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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 15:39

« Du 11 décembre 1993 au 24 décembre 1999, j'ai eu l'insigne honneur, grâce à l'inébranlable volonté et confiance du chef de l'Etat, le Président Henri Konan Bédié, d'animer et de coordonner, sous sa haute égide, l'action du gouvernement ivoirien. Les résultats de cette action gouvernementale sont connus, tant avec ses faiblesses qu'avec Duncan--Photo--Abidjan.net-par-Kone-Nathan.jpgaussi ses succès et tout un chacun peut, notamment avec le recul du temps, l'apprécier à sa juste valeur, et ce à sa manière, selon sa perception des faits et ses sensibilités politiques. » Daniel Kablan Duncan (Le Temps 22/12/2009)

 

Quoi qu’il en dise, Daniel Kablan Duncan (DKD) n’avait pas vraiment fait merveille la première fois qu’il occupa la fonction de Premier ministre. C’était entre 1993 et 1999… Au fait, les généraux Coulibaly, Palenfo et Guéi n’ont pas renversé que Bédié cette année-là ; DKD aussi fut renversé. On peut d’autant mieux le dire que, tandis que « Sa Haute Egide » se prélassait en toute inconscience dans sa gentilhommière de Daoukro, c’est lui qui était en première ligne, face à des « mutins » diablement versatiles que manœuvraient d’habiles marionnettistes tapis dans l’ombre… Selon le récit qu’il fit de cette aventure dix ans après, DKD aurait (presque) réussi, au soir du 23 décembre 1999, à mettre les mutins dans sa poche :

 

« Le Premier ministre a demandé et obtenu que les militaires se retirent des différents points occupés et regagnent leurs casernes afin de permettre une normalisation plus rapide de la situation et la poursuite des négociations dans la sérénité. Les discussions ont pris fin vers 20 heures, les soldats se retirant ont promis rendre compte à leurs camarades, non seulement des importants acquis concédés par le Gouvernement, mais aussi de leur faire connaître les recommandations du Premier ministre, notamment celles relatives au retrait des espaces de la Télévision et de la Maison de la Radio et d'en rendre compte ».

 

Malheureusement, le lendemain 24 décembre, « Sa Haute Egide » a voulu s’en mêler, avec ses gros sabo-o-ots…, comme dirait Henri Salvador. Et arriva ce qui devait arriver.

 

Après le putsch, DKD partit en exil en « métropole » (ce n’est pas un lapsus), comme « Sa Haute Egide ». Ce qui lui évita de subir les humiliations et les brutalités qui furent le lot de quelques-uns de ses collègues ministres dans certaine enceinte militaire. Puis il disparut des radars de l’actualité politique…

 

DKD est un commis, pas un politique. C’est à ce titre qu’Alassane Ouattara l’avait ramené de Dakar, en 1990, pour en faire son « ministre délégué chargé de l’Economie, des Finances, du Commerce et du Plan ». C’est aussi à ce titre qu’il fut bombardé, en 1993, Premier ministre à la place de son mentor. Et c’est encore à ce titre sans doute qu’il prend aujourd’hui la suite du malheureux Jeannot Kouadio Ahoussou (JKA). C’est un gestionnaire, un « manager » ; pas le genre à vouloir à tout prix devenir khalife à la place du khalife…

 

Remarquez bien : je n’ai pas dit que c’était ce qu’on reprochait à son prédécesseur, et qui lui vaut cette fin de service peu glorieuse. Je ne sais pas ce qu’on reprochait à JKA. Mais quand je vois qu’on lui a préféré cet être sans couleur ni volonté propres ; ce lacertilien ectoplasmique ; bref, cette bonne à tout faire, je m’interroge. Est-ce que le très zélé codirecteur de campagne du candidat Rhdp entre les deux tours du scrutin présidentiel de 2010 n’a pas déplu parce que, sous ses faux airs de chien soumis à Ouattara comme à Bédié, il dissimulait quelques vues politiques bien à lui, et refusait de n’être que le bras mécanique de quelqu’un… Quelqu’un qui lui-même serait comme qui dirait, le « pantin de l’Occident » (Odile Biyidi de Survie) !

 

Quoi qu’il en soit, et quoi qu’on puisse penser de son bilan apparent, le remplacement brutal et, apparemment, sans motif avouable, de JKA par DKD exhale un lourd parfum de… décadence.

 

Je veux marquer à ma manière cette réapparition de Duncan en Premier ministre, en offrant à nos lecteurs un article que j’ai écrit vers le milieu de sa précédente prestation dans le même rôle, en réaction à une de ses conférences de presse particulièrement triomphaliste. C’est une sorte d’inventaire ironique de ses prouesses imaginaires, intitulé : « Comptes et mécomptes de l’éléphant d’Afrique ». A l’époque, cela fit un certain effet dans le microcosme bédiéiste.

 

M. A.

 

 

Comptes et mécomptes de l’éléphant d’Afrique

 

La Côte d’Ivoire va bien… pourvu qu’on la soigne. Telle est la leçon un peu inquiétante qui se dégage de la conférence de presse donnée le 28 mars par le Premier ministre Daniel Kablan Duncan. Officiellement, il s’agissait de « rassurer les Ivoiriens sur les perspectives économiques et sociales » du pays. Mais DKD n’a rien dit que tout Abidjan n’eût pas déjà entendu cent fois et plus.

 

Après la longue période électorale qui vient seulement de se terminer, au cours de laquelle chaque candidat du PDCI a brandi les mêmes chiffres comme un trophée personnel, qui peut encore ignorer que « la croissance amorcée en 1994 avec un taux de +1,8% s’est confirmée en 1995 avec une croissance estimée à plus de 6,5%, largement supérieur au taux de la croissance démographique ; [que] l’inflation a été maîtrisée avec un taux à deux chiffres (32,2% en 1994) qui est passé à 7,7% ; [que] la production agricole, sous l’impulsion de l’augmentation des prix aux producteurs et grâce à la maîtrise de la compétitivité dans ce secteur, a connu une forte croissance en 1994 et 1995 : 4,5% pour la production vivrière et 4% pour la production agricole d’exportation ; [que] la production industrielle a connu une progression de 9% en 1995 et de 3% en 1994 contre seulement 1% en 1993 ; [que] le secteur tertiaire, avec une hausse moyenne de 5% l’an, a suivi ce mouvement ascendant de l’activité économique globale ; [que] le taux d’investissement est passé de 8,2% du pib en 1993 à 11,8% en 1994 et 13% en 1995 (dont 8,4% au titre des investissements privés, contre 4,6% en 1993 et 7,2% en 1994) ; [qu]’il y a une  hausse moyenne de l’emploi de plus de 10% dans le secteur manufacturier ; [qu]’au niveau des finances publiques, le solde primaire budgétaire est passé d’un déficit de 95 milliards en 1993 à un excédent de 59 milliards en 1994 et de 161 milliards en 1995 ; [que] grâce à cette évolution favorable, le gouvernement a pu réduire les arriérés intérieurs d’environ 175 milliards sur un total de 288 milliards de FCFA ; [que] les réserves de change se sont accrues d’environ 567 milliards de FCFA en deux ans ; [que] la balance commerciale est passée de 208 milliards de FCFA en 1993 à 692 milliards en 1994 et à environ 740 milliards en 1995 ; [que] le volume des exportations industrielles s’est accru de près de 20% en 1994 et 1995 ; [que] les importations, qui ont connu une chute de 14% en 1993, ont, depuis, progressé d’autant ; [que] la balance des paiements courants a fortement décru en 1994, passant de –11% du pib en 1993 à –1,6% en 1994 » ? Personne. Du moins, personne de ceux qui savent suffisamment le français pour comprendre ce qui s’écrit dans les journaux et ce qui s’entend dans la radio ou dans la télévision ; car, pour tous les autres, les plus nombreux, tout cela n’est, de toute façon, qu’un impénétrable jargon de kabbalistes.

 

S’il ne s’agissait que d’informer les Ivoiriens, la prestation du Premier ministre était donc parfaitement inutile. D’autant plus qu’il ne faisait que relire le texte de la « déclaration de politique générale » qu’il avait faite devant les députés moins d’une semaine auparavant. D’aucuns estimeraient-ils que cette assemblée, où dominent pourtant les houphouéto-bédiéistes, n’est pas suffisamment représentative pour se contenter de ses avis et de son aval ?

 

Tel le berger de la fable mais à rebours, Duncan n’a-t-il pas trop habitué les Ivoiriens à de telles litanies triomphalistes pour être pris au sérieux à un moment où, manifestement, il est à la recherche du soutien et de la compréhension de l’opinion ? Toujours est-il que son bilan de rêve a laissé son auditoire plutôt sceptique, voire même, carrément enclin à le suspecter d’avoir seulement voulu préparer l’opinion à de nouvelles reculades de l’Etat devant les exigences de ceux qu’il nomme, par un élégant euphémisme, « nos partenaires au développement ». De plus, comme s’il avait voulu absolument transformer en certitude ce soupçon qui pesait sur le chef du gouvernement ivoirien, Antoine Pouillieute, venu à Abidjan, dixit Fraternité Matin, pour écrire « une nouvelle page de l’histoire d’amour entre la Côte d’Ivoire et la Caisse française de développement dont il est le patron » (en fait, c’était, plus prosaïquement, pour signer un autre « accord de prêt » avec le gouvernement Duncan), se répandait lui aussi en propos lénifiants sur la prétendue bonne santé de l’économie ivoirienne.

 

Sept pour cent de taux de croissance, soit. Mais « Comment cette richesse se manifeste-t-elle ? Où se répercute-t-elle sur la population ivoirienne qui ne cesse d’invoquer la baisse perpétuelle de son pouvoir d’achat ? » Devant ces questions du premier journaliste qui l’interrogea, le chef du gouvernement de managers, pour qui, sans doute, un bilan chiffré sorti de ses services vaut parole d’évangile, plaida l’évidence : « Il y a quand même, dit-il en substance, une amélioration de la situation de nos concitoyens, même si cette amélioration n’est pas aussi forte que souhaitée par les populations ». Seulement le temps n’est plus sans doute où les Ivoiriens se fiaient volontiers à la seule parole des faiseurs de miracles. Aujourd’hui, ces saints Thomas demandent à toucher. Et quoi que veuille Duncan, ce qu’ils vivent au quotidien n’est apparemment pas de nature à les convaincre qu’ils sont à la veille de connaître la fin de leurs difficultés. Ainsi, la plupart des questions qui furent posées au conférencier témoignent de préoccupations terre à terre, surtout au regard d’un banquier central, comme la cherté de l’eau et de l’électricité, la détresse de petits épargnants qui ont vu leurs économies s’envoler suite aux faillites de certaines banques, l’insécurité qui n’épargne même plus les villages les plus éloignés des grands centres urbains, l’opacité persistante des opérations de privatisation, etc.…

 

On voit où se situe le problème de ce Premier ministre, par ailleurs excellent commercial formé à bonne école, à qui on ne demandait que de gérer la Côte d’Ivoire comme on gère un consortium industriel ou un groupe financier, c’est-à-dire sans trop se préoccuper des états d’âme du personnel, et qui y a sans doute trop cru. Ce n’est pas un as de la persuasion. Il lui en faut pourtant, s’il veut réussir à vendre aux Ivoiriens son fameux éléphant d’Afrique ; autrement dit, s’il veut vraiment les convaincre d’accepter, contre les mirages d’une hypothétique prospérité à venir, de défiler en bon ordre sous les fourches caudines des soi-disant partenaires au développement.

 

Dans moins de 12 mois, la Côte d’Ivoire va subir un nouvel ajustement déjà en cours de négociation avec les clubs de Paris et de Londres. Là non plus les choses ne s’annoncent pas faciles. Certains des créanciers, qui estiment que le pays est suffisamment riche, se refusent à la moindre concession dans le traitement de sa dette. Pour les fléchir, Duncan se propose peut-être de leur servir l’étrange argumentaire qu’il expérimenta sur le correspondant de Reuter, ce 28 mars : « Il faut que la Côte d’Ivoire soit aidée pour qu’elle revienne à une fiabilité importante au niveau de la dette. Et pour qu’elle joue son rôle régional de moteur de la croissance de la sous-région. Nous avons des responsabilités non seulement nationales mais régionales. Vous savez très bien que sur les 12 millions d’habitants que nous avons ici, 4 millions sont étrangers : près de 30% de la population ivoirienne. Aider la Côte d’Ivoire, c’est aider aussi la sous-région. Les transferts de revenus effectués par nos frères sont très importants. Plus de 5 milliards de FCFA chaque année. »

 

Tout cela est, certes, plein de bon sens mais il est douteux que cela fasse beaucoup d’effet. Il est même fort probable que cela fera un effet contraire à celui qui est recherché. Car il est trop évident que pour Duncan, cette affaire de traitement de la dette ivoirienne ne relève que de la plus pure technique manageriale ; que les intérêts de l’entité politique, humaine, Côte d’Ivoire, ne le préoccupent que secondairement, seulement comme « le moteur de croissance de la sous-région ». On se demande après cela comment il peut encore croire que cela pourrait intéresser ses partenaires au développement qui, après tout, sont aussi des gestionnaires.

 

Avec un tel cornac, le fameux éléphant d’Afrique n’est pas près de s’acclimater sur les rives de la lagune Ebrié. Car à voir la façon dont Duncan entend le problème de l’endettement de la Côte d’Ivoire, il se pourrait bien que le remède, s’il le trouve, s’avère extraordinairement plus néfaste encore que le mal. Et il n’est pas sûr que les Ivoiriens, même les plus toqués du libéralisme sans rivages, y soient prêts, malgré toutes les difficultés qui découlent du colossal endettement du pays. L’encours de la dette extérieure s’élève actuellement à près de 7.571 milliards de FCFA (soit 203% du pib en 1994) se répartissant comme suit : 2.066 milliards au titre des institutions multilatérales ; 2.527 milliards au titre du club de Paris ; 2.952 milliards au titre du club de Londres ; et 26 milliards au titre d’autres créances. Quant au service de la dette, il était estimé à 650 milliards de FCFA (701 si on ajoute le service de la dette intérieure), soit 46% des exportations en 1994. Pour se faire une idée tout à fait complète de la charge qu’une telle dette représente pour une économie comme celle de la Côte d’Ivoire, il suffit de dire que si on la répartissait également sur la tête des 12 millions d’Ivoiriens, chacun d’entre eux aurait à payer 700.000 FCFA, alors que le pib par habitant n’excède pas 370.000 FCFA !

 

Lorsque, à la surprise générale, Duncan et son équipe de technocrates à peine remaniée furent reconduits le 26 janvier, on avait cru que c’était à cause de leurs succès. On ne change pas une équipe qui gagne ! Mais, depuis la dernière réunion du bureau politique du PDCI le 26 mars, on sait, de la bouche même du président Bédié, que cette décision n’était, pour ainsi dire, qu’un pis aller : « Notre tâche après les élections était de colmater les fissures. Il ne fallait pas ajouter d’autres fissures au sein du gouvernement. Il fallait jouer sur la continuité pour la mise en orbite des actions du gouvernement ». Même si le propos n’implique pas nécessairement un jugement négatif de l’action de l’actuel Premier ministre, il n’en est pas moins de nature à conforter dans leur pessimisme ceux qui, déjà, se doutaient que, depuis sa promotion comme Premier ministre, le 10 décembre 1993, en remplacement d’Alassane Ouattara, son ancien patron de la BCEAO, qui l’avait d’ailleurs ramené dans ses valises pour être son ministre délégué chargé de l’Economie et des Finances, la vraie fonction de Duncan a été de neutraliser cette importante position de pouvoir, le temps pour Bédié de ramasser dans sa main tous les moyens de le pourvoir à sa convenance.

 

Ce temps approche. En octobre se tiendra le premier congrès ordinaire de l’ère nouvelle, le dixième de l’histoire du PDCI, et qui, annonce-t-on, « marquera un tournant décisif ». Déjà la dernière réunion du bureau politique a été l’occasion pour le président Bédié de s’affirmer comme le seul vrai patron d’un PDCI dont la cohésion a été, semble-t-il, sérieusement mise à mal pendant le long marathon électoral. Le tournant d’octobre le mènera-t-il à agir de même avec le gouvernement ?

 

Marcel Amondji

(Le Nouvel Afrique Asie N°80, mai 1996)

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 16:23

Entretien avec Ernesto Gómez Abascal

 

Ernesto Gómez Abascal : Comment le Parti Communiste de Syrie (PCS) juge-t-il le gouvernement de Bachar Al Assad ?

 

Ammar Bagdache : Pour le Parti Communiste de Syrie, c’est un gouvernement patriotique, anti-impérialiste et antisioniste, malgré qu’il applique un modèle Ammar-Bagdache.jpgéconomique clairement capitaliste. Même si le Parti Baas, qui était et est toujours la force dirigeante du gouvernement, a proclamé le socialisme arabe en Syrie, il n’est pas socialiste au sens marxiste du terme. Cependant, le PCS fait partie du Front Progressiste composé aujourd’hui de 10 partis.

 

Nous avons un ministre dans le gouvernement et nous considérons, qu’à ce niveau du parcours, c’est la meilleure option. Nous sommes et nous avons toujours été disposés à améliorer le système. En 2005 nous nous sommes opposés à des changements calqués sur le modèle néolibéral, nous avons la preuve aujourd’hui qu’ils ont été le terreau d’une catégorie marginale que l’opposition armée a su s’attirer. Des erreurs ont été commises, maintenant il faut les corriger.

 

EGA : Y a-t-il des forces et des partis de gauche parmi ceux qui combattent pour renverser le gouvernement de Bachar Al Assad ? Face au gouvernement actuel, existe-t-il une alternative de gauche ?

 

AB : Quelques personnes qui étaient de gauche, y compris des marxistes, vivent à l’extérieur du pays depuis pas mal de temps, mais elles ont changé. Certains avaient fait de la prison en Syrie, aujourd’hui ils ont renoncé au marxisme, plusieurs ont même rejoint les Frères Musulmans, d’autres sont devenus les agents des monarchies du Golfe.

 

En Syrie, il y a des gens qui se considèrent de gauche et qui veulent des changements et des réformes, mais ce sont des individualités, pas des partis ou des forces politiques organisées, ils sont tout de même opposés à l’intervention étrangère. Le gouvernement que nous avons en Syrie a une position constructive pour réaliser des changements importants, ils commençaient à être adoptés mais l’intervention armée étrangère empêche, pour le moment, leur mise en application normale.

 

Si le gouvernement actuel venait à être renversé, la seule éventualité serait la prise du pouvoir par les Frères Musulmans, ce qui constituerait un grand bond en arrière pour un peuple qui, depuis pas mal d’années, bénéficie d’un système laïque moderne, ne connaît pas le sectarisme et n’a jamais vécu avec de telles tensions. Mais nous sommes optimistes, même si la lutte dure encore un certain temps, nous sommes certains qu’ils ne pourront pas nous vaincre.

 

EGA : Sur la situation militaire, comment voyez-vous la suite ?

 

AB : Plus le temps passe, plus il est clair qu’ils ne pourront pas nous vaincre. Ils [l’opposition armée, NdT] n’ont pu prendre le contrôle d’aucune ville importante, malgré leur plan initial et l’arrivée de milliers de mercenaires extrémistes et salafistes, assistés des services spéciaux US et leurs alliés de l’OTAN qui travaillent depuis la Turquie, pays avec qui nous partageons une longue frontière. Le Qatar et l’Arabie saoudite leur apportent également le soutien économique et militaire. Bien sûr, notre gouvernement est soutenu par la majorité de la population. Les forces armées de la nation et les milices populaires restent unies et en ordre combatif. Malgré la situation compliquée dans laquelle se trouve le pays, les institutions fonctionnent.

 

EGA : Pensez-vous qu’en Libye, il y avait la possibilité de soutenir quelque force révolutionnaire ou progressiste pour une alternative au gouvernement de Kadhafi ?

 

AB : Le cas de la Libye est totalement différent à celui de la Syrie. Même si le peuple libyen jouissait du meilleur niveau de vie d’Afrique, avec le PIB par habitant le plus important, la personnalité de Kadhafi était très contestée, il était très incohérent dans ses positions et il a souvent abusé de méthodes anticommunistes. Il s’était réconcilié avec l’occident, mais il n’existait ni parti ni aucune force organisée connue, avec un programme révolutionnaire, progressiste ou anti-impérialiste, qui aurait pu recevoir un soutien en tant qu’alternative au gouvernement de Kadhafi.

 

Le positionnement approprié des révolutionnaires était de laisser les libyens résoudre leurs problèmes et s’opposer par tous les moyens à l’intervention de l’alliance impérialiste et la réaction arabe. Notre parti n’avait aucune sympathie pour Kadhafi, mais c’est l’OTAN qui l’a renversé et non le peuple libyen. Aujourd’hui, le gouvernement installé à Tripoli est assujetti aux intérêts des impérialistes.

 

EGA : Comment le PCS caractérise-t-il le Hezbollah et l’Iran, un parti et un pays à caractère islamique ?

 

AB : Nous voyons qu’ils maintiennent des positions patriotiques, contre l’impérialisme et le sionisme, par conséquent ils sont des alliés. Le Hezbollah au Liban dirige un mouvement dans lequel participent aussi des partis et des organisations chrétiennes, sunnites et même marxistes. Il y a des musulmans de sensibilités politiques différentes et notre parti, part du principe qu’avec la situation actuelle dans la région, la place d’une force politique est d’être du côté des intérêts du peuple, d’être anti-impérialiste et antisioniste. C’est pourquoi nous considérons Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah, comme étant un véritable révolutionnaire.

 

EGA : Pensez-vous qu’un parti ou une force de gauche puisse parvenir au pouvoir dans un pays de la région ?

 

AB : Nous n’écartons pas cette possibilité, cela dépend des masses, du peuple. En 1958, je crois que peu de gens dans le monde avait prévu qu’une révolution allait triompher à Cuba, et deux ans plus tard qu’elle proclamerait le socialisme. Le rôle d’un leadership est également très important et on ne peut pas l’exclure totalement.

 

EGA : Le président égyptien Mohammed Mursi, des Frères Musulmans, a tenu un discours, lors de la dernière assemblée générale de l’ONU il y a quelques jours, qui semble montrer que ce grand pays est en train de reprendre la main sur sa politique extérieure. Qu’en pensez-vous ?

 

AB : Je pense qu’il agit selon la volonté des masses, du peuple égyptien qu’il ne peut ignorer. Ce qu’il déclare ne doit pas faire plaisir aux USA et encore moins à Israël. Il est possible que Mursi travaille à redonner à l’Egypte le leadership du monde arabe. De plus, il est impossible d’être plus grande marionnette de l’impérialisme que Moubarak, ce serait très difficile. À l’Assemblée Générale de l’ONU, s’il a déclaré qu’il était opposé à une intervention extérieure contre mon pays, c’est parce qu’il a vu que le peuple syrien organise la résistance contre l’agression que lui soumettent l’occident et les pays du golfe, cela peut influer ses positions. Il faudra voir par la suite s’il maintient une ligne contraire aux USA et Israël.

 

EGA : Quelle devrait être la position de la gauche internationale, des révolutionnaires, par rapport à l’intervention manifeste de l’impérialisme et la réaction arabe pour produire des changements de régime ?

 

AB : Notre parti estime que les forces révolutionnaires et progressistes internationales doivent soutenir les gouvernements et les partis anti-impérialistes et antisionistes face à l’agression de la réaction, de l’impérialisme avec sa politique interventionniste et d’ingérence qui transgresse les lois internationales. De nos jours, c’est cela qui caractérise une position de principes et révolutionnaire.

 

On ne peut se réclamer de gauche ou se dire progressiste et révolutionnaire et en même temps adhérer à ce que disent et font les Hillary Clinton, les monarques corrompus du Golfe et les dirigeants de l’OTAN.

 

 

 

Ammar Bagdache est secrétaire général du Parti communiste syrien et membre du parlement de la République Arabe de Syrie. 

 

Ernesto Gómez Abascal est écrivain et journaliste cubain, ex-ambassadeur dans différents pays du Proche-Orient.

 

 

 

Source : Le Grand Soir 7 octobre 2012

 

Titre original : "Conversación con el Dr. Ammar Bagdache..." Article publié le 2 octobre 2012 par Rebelión.org. Trad. Jilata

 

 

EN MARAUDE DANS LE WEB

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenances diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».

 

Source : Le Blog de Fernand Dindé 19 novembre 2012, d’après La Voix de la Syrie.

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 12:31

Faute d’un cadre de commémoration solennelle de la Journée de la paix, chacun y va de son inspiration et de son initiative. Avant sa mort, c’était Benjamin Coulibaly qui, en sa qualité de président de l’Association pour la sauvegarde et le maintien de la paix (Asmp), conférait un cachet véritablement national à cette fête.

 

Dont la noblesse le dispute à son importance capitale pour les hommes dans leur ensemble. Mais singulièrement pour les Ivoiriens dont le premier Président, Félix Houphouët-Boigny, décédé le 7 décembre 1993, disait : «La paix, ce n’est pas un vain mot mais un comportement ». Il faisait également remarquer que cette même paix est la seconde religion de la Côte d’Ivoire. Et qu’elle est un préalable à tout développement. Enfin, c’est l’héritage le plus précieux qu’il lègue aux générations futures. Qui devront y veiller soigneusement comme sur la prunelle de leurs yeux. Bref, d’excellents enseignements qu’on avait toujours plaisir à écouter.

 

Malheureusement, ces écoutes religieuses et les ovations nourries qui accompagnaient les discours du Sage de Yamoussoukro, n’ont pu éviter à la Côte d’Ivoire la déflagration sociale issue des crises à répétition depuis sa mort avec, quelques piques allant jusqu’aux conflits armés. C’est le cas du coup d’Etat du 24 décembre 1999 contre le régime du Président Bédié. Heureusement sans effusion de sang. Ce fut, en outre, le cas de la rébellion du 19 septembre 2002. Ce fut, enfin, le cas de la crise postélectorale de décembre 2010 au 11 avril 2011 : 3000 morts officiellement. De nombreux blessés, déplacés et exilés. Sans oublier les dégâts matériels. Ce sont des conséquences énormes dont beaucoup ont du mal à se remettre. Aussi bien physiquement que moralement. Voici ce qui retarde la réconciliation nationale. Surtout quand à cela, s’ajoutent les agissements d’une classe politique foncièrement divisée et manichéiste et d’une presse totalement caporalisée et partisane, qui ne semblent nullement avoir tiré la leçon de toutes ces péripéties citées plus haut. D’où la relative indifférence qui caractérise de plus en plus la célébration de la Journée nationale de la paix.

 

Hier, en la paroisse Notre Dame de l’Incarnation (Ndi) de la Riviera Palmeraie où la Commission justice et paix de la Conférence épiscopale a organisé une messe commémorative de ladite Journée, les fidèles chrétiens catholiques n’ont pas afflué. L’église, qui avait l’habitude d’afficher complet à chacune de ses trois messes dominicales mais aussi pour toutes les autres célébrations eucharistiques ponctuelles, était à moitié pleine en dépit de la sensibilisation faite quelques jours plus tôt. Pourtant, le plateau de présences était des plus alléchants. Outre le président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (Cdvr), l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny et ses collaborateurs, la Conférence épiscopale était richement représentée par dix de ses membres: Cardinal Bernard Agré ; l’archevêque de Korhogo, Mgr Marie Daniel Dadiet ; sept évêques dont Mgr Boniface Ziri, célébrant principal de la messe en sa qualité de président de la Conférence épiscopale et deux évêques émérites, Nosseigneurs Pierre Marie Coty de Daloa et Bruno Kouamé d’Abengourou. Comment les populations ivoiriennes, si éprouvées par la guerre, peuvent-elles pousser le paradoxe jusqu’à bouder une fête dédiée à la paix ?

 

Est-ce à dire qu’elles ne voudraient plus de la paix ? La réponse est simple : elles veulent bel et bien de la paix. Mais disent en avoir marre des discours prônant la paix et la réconciliation alors que sur le terrain, les actes posés sont totalement contraires. Avec St Jean Chrysostome, ces populations semblent dire : « Que les discours se taisent et que les actes parlent (enfin) ». Mais quelle chance leur cri du cœur a-t-il d’être entendu par les leaders politiques et leurs partisans dont les intérêts sont si loin de ceux du peuple au nom de qui ils prétendent, pourtant, agir ?

 

ABEL DOUALY

 

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Source : Fraternité Matin 16 Novembre 2012

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 23:57

« Dans la vie des peuples, en temps de détresse, la bienveillance amicale du destin parvient toujours à susciter un grand homme en vue de préparer une aube nouvelle pour que renaisse le printemps de la vie, surtout quand il s’agit d’un pays hébergeant sur son sol une population nombreuse, venue  d’ailleurs, en quête d’une terre d’hospitalité et d’espérance. Qui ne pourrait sentir que notre pays se trouve actuellement à un moment tout à fait destinal de sa vie historique pour renouer, en la portant plus loin et plus haut, avec une tradition qui l’a aidé à briller en myriade de scintillations en Afrique et dans le monde ! » (Augustin Dibi Kouadio, Fraternité Matin 16 novembre 2012)

 

Monsieur le professeur, l’homme que vous tentez d’ériger en homme providentiel est loin d’être un saint.

 

« A leurs fruits, vous les reconnaîtrez », tel était le titre d’un article que Monsieur Dibi Kouadio Augustin, professeur à la faculté de philosophie de l’Université d’Abidjan Cocody, a bien voulu soumettre à la Côte d’ivoire, mais surtout aux intellectuels que nous sommes.

 

 

 

Ayant côtoyé l’homme durant mes années universitaires et l’ayant eu en tant que président de mon jury lors de la soutenance de mon mémoire de maîtrise, je me permets ici de saluer l’intelligence et la profondeur de ce professeur qui fut le mien. Le « maître » comme nous l’appelions n’est pas un fait du hasard car l’homme respirait la sagesse et la connaissance dans le domaine qui était le sien. De mémoire d’étudiant jamais un professeur n’a été aussi captivant dans sa manière de véhiculer la connaissance philosophique. Même si nous le trouvions parfois perdu dans le monde des idées, nul ne peut occulter à ce grand disciple d’Hegel la richesse culturelle et intellectuelle qu’il incarnait. Jusqu’à la lecture de son article telle était l’image que j’avais de celui qui fut mon professeur, mon éminent professeur dirais-je. Cependant si la matière traitée dans son article répond à un besoin de sursaut national, c’est-à-dire une démarche qui permet à l’auteur d’apporter sa pierre à la compréhension de la crise qui secoue la Côte d’Ivoire son pays et le nôtre, l’objectivité ainsi comprise est arbitraire, voire même tronquée.

 

 

 

En effet, Notre éminent professeur a fait voler en éclats la dialectique qui devrait sous-tendre son raisonnement. Entre l’attitude d’esprit philosophique, qui meut sa réflexion sur « ce que les choses sont et ont toujours été en Côte d’Ivoire », et l’attitude d’esprit historique qui cherche à comprendre la question de la vérité des faits, il y a sans doute lieu de reconnaître un jeu dialectique qui nous fait hésiter sur la quintessence du discours tenu par notre maître.

 

 

 

Comment adhérer au discours du philosophe s’il n’intègre pas dans sa plume l’histoire de notre jeune nation ? Je m’adresse directement à vous cher Maître. Certes en bon disciple de Hegel il vous a été difficile de prendre en compte notre histoire commune parce que chez votre maître, l’idée d’histoire n’est pas celle des historiens, rivés à l’existence du passé. Or en affirmant dans votre contribution que « nous venons de très loin », il vous est d’emblée interdit d’occulter les événements historiques qui constituent la matrice de notre jeune nation. Je ne vous apprends rien en vous rappelant que l’histoire est un tribunal qui aide à comprendre par sa sentence ce qu’est l’aujourd’hui. C’est donc le passé qui nous permet de mieux comprendre l’ici et maintenant, notre présent. Telle sera la tâche à laquelle s’emploiera votre étudiant que je fus afin d’apporter quelques objections à l’aphorisme érigé en titre de votre article : « A leurs fruits, vous les reconnaîtrez ». Sous ce titre vous nous dévoilez sans doute inconsciemment ou consciemment que le tenant du pouvoir actuel fait mieux que ses prédécesseurs et qu’il s’apparente à un bâtisseur, voire même à un sauveur d’où l’idée que « nous venons de très loin ». Et pourtant l’histoire de cette nation contredit point pour point cette affirmation.

 

 

 

Comment tenir pour vraie l’idée selon laquelle en 18 mois de règne l’actuel chef d’Etat, Mr Alassane Dramane Ouattara, peut et doit être élevé au rang de bâtisseur et sauveur de cette Côte d’Ivoire ? Lorsqu’en 1945 Houphouët-Boigny accède à l’assemblée constituante française, il fut mandaté par ses pairs africains pour mettre fin à une injustice qui faisait du colonisé une machine de production pour le colon : il s’agit ici du travail forcé. Si le colonisé n’était plus déporté en tant qu’esclave, il n’en demeure pas moins que son rapport avec le colon n’était pas une partie de pêche. Devant cette humiliation qui aura duré tant d’années, il va de soi que l’on puisse dire d’Houphouët qu’il est un sauveur car son action, avec d’autres, en tant que député, avait permis par la loi qui porte son nom, l’abolition du travail forcé, cette abomination qui aura marqué au fer les corps et les esprits de ceux qui l’ont endurée. Cet acte majeur confère une légitimité incontestable au père fondateur de cette nation car avec lui « la Côte d’Ivoire, on peut le dire, venait de loin ». Ainsi donc la légitimité historique d’Houphouët-Boigny ne saurait être mise en cause ici, tout au moins pour une certaine période de sa longue carrière politique. Bâtisseur, il fut, et toute la Côte d’Ivoire peut rendre témoignage de ces actions, même s’il aurait pu faire mieux et plus en d’autres endroits et moins en d’autres lieux.

 

Contrairement à cette légitimité d’Houphouët, qui ne se souvient pas de la gestion du tout premier Premier ministre de la Côte d’Ivoire avec un triste bilan qui aura enfoncé l’économie de la nation dans le gouffre là où il était dit de lui qu’il était venu en Côte d’Ivoire pour relever son économie. Jusqu’à sa démission de ce poste, le 9 décembre 1993, jamais la Côte d’Ivoire n’a pu sortir la tête de l’eau malgré ses mesures inhumaines sur la population ivoirienne, voire même sur les étrangers avec l’institution de la carte de séjours, sources de plusieurs maux encore à ce jour. Monsieur le professeur, à ce stade de mon propos, vous remarquez vous-même que l’homme que vous tentez d’ériger en homme providentiel est loin d’être un saint. Si nous sommes d’avis avec vous que la terre de Côte d’Ivoire est une terre de migrations, et que cette terre d’Eburnie n’est pas la propriété d’un peuple, les faits nous démontre que votre homme providentiel fut le premier à mettre une différence entre l’Ivoirien de première zone et l’autre de seconde zone. Alors, lorsque vous affirmez : « Dans la vie des peuples, en temps de détresse, la bienveillance amicale du destin parvient toujours à susciter un grand homme en vue de préparer une aube nouvelle pour que renaisse le printemps de la vie, surtout quand il s’agit d’un pays hébergeant sur son sol une population nombreuse, venue d’ailleurs, en quête d’une terre d’hospitalité et d’espérance. Qui ne pourrait sentir que notre pays se trouve actuellement à un moment tout à fait destinal de sa vie historique pour renouer, en la portant plus loin et plus haut, avec une tradition qui l’a aidé à briller en myriade de scintillations en Afrique et dans le monde ! », mon esprit ne peut que frémir de désespoir et mon âme s’attrister devant une telle falsification des faits. Si pour vous Alassane Dramane Ouattara est l’homme qui doit préparer une aube nouvelle pour que renaisse le printemps de la vie, alors je réalise mieux que ce printemps n’est pas fait pour tous les habitants de la Côte d’Ivoire au regard du système de rattrapage que connaît notre pays. Aussi comment voir en Alassane, cet homme providentiel, si en sa qualité de Premier ministre il privatisait les sociétés d’Etat pour les acquérir lui-même. L’ironie de l’époque est ici révélatrice : « le Premier ministre vend, Alassane Ouattara rachète ! ». N’est-ce pas pour mettre fin à ce vol organisé que le conflit entre Bédié, alors président de l’Assemblée nationale, et votre homme providentiel éclatera le 9 mars 1993 ? Bédié ayant perçu la ruse de votre champion demandera, avec le soutien des députés, la suspension du programme de privation.

 

 

 

Quel est cet homme providentiel qui n’a aucun respect pour l’ordre constitutionnel ? Or le respect de la constitution n’est-il pas le souci majeur des hommes et femmes dévoués au mieux être de leur nation ? Qui ne se souvient de ce 7 décembre 1993 où Alassane, chargé (par qui finalement ?) d’annoncer le décès d’Houphouët, manquera de tirer clairement les conséquences constitutionnelles de ce triste événement ? Comme le prévoit l’article 11 de la constitution, il revenait dans ce cas à l’exécutif de saisir la Cour Suprême qui constate la vacance du pouvoir, lequel échoit à Bédié en tant que président de l’Assemblée Nationale. Ici encore nous sommes loin d’un comportement qui pourrait conférer le titre d’homme providentiel à Alassane. Je passe outre tous les messages radiophoniques à travers lesquels le sauveur de la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui proclamait à qui voulait l’entendre qu’il rendrait « ce pays ingouvernable ». Je ne vous ferai pas un dessin sur la suite de ces propos venant d’un homme qui est censé conduire les Ivoiriens dans la terre promise.

 

 

 

Comme vous le voyez cher professeur, lorsque nous nous soumettons au jugement de l’histoire, il est difficile pour tout homme de bon sens de vous suivre dans votre geste de thuriféraire et d’hagiographe. Pire, l’apprenti philosophe que je suis à du mal à vous suivre dans cette comparaison que vous faite entre la route et l’université. Si la route nous permet « de rendre proche le lointain », vous n’êtes pas sans ignorer qu’avant l’avènement d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire le lointain avait déjà été rendu très proche. Je ne ferai plus l’affront à Houphouët en établissant une comparaison entre lui et l’homme providentiel, mais à voir de près, Bédié avait fait la côtière, relié Dabakala à Katiola et j’en passe. Gbagbo, j’avais espéré ne pas mentionner son nom dans ce travail qui est le mien, car il restera pour vous l’homme cupide qui n’a pas su gérer les affaires de l’Etat, mais n’empêche que par son entremise Yamoussoukro sera davantage encore plus proche d’Abidjan à la fin des travaux de l’autoroute du Nord. Laissez-moi rire encore, cher professeur, lorsque par une ruse d’esprit vous insinuez que l’université est pour l’homme le monde de l’esprit. Soit, nous l’admettons. Mais pendant 10 ans, l’université de Bouaké fut fermée par la faute des alliés de votre homme providentiel et comme par un effet de teinture et de promotion pour « Jalafrique », vous trouvez la force de dire que la route (laquelle d’ailleurs ? la fermeture des nids de poules ?) et l’université (les coups de peintures ? où celles qu’il avait promis de construire en 5 ans ?) devraient attester qu’Alassane est pour la Côte d’Ivoire le bâtisseurs des temps nouveaux. Professeur vous réalisez que nous ne sommes pas dupes ; car donner des noms à 5 universités ne signifie pas qu’on en a construit de neuves. L’histoire est un témoin qui se joue de la ruse elle-même. Votre démarche ne reflète pas l’homme que j’ai côtoyé et qui m’a nourri durant 4 ans au lait de la pensée qui se veut vivante, vraie et spirituelle.

 

 

 

Au terme de cette démarche, votre étudiant que je fus se pose cette question : l’éminent professeur de philosophie est-il fatigué de nourrir son esprit, d’où cette sortie afin de nourrir désormais son ventre ? Du reste sachez que cette dernière trouvaille ne vous sied pas ; car nous vous apprécions mieux dans le domaine qui était le vôtre, à savoir : la primauté de la raison sur toute chose.

 

 

 

Réné Kouadio, doctorant en philosophie.

 

Titre original : « A Augustin Dibi Kouadio, professeur de philosophie, Université de Cocody… »

 

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Source : Connectionivoirienne.net 14 novembre 2012

 

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 14:37

Russell Banks n'est pas seulement l'un des meilleurs romanciers américains, c'est aussi l'un des plus engagés. Issu d'un milieu pauvre, ancien militant d'extrême gauche dans sa jeunesse, cet Russell-Banks-en-2011-fr.wikipedia.org.jpghomme, né en 1940, a soutenu Barack Obama en 2008. L'auteur d'American Darling et de La Réserve, parus chez Actes Sud, observe aujourd'hui le paysage politique de son pays et exprime sa déception.

 

 

 

Barack Obama est en difficulté pour l'élection du 6 novembre. Etes-vous inquiet ?

 

Je suis même très inquiet. Romney Inc. a convaincu suffisamment de Blancs des classes moyennes et ouvrières de voter contre leurs intérêts. En d'autres termes, de faire confiance aux patrons. Les travailleurs américains sont en train de perdre leur travail, leurs économies, leurs maisons, et ce qu'ils ressentent, ce n'est pas de la rage, mais de la peur. Ils se comportent comme si une menace métaphysique pesait sur eux, comme si toutes leurs certitudes les plus élémentaires étaient bouleversées. Romney et ses laquais millionnaires ont exploité cette peur sans relâche.

 

De son côté, Obama a mené une campagne terne, comme s'il était presque soulagé d'avance à l'idée de perdre et de retourner à sa vie d'universitaire. L'une de ses grandes qualités, c'est qu'il n'est ni fou, ni délirant, ni narcissique. Mais cette qualité-là, justement, fait qu'il a du mal à rester constamment sur la brèche. Visiblement, ça l'a ennuyé de faire campagne et de lever des fonds, pendant des mois. Il a trouvé le prétendu débat ridicule et il considère son adversaire comme un idiot et un lâche. Si on avait eu une campagne de huit semaines, avec un seul tête-à-tête, Obama se serait montré brillant et sa victoire aurait été écrasante. Là... peut-être qu'il va gagner, ou peut-être pas. Ça va se jouer à pile ou face.

 

Que va-t-il se passer si Romney gagne ?

 

La République se transformera en une ploutocratie. Le New Deal de Franklin Roosevelt sera définitivement enterré. Ce mouvement n'est pas nouveau : les ploutocrates y travaillent d'arrache-pied depuis des générations. S'ils arrivent à leurs fins, il n'y aura pas de retour en arrière, sauf s'il se produit une deuxième révolution. Mais, pour qu'il y ait une révolution, il faudrait qu'une ruine totale s'abatte sur le pays et, grâce à la mondialisation, sur le monde entier : famine, migrations forcées, augmentation dramatique du nombre de sans-abri, effondrement des services publics. Qui peut souhaiter cela ? Personne. Donc, il n'y aura pas de seconde Révolution américaine. Si Romney gagne, nous devrons réfléchir à la manière dont nos petits-enfants vont survivre dans un âge de ténèbres.

 

Comment percevez-vous le paysage politique américain ?

 

Ce qui est frappant, quand on regarde les derniers mois et même les dernières années, c'est de voir à quel point le spectre politique a glissé vers la droite. Les démocrates sont là où Reagan se trouvait il y a vingt ans. Il faut avoir mon âge pour se souvenir qu'aujourd'hui Nixon serait presque à l'extrême gauche, et qu'Eisenhower ne pourrait pas faire partie du Parti républicain. Je pense que le changement a commencé du temps de Reagan, quand l'opposition entre les deux partis est devenue d'ordre raciale. Dans l'imaginaire américain, les démocrates sont le parti des gens de couleur : Latinos, Asiatiques, Afro-Américains... et des Blancs libéraux, comme moi.

 

A l'inverse, le Parti républicain est un parti de Blancs. Or la ploutocratie américaine, qui est très effrayante, a réussi à faire naître des alliances dans lesquelles la race l'emporte sur la classe. C'est un événement historique : vous pouvez dresser des gens contre leurs intérêts si vous brandissez la question raciale. Des Blancs pauvres voteront pour les intérêts des Blancs riches, s'ils pensent que le parti adverse est associé aux Noirs. Aux Etats-Unis, on en revient toujours à la question raciale. Mais le moment est très intéressant, dans la mesure où les Blancs américains sont en train de devenir une minorité. Environ 45 %.

 

Pourquoi les Américains ont si peur ?

 

Il y a eu tant de changements : culturels, sociaux, économiques. La classe moyenne inférieure et les ouvriers, surtout les Blancs, ont l'impression qu'ils ont perdu le contrôle de leur vie. Les vieilles hiérarchies sur lesquelles s'appuyait la supériorité de l'homme blanc ont été renversées. Sans compter la disparition des emplois industriels stables, dans lesquels vous vous engagiez à 18 ans et jusqu'à la retraite. Vous pouviez vous payer une maison, envoyer vos enfants à l'université, acheter une voiture à crédit, vivre de manière correcte dans une banlieue, en tondant votre pelouse le dimanche et en invitant vos amis pour le barbecue. Ces jours-là sont révolus et ils n'ont été remplacés par rien de rassurant. C'est l'une des causes de cette peur diffuse qui traverse le pays.

 

L'homme blanc était-il si convaincu d'être le maître du monde ?

 

La nature de cette société capitaliste individualiste que nous avons établie entraîne un mode de vie à haut risque. Dans le rêve américain, tout le monde est supposé réussir par ses moyens, et si vous n'y arrivez pas, c'est votre faute, pas celle de la société. Une quête morale, en quelque sorte, qu'on est censés tenir pour une liberté, dans une économie ouverte. Mais cela engendre une pression terrible. C'est un débat intéressant qui se retrouve dans la campagne actuelle : l'aile droite du Parti républicain répète sans cesse que c'est chacun pour soi. Ils prêchent une espèce de darwinisme social. Ils disent : "Nous ne voulons pas devenir une autre Europe." Ce qui veut dire pas d'Etat-providence, mais une société capitaliste, individualiste à l'ancienne. Du côté démocrate, on plaide pour une plus grande responsabilité de l'Etat en matière sociale.

 

L'Europe est à ce point un contre-modèle ?

 

Beaucoup d'Américains ont peur de l'Etat-nounou, où les citoyens ne sont pas libres de contrôler leur propre destinée. "Ta maison est ton château" : vous devez pouvoir faire le tour de votre jardin avec votre fusil à l'épaule, sans que personne vienne vous ennuyer. Grimper sur votre cheval et partir vers l'ouest, vers des contrées sauvages où vous construirez votre propre château. Un individu robuste et libre, qui ne dépend de personne. C'est une particularité américaine, qui appartient à notre histoire, à nos mythes. Elle fait partie de nos classiques, on la retrouve dans Huckleberry Finn, dont le héros descend le Mississippi, ou dans Moby Dick, où le capitaine Achab part en direction de la haute mer sur son baleinier. Ces images puissantes ont forgé l'idée que les Américains ont d'eux-mêmes depuis des centaines d'années. On ne voit pas ça quand on regarde vers l'Europe.

 

Y a-t-il moins de liberté aux Etats-Unis aujourd'hui qu'il y a vingt ans ?

 

Ce qui est plus difficile maintenant, c'est d'obtenir la vérité. A cause des changements dans la structure capitalistique des médias. De plus en plus, les éditeurs de presse agissent d'abord dans l'intérêt des actionnaires et non dans celui du public. Cela dit, le développement d'Internet s'oppose à ce mouvement.

 

Le mensonge est-il très présent dans le discours politique ? Dans les mots utilisés ?

 

On est si accoutumés qu'on ne s'en rend même plus compte, à moins d'avoir gardé le souvenir d'autres discours, d'autres époques. D'autres manières de s'adresser aux électeurs et de discuter des problèmes en public. On n'a pas eu de conversation honnête et intelligente dans la vie publique depuis longtemps. Même quelqu'un d'intelligent et de structuré comme Barack Obama n'a pas réussi cela, sauf en de très rares occasions. Durant les quatre années de son mandat, quelque chose s'est désintégré dans son langage. Tiédi. Comme s'il était écrasé par le monde politique de Washington. Je suis de plus en plus déçu par la manière dont son discours s'est ramolli, affadi, rempli de clichés, vidé de son sens politique. Le discours qu'il a fait devant la convention démocrate au moment de sa nomination était si plat, si banal, comparé à ceux qu'il a faits avant d'être élu.

 

Que s'est-il passé ?

 

A Washington, vous vivez dans une bulle, personne ne parle franchement au président, sauf peut-être sa femme. Il est entouré de gens comme lui. Difficile de penser clairement dans une salle de miroirs.

 

Mais historiquement ?

 

Le niveau d'éducation a baissé aux Etats-Unis. On a arrêté d'investir. La capacité des Américains à utiliser le langage, et à le décrypter, s'est détériorée. Ils ont des diplômes mais plus les mêmes compétences linguistiques des années 1950 ou 1960. On est devenu une société de consommation à un point tel que ça a pris le pas sur le reste. Les enfants sont bombardés de milliers de pubs chaque jour. Voilà l'ambiance. Un monde marchand. Le langage a été relégué au second plan, quand la télévision, donc l'image, a fait irruption. Au début, on pensait que les pubs rendaient les programmes possibles, avant de comprendre que c'était le contraire. Et ça s'amplifie avec Internet : pourquoi est-ce que Facebook existe ? Pourquoi les réseaux sociaux ? Pour vendre de la pub. Et même Google. C'est son but. Il s'agit d'un changement anthropologique radical. Mon petit-fils de 4 ans a un cerveau façonné différemment du mien. Si on lui donne un livre, il essaie de tourner les pages en les faisant glisser, comme sur un iPad. Je voudrais être là dans une centaine d'années pour voir les conséquences de tout ça.

 

Obama aussi est pris dans ce système où la communication l'emporte sur le reste ?

 

Pour devenir président maintenant, il faut 500 millions de dollars. Et les démocrates prennent le même argent que les autres. Au début, j'étais très excité quand j'ai lu les livres d'Obama ; il utilisait les mots d'une manière qui respirait l'authenticité. Et puis il est devenu président. Je l'ai soutenu, j'ai été très heureux qu'il soit élu et je le suis encore, mais il est très, très modéré, centriste. Je n'attendais pas de mesures réellement progressistes, mais j'aurais aimé qu'il soit un peu plus actif dans le domaine exécutif. Je suis déçu qu'il n'ait pas fermé Guantanamo, par exemple, ou démantelé l'arsenal des mesures sécuritaires prises par Bush après le 11-Septembre.

 

La surveillance est l'un des grands thèmes de votre dernier roman paru en France, "Lointain souvenir de la peau". Le héros, un jeune délinquant sexuel, est socialement invisible et tout le temps visible, puisqu'il est observé par des dispositifs électroniques de sécurité.

 

Les moyens technologiques destinés à voir et à être vus ont comme effet de déshumaniser. Si vous avez le pouvoir de surveiller quelqu'un, vous le transformez en objet. Dans les villes américaines, vous ne pouvez plus vous trouver dans un ascenseur sans être observé par une caméra. Or, l'un des grands fantasmes américains, c'est de disparaître. Partir acheter du pain et ne pas revenir. On ne peut plus faire ça, ici. On ne peut plus se cacher.

 

 

 

Propos recueillis par Raphaëlle Rérolle  

 

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Source : Le Monde Culture et Idées 01/11/2012

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 22:19
« Plus de dix-huit mois après l’arrestation de Laurent Gbagbo en avril 2011, il est grand temps pour le président Alassane Dramane Ouattara d’aller au-delà des promesses et de placer le respect des droits humains au sommet des priorités de son gouvernement. »
Telle semble être la triste conclusion du rapport d’Amnesty International sur le gouvernement de la solution en ce qui concerne le respect élémentaire des droits humains. Il est de notoriété publique que cette organisation internationale n’a jamais caché sa haine viscérale contre la gouvernance de Laurent Gbagbo qu’elle a traquée jusqu’au bout. Elle avait toujours été en ligne de mire pour salir et diaboliser de façon planétaire son pouvoir.
Par contre, sa sympathie pour l’opposant Alassane Dramane Ouattara était une évidence flagrante, que même les aveugles n’ont eu aucune difficulté à saisir. Que cette organisation se retourne aujourd’hui contre son poulain d’hier pour l’exposer au monde entier, le livrant même à la vindicte populaire, il est à croire que notre pays sous Alassane Dramane Ouattara vit ses moments les plus tristes et malheureux dix-huit mois après son entrée fracassante au palais présidentiel du Plateau sous escorte protocolaire des «bombes démocratiques » sarkoziennes et de la nébuleuse Communauté internationale. A dire vrai, ce n’est pas une révélation que nous fait Amnesty International. Ce que cette organisation expose aujourd’hui l’a toujours été par les journaux ivoiriens de l’opposition, les partis politiques de l’opposition, les mouvements des droits de l’homme non alignés de Côte d’Ivoire et parfois même par les propres supporters du propriétaire exclusif du Palais ivoire. Mais, comme toujours, marqué par notre complexe d’infériorité qui nous fait aimer tout ce qui vient de l’Occident plus que ce qui vient de chez nous, personne n’a pris cela au sérieux. Il a fallu que l’homme blanc vienne encore de sa terre natale pour nous faire prendre conscience du drame qui se déroule sous nos yeux complexés. N’empêche, il vaut mieux tard que jamais. On se rappelle que le terme « solution » a été le programme de campagne d’Alassane Dramane Ouattara. Il en a couvert toutes les rues du pays. Mais dix-huit mois après, la solution est devenue un slogan et un programme de torture de ceux qui ne veulent pas s’y aligner. Aujourd’hui, les camps de concentration officiels et officieux pullulent dans tout le pays et dirigés de main de maître par les FRCI, cette armée tribale, ancienne branche armée du RDR. Les témoignages et photographies de certains qui sont miraculeusement sortis de ses goulags modernes ont fait le tour des rédactions de presse et du monde. La torture est aujourd’hui au programme dans la gouvernance des affaires de notre pays. Pour y échapper, il faut provenir de la bonne région, de la bonne religion et du bon parti : ceux de l’incontournable et indéboulonnable chef suprême. Mais faut-il rejeter la faute sur Alassane Dramane Ouattara uniquement ? Je ne le pense pas. En fait, il n’est que la face visible et le bras séculier d’une coalition interne et externe qui se complaît dans cet acte horrible et honteux de gouvernement qui consiste à dénier à ses opposants leur humanité et donc leur dignité d’homme en les séquestrant, les brimant et les torturant. On ne peut pas dire que ceux qui l’ont escorté au Palais présidentiel ne cautionnent pas sa torture. Tout est mis en œuvre pour l’étouffer dans le but de le laisser gouverner tranquillement pour continuer à piller et exploiter nos ressources. La séquestration et la torture font donc partie intégrante de leur système et mode d’enrichissement tous azimuts et au mépris du bien-être des Ivoiriens. Dans ce jeu trouble, Amnesty International ne fait que jouer sa partition, son éternel beau rôle pour tenter de reconquérir quelque crédibilité que beaucoup ne lui reconnaissent plus. Mais ne soyons pas dupes. Amnesty International n’osera jamais aller au plus profond du mal qui gangrène le corps social et politique ivoirien aujourd’hui. Attendons-nous à ces déclarations sporadiques qui n’auront aucune incidence sur ce triste programme en dehors d’un mode de communication adressée à des dupes. De toutes les façons, cette organisation nous a toujours habitués à cette opération de charme qui ressemble à de la poudre envoûtante jetée dans nos figures pour nous distraire et nous mystifier. Le salut des Ivoiriens ne viendra que d’eux-mêmes. Il nous faut sortir des sentiers battus de la grisaille pour aller jusqu’au bout de nos ambitions politiques et nationalistes, voire panafricanistes.
La Côte d’Ivoire, pour ceux qui ne la regardent pas avec les yeux rattrapés et aujourd’hui indéboulonnables, va mal. N’en déplaise à la sulfureuse Communauté internationale qui ne s’occupe de nous que pour ce que nous avons et non pour ce que nous sommes. Nous sommes aujourd’hui un peuple torturé sur tous les plans. Notre présent et notre avenir sont tristement torturés et pris en otage par « le clan affairiste au pouvoir » qui nous dénie notre humanité et notre capacité à résister. Des bandes armées, Frci et Dozos ignares, nous surveillent et nous épient pour nous imposer la chanson de leurs maîtres. Nous sommes tristes de notre histoire torturée par des « vainqueurs » qui font feu de tout bois pour nous anéantir entièrement afin que le pays leur revienne uniquement. Mais, vaille que vaille, nous devons survivre ; survivre aux bombes « démocratiques », survivre à la médiocrité, à la racaille, au rattrapage, au chômage ethnique, aux armes, aux Frci, aux Dozos, aux boulons, à la torture.
Amnesty International et autres bandes internationales ne feront jamais changer le cours de notre histoire torturée. Nous sommes notre propre histoire. Nous sommes notre propre chemin. Histoire et chemin torturés aujourd’hui, certes. Mais, histoire et chemin de gloire si nous savons aller «jusqu’au bout» de notre détermination et au nom de notre foi.
 Père Jean K.
Titre original : « Quand la solution devient torture »
 
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Le cercle victor biaka boda
Source : Notre Voie 10-11 novembre 2012
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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 21:59

Officiellement la dissolution du gouvernement Ahoussou Kouadio UN, semble avoir pour cause le rejet hier mardi par les parlementaires d’un projet de loi sur le mariage, présenté par Raymonde Goudou Koffi, la ministre de la Famille, de la Femme et de l’Enfant. Officieusement, le gouvernement devait être dissous comme annoncé par la presse pour plusieurs raisons qui n’ont rien à voir avec ce qui s’est passé hier au Parlement. Des sources diplomatiques avancent que ce remaniement devrait permettre l’entrée de l’opposition au sein de la nouvelle équipe gouvernementale, dans le cadre de la réconciliation nationale.

 

Nous avons à ce sujet interrogé Nathalie Yamb, Conseillère exécutive du professeur Mamadou Koulibaly, président de « Liberté et Démocratie pour la République » (Lider) et ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. Voici sa réponse :

 

« LIDER n’entrera jamais dans un gouvernement dont le programme est incompatible avec nos idées et nos idéaux. Nous nous sommes de tout temps exprimés contre les gouvernements d’union qui ne mènent à rien. Alassane Ouattara voulait gouverner, il est au pouvoir, qu’il gouverne. Les Ivoiriens auront l’occasion de donner leur jugement la dessus en 2015 (…) Si Ouattara admet que gouverner l’a dépassé, qu’il a échoué à réconcilier les Ivoiriens, qu’il a raté le désarmement, qu’il est passé à côté de la relance économique, qu’il a plongé les Ivoiriens dans l’insécurité physique et alimentaire, et qu’il décide de mettre son programme de gouvernement de côté pour former un gouvernement d’union qui se focalisera sur l’urgence de recoudre le tissu social, pour une période bien déterminée (1 an ou 18 mois) avant d’organiser des élections libres, sécurisées et transparentes en 2014, alors LIDER pourrait accepter l’idée d’entrer dans un gouvernement d’union. Mais si c’est pour implémenter le programme de M. Ouattara, alors c’est NON. Clair et définitif. »

 

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Source : Connectionivoirienne.net 14 novembre 2012 

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 19:20

On peut changer de gouvernement et donner quelques strapontins ministériels à l’opposition, mais si l’esprit est le même, si les libertés publiques et démocratiques sont toujours bafoués. On n’est pas du tout avancé. C’est comme un premier Ministre du PDCI et un ministre des affaires présidentielles, frère du président avec plus de pouvoir que le chef du gouvernent.

L’idée d’un ministre, frère du président de la république en Allemagne, en France ou en Italie est presque impossible. Souvenez vous du tollé provoqué en France quand Sarkozy avait voulu mettre son fils, Jean Sarkozy, à la présidence du conseil d’administration de l’établissement public pour l’aménagement de la région de la défense.

Changer pour plaire aux regards de l’étranger sans changer la nature même du régime ne fait pas avancer un pays. Les Ivoiriens veulent vivre libres chez eux sans les Zozos, les Gogos, les dozos et leurs frères FRCI à leurs portes tous les matins à cause de leurs appartenances ethno-religieuses.

Ceux qui sont originaires du Nord et qui rient aujourd’hui de toutes leurs dents des mésaventures et des souffrances des autres Ivoiriens oublient qu’ils sont en Côte d’Ivoire, c’est-à-dire une des terres les plus versatiles du continent africain. Le gouvernement qui n’est pas capable d’aller vers cet objectif de paix pour tous, est un gouvernement d’incohérence nationale. Il aura certainement des suiveurs qui seront eux aussi les réfugiés de demain.

Nous sommes de ceux qui ont gardé leur liberté de penser sous tous les régimes qui ont dirigé la Côte d’Ivoire depuis l’indépendance jusqu’à ce jour. Les partis politiques tiennent jalousement dans leurs valises un listing de leurs membres et sympathisants. Ils peuvent tous témoigner malgré la mauvaise foi qui est une seconde religion chez eux que nulle part nous sommes avec eux.

Nous sommes tout simplement de ceux qui sont libres d’esprit et qui élèveront toujours la voix quand les libertés démocratiques seront en danger et surtout quand la belligérance et l’intolérance ne seront plus supportable pour les Ivoiriens. Nous sommes donc des hommes libres, il est parfois difficile dans un pays où les uns et les autres se déterminent à travers, leur ventre, leur région, leur religion et leur groupe ethnique de comprendre ce qu’est un homme libre.

Libre dans le cas qui nous concerne, veut dire qu’on n’a pas mangé à la table d’Henri Konan Bédié et de son ivoirité. Qu’on était loin du général d’opérette, Robert Guéi et de sa soldatesque. Que nous avons brandit à la face du monde la refondation patriotique, ses limites et ses incohérences. Que nous ne nous reconnaissons pas dans le dozoland et la guerre interminable du Dr Alassane Ouattara contre les Ivoiriens qui ne sont pas musulmans et originaire du Nord de la Côte d’Ivoire.

Un fois cela dit mettons nous d’accord sur ce qui doit nous réunir, car à moins d’être fou, un pays sans police ni gendarmerie, un pays ou des hommes armés peuvent vous enlever devant votre famille et vous faire disparaître à jamais n’est pas un pays pour aller en vacances ou aller investir.

Pour que la Côte d’Ivoire se relève, il faut rassurer les Ivoiriens en jetant les bases d’un pays vivable pour tous. Les Ivoiriens doivent-ils être musulmans pour vivre en paix en Côte d’Ivoire ? Faut-il être ressortissant du Nord pour vivre en paix en Côte d’Ivoire ? Car les ressortissants du Nord ne sont pas inquiétés. Ils ne sont pas enlevés et jouissent de toutes les libertés constitutionnelles.

Ne trouvez-vous pas bizarre que les 99% des prisonniers politiques sont tous des chrétiens ? Que leurs geôliers sont tous des musulmans, c’est quand même bizarre que la plupart de ceux dont les maisons sont occupées par les dozos, les zozos et autres FRCI soient des chrétiens ? C’est aussi étonnant que la plupart des cadres de l’administration publique qui ont perdu leur poste soient tous des chrétiens ?

Y a-t-il dans le fond la guerre d’un gouvernement à majorité musulmane contre le Sud chrétien de la Côte d’Ivoire ? Si des réponses n’apparaissent pas sur des questions aussi graves, le Dr Alassane Ouattara, nous met tous dans un doute préjudiciable au vivre ensemble des Ivoiriens.

Il n’y a peut-être pas un syndrome antichrétien mais les faits sont sous nos yeux et le gouvernement du Dr Alassane Ouattara ne rassure personne, à par ses apparatchiks. En ce qui concerne les réfugiés ivoiriens au Ghana, au Togo, au Bénin ou en Guinée.

La constitution ivoirienne, par des dispositions claires et précises, demande au gouvernement de mettre tout en œuvre pour que la situation de réfugié ne soit pas éternelle pour un Ivoirien. Or il se trouve que la situation sécuritaire déconseille aujourd’hui à un Ivoirien de rentrer chez lui car bizarrement il est plus en sécurité au Liberia que chez lui à Duékoué, Danané, Logoualé ou Man.

Tout cela nous fait regretter les promesses du Dr Alassane Ouattara. Ou sont les solutions qu’il proposait hier concernant une Côte d’Ivoire juste, pays du dialogue, du partage, de la paix et de la fraternité ivoirienne ? Ceux qui comme nous s’expriment ici librement ne sont ni des opposants, car ceux là sont dans les partis politiques et sont connus pour leur appartenance, il s’agit ici de tirer la sonnette d’alarme devant l’immense précipice vers lequel se dirige la Côte d’Ivoire.

Un ami américain nous demandait hier encore, et si le Dr Alassane Ouattara signait un décret d’amnistie pour favoriser la paix civile et le retour des réfugiés. Notre réponse sur ce point est claire. Où va-t-il mettre les dozos, cela veut dire qu’il doit rendre les maisons occupées par ceux-ci à leurs vrais propriétaires.

Cela veut dire rétablir de nombreux Ivoiriens qui ne sont pas du Nord dans leurs droits, mais c’est impossible pour lui puisque la revanche du Nord sur le Sud et le rattrapage ethno-religieux et tribal est le but de son mandat. Il ne pourra jamais s’engager dans une telle voie.

Même si demain un décret d’amnistie est publié au journal officiel, ils seront très peu à rentrer au pays. Parce que le Dr Alassane Ouattara n’a pas su construire la confiance avec les Ivoiriens. Il n’a pas confiance aux Akans qui ont construit l’ivoirité contre lui. Il n’a pas confiance aux Bétés, aux Wês, et aux Krous qui n’ont pas voté pour lui.

Pour lui le PDCI est un nid de vipères. Le FPI, est un parti qu’il faut mettre à genoux. Dans cette logique il n’y a pas de place pour la neutralité, les esprits libres comme nous, sont des gens à écraser ; au besoin on s’en prendra à leur famille sur place s’ils sont à l’extérieur, comme à l’époque coloniale.

Telle est la situation délétère créée par le Dr Alassane Ouattara. C’est ce qui rend impossible la réconciliation nationale. Il n’y a pas chez lui une envie et une volonté de respecter les Ivoiriens qui ne sont pas de son groupe ethnique. Il est exactement dans un état psychique, psychologique et pathologique, proche de Joseph-Désiré Mobutu quand il s’emparait du pouvoir politique dans le Congo de joseph Kasavubu, le 24 novembre 1965 à Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa.

Pour ceux qui veulent retourner dans un pays de Dozos, de Gogos et de Zozos, nous leur disons ici qu’il n’y a pas pire dans un pays africain que lorsque l’armée mono-ethnique détient une licence de meurtre et n’a rien à craindre de l’Etat qui le couvre au lieu de défendre le droit du citoyen.

Il y a des exemples qui sont devant nous. Il n’est pas nécessaire d’aller au ciel ou sur la planète Mars pour comprendre qu’il faut se méfier d’un gouvernement qui banalise le meurtre et le sang de ses propres citoyens. Nous voulons rappeler ici le sort que Mobutu et son gouvernement avaient réservé à Pierre Mulélé.

L’assassinat de Pierre Mulélé reste une des taches les plus sombres du mobutisme. En 1968, Mobutu proclame l’amnistie et demande à tous les opposants et exilés de rejoindre la République qui a besoin de tous ses enfants pour affronter les grands défis du développement et la construction d’une nation prospère pour tous. Les mots que nous utilisons ici étaient exactement ce qu’utilisait Mobutu lui même en son temps.

Il y a toujours dans la vie des hommes suffisamment naïfs pour croire à ces genres de boniments. Le 13 septembre 1968, alors que la guérilla est depuis longtemps vaincue, Pierre Mulélé, ancien ministre de l’Education nationale de Patrice Lumumba. Arrivé à Brazzaville avec sa compagne Léonie Abo et trois autres compagnons, ils se mettent sous la protection du président Congolais, Marien Ngouabi.

Des négociations sont engagées pour son retour. Le ministre Zaïrois des affaires étrangères, Justin-Marie Bomboko Lukumba, arrive à Brazzaville le 28 septembre 1968 et déclare à la radio, nous avons la cassette : « l’amnistie générale décrétée à Kinshasa par le Général Mobutu est valable pour tous. Nous accueillons donc M. Mulélé en frère. Il travaillera avec nous pour la libération totale de notre pays ».

Quelle belle promesse et quel beau message venant d’une dictature criminelle ? Mulélé, malgré les avertissements de ses proches et les conseils des lumumbistes qui lui répètent que Mobutu va le tuer, prend le risque de traverser le fleuve, parce que Mobutu a donné sa parole d’honneur.

Un homme qui n’a que son pouvoir et son avenir personnel comme but de vie n’a pas de parole d’honneur car, justement, il n’a pas d’honneur. Quel est la valeur de la parole de l’homme qui avait livré hier encore Patrice Lumumba aux sécessionnistes Katangais ? N’est-il pas plus sûr de croire à la parole du diable qu’à celle de Mobutu ?

Mulélé est accueilli en grande pompe à Kinshasa et le général Bobozo, celui-là même qui avait naguère veillé sur Lumumba à Thysville, aujourd’hui Mbanza-Ngungu, donne une réception en son honneur. Le soir il se rend à la résidence de Bomboko, où il passe la nuit. Ses proches, ses fidèles viennent féliciter l’ex-rebelle, tout en lui conseillant d’être sur ses gardes.

Le 2 octobre 1968 à 17 heures, on vient annoncer à Pierre Mulélé que la population l’attend au stade Tata Raphaël et se prépare à le saluer comme un des compagnons de Patrice Lumumba. Ce sera son dernier voyage. Pierre Mulélé, sa compagne Faustine Abo, son ami Théodore Bengila, prennent place dans la voiture mise à leur disposition par leur hôte, Justin-Marie Bomboko, qui se garde d’y aller avec eux.

Ils seront conduits au camp militaire Kokolo. Mulélé et Bengila vont être assassinés dans la nuit du 2 octobre 1968. La cruauté et la bestialité avec lesquelles Mulélé et ses compagnons d’infortune vont être mis à mort couvriront à jamais d’ignominie et de honte le régime criminel de Mobutu qui a ordonné une telle sauvagerie.

Avant de mourir, Pierre Mulélé, connaîtra des souffrances extrêmes, raconte Justin Marie Bomboko dans le livre de Ludo Martens : « Alors qu’il était vivant, ses bourreaux lui arrachent les oreilles, lui coupent le nez, retirent ses yeux de leurs orbites. Ils lui arrachent les organes génitaux. Alors qu’il est toujours vivant, ils lui amputent les bras et les jambes. Les restes de son corps seront ensuite jetés dans un sac et immergés dans le fleuve Congo. Théodore Bengila a subi le même sort ».

Ces meurtres cruels illustrent toute la bestialité du président Mobutu et de son régime. Le devoir de mémoire nous impose de revisiter ces témoignages insoutenables pour que les Mobutus d’aujourd’hui sachent que l’Afrique entière se souvient encore de l’horreur qui se dégage encore de la mise à mort cruelle et sadique de Pierre Mulélé.

Alors nous disons ici à tous ceux qui sont au Ghana d’observer le sort que les FRCI ont réservé à Jean-Jacques Béchio, à Bro Grébé, aux Pr. Aké Ngbo, Aboudramane Sangaré à Affi N’Guessan et à Michel Gbagbo et vous comprendrez bien vite ce qui vous sera réservé comme cadeau de bienvenue si vous rentrez comme un cheveu sur la soupe dans le dozoland du Dr Alassane Ouattara.

Votre sort sera pire que celui de Pierre Mulélé. Car les FRCI vous porteront en triomphe et feront la bamboula sur ce qui restera de vous, si par gentillesse ils ne vous jettent pas dans une lagune infestée de caïmans. Tel est le sort qui attend des réfugiés de la 25e heure. C’est-à-dire ceux qui pensent encore qu’ils y aura une police et une gendarmerie au service du citoyens ivoirien.

Celui qui écrit ces lignes n’est pas un houphouétiste, nous connaissons profondément le parti unique et ses malfaisances pour revendiquer la pensée de celui qui a introduit le tribalisme et la pensée unique dans la culture politique de la Côte d’Ivoire.

Félix Houphouët-Boigny, était pourtant un homme soucieux de l’image de son pays. Il était fier de dire qu’il n’y avait pas de prisonniers politiques dans son pays. Chez les Akan, quand ton règne est associé aux meurtres, à la guerre et au sang des innocents, tu restes dans la mémoire collective comme un homme malfaisant (…).

 

Dr Serge-Nicolas NZI, Chercheur en communication, Lugano (Suisse)

Tel. 0041792465353

Mail : nicolasnzi@bluewin.ch

 

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Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenances diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».  

 

Source : ivorian.net 15 novembre 2012

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 18:15

Henri Konan Bédié & Alassane Dramane Ouattara, c'est le couple qui dirige notre cher pays depuis le kidnapping de Monsieur Laurent Gbagbo, président élu, par l'armée Française sous les ordres de Monsieur Nicolas Sarkozy.  Alassane Dramane Ouattara a dit qu'il va diriger le pays sous l'autorité de Bédié.

 

 

 

Quand les slogans trahissent Bédié et Ouattara

 

Je mettrai mon expérience au service de la Côte d'Ivoire disait le président Bédié tandis que Alassane Dramane Ouattara rassurait les Ivoiriens et les habitants de la Côte d'Ivoire de vivre ensemble. Avec ce qui nous est donné de vivre et de constater chez nous en Côte d'Ivoire, on se demande bien quel est le plan secret que le couple Bédié-ADO réserve aux Ivoiriens.

 

 

 

L'expérience de Bédié ?

 

Avant de parler de l'expérience de Bédié au service de la Côte d'Ivoire, cherchons d'abord a savoir ce qu'est devenu le PDCI-RDA sous l'expérience de Bédié depuis la mort du président Houphouët. Autrefois uni et puissant, le PDCI-RDA va connaître ses premières saignées sous l'ère Bédié. Tout commence en 1994 lorsque plusieurs cadres en majorité originaires du Nord tournent le dos au parti pour mettre sur les fonts baptismaux le Rassemblement des Républicains (RDR). Ils quittent le PDCI-RDA, car ils ne voyaient pas dans la même direction que Monsieur Bédié. Après le RDR, plusieurs autres cadres issus du Parti démocratique de Côte d'Ivoire vont claquer la porte. Les formations politiques telles que l'UDPCI, l'UDCY de Mel Eg Théodore, le RPPP de Monsieur Laurent Dona Fologo, le PURCI de Madame Djibo Martine, l'URD de Madame Akissi Boni Claverie voient le jour. Plusieurs autres militants se verront radier selon les humeurs du président Bédié. Sous l'ère Bédié, le PDCI-RDA va perdre le pouvoir d’Etat par un coup d’Etat militaire. Incapable de maîtriser la mutinerie débutée le 22 décembre, Bédié perd son fauteuil le 24 décembre 1999. N'ayant tiré aucune leçon de la perte du pouvoir et comptant jusque là sur les acquis d'Houphouët, le PDCI-RDA perd l'élection du président de la République en 2010. Alors quand Bédié dit qu'il va mettre son expérience au service de la Côte d'Ivoire, de quelle expérience parle-t-il ? De l'expérience qui n'a pas vu venir le coup d’Etat de 1999 ? De l'expérience qui a fait reléguer notre parti au troisième rang après le FPI et le RDR ? Ou bien de l'expérience qui n'a pas pu convaincre plusieurs de nos militants de rester au sein du parti ?

 

Nous pouvons ainsi dire que Bédié président du PDCI-RDA a été une mauvaise expérience pour nous tous militants et sympathisants. Ne serait-il pas sage pour notre parti de faire le bilan de l'expérience de Bédié avant d'envisager d’aller plus loin encore ?

 

Aujourd'hui, la Côte d'Ivoire est gouvernée sous l'autorité du président Bédié. Bédié a là une autre chance de mettre son expérience au service de notre pays. Depuis donc le 11 Avril 2011, nous assistons au retour du parti unique. A part le RDR, aucun autre parti ne doit exister. Les militants du PDCI-RDA sont battus, ceux du FPI, parti du président Laurent Gbagbo, sont interdits de rassemblement, emprisonnés ou assassinés, et Bédié ne dit rien.

 

Militants du PDCI-RDA soyons vigilants ! Analysons ensemble le message que le président Bédié nous envoie dans sa gestion du pouvoir avec Monsieur Alassane Dramane Ouattara. Bédié n'est-il pas en train de donner raison aux fondateurs du RDR qui disaient qu'il n'avait aucune vision ? N'est-il pas en train de nous dire que l'héritage du vieux était trop lourd pour lui ? Et nous, jeunes militants du PDCI-RDA, que devons-nous faire quand notre parti est délaissé ; quand notre parti est le dernier de la classe ? Apres l'analyse des derniers résultats de l'élection présidentielle, on se rend compte que le PDCI-RDA a perdu le Nord, le Sud, l'Est et l'Ouest. Quel échec ! Et  malgré cela, l'on veut nous distraire. L'avenir appartient à la jeunesse, a-t-on coutume de dire. A chaque génération son combat. Le président Henri Konan Bédié a eu son temps, il ne fera pas son temps et le temps des jeunes. Le PDCI-RDA est un grand parti, bien structuré, ne donnons pas de place et de temps à ceux qui pour des intérêts personnels veulent voir notre parti disparaître.

 

 

 

Alassane Dramane Ouattara et le vivre ensemble

 

Cela fait bientôt deux ans que Monsieur Alassane Dramane Ouattara gouverne notre pays. Pour la majorité des Ivoiriens, vivre ensemble c'est s'accepter, quelles que soient nos différences. La Côte d'Ivoire est un Etat laïc où il existe plus d’une soixantaine d’ethnies ; depuis 1990 on y a instauré le multipartisme. Pour nous, c'est en s'acceptant dans nos différences que nous allons bâtir la Côte d'Ivoire. Depuis le 11 Avril 2011, Alassane Dramane Ouattara a entamé la « nordisation » de notre pays. Toute l'administration est composée des membres de sa tribu ; il appelle ça le rattrapage. On se demande alors où est donc le vivre ensemble tant prôné par le RDR ? En Côte d'Ivoire, nous vivons ensemble mais, bizarrement, toute la classe politique opposante est en prison ; nos parents de l'Ouest se sont vus spolier de leurs terres et de leurs plantations. On vit tellement bien ensemble qu'un des dignes fils du pays a été déporté à la Haye, sa femme et son fils croupissent en prison dans le Nord du pays. Pour la première fois de son histoire, dans le vivre ensemble, des centaines de milliers de nos compatriotes sont forcés de vivre en exil, les personnalités de l'ancien régime ont vu leurs comptes fermés, ils sont menacés par des mandats d'arrêt internationaux lancés par le promoteur du vivre ensemble.

 

Nous pensons qu'avec la grave crise que traverse notre pays, le cas du RDR devrait nous servir de cas d'école dans la politique ivoirienne. La reconnaissance même du RDR en tant que parti politique est une grosse faute administrative de la part du président Bédié. Reconnaître un regroupement ethnique comme parti politique ne participe-t-il pas à la division du peuple ? Le président Bédié par manque de vigilance n'a pu savoir que reconnaître une association des nordistes comme parti politique est un danger pour notre pays. Concrètement, que devons-nous attendre de la gouvernance d'une mutuelle des ressortissants du Nord ? Si ce n'est de faire la promotion de ses membres.

 

Quand dans son propre parti, il n'y a que des personnes d'une seule tribu et d'une seule religion et que pour atteindre un but on fait miroiter le peuple à travers un slogan vivre ensemble, c'est une arnaque, une escroquerie morale qui ne peut prospérer. Dans l'essence même du RDR, il y a le tribalisme et la pensée unique, on comprend aisément pourquoi les militants pro-Gbagbo devront tous disparaître, la presse de l'opposition est interdite de parution, les forces de défense et de sécurité qui ont combattu la rébellion sont activement recherchés et emprisonnés.

 

Lorsque le parti qui prétend nous diriger a été fondé et existe sur des bases ethniques et religieuses la cohésion sociale est menacée, l'armée est divisée, l'insécurité s'installe, les Ivoiriens vivent dans l'incertitude. On fait fi de toutes nos lois et on nous demande de reconnaître la scène théâtrale dans laquelle le président du RDR est investit par la secrétaire générale dudit parti. Quelle injure !

 

Ivoiriennes, Ivoiriens, habitants de la Côte d'Ivoire, comme nous le constatons tous, notre pays court vers sa perte depuis l'avènement de Monsieur Alassane Dramane Ouattara. L'union faisant la force, n'est-il pas grand temps que les Ivoiriens du Sud, du Nord, de l'Ouest, de l'Est et du Centre se retrouvent pour donner une chance à la Paix ? Ayant attendu en vain le vivre ensemble d'Alassane Dramane Ouattara et le RDR, fiers Ivoiriens, le pays nous appelle, agissons ensemble maintenant pour que viennent la vie, l'amour, le développement et la prospérité dans notre chère patrie.

 

Dieu aime la Côte d'Ivoire et les Ivoiriens.

 

 

 

Patrick Yao Kouamé, président de la Jeunesse du PDCI-RDA en exil

 

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 18:05

On pourrait dire qu’il est l’un des rares responsables du Fpi à être encore en place dans la commune d’Abobo. Il, c’est Motto Atchan, le secrétaire général Fpi de Djibi-Village. Entretien.

 

Notre Voie : Comment se porte la section Fpi de Djibi-Village dont vous êtes le secrétaire général ?

Motto Atchan : Nous avons besoin d’être remobilisés  pour redynamiser les structures du Fpi. A Abobo, tout le monde a eu peur. Tout le monde a fui. Aujourd’hui, des secrétaires généraux de sections ont été délocalisés. Le secrétaire général de notre fédération est en exil. Vous comprenez que dans un tel environnement, il nous faut repartir sur de nouvelles bases. C’est en ce sens que nous avons salué la visite de la direction du parti dans notre section. Je veux parler de la tournée qu’a effectuée ici, le camarade Laurent Akoun, secrétaire général par intérim du Fpi, bien avant son arrestation.

N.V. : A vous entendre, les militants du Fpi sont traqués ou contraints à l’exil. Comment avez-vous fait pour demeurer sur place ?

M.A. : Djibi est un village Abbey et, à proximité, nous avons un autre village qu’on appelle Dioulabougou. Comme son nom l’indique, il est en majorité peuplé de Dioula. Nous étions obligés de négocier avec eux pour nous laisser en paix. Ils ont leurs enfants qui sont nés ici dans notre village et qui vivent avec nous. Nous sommes allés leur dire que s’ils nous traquent, nous allons aussi les traquer. Donc ils ont compris et ne se sont pas attaqués aux Abbey. Moi, je suis collaborateur de Mme Simone Gbagbo, l’épouse du président Gbagbo. Et dans l’organisation de la campagne, j’étais le secrétaire chargé des structures locales du Fpi. Pendant la crise, on me demandait de ne pas venir pour ma sécurité, mais je venais prêcher les dimanches à l’église où je suis prédicateur. J’ai bravé beaucoup de choses. Je suis également conseiller municipal à Abobo. Donc le maire Adama Toungara et moi, nous nous connaissons. Aux militants du Rdr, je dis, chaque fois, qu’ils sont au pouvoir aujourd’hui et ils se comportent mal. Alors si demain, la situation change et que nous agissons comme eux, ils trouveront que nous sommes des dictateurs.

N.V. : Apparemment la situation semble se normaliser à Abobo, quel est alors l’état des structures de votre parti ?

M.A. : On a l’impression que la situation se normalise. Mais, il faut reconnaître qu’Abobo est un cas particulier. Nous avons encore un très grand nombre de Frci dans la rue et leur forte présence fait peur aux secrétaires de section Fpi. Qui ne peuvent pas encore reprendre leurs activités politiques. Donc à Abobo, les structures du Fpi n’ont pas encore commencé à fonctionner. Mais le secrétaire national de la JFpi, Justin Koua, a effectué une tournée dans notre zone. Au cours de cette tournée, nous avons visité Djibi-Village, Abobo-Té, Ahoué, et Ebimpé pour remobiliser nos militants. Nous leur demandons de vaincre la peur pour reprendre la lutte politique. Nous avons demandé que les secrétaires de section et de base qui ne veulent pas travailler, soient remplacés par des militants disponibles. Pour ceux qui sont partis en exil ou délocalisés parce qu’ils sont traqués, nous devons trouver des intérimaires pour poursuivre le combat.

N.V. : Comment avez-vous vécu la crise postélectorale à Abobo ?

M.A. : A Abobo, les militants du Fpi ont été touchés dans cette crise. Moi, je vis aux Deux-Plateaux. Mais des individus armés sont allés à mon domicile. Pendant que nous étions cachés dans la maison, mon fils rentrait et les Frci ont pointé l’arme sur lui. Ils ont failli le tuer et nous étions obligés de sortir pour éviter que le pire ne se produise. Tout le monde a vécu un véritable calvaire. Personne n’a été épargné dans cette crise.

N.V. : Laurent Gbagbo est détenu à la Cpi pendant qu’Alassane Ouattara est au pouvoir. Quel regard jetez-vous sur cette situation liée à ces deux acteurs importants de la crise postélectorale ?

M.A. : Nous savons tous que Laurent Gbagbo n’a pas commis de crimes. Gbagbo est un homme du peuple. C’est lui qui s’est battu pour l’avènement de la démocratie dans ce pays. C’est Gbagbo qui a lutté pour qu’il y ait le bulletin unique, l’urne transparente et le vote à 18 ans. C’est son combat qui a permis l’accès de procès verbaux à tous les candidats aux élections. Ce qui n’existait pas avant. Gbagbo est un démocrate qui n’a jamais privilégié la voie des armes. On dit que Gbagbo a payé des armes, mais on ne dit pas qui a armé les rebelles qui ont attaqué Gbagbo et son régime. On ne nous dit pas où et comment ils ont acquis ces armes pour attaquer le régime Gbagbo. Quant au régime Ouattara, il a un comportement qui n’est pas digne. La politique, c’est la discussion, ce sont les arguments. Malheureusement, ils n’ont pas d’arguments, ils ne font que tuer, commettre des exactions. Il ne faut pas perdre cela de vue.

Interview réalisée par Benjamin Koré

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Source : Notre Voie 10-11 novembre 2012

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