvelle forme d’ivoirité. Ce dont il s’agit, c’est de rétablir solidement les peuples ivoiriens dans leurs droits naturels, en particulier celui de vivre sous les lois qu’ils se sont données eux-mêmes. Des lois sous lesquelles, au demeurant, ils vivent encore très généralement, mais dans une sorte de clandestinité, parce qu’elles n’ont pas été prises en compte par la constitution de l’Etat. Des lois sous lesquelles, ainsi que tout le laisse présumer, ils vivront encore longtemps parce que rien n’est fait pour leur en donner d’autres qu’ils puissent accepter. Des lois sans lesquelles une conception absurde – voire criminelle – de la « modernisation » achèvera de nous détruire en tant que sociétés humaines originales et indépendantes. D’où il suit que, pour un Ivoirien d’aujourd’hui, défendre les cultures des peuples autochtones de la Côte d’Ivoire, ce n’est pas commettre une agression contre les Ivoiriens d’origine étrangère ou contre les résidents étrangers de toutes origines. Ce n’est pas un crime. C’est le contraire qui en serait un. Il serait en effet criminel de notre part d’assister sans rien dire ni faire à l’assassinat programmé des peuples dont nous sommes issus. Car on peut tuer une culture ; et lorsqu’on tue une culture, lorsqu’on la laisse s’étioler et dépérir, c’est un peuple qu’on tue, le peuple qui a sécrété cette culture, qui vivait en elle, qui s’exprimait par elle.
Marcel Amondji

NOTES
[1] - S. Amin, « Le développement du capitalisme en Côte d'Ivoire », Les Éditions de Minuit, 1965 ; pp. 269/270.
[2] - Karthala, 1982 ; pp. 11/12.
[3] - S. Amin, O. c. ; p. 233.
[4] - Ibidem.
[5] - « La lettre du continent », 16/05/91.
[6] - « L'ajustement structurel en Afrique », Karthala, 1988 ; p. 94.
[7] - Cité par J. Suret-Canale, « Afrique et capitaux », T. 1, L'Arbre verdoyant éd., 1987 ; p. 50.
[8] - « Le président Houphouët-Boigny et la nation ivoirienne » (morceaux choisis de discours de F. Houphouët), Les Nouvelles éditions africaines, Abidjan-Dakar, 1975 ; p. 234.
[9] - « Fraternité », numéro spécial du 15/1/62.
[10] - H. Mémel-Fotê, « Des ancêtres fondateurs aux pères de la nation. Introduction à une anthropologie de la démocratie », Conférence Marc-Bloch, Sorbonne, 18/6/91 (inédit).
[11] - « Le président Houphouët-Boigny et la nation ivoirienne », pp. 153-154.
[12] - « Fraternité », numéro spécial du 15/1/62.
[13] - « Le président Houphouët-Boigny et la nation ivoirienne », pp. 198 et 200.
[14] - « Paysans et ouvriers ivoiriens face au développement », p. 80.
[15] - Cf. H. Bourgoin, « L'Afrique malade du management », J. Picollec, Paris, 1984, en particulier le 9e chapitre intitulé « L'image des chefs ».
[16] - « L'Afrique subsaharienne de la crise à une croissance durable »  ; p. 230.
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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 17:20

Lu dans Le Mandat du 8 novembre 2011, dans un article intitulé « Claude Guéant (ministre de l'Intérieur français) rassure : L'Accord de défense sera signé en décembre » :

« M. Claude est venu nous apporter le soutien du gouvernement français dans la réforme de restructuration de la sécurité dans notre pays. »

On connaissait une certaine Mme Claude, qui défraya la chronique dans une affaire de proxénétisme de haut vol ; désormais, il y aura aussi M. Claude…]


     
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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 10:10

Un de mes bons amis parisiens m'a envoyé récemment une coupure du « Canard Enchaîné » du 20 avril 2011 avec cet écho d'un conseil des ministres qui fut l'occasion pour ces messieurs-dames, à commencer par le président Sarkosy soi-même, de beaucoup rire aux dépens de Laurent Gbagbo qu'ils se préparaient à renverser.

[…].
Au cours du même Conseil, le chef de l'Etat s'est envoyé des tombereaux de fleurs, à propos de la Côte d'Ivoire. Et c'était avant même l'arrestation de Gbagbo. « Notre politique étrangère dans ce pays fait l'honneur de la France, a-t-il affirmé. Les chefs d'Etat africains sont d'accord avec nous. Laurent Gbagbo est en état de folie, on ne peut comparer sa folie qu'à celle de sa femme. Il est menteur et retors. »
Curieusement, il a ajouté : « Il ne faut pas oublier que Gbagbo est catholique et que Ouattara est musulman. Le fait de soutenir le second est un signe d'ouverture de notre part. »
Sarkosy a poursuivi : « Gbagbo, ne l'oublions pas, c'est celui qui a emprisonné son équipe nationale de football parce qu'elle avait perdu un match ! »
Fillon, ironique : « Monsieur le Président, c'est aussi la tentation, parfois, de Chantal Jouanno. »
Eclats de rire autour de la table du conseil : « Attention, s'est écrié Sarko, ça va sortir dans la presse. »
C'est fait.
Pauvres de nous ! Comme ça, sous prétexte d'y « rétablir la démocratie », ces rigolos ont déchaîné l'apocalypse sur la Côte d'Ivoire et fait massacrer des milliers de jeunes Ivoiriens, civils et militaires, alors qu'ils ignoraient totalement ce qui s'y était vraiment passé !
Moi, ce qui m'aurait fait rire s'il ne s'agissait pas d'une affaire si grave et qui, en tant qu'Ivoirien, me touche de si près, c'est qu'autour de Sarkosy et de Fillon – et au « Canard Enchaîné » non plus, apparemment – il ne s'est trouvé personne pour leur dire que ce n'est pas Gbagbo, mais le général putschiste Robert Guéi qui avait « emprisonné son équipe nationale de football parce qu'elle avait perdu un match ! »
Goethe disait : « Il n'y a rien de plus terrible que l'ignorance agissante ».
Marcel Amondji
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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 10:46

Monsieur le Directeur,

 

Dans l’article intitulé « L’arrestation de Séka Séka livre ses secrets. Comment les RG français ont planifié le coup » (« Le Temps » du 20 octobre), votre collaborateur Brence Guéhi écrit : « Ouattara et ses soutiens français viennent de créer un autre dangereux précédent. Celui-ci au niveau de l’histoire de l’aviation civile africaine. En effet, au mépris des accords internationaux et autres textes qui régissent ce secteur, Ouattara a fait extraire de force un passager d’un avion de ligne. » En fait, cet acte caractérisé de piraterie n’est pas le premier dont de prétendues autorités ivoiriennes se rendent coupables ou qu’elles couvrent – c’est d’ailleurs le sens que suggère le titre de cet article, et c’est le mot qui convient –, mais le troisième.

Le premier a eu lieu avant l’indépendance ; en 1959 très exactement, et la victime en fut le regretté Harris Mémel Fotê. Ancien président de l’Union générale des étudiants de Côte d’Ivoire (Ugeci), Mémel Fotê avait rejoint la Guinée indépendante à la fin de ses études, comme de nombreux autres jeunes intellectuels progressistes de ce temps. En 1959, Kwame Nkrumah en visite officielle en Guinée l’avait invité à l’accompagner dans son voyage retour, qui se fit par mer comme le voyage aller. Après un bref séjour à Accra, Mémel s’en retournait à Conakry par un vol régulier de KLM, la compagnie hollandaise. A l’escale d’Abidjan, il fut extrait de force de l’avion, emprisonné sous l’inculpation ridicule d’« atteinte à la situation diplomatique de la Côte d’Ivoire », un pays qui était encore une colonie et dont le principal dirigeant du parti dominant ne souhaitait alors qu’une chose, à savoir qu’il ne devienne jamais indépendant et ne possède donc jamais les moyens de conduire sa propre diplomatie ! Jugé pour ce délit imaginaire, Mémel fut lourdement condamné, histoire sans doute de faire un exemple de nature à décourager d’autres diplômés ivoiriens d’imiter son exemple.

Le deuxième, c’est l’arrestation de Louis-Lansana Béavogui, alors ministre des Affaires étrangères de la Guinée (Conakry), le 26 juin 1967, dans l’avion de la PanAm qui le ramenait de New York et qui fut forcé d’atterrir à Abidjan. Si dans le cas de Mémel Fotê la main de la France restait peu visible, quoique bien présente, dans le cas Béavogui en revanche, cela crevait les yeux. Quelques mois auparavant, le 19 février 1967, un soi-disant chalutier battant pavillon ivoirien, le « Kerisper » – un nom bien ivoirien, n’est-ce pas ? –, avait été arraisonné dans les eaux territoriales guinéennes. L’acte de piraterie contre le chef de la diplomatie guinéenne se voulait donc une mesure de rétorsion. En fait, il signait surtout le premier délit, révélant du même coup sa véritable nature. Car enfin, les histoires de chalutiers braconnant dans les eaux territoriales d’un pays tiers qu’on arraisonnait étaient légions, et on n’arrêtait pas un ministre des Affaires étrangères chaque fois que se produisait un tel incident ! D’ailleurs, c’était une époque où la France, en la personne de Jacques Foccart, ne manquait pas une occasion de provoquer le régime de Sékou Touré. Et Dieu sait quel rôle Foccart fit jouer à la Côte d’Ivoire, avec la complicité active d’Houphouët, dans sa guerre secrète contre Sékou Touré.

Si vous regardez la page Wikipédia consacrée à Lansana Béavogui, vous verrez que sa mésaventure d’Abidjan n’y est pas mentionnée. En revanche, on y signale celle dont il avait été victime, à Accra, l’année précédente. En octobre 1966, pour se venger du fait que Sékou Touré avait non seulement offert l’asile à Kwame Nkrumah après son renversement, mais l’avait encore symboliquement associé à la direction suprême de la Guinée, le régime prooccidental installé cette année-là à Accra avec l’aide des services étatsuniens et français opérant depuis Abidjan imagina d’arrêter son ministre des Affaires étrangère qui transitait à Accra sur le chemin d’Addis-Abeba où il allait participer à une importante réunion de loua.

L’oubli de l’incident d’Abidjan par les informateurs de Wikipédia est révélateur de la complaisance dont certains médias font toujours preuve vis-à-vis d’Houphouët. A l’inverse, le rappel de celui d’Accra montre que ces gens sont tout de même conscients du caractère délictueux, au regard du droit international, de tels actes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils font tout pour qu’on les oublie quand leur rappel risquerait de trop ternir la fausse gloire d’Houphouët.

Pour conclure, je voudrais insister sur cette idée qui court tout au long de cet article et que je partage tout à fait : le pouvoir qu’on nous a imposé à coups de canon le 11 avril est de la même nature, et il a la même finalité que le régime de terreur instauré en 1963 à la faveur du coup des « faux complots ». Récemment, lors d’une étrange célébration à la mairie de Port-Bouët, l’ambassadeur français Jean-Marc Simon, le grand stratège du coup d’Etat ouattariste du 11 avril, en fit l’aveu dans un langage remarquablement décomplexé : « Après dix années de souffrance, voici que la France et la Côte d'Ivoire que certains, poursuivant des buts inavoués, ont voulu séparer d'une manière totalement artificielle, se retrouvent enfin dans la joie et dans l'espérance. (...). Nous avions su inventer vous et nous, sous l'impulsion du président Félix Houphouët-Boigny et du Général de Gaulle, cet art de vivre ensemble qui étonnait le monde et qui faisait l'envie de toute l'Afrique. » (Le Nouveau Réveil 18 juin 2011).

Nous avons l’impérieux devoir de porter à la connaissance de nos compatriotes, à tous mais tout spécialement à ceux qui sont restés debout après le 11 avril, chaque fait, chaque parole qui en apporte la preuve. En fouillant si nécessaire le plus loin que nous pouvons dans nos mémoires.

Salut et fraternité à vous et à toute l’équipe du « Temps ». Merci pour le beau travail que vous faites malgré les énormes difficultés que j’imagine.

Marcel Amondji (le 26 octobre 2011)

 

 

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 16:07

Il n’est pas, dit l’adage, de victime plus lamentable que la victime consentante. Soixante ans après Félix Houphouët, dont il se prétend le fils spirituel, Bédié nous en administre une nouvelle preuve. Le voilà réduit à l’état éminemment précaire de l’amiral qui a brûlé tous ses vaisseaux, et qui se trouve par le fait à la merci de ses ennemis. Et néanmoins il affecte encore des poses d’un vainqueur trônant à son pinacle ! Il est condamné à passer le reste de son existence courbé sous les fourches caudines de ceux qui l’ont renversé le 24 décembre 1999,  et cependant il semble vivre cet état comme le degré le plus honorifique de sa longue et chanceuse carrière politique. A le voir si tranquille, si infatué, étalant à la face du monde sa graisse et sa bonne conscience comme s’il était lui-même absolument vierge et sans taches, et à l’entendre proférer contre Laurent Gbagbo, sa famille et ses compagnons actuellement emprisonnés, ces jugements à l’emporte-pièce dont il semble s’être fait une spécialité depuis qu’il n’est plus que l’auguste d’Alassane Ouattara, on en mourrait de rire, n’était le rapport étroit de ce personnage aux allures de magot chinois avec notre interminable tragédie nationale…

 

Car Henri Konan Bédié n’est pas en train de jouer dans une pièce de théâtre ou dans un cirque. Dans cette capitale étrangère où il faut qu’ils aillent tous lorsqu’ils veulent honorer la mémoire de Félix Houphouët sous prétexte de décerner le prix Unesco qui porte son nom, il nous représente…

 

Au fait, ce prix, en quoi diffère-t-il, par exemple, de celui que le président de Guinée équatoriale peine à fonder à travers la même institution parce que la France lui suscite toutes sortes d’obstacles ? Les intentions d’Houphouët étaient-elles plus pures que celles d’Obiang ? L’argent légué par lui à l’Unesco était-il plus propre que celui de l’Equato-Guinéen ? Chacun sait qu’à l’instar des autres kleptocrates dont la France sait si bien s’accommoder pourvu qu’ils soient bien dociles et bien malléables, Houphouët ne faisait aucune différence entre ses biens personnels, certes considérables, et les biens de l’Etat et de la nation. Alors, qu’est-ce qui justifie cette solennité dispendieuse à laquelle, d’ailleurs, le peuple ivoirien toutes classes confondues, n’a jamais pris le moindre intérêt – n’est-ce pas, d’ailleurs, la principale raison de sa célébration si loin du pays ? – et qui, à y bien regarder, sert moins à honorer Houphouët qu’à procurer à ses soi-disant disciples un avantage comparatif notable sur leurs concurrents lors des compétitions politiques. Les manœuvres tortueuses de Paris visant à obliger l’Unesco à ne pas accepter la création d’un prix Obiang destiné à promouvoir la recherche scientifique – c’est autre chose, tout de même, qu’une très improbable « recherche de la paix » ! – alors qu’il étale sa complaisance vis-à-vis de la grand-messe annuelle des houphouétistes, prouve bien que ce qui est en jeu, c’est seulement la préservation d’une sorte de monopole françafricain autour du fonds de commerce qu’est devenu le nom d’Houphouët. Voilà pourquoi c’est toujours à Paris que tout le monde vient recevoir son prix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix alors que l’Unesco existe dans toutes les capitales du monde.

 

Une seule fois la règle ne fut pas observée. C’était l’année où le lauréat  était le roi d’Espagne… Et pourquoi la remise de son prix au souverain espagnol eut-elle lieu à Abidjan et non à Paris ? Je n’en sais rien précisément, mais je soupçonne que c’est parce qu’il était impensable que le chef d’un Etat souverain aille spécialement dans une capitale étrangère pour y recevoir une distinction de la main de personnalités elles-mêmes étrangères à ce pays. Certes il y avait une sorte de précédent : Nelson Mandela et Frederick De Klerk, les deux premiers lauréats ex æquo, vinrent spécialement à Paris pour y recevoir leur prix des mains de son fondateur, et en présence du président de la République française. Mais il s’agissait évidemment d’un cas tout particulier : De Klerk n’était pas là en tant que le chef de l’Etat raciste sud-africain qu’il était alors mais, tout comme Mandela, en tant que l’un des principaux partenaires dans le processus révolutionnaire qui se déroulait dans leur pays. Quant aux autres chefs d’Etat en exercice qui ont aussi reçu leur prix à Paris,  on observera que ce fut toujours au cours d’une visite officielle en France avec, accessoirement, un arrêt au siège de l’Unesco…

 

Mais, vous dites-vous peut-être in petto, pourquoi ces digressions qui semblent nous entraîner hors du sujet de cet article ? Je réponds par une autre question : est-il normal qu’un acte qui s’apparente à un rituel religieux – puisqu’aussi bien le culte d’Houphouët est pour ses prétendus disciples quasi une religion révélée – ait lieu dans une capitale étrangère plutôt que dans la ville où celui dont il s’agit de célébrer la mémoire régna, ou bien dans celle où se trouve son mausolée ? Nos houphouétistes diront sans doute que Paris est le siège de l’Unesco. Soit. Mais, justement, cela n’avait pas empêché d’honorer le roi d’Espagne à Abidjan plutôt qu’à Paris. Cette exception, du seul fait qu’elle fut possible et qu’alors personne ne cria au sacrilège, ne devrait-elle pas devenir la règle ? Ce qui aurait en outre l’avantage de faire de ce prix un autre symbole de notre souveraineté. En revanche, la farce que nos deux « frères-Cissé » de luxe sont allés jouer à Paris devant la brochette d’autres fantoches en exercice ou à la retraite qu’ils avaient conviés à partager leur bonheur de s’être réconciliés sur le dos de Laurent Gbagbo, est une nouvelle preuve de l’aliénation d’une certaine faction politique ivoirienne, celle dont ils sont les chefs de file.

 

Mais revenons à Bédié… Qui eût cru, au lendemain du putsch de décembre 1999, qu’il retrouverait un jour une place quelconque dans le paysage politique ivoirien ? Or le voici revenu, du moins en apparence, à un niveau de considération et d’estime qu’il n’avait jamais atteint, même lorsqu’il détenait le pouvoir suprême. A croire que c’est lui le vrai gagnant du long bras de fer postélectoral qui, du 28 novembre 2010 au 11 avril 2011, opposa les patriotes ivoiriens aux laquais du néocolonialisme français d’ici et d’ailleurs.

 

Ironie du sort ! Sans le coup d’Etat réussi du général Guéi qui, à sa propre surprise, le réduisit à néant en quelques heures ; sans la tentative manquée de septembre 2002 qui se transforma en rébellion ; et sans les fraudes massives dans les régions dominées par les soi-disant « forces nouvelles » de Guillaume Soro et consort, Bédié n’occuperait pas cette place confortable et lucrative, qui lui promet en théorie une fin de vie plus digne que celle d’Houphouët ! Pour atteindre ce bonheur – si c’en est un –, il lui aura suffi de se coucher, tel un chien bien dressé, aux pieds de ceux qui, depuis leurs bureaux de Paris, font et défont les carrières de leurs marionnettes africaines. Il n’est que de se rappeler comment, en décembre 1999, lui et sa famille quittèrent le pays depuis la base française de Port-Bouët. Au moment de les embarquer dans l’hélicoptère qui allait les transporter au Togo, un militaire français compatissant – mais peut-être était-il en réalité plus méprisant que compatissant –, aurait ramassé une motte de terre pour l’offrir à l’un de ses fils qui l’accompagnait, comme un lot de consolation ! A Lomé, où il fit d’abord étape, il fut accueilli, avec les honneurs dus au rang dont il venait d’être déchu, par des officiers tous bien noirs, mais coiffés de képis comme on n’en porte plus que dans l’armée française… Puis, de là il fut conduit à Paris, comme le prisonnier qu’il était mais qu’il ne devait pas paraître. Subtilité de cette diplomatie de purs voyous que les Français pratiquent en Afrique depuis les prétendues indépendances de leurs colonies. Car où aurait-on pu le conduire ? Jadis on convoyait cette sorte d’exilés involontaires vers la Côte d’Ivoire, et Houphouët faisait semblant de les accueillir par bonté, librement. Depuis sa disparition, cette Côte d’Ivoire-là a aussi cessé d’exister. Ce fut donc Paris. Chance ! Bédié y possédait justement un luxueux appartement au numéro 15 de la rue Beethoven… Il y attendra confortablement la suite des événements sans faire mystère de sa rancune vis-à-vis de ses tombeurs apparents, ni de son désir de revanche. Longtemps les auteurs du putsch de décembre 1999 seront donc les seuls objets de son ressentiment. Mais il changera son attitude à leur égard dès qu’ils prendront Laurent Gbagbo pour cible à partir du 19 septembre 2002. Aubaine ! Robert Guéi étant mort et la situation de Ouattara n’étant toujours pas clarifiée à cette époque, le seul obstacle à un come back, c’était Gbagbo. Or si cette fois encore la France tutélaire ne vola pas au secours du président démocratiquement élu, elle s’adjugea néanmoins un rôle d’arbitre armé et s’arrogea une telle liberté de circulation, d’ingérence et d’intervention sur toute l’étendue du territoire ivoirien que sa présence en tant que soi-disant force impartiale d’interposition relevait bien plus proprement de l’« occupation militaire ». Vue de la rue Beethoven, cela voulait clairement dire que la France ne verrait aucun inconvénient à la chute de Gbagbo, qu’elle y pousserait même très volontiers. D’ailleurs la comédie « interivoirienne » de Linas-Marcoussis, prolongée par la farce « afro-onusienne » de Kleber, montrera bientôt que son choix était fait depuis longtemps, et qu’il ne s’agissait plus que d’y mettre telles formes qui le rendissent plus facile à avaler aux Ivoiriens et à l’opinion internationale. Hélas ! Par une levée en masse comparable à celle du peuple Rda à la charnière des années 1940 et 1950, la jeunesse patriote ivoirienne fit échouer ce complot cousu de fils blancs. Et comme Gbagbo se rangea tout de suite derrière elle, lui et cette jeunesse magnifique qui ne voulait que défendre l’intégrité et l’indépendance de sa patrie devinrent les bêtes noires de notre exilé de luxe.

 

Le 22 décembre 1999, Bédié avait conclu un discours aux accents ultranationalistes par cette formule qui évoquait de glorieux échos africains, et qui sonnait d’autant plus étrangement dans la bouche d’un « disciple d’Houphouët » : « L’intégration à la communauté nationale est un processus et non pas le résultat d’un coup de baguette magique à effet instantané. A fortiori est-il concevable, et même convenable, quoi qu’on puisse juridiquement le faire, de chercher à tirer parti, de façon la plus intéressée, d’une éventuelle appartenance à plusieurs nationalités ? Quelles sont ces personnes qui se disent Ivoiriennes les jours pairs et non Ivoiriennes les jours impairs ? N’y a-t-il donc pas, dans nos formations politiques, assez de personnalités ivoiriennes présentant les qualités requises pour être des candidats valables à l’élection présidentielle ? Oserais-je ajouter que dans les pays où certains se donnent volontiers en modèles, voire en censeurs, il existe des dispositions légales semblables aux nôtres et qui s’appliquent aux conditions de l’éligibilité à la magistrature suprême. C’est ce lien fort entre nationalité et citoyenneté qui fonde la souveraineté et l’indépendance de la Nation. Aujourd’hui, cette souveraineté et cette indépendance sont grossièrement mises en cause par des personnes et des organisations qui s’arrogent la faculté de décider de ce qui est bon pour les Ivoiriens. Nos aînés n’ont pas lutté pour l’indépendance pour que nous acceptions aujourd’hui de nouvelles soumissions. La nationalité, la citoyenneté, la démocratie et la souveraineté nationale sont les quatre côtés d’un carré magique qu’il nous faut défendre avec calme et détermination devant ces ingérences inacceptables. C’est aux Ivoiriens de décider par eux-mêmes, pour eux-mêmes, et de choisir librement l’un d’entre eux pour conduire le destin de la Nation en refusant les aventures hasardeuses et l’imposture insupportable. » A Marcoussis c’est un tout autre son de cloche qu’il fera entendre. C’est lui qui inventa et, avec Pierre Mazaud, fit adopter l’appellation « forces nouvelles » pour désigner les rebelles. En fait ce ne fut pas vraiment une surprise. En effet, dès le lendemain du coup manqué du 19 septembre 2002, il avait appelé à des arrangements qui ne pouvaient conduire qu’à un partage du pouvoir entre le gouvernement légitime et les bandes d’assassins du 19 septembre 2002.

 

Quand il était au pouvoir, Bédié n’attendait de ses opposants que la soumission à ses oukases. Sinon il faisait jeter en prison ceux qu’il pouvait attraper, lançait des mandats d’arrêt internationaux contre ceux qui n’étaient pas à sa portée. Quant à partager le pouvoir… Voici comment il concevait la chose du haut de sa grandeur : « Bien que nous soyons élu avec une large majorité, qui ne souffre pas de contestation, nous avons pensé utile d’ouvrir plus grandement le gouvernement, dans la tradition africaine. (…). Nous appelons les opposants pour qu’ils apportent eux aussi leur contribution. Mais sur la base du programme gouvernemental de développement économique, social et culturel du pays qui a été approuvé par le peuple. De plus, ce programme a été établi en collaboration avec les bailleurs de fonds ; il est incontournable. Nous ne sommes soumis à aucune contrainte en décidant de cette ouverture. Ceux qui pensent que nous avons besoin d’eux nécessairement pour gouverner se trompent. »

 

 Son zèle capitulard à Marcoussis, annonciateur de celui qu’il déploiera tout au long de la dernière campagne présidentielle en vue de diaboliser Laurent Gbagbo et ses camarades du Fpi devenus ses pires ennemis comme s’ils étaient les responsables de sa chute brutale en décembre 1999, dénote une forte édulcoration de ses sentiments nationalistes tels qu’exposés tout au long de ce discours qu’il avait jeté comme un défi à la face « des personnes et des organisations qui s’arrogent la faculté de décider de ce qui est bon pour les Ivoiriens ». On peut penser – ce n’est pas interdit – que son séjour parisien en tant qu’exilé politique « façon » y est pour quelque chose. On l’y aura sans doute beaucoup aidé à bien se convaincre que ce qui est bon pour les Ivoiriens, c’est justement que ce soient ces personnes et ces organisations-là qui décident de leur sort à leur place. Jean-Marc Simon, dont on se demande parfois s’il ne se sent pas plus gauleiter qu’ambassadeur, ne s’en cachait pas quand il déclarait, le 17 juin 2011, devant un aréopage de collabos réunis à la mairie de Port-Bouët : « Après dix années de souffrance, voici que la France et la Côte d'Ivoire que certains, poursuivant des buts inavoués, ont voulu séparer d'une manière totalement artificielle, se retrouvent enfin dans la joie et dans l'espérance. (...). Nous avions su inventer vous et nous, sous l'impulsion du président Félix Houphouët-Boigny et du Général de Gaulle, cet art de vivre ensemble qui étonnait le monde et qui faisait l'envie de toute l'Afrique. » (Le Nouveau Réveil 18 juin 2011).

 

Nous n’avons pas oublié qu’à Bédié aussi, juste avant qu’on le fasse chasser par Robert Guéi, on reprochait de trahir ce précieux legs d’Houphouët et Foccart… A ce propos, regardez qui l’on trouve aujourd’hui dans le proche entourage du gourou du Rhdp. Ce ne sont plus des Jean-Noël Loucou, ni même des Niamkey Koffi ou des Gnangni NDa, ces nationalistes sincères même si leur positionnement civique n’était pas toujours absolument dénués d’ambiguïtés ; mais des Ka Zion, des Konan Banny, des Venance Konan, des Tiburce Koffi, c’est-à-dire des francolâtres décomplexés, des émules attardés des traîtres Kouassi Ngo et Bani Bro, des gens pour qui les mots « nation », « indépendance », « souveraineté », quand on les applique à la Côte d’Ivoire, n’ont pas plus de sens qu’ils n’en avaient pour Houphouët ou pour Foccart.

 

Le 11 avril 2011, tout le monde a pu voir Bédié se féliciter, et féliciter Guillaume Soro pour la capture de Laurent Gbagbo que des soldats français venaient juste de leur apporter sur un plateau. Le fait n’a pu surprendre que ceux qui ne connaissent pas l’histoire de notre demi-siècle d’indépendance. Car il y a longtemps que le Bédié qu’on aperçut ce jour-là pense, parle et agit dans celui que ses nouveaux courtisans nous vantent comme un grand seigneur magnanime. J’ai dit ailleurs dans quelles circonstances je l’avais découvert, à la charnière des années 1958 et 1959. Le gourou du Rhdp était déjà un arriviste sans scrupules et même, avant la lettre, un « ivoiritaire ». A cette époque, le gérant du Foyer des étudiants de la Côte d’Ivoire, rue François-Mouthon, s’appelait Zinsou – je ne me rappelle plus son prénom. Il était né en Côte d’Ivoire et sa mère était une Baoulé. Mais, comme son père était un Dahoméen, certains étudiants contestaient le droit de cet « étranger » à gérer « leur » foyer. Au congrès de 1958, ce courant trouva son héraut en la personne de Bédié…

 

En 1965, ayant eu, par une faveur spéciale d’Houphouët et pour des raisons connues d’eux seuls, l’insigne honneur de prononcer le discours de clôture du congrès du Pdci-Rda, Bédié s’essaya à jouer les moralistes : «  Celui qui entreprend de détruire une œuvre de valeur humaine sera, à coup sûr, anéanti lui-même par sa propre action. » C’était une allusion transparente et parfaitement odieuse au destin tragique d’Ernest Boka, mort le 6 avril 1964 dans la geôle d’Assabou, à Yamoussoukro, où il avait été emprisonné quatre jours plus tôt. On a su plus tard que Bédié, alors ambassadeur à Washington, avait été l’un des témoins, aux côtés d’Houphouët, de l’incident au cours duquel Boka fut battu à mort.

 

A la fin des années 1980, la Côte d’Ivoire croulait sous le poids d’une dette colossale qui excédait largement ses capacités de remboursement. D’autant qu’elle connaissait dans le même temps une fonte drastique de ses revenus due à l’effondrement du prix du cacao. Sous l’effet de cette crise dite de la dette, le fameux « modèle ivoirien de développement » commençait à prendre eau de toutes parts. Bédié était alors, depuis une dizaine d’années, le président de l’Assemblée nationale. A ce titre il discourait solennellement, deux fois l’an, à l’occasion de l’ouverture des sessions du parlement, et ses discours étaient intégralement publiés dans la presse gouvernementale, la seule d’ailleurs qui existait à l’époque. Deux de ces discours valent la peine qu’on s’en rappelle aujourd’hui.

 

Le premier fut prononcé le 1er octobre 1986. Je l’ai longuement cité dans « La dépendance et l’épreuve des faits » (L’Harmattan 1988). Je me contenterai donc, ici, de reproduire la conclusion du commentaire que j’en fis dans le même ouvrage : « (…) compte tenu de la fonction à laquelle M. Bédié est désormais promis au moins à titre intérimaire, on pourrait considérer son discours de ce 1er octobre 1986 comme la charte de l’« après-Houphouët » ; une sorte de profession de foi destinée à rassurer les partenaires « expatriés » sur ses intentions pour le tout proche avenir. La réaffirmation de la disponibilité exclusive de l’Etat houphouétiste à leur égard doit être particulièrement soulignée. C’est une constante de la politique houphouétiste : l’empressement de l’Etat à garantir son appui aux intérêts « expatriés » n’a d’égal que celui qu’il met à fuir ses responsabilités vis-à-vis des Ivoiriens et de la Côte d’Ivoire. »

 

Trois ans plus tard, lors de l’ouverture de la session budgétaire 1989, c’est dans l’histoire ancienne de l’Angleterre que ce président du corps législatif ivoirien rêvait à haute voix d’aller chercher la solution – et quelle solution ! – aux problèmes sociaux et sociétaux des Ivoiriens, dont il était l’un des principaux responsables, et qui étaient devenus plus graves que jamais : « L’Angleterre – d’où je reviens de mission –, plus précisément l’Angleterre de l’époque préindustrielle a connu, elle aussi, un paupérisme de masse. Depuis la fin du XVe siècle, l’Angleterre était confrontée aux difficultés croissantes de l’entretien et de l’emploi des pauvres. Le mouvement de création des exploitations agricoles fermées avait multiplié le nombre des vagabonds et des mendiants. La montée de l’insécurité, les tensions et les violences sociales avaient conduit l’Etat à freiner ces mouvements, à mettre en place une répression sévère contre ces masses paupérisées et marginalisées en prenant des mesures de mise au travail forcé. » Ça ne s’invente pas !

 

Assurément, ce dut être un vrai jeu d’enfant de persuader l’auteur de tels propos, futur auteur des « Chemins de ma vie », qu’il n’est pas n’importe qui et que son destin personnel ne saurait donc être confondu avec celui de la masse des autres Ivoiriens. Dès lors il n’y a rien d’étonnant à ce que notre homme, désormais converti en apôtre du droitdel’hommisme, soit prêt à déférer à la Cour pénale internationale (Cpi) tous les Ivoiriens qui ne participent pas à sa coalition des laquais de la Françafrique, baptisée « Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix ». Cette organisation, créée à Paris comme par hasard, n’est que la figure fardée pour être plus présentable de la conspiration contre l’indépendance de la Côte d’Ivoire, dont le premier acte fut la tentative d’usurpation du 7 décembre 1993 et qui vient de connaître son aboutissement le 11 avril 2011. Comme Bédié n’est certainement pas incapable d’apercevoir la logique qui mène du premier de ces deux événements, dont il faillit faire les frais, jusqu’au dernier, dont il joue à être l’un des grands profiteurs, il faut croire que c’est volontairement qu’il a baissé sa culotte devant ses ennemis au lieu de leur résister. C’est exactement ce que, toute honte bue, Houphouët choisit aussi de faire en 1950 dans le bureau de François Mitterrand, et qui lui profita si bien et si longtemps. Mais les temps ont changé depuis 1950, et plus encore depuis 1990, l’année où, ayant fini par comprendre au bout de trente ans ce que leur avait coûté cet acte de lâcheté de celui auquel ils avaient fait confiance si longtemps, les Ivoiriens le lui firent bien comprendre un certain 2 mars…

 

Il n’est pas du tout assuré qu’on puisse refaire aux Ivoiriens le même coup une deuxième fois.

 

Marcel Amondji  

 

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 09:59

 

“Nous sommes là où nous sommes parce que la France a opéré un coup d’Etat au profit de Ouattara, (…) Si nous ne reprenons pas courageusement le combat, ils vont nous exterminer. Il faut arriver à vaincre la peur ; il faut sortir pour s’organiser.”

Justin Koua, secrétaire national par intérim de la Jeunesse du Front populaire ivoirien (Jfpi).

 



La démission surprise de Mamadou Koulibaly de la présidence du Fpi qu’il occupait de facto depuis la déportation de Pascal Affi N’Guessan, a été l’objet de commentaires très contrastés, et même contradictoires souvent. Mais, chose étonnante – pour moi du moins –, tous ces commentaires convergeaient pour dresser le portrait d’un personnage universellement estimé. Pour les uns, qui semblent avoir toujours su que Mamadou Koulibaly n’était pas à sa vraie place dans ce parti-là, sa démission était à prévoir et par conséquent elle ne constitue pas une vraie surprise. Pour d’autres, c’est une trahison ; ce qui suppose que jusqu’alors Mamadou Koulibaly était à leurs yeux un militant Fpi discipliné et absolument fiable. Pour d’autres encore, non seulement cette défection, qui enlevait au Fpi « le meilleur dirigeant qu’il ait jamais eu » – le plus intelligent, le plus honnête, le plus moderne, le plus consensuel, bref, le plus rassembleur –, sonne le glas de ce parti et de ce qu’ils appellent « le camp Gbagbo », mais elle marque aussi la fin de toute résistance face à ce gouvernement de naçarafôtigui[1], comme les gens de Kong appelaient, vers 1895, les premiers d’entre eux qui se mirent volontairement au service des conquérants français.

 

La principale image qui se dégageait de ces commentaires, c’était celle d’un Mamadou Koulibaly idéalisé au point d’apparaître, à lui tout seul, comme la seule alternative possible au parti moribond qu’il voulait sauver. Que dis-je ? Qu’il aurait certainement sauvé, si ses anciens et bien indignes camarades ne l’en avaient pas empêché ! En tout cas, pas un seul de ses commentateurs ne lui soupçonnait de desseins cachés, de mobiles, sinon le noble souci de jouer, de la plus citoyenne façon possible, sa partition dans le triste concert politique du moment !

 

Dans ma précédente chronique déjà consacrée au cas Mamadou Koulibaly, je me demandais s’il fallait prendre au sérieux cette histoire de démission et de création, dans un seul et même mouvement, d’un parti baptisé « Lider ». Et je répondais que j’en doutais. Mais, alors, je n’avais pas conscience d’une des principales dimensions de cette affaire, à savoir cette image mystifiée de Mamadou Koulibaly dans de larges secteurs de l’opinion publique, disons : éclairée. Ceux que naguère on appelait les « évolués ». En effet, depuis le 11 juillet, j’entendais partout dire de Mamadou Koulibaly que c’est un esprit brillant, une immense intelligence, une montagne de vertus civiques, etc.… Troublé par cette vision que, à ma connaissance, rien – absolument rien ! – ne justifiait, je me rapprochai, par téléphone, de deux de mes amis qui sont aussi deux grandes figures du Cnrd, afin de connaître leur avis sur les derniers actes publics de Mamadou Koulibaly et les déclarations par lesquelles il les a justifiés. A ma grande surprise, mes amis m’ont parus fort loin de partager la défiance que, pour ma part, je cultive à son encontre depuis que j’ai lu son maître livre : « Le libéralisme, un nouveau départ pour l’Afrique » (L’Harmattan, Paris 1992).  L’un regrettait sincèrement cette défection parce que « c’est un garçon capable de brillantes analyses ». Comme si, avec lui, l’opposition à ce gouvernement de Versaillais perdait un grand stratège… L’autre était, quant à lui, resté parfaitement « zen » devant les gesticulations de l’ancien président par intérim du Fpi. Il me dit, en substance : il a créé son parti, c’est son droit, et la porte du Cnrd ne lui est pas fermée pour autant. S’il décide de rejoindre le Cnrd avec son parti, il y sera le bienvenu…

 

Le plus jeune de mes deux amis est déjà plus qu’octogénaire, et l’autre se trouve à moins d’un lustre de son centième anniversaire. C’est dire qu’ils ont tous les deux une expérience quasi charnelle de notre histoire tourmentée. Ils en furent même des acteurs du premier plan. Tous deux sont en outre des patriotes éprouvés, ils l’ont largement démontré pendant cette crise dans la crise commencée le 19 septembre 2002. Et, j’en mettrais ma main au feu, leur opinion de Mamadou Koulibaly ne doit rien à la complaisance ; seulement à la générosité. Elle dénote chez eux une vertu assez rare et d’autant plus précieuse. Cette disposition, je l’appellerais la confiance citoyenne. C’est l’ouverture spontanée à ton concitoyen, parce que, fils comme toi de cette cité que l’ennemi menace de détruire, tu jurerais que, comme toi, jamais il ne voudrait la trahir. Fusse pour tout l’or du monde.

 

Le problème, c’est que d’une part tous tes concitoyens ne méritent pas nécessairement cette confiance citoyenne, et que d’autre part beaucoup d’entre eux, s’ils sont suffisamment habiles, sont parfaitement capables de nous persuader – au besoin en s’aidant de relais qu’ils possèdent chez l’ennemi – qu’ils la méritent.

 

Souvenez-vous, mes bons amis, vous qui en portez les stigmates dans votre chair et dans votre âme, du règne de l’immense imposteur que, par la volonté des colonialistes impénitents, nous dûmes supporter durant près d’un demi-siècle, et dont le nom sert aujourd’hui d’emblème, d’étendard et de cri de ralliement aux vainqueurs par procuration du 11 avril 2011. Même vous, quand vous parlez de lui, il y a un mot que vous vous interdisez de prononcer. Et c’est pourtant le mot le plus juste pour le décrire. C’est le mot : « traître »… Car c’est tout ce qu’il fut ! Je veux dire qu’en définitive cette qualité-là pèsera plus au tribunal de l’histoire que toutes les vertus dont s’orne sa légende fabriquée d’ailleurs, pour l’essentiel, par nos ennemis afin de nous le vendre plus sûrement. Cette poudre aux yeux aveugla des millions de femmes et d’hommes trop confiants, faute d’être correctement informés de ce qui se jouait. Des millions de femmes et d’hommes croyaient sincèrement que Félix Houphouët ne voulait que leur bien, qu’il ne travaillait que pour eux, tandis que lui ne songeait qu’à sauver sa peau pour continuer à vivre dans l’opulence sous la protection des armes françaises.

 

Le symbole de cette imposture, c’est ce tunnel qui reliait la résidence officielle du chef de l’Etat ivoirien à celle de l’ambassadeur de France. Il était fait pour la fuite… Mais un tunnel a forcément deux bouts : s’il peut servir pour s’enfuir, comme Houphouët l’espérait, et comme Bédié l’a fait, il peut aussi servir pour envahir la résidence du chef de l’Etat, l’enlever et le jeter en pâture à la soldatesque ennemie, comme Laurent Gbagbo l’apprit à ses dépens le 11 avril 2011. Oui, un tunnel a toujours deux bouts ; et par conséquent la seule existence de celui-là montre à quel point, sous ses faux airs de « libérateur », de « père de l’indépendance » ou de « père de la nation », Houphouët était en réalité le captif des Français !

 

Un de mes amis, aujourd’hui disparu, un Capverdien, ancien étudiant en RDA, qui représentait le Paigc dans le pays d’Afrique du Nord où je vivais à cette époque, avait sans cesse à la bouche cet adage : « la confiance, c’est bien ; mais le contrôle, c’est mieux ». Appliquons ce précepte au cas qui nous occupe.

 

Quel socialiste était Mamadou Koulibaly quand il militait dans le Fpi, un parti membre de l’Internationale socialiste, et en gravissait avec aisance les échelons, jusqu’à mériter de devenir le deuxième personnage de l’Etat une fois ce parti parvenu au pouvoir ? Et quel libéral est-il aujourd’hui quand, alors qu’on vient de nous imposer à coups de canon un régime dont le chef visible est notoirement un ardent partisan de l’ultralibéralisme d’inspiration étatsunienne, il prétend jouer face à lui les opposants radicaux ? – N’a-t-il pas dit qu’il avait rompu avec le Fpi parce que ses camarades l’empêchaient d’en changer le nom et le programme afin de le transformer en un puissant contre pouvoir face à ce gouvernement ? –. Bref, « Quel intérêt y a-t-il à créer un parti d’opposition libéral alors que le parti présidentiel est déjà un parti libéral ? » Cette question, qui contient en elle-même sa réponse, a été posée à l’ancien président par intérim du Fpi par le philosophe Alexis Dieth dans son article : « Questions sur le libéralisme de Mamadou Koulibaly ». C’est se demander ce qui fait courir Mamadou Koulibaly.

 

Avant de proposer des réponses, examinons la teneur de la profession de foi du 11 juillet, en gardant constamment à l’esprit le fait que ce déclarant est le même homme qui cosigna une espèce de pamphlet intitulé : « La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire » (La Refondation, Abidjan 2003), et le même qui s’était donné pour mission d’en finir avec le système CFA tel qu’il fonctionne depuis sa création.

 

Or que constate-t-on en lisant cette déclaration bavarde ? D’abord, qu’elle ne contient pas la moindre allusion à cette fameuse guerre que son auteur dénonçait naguère avec ses compères Antoine Ahua Jr et Gary K. Busch, alors que leur libelle vient de s’enrichir d’une magistrale illustration. Ensuite, que le programme annoncé de « Lider » ne tient aucun compte de la situation historique et politique tragique de la Côte d’Ivoire, de la société ivoirienne, de la nation ivoirienne, aujourd’hui, après le dernier paroxisme sanglant de l’interminable crise de la décolonisation à la sauce foccarto-houphouëtienne. Ce que j’avais déjà constaté en lisant « Le libéralisme, nouveau départ pour l’Afrique » se confirme : la principale caractéristique de Mamadou Koulibaly, c’est sa parfaite indifférence vis-à-vis de la situation concrète des gens comme de leurs préoccupations réelles, ici et maintenant.

 

Les recettes qu’il brandit aujourd’hui devant nos yeux, il aurait pu les proposer il y a dix ou vingt ans si, alors, il avait eu le courage de se lancer dans la compétition politique avec sa propre « entreprise » ; car, pour lui, un parti politique n’est rien d’autre qu’une entreprise comme toutes celles qui sont en concurrence dans le vaste monde sous l’arbitrage du « marché » ! Il aurait pu mêmes les proposer aux Libériens, aux Zambiens, aux Mongols, aux Guatémaltèques, etc., sans presque rien y changer. Dans cette longue et pompeuse profession de foi, il n’y a absolument rien qui soit spécifique à la situation dramatique actuelle des Ivoiriens : rien en tout cas qui puisse nous aider à trouver la solution dont nous rêvons tous, même si trop d’entre nous manquent du courage nécessaire pour le reconnaître et pour y conformer leur comportement civique. Ce qui préoccupe les Ivoiriens, particulièrement aujourd’hui, ce n’est pas de savoir ce qui vaut mieux du « libéralisme » ou du« dirigisme », du « capitalisme » ou du « socialisme », ou bien encore du « marché » ou de la « planification », mais comment se délivrer du joug qu’on leur impose, de manière ouverte ou déguisée, depuis plus d’un siècle. Dans ces conditions, qu’est-ce que « Lider » ? Juste un miroir aux alouettes. Que peut-on attendre d’un parti estampillé « libéral », dans un pays où c’est cette doctrine qui a cours depuis toujours, et où elle a produit les résultats que nous voyons ?

 

Pour le savoir, il suffit de regarder d’où vient Mamadou Koulibaly, à quelle école de pensée il se rattache, depuis quand et de quelle manière il s’est acquis la réputation de brillantissime penseur dont il paraît jouir jusque parmi ceux qui ont fait échouer son raid sur le Fpi et le Cnrd.

 

J’ignore pourquoi, comment et quand Mamadou Koulibaly, un vrai croisé du libéralisme, adhéra au Fpi. Et, d’ailleurs, cela n’a pas d’importance pour la suite de mon propos. Le Fpi est un parti qui ne fut jamais très regardant sur les motifs ou les mobiles de ses adhérents. En sorte qu’il y avait, au niveau de ses directions nationale et locales, sans doute plus d’opportunistes, voire de vrais aventuriers, que de militants désintéressés. Et c’est pour partie la cause de ce qu’il subit aujourd’hui, et nous tous avec lui… Alors, Mamadou Koulibaly, « aventurier » ou seulement « opportuniste » ? Probablement les deux, et la résultante de ce mélange dans la même personne, c’est « imposteur ». Cependant, l’honnêteté oblige à dire que ce n’est ni le premier ni le seul cas dans notre histoire : depuis Houphouët jusqu’à Ouattara, en passant par Bédié, l’imposture est, pour ainsi dire, la pierre angulaire de notre « maison commune ». Et c'est pourquoi l’édifice est si instable…

 

« En tant que libéral attaché à la démocratie et à l’économie de marché… C’est à la fois un aveu, une provocation des plus insolentes, et le renouvellement du serment d’allégeance de Mamadou Koulibaly à sa véritable famille politique : l’Internationale libérale, et même ultralibérale. Ces modèles, ce sont Ronald Reagan, Margaret Thatcher, sans doute aussi ce général Pinochet qui fut imposé aux Chiliens à coups de canon pour la plus grande gloire du libéralisme ! En fait, Mamadou Koulibaly n’a jamais appartenu qu’à cette famille politique-là. Même quand il faisait sa belle carrière au sein du Fpi. En tout cas, c’est la seule appartenance politique à laquelle il soit resté fidèle depuis ses années d’étudiant à Aix-en-Provence, comme en témoigne son interview sur le site UnMondeLibre.com au lendemain de son coup d’éclat.

 

Disciple bien aimé de Jacques Garello – c’est lui qui a préfacé « Le libéralisme, nouveau départ pour l’Afrique noire » –, surnommé le "gourou de la secte néo-libérale", mais dont l’autoportrait ferait plutôt penser à l’un de ces idéologues qui gravitaient autour du Maréchal Pétain, chef de l’Etat français, Mamadou Koulibaly a toujours maintenu des liens très étroits avec cette mouvance idéologique. De leur côté, J. Garello et sa confrérie semblent espérer beaucoup d’un poulain si fringant et si prometteur. Le très mystérieux « Audace Institut Afrique », dont Mamadou Koulibaly est le président comme beaucoup de gens le sont en Afrique, par procuration ou pour figuration, est l’illustration de cette fidélité et de ces espérances. On y rencontre en effet le gratin de ce qu’il faut bien appeler la section française de l’Internationale libérale, avec J. Garello pour pilier central. C’est une chose qu’il est important de savoir parce que là est probablement la clé pour comprendre à la fois ce qui portait Mamadou Koulibaly durant sa carrière dans le Fpi, et ce qui le fait courir aujourd’hui.

 

« Une Opa politique ratée », voilà, selon le journaliste burkinabè Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana,  la seule explication du « départ de Mamadou Koulibaly du Fpi ».[2] Le fait est que le jour même où, se croyant déjà maître du Fpi, Mamadou Koulibaly tentait de s’emparer également du Cnrd et, par ce biais, de mettre sous sa coupe toutes les structures – partis politiques ou associations – d’où pourraient éventuellement surgir de nouvelles formes de résistance au gouvernement de fait installé à coups d’obus le 11 avril 2011, les jeunes du Fpi ont fait connaître leur détermination à reprendre et à poursuivre la lutte contre toutes les impostures : celle de Nicolas Sarkosy et de Jean-Marc Simon, celle de Choi, celle des Ouattara, celle de Guillaume Soro comme celle de Mamadou Koulibaly… Peu auparavant, les secrétaires fédéraux du même parti lui avaient dénié le droit d’en disposer à sa guise, lui interdisant par exemple de changer son nom et son orientation. Bref, contrairement à ce que certains ont dit, la démission de Mamadou Koulibaly n’était pas du tout prévisible ou programmée. Au contraire, tel qu’il avait commencé et mené son entreprise, il était plutôt parti pour rester à la tête du Fpi, pour s’y incruster même, dans le secret espoir d’en faire, le jour venu, la section ivoirienne de sa chère Internationale ultralibérale : « (…) depuis les événements du 11 avril 2011, ayant en charge l’intérim de sa présidence, je me suis investi pour redonner vie au parti et pour constituer une opposition crédible. J’ai enchaîné les rencontres et réunions, lancé des sujets de réflexion pour anticiper les proches défis, consacré du temps et de l’énergie à rassurer, regrouper, négocier la libération de nombre de prisonniers politiques du Golf ou de la Pergola, définir un cap commun pour reconstruire ensemble et expliquer en permanence notre position de non belligérance au nouveau régime et à la communauté internationale. Mon constat est que cette tentative a été vaine et que le Fpi, en sa forme actuelle, ne peut devenir un grand parti d’opposition puisque le refus de toute évolution fige les perspectives. » C’est alors que, se voyant pris en flagrant délit d’imposture, Mamadou Koulibaly se la joua dans le style du théâtre de boulevard : « Ce n’est pas vous qui me chassez, c’est moi qui m’en vais ! ». Mais, ni cette posture empruntée, ni la grandiloquence qui l’accompagnait, n’ont pu tromper la vigilance et la perspicacité des vrais patriotes, des vrais démocrates et des vrais progressistes encore en liberté.

 

Si Mamadou Koulibaly a si rapidement décidé de jeter l’éponge, c’est parce qu’il a trouvé plus fort et plus malin que lui dans cette formidable coalition d’énergies en réserve de la patrie, qui va du presque centenaire Bernard Dadié jusqu’à ces « enfants » peut-être nés après 1990, en tout cas après l’éclatement de cette crise gigogne, dans le dernier épisode de laquelle, dans toutes les régions du pays, tant de leurs semblables allaient perdre la vie en résistant aux nouveaux colonisateurs et à leurs nouveaux tirailleurs. Et c’est assurément une excellente nouvelle, j’en suis d’accord avec les jeunes du Fpi : loin d’affaiblir la résistance à ce gouvernement de Versaillais, le départ de Mamadou Koulibaly et de ses affidés la fortifie, ne serait-ce que parce que cette victoire, si petite qu’elle soit, peut, au contraire, redonner confiance à ceux qui les ont poussés dehors. Ce recul d’un homme qu’on a vu, la veille encore, tellement sûr de lui – comme si toutes les forces vives de la nation étaient anéanties, et qu’elle n’avait plus d’autre choix que de s’abandonner honteusement au premier violeur venu –, signifie que quelque chose s’est déjà réveillé dans ce pays que lui, ses complices Rhdp et leur petit maître élyséen croyaient vaincu et soumis à jamais.

 

Car la signification de cette démission est on ne peut plus claire : c’est une fuite, une débandade. Devant l’hostilité à laquelle son entreprise s’est heurtée, Mamadou Koulibaly a finalement choisi de battre en retraite. Et selon la vieille technique du voleur qui crie « Au voleur ! » dans l’espoir de dérouter ses poursuivants, tout en fuyant il accuse ceux qu’il voulait abuser.

 

Cela dit, il n’en demeure pas moins vrai que l’homme a longtemps fait, et fait encore illusion dans de nombreux secteurs de l’opinion, et jusque parmi ceux qui, par une réaction sans doute plus instinctive que raisonnée, ont fait échouer son premier assaut sur les bastions de la résistance au coup d’Etat du 11 avril 2011. Même si son entreprise s’est soldée cette fois-ci par un échec cuisant, on ne doit pas pour autant sous-estimer Mamadou Koulibaly, ni ceux qui le poussent. D’autant qu’il est fort probable que ceux-là ont plusieurs fers au feu, et d’autres bourrins prêts à prendre le relais en cas de besoin…

 

Il faudra encore beaucoup de vigilance, de perspicacité, de sacrifices même, avant de pouvoir dire qu’on a neutralisé tous ceux qui espéraient, à travers Mamadou Koulibaly et ses semblables, renouveler sur les bords de la lagune Ebrié, l’exploit des Grecs devant Troie. Raison de plus pour s’y mettre tout de suite.

 

Marcel Amondji (29 juillet 2011)

 



[1] - De « naçara », chrétien en arabe, « fo », appeler et « tigui », homme : « naçarafotigui », celui ou ceux qui appelle(nt) [ou qui attire(nt)] les chrétiens, qui travaille(nt) à favoriser leurs entreprises.

[2] - L'Observateur Paalga 12 Juillet 2011.

 

 

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 14:06

Comme la vérité sait s’inviter dans une cérémonie même lorsqu’elle a été organisée tout exprès pour l’étouffer !

Le discours de Nicolas Sarkozy devant les résidents français rassemblés sur la base du 43e BIMa – ce truc qu’on n’ose plus appeler par son nom – n’était qu’un tissu de mensonges déhontés, comme aurait dit le regretté Kourouma. Mais, par ce caractère même, il constitue un cynique aveu de ce que lui et ses clients de la sous-région considèrent comme l’enjeu de cette crise ivoirienne dont il était venu célébrer la fin miraculeuse ; un miracle auquel, apparemment, il croit si peu lui-même qu’il a déjà décidé, avant toute négociation avec ADOLF, de maintenir ad aeternam des troupes d’occupation en Côte d’Ivoire.

Mais c’est toutefois Henriette Diabaté qui nous donna la plus belle preuve de ce que cette cérémonie signifiait en réalité pour elle, pour son héros et pour le premier des Français, leur invité d’honneur, quand elle faillit donner à l’heureux élu de la Communauté internationale, du « Monsieur le préfet » au lieu de « Monsieur le président »

Quant à ce dernier, il n’a pas eu un seul mot pour Guillaume Soro, son Premier ministre et le chef de son armée, à qui il doit tant, ni pour son père à qui il ne doit pas moins... Pour Soro, on peut comprendre : le jour où l’on célèbre la victoire de la démocratie, il fallait absolument éviter de prêter le flanc à ceux qui parlent de coup d’Etat... On s’explique moins le silence sur le nom du père, d’autant que le héros du jour tint à rappeler celui de sa mère, hadja Nabintou Cissé, regrettant même qu’elle ne fût pas là pour voir son triomphe.

Pourquoi ce deux poids, deux mesures, vous demandez-vous ? Eh ! bien, rappelez-vous cette vieille histoire de « ET » et de « OU »… et vous comprendrez pourquoi l’élu de la communauté internationale n’a pas convié le fantôme de son Voltaïque de père à son investiture : il fallait absolument éviter de prêter le flanc à ceux qui disent qu’il est le président de l’étranger…

Marcel Amondji (22 mai 2011)

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 17:51

 

Sous le titre « Pacification de la Côte d’Ivoire », l’image montre des citoyens allongés sur le sol dans la rue quelque part dans Abidjan. Devant eux, debout, trois ou quatre individus tous armés ; l’un d’eux, sans doute le chef de la bande, tient en plus dans sa main droite une chicotte dont il frappe violemment l’un des citoyens à terre malgré ses supplications…

 

Les personnes de mon âge et plus ont dû éprouver d’étranges sensations en regardant cette image. Alors on n’en faisait pas des photographies, encore moins des photographies en couleurs, mais de telles scènes étaient, pour ainsi dire, le pain quotidien de nos pères. En ce temps-là, c’était le travail de ceux que nous appelions avec mépris les « gardes froko », ces exécuteurs des basses œuvres des commandants auxquels, il y a cinquante et un ans l’indépendance avait substitué nos sous-préfets et nos préfets…

 

« Pacification de la Côte d’Ivoire », c’est le titre du livre dans lequel le sanguinaire gouverneur Angoulvant croyait justifier ses crimes contre les Baoulé, les Abbey, les Tchaman et quelques autres peuples de cette contrée dont ses compatriotes convoitaient les terres, les forêts et la force de travail. C’était en 1911, il y a tout juste cent ans… 

 

Et nous sommes indépendants depuis cinquante et un ans. Cinquante et un ans pendant lesquels, à contempler un tel spectacle, nous n’aurions donc fait que tourner en rond jusqu’à retomber dans l’époque d’Angoulvant et des « gardes froko ».

 

Marcel Amondji (14 avril 2011)

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