Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 23:48

« Tu nous promets un pays émergent en 2020. Je crains que ce pays ne soit immergé définitivement dès 2015, tellement les tares qui minent le système se révèlent chaque jour un peu plus. Le temps de la reconnaissance est passé. Quelle reconnaissance ? Ils ont sûrement enduré les longues périodes de disette avec toi dans l'opposition, mais penses-tu que cela vaille que ton mandat coure à l'échec pour eux ?… Le moment est venu que tu affrontes tes propres « démons » sinon… ».

Extraits d’une lettre au vitriol adressée au président par un inconnu, selon lebanco.net. Notre souhait est qu’il ait tort. Mais, et s’il avait raison ?

 

Eddy Pehe

 

EN MARAUDE DANS LE WEB

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenances diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la «crise ivoirienne ».

 

Source : Le Nouveau Réveil 12 novembre 2012

Repost 0
Published by chato9.over-blog.com - dans EN MARAUDE DANS LE WEB
commenter cet article
11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 21:32

Déclaration du Pdci-Rda au soir du premier tour

 

« Le PDCI-RDA a constaté que l’élection présidentielle du 31 octobre 2010 s’est déroulée de façon globalement satisfaisante malgré quelques actes de violence relevés ça et là dans les zones de forêts.

Le PDCI-RDA note également le fort taux de participation des Ivoiriens à ce scrutin, signe d’une réelle volonté de changement.

Toutefois, le PDCI-RDA dénonce le climat d’opacité entretenu par la commission électorale indépendante lors des opérations de dépouillement des bulletins de vote, ainsi que lors du comptage des suffrages.

C’est ainsi que les représentants des candidats n’ont pas été admis à prendre part ni à la centralisation ni à la consolidation des résultats comme arrêté d’accord partie.

D’ailleurs, la mission d’observation électorale de l’Union Européenne en Côte d’Ivoire a relevé cette opacité et trouvé inacceptable le refus de la CEI d’autoriser l’accès sans « explication rationnelle » à ses locaux et en plusieurs endroits du pays à ses observateurs. La mission a également noté que l’acheminement des PV des bureaux de vote jusqu’à Abidjan et leur traitement posent problème.

Dans ce même ordre d’idées, de nombreux éléments matériels fondent la suspicion qui pèse sur le processus de proclamation des résultats. Ainsi, on constate des erreurs de calcul des voix obtenues par le candidat BEDIE dans nombre de localités notamment à Soubré où la CEI a proclamé pour BEDIE 55.971 voix au lieu de 56.129 et pour Laurent GBAGBO 31.126 voix au lieu de 30.472. Il en est de même à Grand Bassam où le candidat Laurent GBGBO est crédité de 22.189 voix au lieu de 12.000, ce qui fait un écart de plus de 10.000 voix. Ce genre d’anomalies est constaté dans plusieurs localités du pays.

Fort de tout ce qui précède, le PDCI-RDA doute de la crédibilité des résultats proclamés.

Le PDCI-RDA dénonce une volonté manifeste de tripatouillage des résultats.

Le PDCI-RDA exige l’arrêt de la proclamation des résultats et le recomptage des bulletins de vote. »

 

Fait à Abidjan, le 3 novembre 2010

Le Directeur national de campagne, Prof. Alphonse Djédjé MADY

 

 

COMMENTAIRE

 

L’un des faits les plus mystérieux de ce que d’aucuns qualifient de « crise postélectorale » – mais qui n’est pas que cela, tant s’en faut ! –, c’est l’évolution de l’attitude du candidat Bédié face à son résultat du 31 octobre 2010. Le premier à dénoncer des « tripatouillages » ayant eu pour but et pour résultat de l’éliminer artificiellement du deuxième tour, et le premier à demander – logiquement – un « recomptage » général des bulletins de vote, il rengaine brusquement ses griefs, ses récriminations et ses prétentions dès qu’il se retrouve derrière la muraille du Protectorat franco-onusien du Golf Hôtel. La veille, il estimait que le suffrage universel l’avait placé devant Ouattara ; le lendemain, sans explication, il se range avec armes et bagages derrière le même Ouattara…

Un miracle ? Si c’en était un, il fut beaucoup aidé par la République française dont tout le monde a pu mesurer l’engagement picrocholien du président d’alors, Nicolas Sarkozy, aux côtés des fantoches actuellement au pouvoir à Abidjan. C’est du moins ce qu’affirme le quotidien abidjanais Le Temps dans sa livraison du 18 novembre 2011, sous le titre « Paris veut déposséder Bédié de ses biens » (article signé d’un certain K.K.M.) :

« Le candidat du Pdci dut accepter d’être sacrifié lors de la présidentielle de 2010 au profit de son allié, dans la vaste stratégie de fraude qui l’a fait arriver en troisième position, derrière le candidat du Rdr, là où il aurait dû le battre pour affronter Laurent Gbagbo au second tour. On était donc en droit de penser qu’après avoir rempli son « contrat », Bédié trouverait le répit. Et que Sarkozy lèverait l’hypothèque que l’Elysée fait peser sur ses biens en France. Que non ! Le chantage et les pressions continuent. Pour demander à Bédié de se tenir tranquille auprès de son allié de circonstance. Car on sait que Bédié et Ouattara n’ont pas la même vision des choses sur plusieurs points. (…). La France ne peut pas se permettre de laisser Bédié prendre ses distances avec le régime Ouattara. Car, si Ouattara s’appuie sur les armes pour maintenir sa dictature, il a grandement besoin de la parodie de légitimité que seule la présence de Bédié au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) peut lui conférer. Aussi, indiquent nos sources, ces derniers temps l’Elysée se serait mis à agiter de façon plus énergique l’épouvantail de la confiscation des biens et du gel des avoirs de Bédié. Plusieurs notes auraient été adressées dans ce sens au président du Pdci en guise d’avertissement. Et, pour lui montrer que ce n’est pas un jeu, Paris pourrait mettre partiellement sa menace à exécution en usant du stratagème classique d’accusation d’« enrichissement illicite », de « biens mal acquis » que la France n’hésite pas à déployer, avec la participation de la justice française, contre les chefs d’Etat africains qui refusent de se laisser dicter leur conduite. »

Mais en politique il n’y a pas de mystères ; et dans la Côte d’Ivoire telle qu’Houphouët nous l’a laissée, encore moins qu’ailleurs. La posture adoptée par Bédié depuis la création, à Paris ! – précision importante –, de la coalition dénommée « Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix » (RHDP), est sans doute ce qui, en la circonstance, correspond le plus à sa vraie personnalité. Mais rappelez-vous le Bédié bouffi de vanité qui, le 22 décembre1999, s’adressant aux députés de la nation, martelait ces paroles qui durent sonner aux oreilles françafricaines comme une véritable déclaration de guerre. Des paroles dignes du marbre. Des paroles que, jusqu’à ce fatidique 22 décembre 1999, on n’avait entendues qu’à Conakry en 1958, à Léopoldville en 1960 ou Ouagadougou entre 1983et 1987 :

« La citoyenneté est la pierre angulaire de la démocratie et de la souveraineté nationale. La démocratie n'est pas le libre cours laissé à des minorités violentes qui veulent imposer leur point de vue en dépit des lois. Par exemple, vouloir empêcher l'application de dispositions constitutionnelles ou le déroulement régulier d'un scrutin ne sont pas, c'est le moins qu'on puisse dire, des actes démocratiques. Les changements démocratiques ne s'obtiennent pas par la violence et dans la rue mais pacifiquement dans les urnes. Deuxième point : La citoyenneté est la pierre angulaire de la démocratie et de la souveraineté nationale. Même si, dans certains pays, l'on a récemment étendu le droit de vote à certains non nationaux (lors de scrutins locaux, à titre expérimental), la citoyenneté, c'est-à-dire la capacité de voter et de se présenter aux suffrages, est fondamentalement et, pourrait-on dire, consubstantiellement attachée à la nationalité. A plus forte raison lorsqu'il s'agit de la candidature à la magistrature suprême. C'est parce que la Côte d'Ivoire est un pays d'accueil largement et généreusement ouvert qu'il a paru au législateur qu'il était nécessaire que la nationalité des candidats découle à la fois du droit du sol et du droit du sang, c'est-à-dire à la fois de la naissance sur le territoire national et de la filiation. Quoi de plus logique et de plus naturel ?

L'intégration à la communauté nationale est un processus et non pas le résultat d'un coup de baguette magique à effet instantané. A fortiori est-il concevable, et même convenable, quoi qu'on puisse juridiquement le faire, de chercher à tirer parti, de façon la plus intéressée, d'une éventuelle appartenance à plusieurs nationalités ? Quelles sont ces personnes qui se disent Ivoiriennes les jours pairs et non Ivoiriennes les jours impairs ? N'y a-t-il donc pas, dans nos formations politiques, assez de personnalités ivoiriennes présentant les qualités requises pour être des candidats valables à l'élection présidentielle ? Oserais-je ajouter que dans les pays où certains se donnent volontiers en modèles, voire en censeurs, il existe des dispositions légales semblables aux nôtres et qui s'appliquent aux conditions de l'éligibilité à la magistrature suprême.

C'est ce lien fort entre nationalité et citoyenneté qui fonde la souveraineté et l'indépendance de la Nation. Aujourd'hui, cette souveraineté et cette indépendance sont grossièrement mises en cause par des personnes et des organisations qui s'arrogent la faculté de décider de ce qui est bon pour les Ivoiriens. Nos aînés n'ont pas lutté pour l'indépendance pour que nous acceptions aujourd'hui de nouvelles soumissions. La nationalité, la citoyenneté, la démocratie et la souveraineté nationale sont les quatre côtés d'un carré magique qu'il nous faut défendre avec calme et détermination devant ces ingérences inacceptables. C'est aux Ivoiriens de décider par eux-mêmes, pour eux-mêmes, et de choisir librement l'un d'entre eux pour conduire le destin de la Nation en refusant les aventures hasardeuses et l'imposture insupportable ». (Fraternité Matin du 23 décembre 1999).

Quel contraste, n’est-ce pas ?, entre ce Bédié-là et le Bédié d’aujourd’hui qui joue si bien les nécessités dans l’ombre et au service de ceux qui l’on renversé !

 

Les mêmes causes, dit l’adage, entraînent toujours les mêmes effets. La même sorte de défi avait coûté la vie à Lumumba et Sankara, et à Sékou Touré la tranquillité durant toute la durée de son règne. Mais Bédié lui, plus chanceux ou, plus vraisemblablement, moins craint, encourut seulement l’interruption brutale d’une carrière lucrative jusqu’alors sans accrocs.

Ceux qui l’ont retourné après sa chute devaient bien le connaître. Ils devaient savoir que c’est un homme à facilement s’accommoder de la perte du pouvoir, mais pas de la perte de son confort domestique. Que, pour préserver ce confort, il était capable de sacrifier le fameux « carré magique » dont il entretenait hypocritement les députés ce fatal 22 décembre… Bref, qu’il suffirait de l’effrayer un peu pour le révéler à lui-même tel qu’il est profondément.

 

Reste, pour nous, à nous expliquer comment ce petit arriviste, qui ne serait jamais monté si haut s’il n’avait pas été porté par la faveur d’Houphouët, a-t-il pu se croire assez fort pour défier ainsi les autorités françaises alors qu’il ne pouvait pas ignorer leur susceptibilité, ni l’emprise multiforme qu’elles continuent d’exercer sur la Côte d’Ivoire, ni leur capacité de nuisance tant de fois constatée ici et ailleurs ? C’est que, à force de se raconter des histoires sur Houphouët et ses prestiges, Bédié s’était persuadé qu’il lui suffisait d’être le président de la Côte d’Ivoire pour en imposer au monde entier… Ne raconte-t-on pas qu’Houphouët était universellement respecté et qu’il était si influent qu’il pouvait se permettre de manipuler Foccart et De Gaulle soi-même ? C’est ainsi que, devenu président à son tour, Bédié se crut aussi de taille à défier la France. Elle n’aimait pas son concept d’« ivoirité » ? Qu’importe ! Tant que Ses reproches et Ses mises en garde à ce propos restèrent des paroles verbales, il crut qu’il ne courait aucun risque à persévérer. Il le croyait encore le jour où, fuyant les tueurs du général Guéi, il alla se livrer à Son 43e BIMa et fut déporté chez Elle. Sans doute persista-t-il dans cette illusion au début de ce drôle d’exil, jusqu’à ce que, exaspérée par tant de sotte prétention, la France décide d’employer ces grands moyens dont nous parle Le Temps. Alors Bédié fut bien obligé d’admettre que, vu de France, un président de la République de Côte d’Ivoire était vraiment peu de chose…

 

En prenant les choses sous cet angle, l’histoire que rapporte Le Temps est au moins plausible. Car même si le rôle d’eunuque en chef qu’il tient dans le sérail ouattariste est celui qui va le plus naturellement au sybarite natif de Doukro, c’est quand même le genre de rôle qu’un homme quel qu’il soit accepte difficilement de jouer, à moins qu’il n’y soit énergiquement poussé par une cause extérieure.

 

L’autre leçon de cette histoire tragi-comique, c’est que nous pouvons y trouver un biais pour comprendre comment fut inventé le personnage d’Houphouët, que Bédié, avec beaucoup d’autres, revendique comme son modèle. Lui aussi, d’abord, les Français l’attirèrent chez eux, en 1950, en lui faisant peur. C’est à quoi servit le meurtre du sénateur Biaka Boda ! Puis ils lui mirent entre les mains le même marché : « Ou bien tu te soumets, ou bien on te casse ! » C’est ainsi qu’ils ont toujours agi dans ce pays, depuis le temps du gouverneur Angoulvant, avec ceux qui osent leur résister.

 

Marcel Amondji

Repost 0
Published by chato9.over-blog.com - dans Chroniques
commenter cet article
10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 19:59

    Meiway a pris part à la Caravane de sensibilisation à la réconciliation et à la paix du 20 octobre au 3 novembre dernier. A     Meiway.gifKorhogo, le lundi 29 octobre dernier, nous avons pris langue avec lui pour qu’il nous dise son mot sur les tenants et les aboutissants de cette caravane.

 

 

 

Notre Voie : Que vous inspire cette caravane de la réconciliation nationale ?

 

Meiway : Cette caravane m’inspire une volonté réelle d’aller vers la paix et la réconciliation. C’est souvent bien de faire des discours, mais c’est toujours bien de les concrétiser. Nous les artistes ressentons une réelle volonté d’aller à la paix.

 

N.V. : Croyez-vous en la réconciliation ?

 

Meiway : Je suis quelqu’un qui est toujours resté optimiste. Car, tant qu’il y a la vie, on peut toujours réaliser des exploits. Je suis persuadé que, pour qu’il y ait réconciliation, il faut que tous les Ivoiriens participent à cette idée ; ce ne sont pas seulement les artistes qui doivent s’y employer.

 

N.V. : Comment y arriver ?

 

Meiway : Il existe une volonté nationale d’aller toujours vers la réconciliation. Et, pour réussir cette mission et aller à la paix, il faut avoir des interlocuteurs crédibles, sinon pas de réconciliation possible.  

 

N.V. : De quels interlocuteurs parlez-vous ?

 

Meiway : Les interlocuteurs en face. Je n’ai pas de problème personnel. Moi, je n’ai pas besoin d’interlocuteur. Pour moi, tout roule. Mais les vrais interlocuteurs sont soit en exil, soit en prison. On fait donc quoi ?  

 

N.V. : Qu’entendez-vous par réconciliation et comment peut-on la réaliser?

 

Meiway : Ce sont deux personnes en face qu’on réconcilie, deux interlocuteurs. Il y a aujourd’hui un interlocuteur au pouvoir : le groupement politique Rhdp. Je me rends compte que les vrais interlocuteurs, dans le cas d’espèce, sont en exil ou en prison. Je fais allusion aux membres Lmp. On prêche donc un peu dans le désert aujourd’hui concernant le processus de réconciliation nationale. On n’est pas obligé de se dire bonjour, mais on est obligé de vivre ensemble et donc dans une certaine atmosphère.  

 

N.V. : Une réconciliation par les artistes est-elle possible en Côte d’Ivoire ?

 

Meiway : Ce serait manquer d’humilité que de penser et même dire que les artistes peuvent réconcilier les Ivoiriens. Nos politiciens doivent aussi grandement jouer leur partition. Ce sont eux qui ont créé cette situation ; ils doivent donc s’y impliquer véritablement.  

 

N.V. : On constate qu’une partie de la population ne se sent pas concernée par les spectacles que vous donnez. Qu’en dites-vous ?

 

Meiway : La Côte d’Ivoire reste divisée. Vous croyez que ceux qui ont quelque chose sur le cœur viendront aux stades assister aux spectacles. On a une mission tellement délicate, mais qui nous empêche pas de tenir compte de la réalité des faits sur le terrain.  

 

Entretien réalisé par Marcellin Boguy 

 

    EN MARAUDE DANS LE WEB

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenances diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la «crise ivoirienne ».

 

  Source : Notre Voie 7/11/2012

Repost 0
Published by chato9.over-blog.com - dans EN MARAUDE DANS LE WEB
commenter cet article
7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 17:46

Le comédien-humoriste Gbi de Fer est vraiment en colère contre la soi-disant « Caravane de sensibilisation à la paix et à la réconciliation nationale » de Ouattara & Co. Il l’a fait savoir le 31 octobre 2012, sur la télévision en ligne www.ivoirtv.net. Selon lui, les somptueux cachets offerts à certains participants, c’est autant d’argent volé aux Ivoiriens sinistrés…

 

Pulsion I

 

« Souvent, c’est le comportement des uns et des autres qui crée la frustration et la haine. Au temps de Laurent Gbagbo, on disait que son entourage n’écoutait personne, que son entourage était hautain parce que trop rassasié. Sinon, Gbagbo lui-même n’a jamais été un problème pour les Ivoiriens. Le président Alassane est venu. Lui, je ne sais même pas s’il écoute quelqu’un. Cette caravane de la réconciliation qu’ils sont en train d’organiser me conforte dans ma position. Alassane, depuis qu’il est président de la République a reçu Alpha Blondy, Tiken Jah, Magic System. Tiken a été reçu 2 fois, Alpha une fois et A’Salfo plus de 4 fois. Question : qu’est-ce qu’ils ont de si important pour être reçus plusieurs fois, alors qu’aucun artiste local n’a été reçu à la présidence, alors que nous faisons tous des demandes d’audience ? Est-ce parce qu’ils sont à l’international ? Ces messieurs ont un comportement qui a créé n’importe quoi au sein de la famille des artistes en Côte d’Ivoire. »

 

Pulsion II

 

« Quand le président Alassane les a reçus – car c’est eux seulement qu’il reçoit – il leur a demandé ce qu’ils pouvaient faire pour lui. Chacun a parlé de Caravane de réconciliation nationale. La seule personne qui peut parler de caravane de réconciliation nationale, c’est Tiken Jah. Les 2 autres, peuvent-ils me parler de réconciliation dans mon pays ? Je ne crois pas. Depuis 10 ans que nous vivons la crise, A’Salfo a-t-il une fois sorti un morceau pour parler de la Côte d’Ivoire à l’unisson ? A-t-il une fois fait une tournée pour parler d’apaisement ? A-t-il une fois décrié tel ou tel comportement ? Il se contentait seulement de vendre "1er Gaou", son deuxième album à succès. Je n’ai jamais vu Alpha prendre un cahier et un stylo pour les offrir à un démuni. Tiken, je peux comprendre. Il a offert des tonnes de riz à l’Institut des aveugles de Yopougon, une école primaire à Gbéléban, à Man… Il a offert au moins 4 écoles primaires. Lui au moins, il partage. »

 

Pulsion III

 

« On remet une somme de 821 millions Fcfa pour une caravane. C’est choquant. Les Blondy gèrent 30%, le ministère 40% et les 30% restants sont pour la Tva. Yodé et Sirop sont venus de France. Leur cachet fait 15 millions Fcfa. Blondy a 10 millions Fcfa par prestation. Les 6 villes lui font 60 millions Fcfa. A’Salfo a 8 millions Fcfa par spectacle. Les 6 spectacles lui procurent à 48 millions Fcfa. Les artistes locaux qui étaient là, qui ont subi la guerre, qui ont tout perdu, qui ne savent plus où dormir, vous savez combien on leur donne ? Fadal Dey a 400 mille F par spectacle, alors qu’il n’a plus rien. Kajeem n’a plus rien. J’ai vu un groupe d’artistes Guéré dont Claude Romy, Blé Marius et leurs danseurs à la Rue Princesse de Man manger en groupe un seul poulet. Pendant ce temps, d’autres artistes mangent bien à l’Hôtel Cascade. Est-ce que c’est bien ? Eux, ils ont 50 mille F par prestation. Il n’y a même pas une seule femme artiste (Rose Sabine les a rejoints sur le tard, ndlr) dans leur tournée. J’aurais été content de voir Antoinette Allany dans cette tournée car elle a tout perdu. Elle est restée à Paris alors qu’ils ont fait venir des gens de Paris. Ce n’est pas bien. Pas même un artiste comédien dans la tournée. Est-ce à dire que les chanteurs sont mieux que nous ? Je dis non. Ce n’est pas donné à tout le monde d’écrire un texte, de le mettre en scène et de le dire. »

 

Pulsion IV

 

« Quand je vois que des Guéré sont à Duékoué, à Bangolo… et ne savent où dormir, où manger et on donne 60 millions Fcfa à Blondy pour dire : "Laissez tomber !", est-ce que c’est bien ? Evitez de faire des bénéfices sur le dos des Ivoiriens qui souffrent. Si cela ne vous interpelle pas, si vous n’en êtes pas conscients, nous, nous en sommes conscients. Alpha, c’est notre aîné. Quel argent n’a-t-il pas pour prendre 60 millions Fcfa sur le dos de pauvres personnes qui n’ont rien à manger ? Dresser un podium et chanter, c’est cela la réconciliation ? Il y a des artistes en Côte d’Ivoire qui ne savent où dormir. D’autres sont en exil. Glazaï Kévin est au Bénin. Il ne peut pas rentrer car sa maison a été pillée. Dites moi, chez Alpha a-t-il été pillé ? Chez A’Salfo a-t-il été pillé ? Apprenons à nous respecter. C’est l’argent du contribuable ivoirien que les gens prennent pour vous donner, et vous gaspillez cela comme vous voulez. Méfiez-vous. Je ne suis pas du tout content. Les artistes locaux qui ont subi la guerre sont sans contrat. La femme de Tolio Anatole a reçu une balle et est décédée. Il est là. Il n’a rien. Il faut évoluer à l’international pour que le président te reçoive. Dites-moi, c’est le Blanc venu de France pour jouer de la guitare devant le Guéré qui va faire que le Guéré va laisser palabre ? Le Guéré dit que sa maison est détruite, qu’il a faim, qu’il n’a pas l’argent pour envoyer son enfant à l’école. Qu’est-ce que vous faites ? Le cachet de Blondy peut permettre de construire 5 villages en géo-béton. Quand on va parler, vous allez dire que c’est de l’aigreur. On l’a fait sous Gbagbo, on le fera sous vous. Ce n’est pas bien ce que vous faites. Ce n’est pas joli. »

 

Pulsion V

 

« Je suis arrivé le jeudi 25 octobre à Man. J’ai eu une séance de travail de 15mn avec Blondy. Je lui ai dit que je ne suis pas content. J’ai dit la même chose à Tiken qui m’a dit qu’il n’était au courant de rien. A’Salfo m’a dit qu’il avait faim et qu’il partait manger, alors que les gens pour qui il tourne ont plus faim que lui. J’avais des courses sur Abidjan. Je suis rentré. Comme j’ai compris, je vais chercher des artistes, des architectes, des maçons, des plombiers pour aller construire des maisons à Duékoué pour ceux qui souffrent. C’est quand quelqu’un est rassasié, est content, qu’il peut faire un spectacle. De quelle réconciliation tu parles ? Quelqu’un n’a pas mangé, mais toi tu mets de l’argent de côté et tu lui dis : réconcilions-nous. Ils se foutent des gens ou quoi ? Je suis découragé. Il faut que le président sache choisir ses collaborateurs. N’importe quoi. C’est méchant. »

 

Fin de la pièce

 

Propos recueillis par Herman Bléoué & Schadé Adédé in Notre Voie

 

EN MARAUDE DANS LE WEB

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenances diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la «crise ivoirienne ».  

 

Source : La Dépêche d'Abidjan 3 Novembre 2012

Repost 0
Published by chato9.over-blog.com - dans EN MARAUDE DANS LE WEB
commenter cet article
7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 17:33

Les gesticulations et l’agitation verbale du renégat Zadi Djédjé, président d’une soi-disant « Coalition des jeunes patriotes pour la paix et la réconciliation » (Cjppr) sont de nature à semer la confusion chez des nôtres, notamment les plus jeunes… A leur intention, Achille Gnaoré, le président intérimaire des « Parlements et Agoras » remet les pendules de la Résistance à la bonne heure. Interview.

 

N.V.: Depuis le changement de régime, les Agoras et Parlements ont vu leurs premiers responsables, Idriss Ouattara et Jean-Marie Konin prendre le chemin de l’exil. Quel est aujourd’hui l’état des lieux ?

Achille Gnaoré: Depuis la chute du régime du président Laurent Gbagbo, tout le monde est traqué. Il en est de même pour les orateurs, les Agoras et Parlements. Beaucoup de nos camarades sont obligés de fuir ou de se cacher pour avoir la vie sauve. Face à cette situation de terreur et de répression, faut-il rester inactif ? Non ! nous estimons qu’il faut se battre. Donc, nous allons redonner vie à nos outils de combat et travailler en synergie avec la JFpi.

 

N.V. : Vous vous rapprochez de la JFpi. Avez-vous l’onction de vos responsables en exil pour cette initiative ?

G.A. : Ce sont nos leaders en exil, Jean-Marie Konin et Idriss Ouattara , qui ont demandé que nous prenions nos responsabilités en réorganisant nos structures de lutte. Nous prenons donc nos responsabilités avec leur bénédiction.

 

N.V. : Pendant ce temps, on voit sur le terrain une autre organisation animée par Zadi Djédjé qui appelle la jeunesse ivoirienne, notamment les pro-Gbagbo, à la réconciliation et à la paix. Qu’en pensez-vous ?

G.A. : Nous profitons de l’occasion pour interpeller les Ivoiriens en leur disant que Zadi Djédjé est un imposteur. Il n’agit pas au nom des patriotes que nous sommes. Il agit au nom d’Alassane Dramane Ouattara et de Hamed Bakayoko. C’est auprès d’eux qu’il prend ses instructions en se camouflant dans la peau de jeune patriote pour berner nos camarades. Nous appelons donc tous les camarades à demeurer dignes et à rester à l’écoute pour les mots d’ordre futurs.

 

N.V. : Vous qualifiez Zadi Djédjé d’imposteur alors qu’il déclare être en symbiose avec la JFpi, le Cojep et les pro-Gbagbo. Par votre attitude, on pourrait penser que vous êtes contre la réconciliation et la paix…

G.A. : Nous ne sommes pas contre la réconciliation et la paix. Mais pour y aller, il y a un processus à suivre. Est-ce que Zadi Djédjé a consulté ses camarades pour faire tout ce bruit ? C’est pour cela que nous disons qu’il est un imposteur. Nous avons nos aînés et nos camarades qui sont en exil. Nous avons des centaines de nos camarades qui croupissent en prison. Nous avons nos camarades qui sont traqués par le pouvoir et qui ne savent même pas où mettre la tête. Notre idole Laurent Gbagbo se trouve à La Haye. Donc, on ne doit pas se lever comme ça pour aller à la réconciliation. Le pouvoir doit être visité par l’humilité pour que nous allions à la réconciliation. Nous constatons le contraire. Pour nous, aller à la réconciliation suppose qu’on doit libérer les prisonniers, permettre à nos camarades de rentrer d’exil. Aller à la réconciliation, c’est cesser la traque.

 

N.V. : Vu le contexte actuel, quel est l’avenir des « Agoras et Parlements ?

G.A. : Les Agoras et Parlements ne sont pas morts. Nous demandons à tous nos camarades partout où ils se trouvent de prendre contact avec nous. Certains l’ont déjà fait et nous sommes au travail. Nous exhortons nos camarades à vaincre la peur pour nous rejoindre. C’est en menant la lutte que leur sécurité sera préservée. Ceux qui se cachent vont mourir dans l’indifférence totale. Nous appelons donc tous nos camarades orateurs, nos camarades « parlementaires », tous les jeunes patriotes à prendre contact avec nous pour que nous puissions mener le combat pour la démocratie et la liberté d’expression.

 

Entretien réalisé par Benjamin Koré

 

EN MARAUDE DANS LE WEB

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenances diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la «crise ivoirienne ».

 

Source : Notre Voie 7 novembre 2012

Repost 0
Published by chato9.over-blog.com - dans EN MARAUDE DANS LE WEB
commenter cet article
7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 17:21

Les prémices d’un conflit profond se dessinent à N’Douci. Pour comprendre la situation, nous nous sommes rendus mardi dernier dans le village de Broubrou, foyer de la tension.

 

S’achemine-t-on vers un conflit intercommunautaire à N’Douci ? Une tension est latente entre populations de Broubrou, à 22 km de N’Douci et 122 km d’Abidjan. Pour cause, autochtones Abidji-Agni d’une part et allogènes d’autre part ont maintes fois eu des accrocs. Traoré Tiécoura, planteur de cacao témoigne, par exemple, qu’il a échappé à la mort le 16 octobre. « Ce jour-là, se souvient-il, Augustin Yobouet et une quinzaine de jeunes gens conduits par un certain Olivier, armés de faucilles, de machettes et de gourdins, sont venus m’attaquer à mon domicile. J’ai pu m’échapper pour me réfugier chez le chef de village. Ma famille a pu se mettre à l’abri. Mais ils ont tout cassé chez moi. Ils ont détruit tous mes biens. Ils ont emporté la somme de 500.000 Fcfa. Et l’une de mes femmes a perdu la somme de 217.000 Fcfa », raconte dépité le planteur de cacao. Selon lui, ils se sont ensuite dirigés vers le domicile du chef de village. Là-bas, ils rouent de coups ce dernier. « Ils m’ont bastonné à sang et laissé pour mort. Il a fallu l’intervention de ma femme pour me tirer des griffes de mes agresseurs. Le voisinage n’a pas volé à mon secours. Ils ne se sont pas arrêtés-là », ajoute Tiécoura. A l’en croire, ses agresseurs se sont dirigés chez un autre allogène, Mamadou Ouattara qu’ils ont aussi passé à tabac. « C’est ainsi que nous avons fait appel aux dozos basés à N’Douci pour nous secourir. Ils sont arrivés et nous ont fait sortir du village pour nous envoyer à N’Douci », confie le même interlocuteur. Il nous montre ses blessures à la tête, aux pieds et dans le dos. Pour comprendre les raisons d’une telle violence, il faut remonter à 2006. M. Traoré, allochtone Sénoufo exploite une portion de terre de 5 ha que lui a cédée Augustin Yobouet Kobenan. « Nous nous sommes rendus sur la parcelle en question et il m’a dit de l’exploiter. Ce que j’ai fait en plantant du cacao. Nous avons signé un document qui atteste qu’il m’a cédé la terre. J’ai rempli toutes les conditions qu’il m’a posées. Je lui ai remis la somme de 21.000 Fcfa comme droit coutumier », précise-t-il. Et d’en venir au début des ennuis : « En 2009, la plantation a commencé à produire. Et c’est lui qui a pris les premières récoltes. Il est allé les vendre sans me donner ma part. Je me suis plaint, mais il a continué ainsi plusieurs fois. Je l’ai convoqué chez le chef de village. Mais rien n’a changé. Alors, j’ai porté plainte contre lui à la brigade de gendarmerie de Tiassalé. Je lui ai envoyé trois convocations auxquelles il a refusé de répondre. Nous nous sommes rendus à Gbolouville chez le sous-préfet. Il a été confondu. Le sous-préfet avait décidé que la parcelle soit partagée équitablement ». Interrogé, le mis en cause dit autre chose : « Nous disons que notre terre nous a été léguée par nos ancêtres. C’est notre terre. Et nous ne voulons pas que d’autres personnes viennent nous imposer leur loi. Les dozos ont envahi notre forêt. Cela n’est pas normal. Ici, c’est chez nous ».

 

Réunion de crise à la sous-préfecture

 

Benoît Yao, notable de la chefferie de Broubrou, confirme l’agression de Tiécoura et des autres membres de sa famille. « Traoré a été agressé par les jeunes gens. Sa maison a été pillée. Je me suis rendu à son domicile pour constater les faits », atteste-t-il. Cependant, le notable dénonce l’attitude des chasseurs traditionnels qui, s’offusque-t-il, sont arrivés sans l’informer de la nature de leur mission. « Les dozos sont arrivés au village pour prendre Yobouet Sémou. Nous n’étions pas informés de cette descente. Lorsque l’affaire est arrivée à la gendarmerie, nous avons été conduits à la sous-préfecture de Gbolouville dont nous dépendons. Le sous-préfet a indiqué qu’il fallait procéder à la délimitation de la plantation. J’ai envoyé des jeunes pour faire ce travail. Et ce jour-là, Traoré Tiécoura s’est aussi rendu au champ. Les choses ne se sont pas bien passées. Et il y a eu des palabres au champ entre Tiécoura et les jeunes. Il m’en a parlé et j’ai informé le sous-préfet. Comme ce dernier était en congé, alors il nous a mis en contact avec le sous-préfet de N’Douci. Le calme est revenu au village. Nous sommes en train de calmer les jeunes gens pour faciliter le retour de Traoré et de tous les frères Malinké, Sénoufo et Lobi qui ont dû quitter le village craignant pour leur vie », promet-il. Mais les choses ne sont pas si simples. Paul Amani Koffi, président de la jeunesse, émet des réserves : « Lors de l’intervention des dozos, ils ont tiré des coups de feu en l’air. Dans notre tradition, cela n’est pas normal. Donc, la famille de Yobouet exige qu’une cérémonie soit organisée au cours de laquelle les parents de Traoré viendront demander pardon. C’est à partir de là que ce dernier peut revenir au village. Je ne suis pas opposé à son retour et à celui de tous ceux qui sont partis du village à cause de cette situation ». Dans tous les cas, Mme Christelle Koné Kina, sous-préfet de N’Douci, assurant l’intérim de son collègue de Gbolouville, nous indique que force reste à la loi : « J’ai dit aux deux parties que nul n’a le droit de se faire justice. Il existe la gendarmerie et la police qui sont des forces légales. Pour ce qui est de la portion de terre en question, nous avons demandé à Tiécoura de laisser la partie litigieuse, et de procéder à une levée topographique par les agents du ministère de l’Agriculture. A partir de ce plan, nous allons définir les contours de la parcelle qui doit lui revenir en collaboration avec la communauté villageoise. Selon l’accord convenu, l’usufruit sera partagé en deux parties égales. Par exemple, s’ils ont récolté six sacs de cacao. Chacun prend trois sacs pour aller le vendre lui-même. Contrairement à l’ancien accord où c’est Yobouet qui partait vendre la récolte pour empocher tout l’argent, ils ont accepté ce nouvel accord ». D’après l’autorité préfectorale, dans les jours à venir, une mission de sensibilisation va se rendre dans le village pour inviter les uns et les autres à une cohabitation pacifique.

 

Moussa Ouattara, envoyé spécial à N’Douci

Titre original : « Foncier rural, expropriation de biens, chasse à l’homme …à N’Douci : autochtones et allogènes au bord de l’affrontement ».

 

EN MARAUDE DANS LE WEB

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenances diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la «crise ivoirienne ».

 

Source : Nord-Sud 31 octobre 2012

Repost 0
Published by chato9.over-blog.com - dans EN MARAUDE DANS LE WEB
commenter cet article
7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 01:14

Odile Tobner est un écrivain et une universitaire française. Elle est la veuve d'Alexandre Biyidi Awala, dit Mongo Beti (1932-2001). Professeur agrégé de Lettres classiques en 1970, épouse de Mongo Beti et mère de famille, elle obtient en 1976 un doctorat de littérature française (XVIIe siècle, Blaise Pascal). Odile Tobner fut chargée de cours en littérature française du XVIIe siècle, à l'université de Rouen, de 1978 à 1984. Avec Mongo Beti, elle créa Odile-Biyidi--presidente-de-Survie-photo-copie-1.jpgen 1978 la revue Peuples noirs peuples africains qui paraît jusqu’en 1991 et publia en 1989 un Dictionnaire de la négritude. Depuis la mort de son mari, elle a pris la direction de la librairie des Peuples Noirs qu'il avait fondée à Yaoundé au Cameroun. Elle a été élue le 17 septembre 2005, présidente de Survie France, succédant à François-Xavier Verschave, mort en juin 2005.

 

 

Source : wikipedia.org

 

 

Lynx.info : Vous doutiez dans une interview avec Lynx-info que les socialistes puissent mettre fin à la Françafrique. Avec le discours de Hollande lors du sommet de la francophonie, vivez-vous encore dans cette crainte ?

 

Odile Tobner : Plus que jamais. Le discours de Hollande est très flou, plein de bonnes intentions mais sans grand chose de concret. Il y a eu bien des discours de ce genre par ses prédécesseurs. Il faut donc attendre les actes pour juger de sa politique africaine. Jusqu'à présent, réception de dictateurs, participation au sommet de Kinshasa, ses actes sont plutôt dans la continuité de la politique africaine française traditionnelle.

 

 

 

Lynx.info : Quelles sont les particularités de la droite et la gauche française sur la politique étrangère en Afrique ? Comment expliquez-vous que la gauche soit plus proche de Ouattara que Gbagbo ?

 

Depuis que la gauche est parvenue au pouvoir, en 1981, on sait qu'il n'y a qu'une seule politique africaine de la France. C'est une politique coloniale. La gauche est plus paternaliste, la droite plus cynique, mais c'est la même idéologie raciste qui les anime toutes deux. Pour ce qui est de Gbagbo, il n'y a aucune solidarité entre ceux qui se réclament du socialisme. Les intérêts égoïstes d'abord.

 

 

 

Lynx.info : Finalement les bombes françaises ont-elles apporté la démocratie en Côte d’Ivoire eu égard à ce qu’on voit sur le terrain actuellement ?

 

Bien sûr que non. La solution de la crise politique était dans l'accommodement des parties. Mbeki, Rawlings, étaient les voix de la sagesse politique dans l'intérêt de tous les Ivoiriens. Ils n'ont pas été écoutés du tout.

 

 

 

Lynx.info : Le président de l’Assemblée française Claude Bartolone a reçu Guillaume Soro. François Hollande, lui a reçu Ouattara. La « realpolitik » d’abord et ensuite les droits de l’homme et la démocratie. C’est ça ?

 

Est-ce qu'il y a même des hommes en Afrique. Ce sont tous des barbares. Il y a en effet seulement ceux qui nous servent et ceux qui nous contestent. La cécité volontaire des Occidentaux à l'égard de dirigeants comme Soro, impliqué dans bien plus de crimes contre l'humanité que Gbagbo, scandalise ceux qui croient que le respect des Droits de l'homme est un principe de l'Occident. En fait ce n'est qu'un discours opportuniste à brandir contre leurs ennemis pour justifier leurs guerres.

 

 

 

Lynx.info : L’association Survie a manifesté lors de la venue à Paris de Blaise Compaoré. Que reprochez-vous a un président qui a été élu de 80% des voix ? Ce n’est pas trop demander à François Hollande qui a besoin des pions en Afrique ?

 

La durée du pouvoir de Compaoré, depuis 1988, montre bien son côté antidémocratique. Outre son arrivée au pouvoir par l'assassinat de Thomas Sankara, Compaoré a soutenu Charles Taylor, le bourreau du Liberia. Il a été le protecteur de la rébellion en Côte d'Ivoire. L'image de "médiateur" qu'on essaie de lui donner est usurpée. Tous les problèmes dont il s'est occupé ont empiré. L'exemple de la Côte d'Ivoire le montre assez.

 

 

 

Lynx.info : Plus les organisations des droits de l’homme voudraient voir les seigneurs de guerre d’Alassane Ouattara devant les tribunaux et plus ces derniers montent en galons. A-t-il les moyens de les livrer à la justice un jour ?

 

Ouattara en a évidemment les moyens, puisqu'il est au pouvoir, mais il n'en a pas la volonté puisque ces chefs de milice sont les artisans de sa venue au pouvoir. Il ne va pas scier la branche sur laquelle il est assis.

 

 

 

Lynx.info : Guillaume Soro, premier ministre de Côte d’Ivoire dit qu’il ne faut pas mettre les morts d’Alassane dans la même balance que ceux de Laurent Gbagbo. Votre avis ?

 

Il n'y a en effet pas de comparaison. Les violences du parti de Gbagbo n'ont rien à voir en nombre, en nature, en durée avec celles du parti de Soro et de Ouattara, qui sont bien plus graves, qui se sont déchaînées même à l'intérieur de leur propre camp, avec l'assassinat d'Ibrahim Coulibaly, après que ses partisans eurent été sauvagement exterminés dans le nord.. Le jour où l'histoire se fera rigoureusement, on pourra en juger équitablement.

 

 

 

Lynx.info : Le franco ivoirien Michel Gbagbo est en prison. Comment expliquez-vous que Paris ne fasse rien pour sa libération et se démène pour connaître la mort du journaliste franco-canadien André Kieffer ?

 

Paris ne veut pas s'opposer à Ouattara. On constate aussi que l'affaire Kieffer n'a pas progressé d'un millimètre depuis que Ouattara est au pouvoir. Il y a une bizarre obstruction à tout progrès de l'enquête.

 

 

 

Lynx.info : Il paraît que ce sont les entreprises françaises qui se partagent le marché ivoirien. Ceci explique l’acharnement des politiques français tout bord confondu pour le départ de Laurent Gbagbo du pouvoir ?

 

Rétrospectivement on peut penser que la volonté de Gbagbo d'ouvrir le marché ivoirien à toute sorte de fournisseurs a pu être une des causes qui ont provoqué l'acharnement de la France à le chasser du pouvoir.

 

 

 

Lynx.info : Un homme et mille définitions. Comment vous analysez Ouattara ? Un démocrate ? Un bon économiste ? Ou un président au service des puissances occidentales ?

 

C'est le type même du pantin de l'Occident. Il a fait toute sa carrière au service des institutions financières qui oppriment l'Afrique. C'est lui qui a été chargé d'imposer la dévaluation du CFA aux présidents africains qui n'en voulaient pas. On ne peut pas, dans le même discours, dire comme il le fait que le Franc CFA a été profitable à l'Afrique et venir tendre sa sébile pour remédier à la « pauvreté galopante » des Africains.

 

 

 

Lynx.info : L’UE ne semble pas non plus être dans la logique de bousculer Ouattara pour un jeu politique avec son opposition. Comment l’expliquez-vous ?

 

Le camp occidental est très uni quand il s'agit de ses intérêts communs. Les USA tentent bien d'élever un peu la voix sur les droits de l'homme, mais sans beaucoup de zèle.

 

 

 

Lynx.info : Vous avez une idée sur les allez retours de Ouattara en France. 47 voyages en 17 mois de pouvoir. Vous trouvez normal pour un pays qui sort de la guerre ?

 

En tout cas c'est un signe évident de dépendance, que ce soit pour des questions personnelles, soins médicaux ou autres, ou pour des questions politiques, il ne trouve pas en Côte d'Ivoire ce qu'il lui faut, ni de quoi s'occuper.

 

 

 

Lynx.info : Je vous remercie

 

 

 

Interview réalisée par Camus Ali - Lynx.info

 

EN MARAUDE DANS LE WEB

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenances diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la «crise ivoirienne ».

 

Source : La Dépêche d'Abidjan 5 Novembre 2012

Repost 0
Published by chato9.over-blog.com - dans EN MARAUDE DANS LE WEB
commenter cet article
6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 12:58

« Il y a quatre ans, le cœur de l’Afrique battait au rythme de l’élection américaine. Pensez donc, pour ces grands sentimentaux, un frère allait entrer à la Maison-Blanche. L’émotion est nègre. Très peu d’Africains ont pris la peine d’user de la raison pour comprendre que l’élection qui se déroulait, désignerait le Président américain. (…). Obama était édifié par l’expérience des Jackson, Powell, de tous ces Noirs qui avaient rêvé de la Maison-Blanche et n’avaient pas dépassé le cap de l’investiture par leur parti. Il avait compris que l’Amérique n’était pas prête à élire un «descendant d’esclave», mais qu’elle était mûre pour poser un acte fort pour l’égalité raciale. Ceux qui ont une expérience des Usa, notamment du côté de la Virginie, du Mississipi ou de l’Alabama, savent qu’une bonne frange d’Américains blancs est encore rétive à cohabiter avec les Noirs. (…). Obama sait tout cela. Son ascension vers le sommet passe donc par la construction d’une identité qui l’éloigne le plus possible de cette population. » AFP 05 Novembre 2012

 

Si l’élection de Barack Obama il y a quatre ans comme président des Etats-Unis fut une telle surprise pour certains, c’est parce qu’ils n’avaient pas tiré toutes les leçons des deux candidatures à la candidature du pasteur Jesse Jackson. A l’époque, réagissant à un article de Obama-ou-Romney.jpgla revue (encore) soviétique en Français « Temps Nouveaux », j’avais adressé à son directeur une lettre, restée sans suite, qui de ce fait reste pour moi toujours actuelle. Et actuelle, elle l’est d’autant plus que la question que je me posais à la fin, et qui me semblait être la seule vraie question posée tant par le fait même de la candidature de Jesse Jackson que par la remarquable progression de son score entre 1984 et 1988, est toujours ouverte, après (ou malgré) quatre années de présidence …Obama.

Alors que nous attendons non sans anxiété – et pas seulement les Noirs d’Afrique ou d’ailleurs – de savoir si Barack Obama sera reconduit aujourd’hui ou si les électeurs lui préféreront Mitt Romney, j’offre à nos lecteurs cette lettre vieille de 24 ans, comme ma contribution personnelle à la compréhension des enjeux – relativement à la question des relations « raciales », notamment – d’une élection présidentielle étatsunienne à notre époque.

 

Lettre au directeur de Temps Nouveaux

 

J’ai tenu, malgré certains scrupules, à vous faire part de ma surprise, en lisant l’article de Galina Borissova sur Jesse Jackson (TN-18/88), d’y rencontrer des énoncés du genre :

 

1-  “Les descendants des anciens esclaves n’ont pas pardonné à leurs maîtres. Et les descendants de ces derniers le savent. Ces animosités réciproques ne peuvent être aplanies ni par la réduction du clivage dans les niveaux de vie, ni par les acquis des combattants pour les droits civiques des années 60, ni par les possibilités offertes aux citoyens de couleur d’atteindre le sommet de la pyramide sociale, ni l’égalité du droit à l’instruction (quoique, là encore, les choses se présentent mieux sur le papier que dans la réalité). Apparemment, cent ans ne suffisent pas pour refaire la mentalité d’une nation, comme l’exemple américain n’est pas le seul à le prouver.”

 

2-  “J’avoue que je ne me suis jamais sentie si mal à l’aise que sous les regards de certains habitants d’Harlem fumant sur les marches d’une maison. Je sentais leur haine monter depuis quelque recoin de l’inconscient.”

 

3-  “On se demande aussi logiquement si Jesse Jackson est prêt à surmonter le complexe inconscient du ressentiment pour le mal que lui a causé l’Amérique blanche.”

 

4- “Il n’empêche que l’Amérique des années 80 n’est pas prête à être gouvernée par un président noir.”

 

Sans vouloir faire un procès d’intention à G. Borissova ni, à plus forte raison, à Temps Nouveaux que je lis avec le même intérêt depuis que je l’ai découvert il y a plus de vingt ans, j’estime qu’il n’est pas possible de laisser passer cet article sans relever ces opinions qui ne dépareraient pas la panoplie des idéologues qui font l’opinion en Occident.

Tout d’abord, je voudrais faire observer que les noirs américains – qui, soit dit pour mémoire, ne sont pas tous des noirs si on n’envisage que leur morphologie. Ainsi, par exemple, votre Pouchkine serait un noir s’il était né aux Etats-Unis ! – n’ont nullement besoin de remonter jusqu’à l’esclavage pour trouver les raisons et les causes de la haine que G. Borissava a cru voir dans le regard de certains habitants de Harlem. En effet, la situation actuelle des relations raciales dans ce pays n’est liée à l’esclavage que d’une façon très indirecte. La situation actuelle des noirs dans la société américaine résulte essentiellement des institutions racistes développées postérieurement à la guerre civile et à l’abolition de l’esclavage.

L’éminente personnalité noire W.E.B. DuBois rapporte que nombre d’observateurs ont remarqué après la guerre de sécession que les sudistes semblaient avoir détourné leur colère du gouvernement fédéral pour la reporter sur le peuple de couleur. L’évolution d’un Fitzhugh, le principal idéologue sudiste de cette époque, en est d’ailleurs la preuve. Après avoir passé une bonne part de son existence à dénoncer la négrophobie, tout en étant du reste un esclavagiste ainsi que l’écrit son biographe, il a lui aussi fini comme un négrophobe. Après la guerre de sécession, il se mit à décrire les noirs dans des termes qui l’eussent révolté quelques années plus tôt (…). D’après E. Genovese (The World the Slaveholders Made), la négrophobie peut être rattachée aux traumatismes de la défaite et de la reconstruction.

Contrairement à ce qui s’est produit dans d’autres pays de la région, où la discrimination raciale perdit peu ou prou de sa rigueur après l’abolition de l’esclavage, aux Etats-Unis elle se renforça sans cesse à partir de l’abolition. Il est établi que c’est pendant les dernières années du 19e siècle, donc trente ans environ après la fin de la guerre civile, que la violence raciste vis-à-vis des noirs devint systématique. C’est à cette période, entre 1890 et 1900, qu’il y eut le plus de lynchages : en moyenne 154 par an ! C’était l’époque où, écrit Henri Alleg (SOS America), le lynchage donnait lieu à de véritables fêtes populaires ; les gens étaient avertis par avance et les familles venaient sur les lieux avec leur pique-nique.

Aujourd’hui, certes, on ne lynche plus ; mais le racisme n’en conditionne pas moins l’existence des noirs américains. Pour des millions d’entre eux, les pratiques d’exclusion de la vie civique, sanctionnées ou non par des lois formelles étatiques ou fédérales ; les meurtres individuels ou massifs ; les dénis de justice ; la privation d’instruction, la relégation dans des métiers, des fonctions ou des tâches subalternes, et la ségrégation dans l’habitat ne relèvent pas de complexes freudiens logés dans “quelque recoin de l’inconscient”, mais sont des réalités qu’ils doivent quotidiennement affronter.

L’expression “les descendants des ex-maîtres” que G. Borissova emploie pour désigner les blancs n’a aucune justification historique, si elle n’est pas une mystification pure et simple, ainsi que la suite le donne à penser. En effet, la plupart des noirs américains reconnaissables à leur couleur sont des individus métissés à divers degrés. Eux aussi sont donc les descendants des ex-maîtres. Mais surtout, la plupart des blancs qui peuplent les Etats-Unis ne sont pas des descendants d’ex-maîtres d’esclaves, mais des immigrants arrivés dans le pays après l’abolition, et qui n’y sont pas toujours arrivés, loin s’en faut, dans un état social et culturel différent de celui qu’avaient les noirs au lendemain de l’abolition lorsqu’ils se retrouvèrent libres, mais sans instruction, sans terre, sans outils et sans toit. En 1865, le voyageur français Duvergier de Hauranne observait un groupe d’immigrants embarqués dans le même train que lui : “C’étaient des paysans de Bohême avec leurs pieds nus, leurs costume nationaux et leur saleté séculaire (…). Ces braves gens sont de futurs yankees. L’an prochain, ils auront pris le costume et, l’année suivante, le langage de leur nouveau pays ; leurs enfants seront des hommes modernes et ne se souviendront plus de leur pays natal…”

En effet, contrairement aux noirs qu’ils fussent déjà libres avant l’abolition ou libérés par elle, les immigrants européens avaient l’avantage d’être des blancs. Aucun stigmate pouvant trahir leur ancienne condition ne les différenciait des blancs déjà en place. Grâce à quoi ils bénéficiaient tout naturellement de l’exclusion des noirs. Même, beaucoup de ces nouveaux venus devinrent des racistes virulents, comme les noirs de New York l’apprirent à leurs dépens avant même la fin de la guerre civile.

Ce qu’on appelle le problème noir est fait aussi de cette injustice dans le sort fait aux uns et aux autres et dont tous les blancs ont profité et aucun noir. Dans ces conditions, est-il honnête de donner à croire que les blancs seraient en quelque sorte d’innocentes et patientes victimes d’un ressentiment imaginaire ou, tout au plus, seulement motivé par des souvenirs inconscients du temps de l’esclavage ?

Au lieu d’écrire : “cent ans ne suffisent pas”, ne vaut-il pas mieux écrire : “cent ans ne suffisent pas si les hommes n’y mettent pas du leur” ? Car enfin, ce n’est certainement pas une question de temps, ni même d’intention déclarée, mais une question de volonté et d’application. Avant de dire : “il n’y a pas d’espoir”, ne faut-il pas d’abord essayer, et essayer sérieusement avec esprit de suite, quand il y va de la dignité et même de la vie de millions de gens ?

Puisque G. Borissova en appelle à d’autres exemples, outre celui des Etats-Unis, pour étayer son opinion, sans préciser lesquels, je me permets de citer l’opinion de votre poète Oljas Souleimanov (TN-15/88) : “Nous n’avons pas le droit de transférer des faits isolés du passé dans l’aujourd’hui en transmuant les outrages d’antan en souffrances actuelles de toute une nation qui de nos jours fait partie d’une grande famille de peuples et constitue une république au sein d’un Etat multinational.” Il s’agissait, je crois, de mettre en garde contre certains phénomènes aberrants observés ces derniers temps dans les relations inter-nationales en Union soviétique. Je suis sûr que, comme moi, tous les amis de votre pays se réjouissent de ce que chez vous, apparemment, personne ne prend son parti de telles choses.

Aux Etats-Unis par contre, la transmutation des outrages d’antan en souffrances actuelles n’est pas un phénomène aberrant ; c’est la règle ! Et c’est peu de dire que dans ce pays rien n’a été vraiment fait pour en finir avec les conséquences de l’esclavage, ni avec celles des lois Jim Crow, ni avec celles de la ségrégation dans l’habitat entraînant l’inégalité dans l’éducation, l’accès aux soins de santé, le travail et la rémunération. Ce pays dont on dit sans cesse qu’il donne sa chance à chacun a toujours refusé et continue de refuser toute chance à ses citoyens noirs.

Aussi peut-on s’étonner que G. Borissova use de l’expression “animosités réciproques” pour désigner une situation dans laquelle les noirs n’ont aucune part, sinon comme victimes, récalcitrantes certes, mais sans vrai recours depuis plus de trois siècles.

Quant à la touchante confidence sur la peur qu’elle éprouva pendant sa visite à  Harlem, j’avoue qu’elle me rappelle une vieille caricature antibolchévique : l’homme au couteau entre les dents ! C’est, de ma part, une impression purement subjective, mais je veux être aussi sincère et spontané que votre journaliste. Cela dit, se peut-il que dans le regard de ces pauvres gens elle n’ait su voir que la haine et rien de leur immense détresse ?

Hélas ! il paraît que glasnost et perestroïka nous réservent aussi, parmi les nombreux bienfaits espérés qui les justifient, des visions peu agréables comme, par exemple, celle d’une journaliste de Temps Nouveaux parlant de Harlem comme si elle écrivait pour les lecteurs du Figaro !

Il me semble que dans Temps Nouveaux, qui, même avant la perestroïka, n’avait pas d’équivalent en Occident, on ne devrait jamais dire les choses à moitié lorsqu’il s’agit d’éclairer la situation et l’avenir des relations raciales aux Etats-Unis. Car il y a le risque d’accréditer l’idée que le système ségrégationniste trouve sa justification dans les vices et les attitudes des noirs eux-mêmes ; ou bien, que la haine est toujours du même côté, celui des noirs. Or, les noirs tels que G. Borissova nous les montre à travers les jugements condescendants de certains blancs, et tels qu’elle-même les aurait perçus à Harlem, sont une création du système ségrégationniste. Quant à ce qui se passait selon elle dans l’inconscient des habitants de Harlem à sa vue, je voudrais lui poser une question : est-ce qu’elle s’imagine que si elle avait été noire et qu’elle se fût aventurée dans une zone résidentielle blanche, c’est de l’amour qu’elle aurait lu dans le regard des blancs occupés à tondre le gazon devant leurs coquettes maisons ?

J’en viens, pour terminer, à ce qui paraît être la conclusion de l’analyse de G. Borissova ; analyse qui doit tant au freudisme et si peu au matérialisme dialectique : “L’Amérique des années 80 n’est pas prête à être gouvernée par un président noir”. A quoi cette “nouvelle” rime-t-elle ? Je ne dis pas qu’elle n’est pas vraie ; je dis qu’elle n’apporte rien à l’article de G. Borissova, au contraire !

Si on en juge d’après son programme politique, le plus clair et le plus exigeant de cette campagne, ce n’est pas en tant que noir que Jesse Jackson serait élu, s’il est élu. Si tel devait être le cas, il eût été préférable pour lui de se présenter à cette élection vêtu d’une livrée de majordome, d’un habit de groom ou d’un costume de jazzman. Il est vrai, cependant, qu’il y a des gens qui sont intéressés à ce que sa compétition avec Michael Dukakis soit perçue par le public comme une lutte entre les noirs et les blancs.

Il est déjà évident que le candidat démocrate à l’élection de 1988 ne sera pas le descendant (en partie) d’esclaves noirs arrivés peut-être au début du 17e siècle, mais le fils d’immigrants grecs de 1912. Pour autant, les années 80 ne resteront pas dans l’histoire comme celles où l’Amérique n’a pas élu un noir à la présidence, mais celles où, candidat à deux élections présidentielles successives – primaires, il est vrai –, un noir a vu son audience s’élargir très sensiblement de l’une à l’autre, jusqu’à talonner celle des plus grands favoris ; ce qui prouve que les limites de son électorat potentiel dépassent celles de la minorité noire.

Pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, une fraction considérable du corps électoral comprenant, certes, presque l’ensemble des noirs inscrits sur les listes électorales, mais aussi beaucoup de blancs, affirme par son vote que seul l’échec aux élections après une compétition loyale, et rien d’autre !, peut interdire la présidence des Etats-Unis à un citoyen américain né dans le pays.

Telle est la seule vraie leçon de la campagne en cours. On peut regretter que G. Borissova ne l’ait pas souligné suffisamment et qu’elle ait préféré cette “nouvelle sensationnelle”, au risque de se faire le relais d’une opération de diversion médiatique qui se développe en Occident et dont l’objectif évident est de barrer la route d’une éventuelle vice-présidence à Jesse Jackson en cas de victoire démocrate. Il n’est pas indifférent que, depuis la fin de la dernière guerre mondiale, trois vice-présidents aient directement accédé à la présidence pour des raisons diverses. Ceux qui ont placé Jesse Jackson juste derrière Michael Dukakis acceptent cette éventualité ; donc il est absurde de claironner : “L’Amérique des années 80 n’est pas prête… etc.” Les électeurs de Jackson ne sont-ils pas, eux aussi, l’Amérique ?

En réalité, ce n’est pas l’Amérique, mais seulement les racistes qui ne sont pas prêts et qui font mine de s’épouvanter d’un fantôme dans l’espoir de détourner l’attention du public de la véritable question que pose la performance du candidat noir, à savoir : est-ce que les leaders du parti démocrate sont prêts à saisir cette occasion pour donner le coup décisif à la discrimination raciale dans le pays, et dans tous les domaines ?

Depuis quelques semaines on entend dire qu’un ticket Dukakis-Jackson conduirait inévitablement les démocrates à l’échec. Il est également question de complots en vue de l’assassinat de Jesse Jackson. Tout cela relève de manœuvres de basse politique qui visent à annuler le principal acquis de la prodigieuse campagne de ce candidat, à savoir : la démonstration désormais faite que des millions d’Américains sans distinction de couleur sont décidés à en finir avec tout le système ségrégationniste. Après tout, dans le passé, des tickets ont échoué sans qu’il y eût des noirs parmi les candidats ; et des candidats ont été assassinés qui n’étaient pas des noirs…

Dans ces conditions, il est clair que si Michael Dukakis refuse de s’associer avec Jesse Jackson sous prétexte de ne pas compromettre ses chances de battre George Bush ou de protéger la vie de Jackson, une telle décision constituerait une prise de position pure et simple en faveur du maintien du système ségrégationniste. Et il porterait une lourde responsabilité devant l’Amérique.

Plutôt que de se lamenter parce que le prochain président des Etats-Unis ne sera pas un noir, ne doit-on pas se réjouir de ce que, peut-être, l’Amérique a la possibilité cette année, grâce à la campagne de Jesse Jackson, d’élire son deuxième président abolitionniste, cent vingt quatre ans après Abe Lincoln ?

 

Marcel AMONDJI (26 mai 1988).

 

Repost 0
Published by chato9.over-blog.com - dans Chroniques
commenter cet article
5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 00:11

L’auteur-compositeur Gédéon, en exil il depuis plus d’un an, se prononce sur la Caravane nationale dite « de sensibilisation à la paix et à la réconciliation ». Le musicien de variété parle également de ses tournées dans la sous-région, dans le cadre de la promotion de sa nouvelle œuvre : «Le code».

 

 

 

Notre Voie : L’actualité culturelle, c’est la caravane nationale de sensibilisation à la paix et à la réconciliation à la quelle finalement tous les artistes exilés ne prennent pas part. Aviez-vous été contacté avant son démarrage ?

 

Gédéon : Pendant que j'étais au Cameroun, mon manager me disait que certaines personnes ne cessaient de m'appeler pour cette affaire de caravane de réconciliation. Mais comme ma littérature ne correspond pas a ce genre de comédies, je lui ai dit de leur dire simplement que je ne me sens pas concerné.

 

 

 

N.V. : Et pourtant il s’agissait aussi, apparemment, de faire revenir les exilés que vous êtes…

 

G. : Dans la forme, vouloir faire revenir ses pairs, n'est pas mauvais en soi. Mais comme vous le savez, toute entreprise a besoin d'un soubassement. Pour une maison, c'est la fondation et pour une voiture, les roues. Si ce soubassement n'existe pas, soit ça ne peut pas tenir, soit ça ne peut pas bouger. Avant de chercher à faire revenir les artistes exilés, ces collègues artistes pro-Ouattara feraient mieux de demander discrètement à leur oncle de consacrer, ne serait-ce que 10% de l'enthousiasme dont il fait preuve pour la terreur, au dialogue. Cela facilitera la réalisation de son initiative. Comme vous le savez bien, des milliers d'Ivoiriens, ceux pour lesquels un artiste donne de la voix, sont encore dans des camps de réfugiés, hors de leur terre-mamelle pour des raisons que le monde entier sait.

 

 

 

N. V. : Soyez plus explicite !

 

G. : On n'adore pas un fétiche avec une seule moitié de la cola. La réconciliation se fait à 2, à 3, etc., comme on l'a tous vécu en 2000 où tous les leaders étaient présents. C'est vrai, nous avons besoin de revivre la Côte d'Ivoire d’avant mais je ne pense pas qu'une faim atroce pousserait un être humain à manger ses dents. Je me souviens encore que sous le président Laurent Gbagbo une même caravane dite de réconciliation nationale avait été organisée. A cette occasion, toutes les parties prenantes au conflit en Côte d’Ivoire étaient présentes. Wattao, Sidiki Konaté, Blé Goudé, tous les partis politiques, ainsi que les groupements de jeunesse, toutes tendances politiques confondues, avaient adhéré au projet. Mais contre toute attente, le clash est arrivé. Tout simplement parce qu’une partie des Ivoiriens n’avait pas été sincère dans sa démarche.

 

 

 

N.V. : Est-ce une sorte de retour à l’envoyeur ?

 

G. : Ceux qui s’agitent aujourd’hui, les pro-Ouattara, avaient-ils participé à cette caravane ? Ils avaient dit «non» en son temps. Certain d’entre eux, comme A’Salfo, prétendaient que leur statut d’artiste leur imposait la neutralité. Pourtant nous étions informés de ses vas et viens chez le président Laurent Gbagbo. Si, aujourd’hui A’Salfo est très engagé dans cette caravane, peut-être qu’il a, entre temps, perdu son statut d’artiste. Tout ça pour vous dire qu’il faut un minimum de sincérité pour réconcilier les Ivoiriens. La vie n’est pas seulement physique. Combien sont-ils, les Ivoiriens qui se sentent aujourd’hui concernés par cette caravane qui a débuté depuis le 20 octobre dernier ? La caravane se déroule pendant que ceux-là même qui ont été cooptés pour réconcilier les Ivoiriens s’entre-déchirent pour des questions idiotes de cachets. C’est vraiment triste tout ça ! Je vous le dit, s’il y a beaucoup de bagarre dans cette tournée de réconciliation, c’est parce que la caravane nationale de réconciliation n’a pas reçu l’onction du peuple !

 

 

 

N.V. : Que faut-il donc pour réconcilier les Ivoiriens ?

 

G. : La réconciliation ne se fait pas avec la force. Qui veut une réconciliation ne fait pas des arrestations, du rattrapage, des licenciements abusifs, du musellement du peuple et de la presse, son petit déjeuner, déjeuner ou son goûter. Pourrais-tu accepter que celui qui a tué ton père vienne épouser ta mère ? Je pense que pour une réconciliation vraie, il faut libérer tous nos parents abusivement détenus, il faut libérer la parole, il faut cesser de poursuivre les gens pour leurs idéaux et mettre fin aux accusations arbitraires.

 

 

 

N.V. : Les autorités ivoiriennes disent qu’elles tendent la main aux exilés ? Allez-vous rentrer bientôt ?

 

G. : Je ne sais pas si cela serait aisé pour moi de parler d'autorités. Pour le commun des mortels, les autorités qui dirigent un pays sont établies par le peuple. Or, vous savez très bien que ceux qui sont là actuellement ont été imposés par la communauté dite internationale. Comme une sorte d’administration provisoire qu'un Etat affecte à la tête d'une société parce qu'il y a un conflit. Et en général, dans un tel cas de figure, l’administrateur règne en maître absolu dans la société puisqu'il n'a de comptes à rendre qu'a celui qui l’a nommé ou installé. Alors, voulez-vous que je m'adresse au vent ? En revanche, au peuple de Côte d'Ivoire, je voudrais qu’il retienne que la foi est une lutte entre le sage et le démon. Du fait que la nature mystérieuse de la vie est le principe fondamental qui mène au bonheur, la lutte entre le bien et le mal est rude et le conflit entre le bonheur et le malheur intense. C’est au moment où vous pensez être au plus profond du malheur qu'une foi sincère et une joie fondamentale commencent à éclore. Alors, pour nos plaisirs de courte durée sur terre, évitons de frapper à la porte de l'enfer. C'est vrai que c'est dur mais ça ne va pas durer. Restons dignes !

 

 

 

N.V. : Terminons par vos différentes tournées à travers la sous-région, dans le cadre de la promotion de votre nouvel album de variété, « Le code ». Comment êtes-vous accueilli ?

 

G. : Ce n'est pas parce que je ne suis pas au pays que fin ma carrière doit prendre. Grâce à vos différentes prières, un nouveau public m'a adopté et ne cesse de m'associer à ses différentes cérémonies culturelles dans la sous-région. Dans cette dynamique, je bénéficie de plusieurs rendez-vous avec des organes de presse de la sous-région. Je vous assure que c'est épuisant. Mais je peux dire que je m’éclate vraiment !

 

 

Propos recueillis (via Internet) par Schadé Adédé

 

 

EN MARAUDE DANS LE WEB 

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la «crise ivoirienne».

le-cercle-victor-biaka-boda 

 

 

 

Source : Notre Voie 3 novembre 2012

 

Repost 0
Published by chato9.over-blog.com - dans EN MARAUDE DANS LE WEB
commenter cet article
4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 23:45

Le Groupe d'experts de l'ONU sur la Côte d'Ivoire vient de publier son rapport de mi-mandat, le 15 octobre 2012, sous la référence S/2012/766. La Coordination FPI en exil, démembrement du FPI, parti du président Laurent Gbagbo, a lu attentivement ce rapport et s'interroge. A quelles fins, le Groupe Dr-Assoua-Adou-copie-1.jpgd’experts du Comité des sanctions sur la Côte d’Ivoire a-t-il produit à mi-mandat, un rapport délibérément tendancieux, à vocation manipulatoire, à l’encontre des proches du président Laurent Gbagbo en exil au Ghana, au Togo et au Bénin ? Un rapport partial, peu soucieux de la rigueur qui sied à une mission de surveillance, hâtif dans ses conclusions non étayées. Pourquoi est-ce les médias français, RFI, AFP et France 24, qui sont « cadeautés » pour organiser la fuite sur de larges extraits du rapport ?

La Coordination a décidé de ne plus rester silencieuse face à une machine de désinformation et de diabolisation au profit de Ouattara. Elle sait le lourd tribut que le président Gbagbo et des milliers de ses partisans paient en ce moment à cause de l'instrumentalisation de l'ONU et de la communauté internationale par la France. Celle-ci a coûté sa victoire électorale au président Gbagbo, sous prétexte qu’il refusait de reconnaître sa défaite ; son bombardement par les forces franco-onusiennes, sous prétexte qu’il massacrait des populations civiles à l’arme lourde ; enfin, son arrestation et sa déportation à la CPI sous prétexte de crimes contre l’humanité. A présent, c’est au tour de ses proches en exil d’être traités de « déstabilisateurs en accointance avec des terroristes de renommée internationale », qu’il faut neutraliser à tout prix pour ramener la paix dans la sous-région. Non, nous ne pouvons pas nous taire devant cette nouvelle « pacification » et cette mise au pas des pro-Gbagbo, pour le règne de Ouattara. Nous nous proposons donc de démontrer dans cette étude que le rapport des experts ne mérite aucun crédit parce que manipulatoire, biaisé et tendancieux.

 

Sous le couvert d’un rapport de mission de surveillance de l’application du régime des sanctions imposées à la Côte d’Ivoire par la Résolution 1572/2004/CS, le Groupe d’experts a tenté maladroitement et au mépris du principe de « l’innocence présumée de toute personne accusée », d’accréditer la thèse entretenue par le pouvoir Alassane Ouattara, d’une déstabilisation de la Côte d’Ivoire par des « pro-Gbagbo » en exil.

Et, fort opportunément dans le cas du présent rapport, François Soudan, journaliste à Jeune Afrique, vient de révéler que « le rapport des experts de l’Onu a été rédigé à partir d’un document, lui-même, rédigé par les services de M. Hamed Bakayoko, ministre de l’Intérieur du gouvernement Ouattara » (L’alternative du lundi 29 octobre 2012).

Censée donner la preuve irréfutable de ses accusations, l’annexe 8 produit une liste de noms d'un commandement stratégique, qui serait établi au Ghana; mais, sans aucune signature pour l'authentifier, et qui plus est, en anglais. Les pro Gbagbo sont des francophones. Même s'ils sont exilés, pour la plupart, dans deux pays anglophones, le Ghana et le Liberia, ils parlent et écrivent en français.

 

Pour donner une apparence de vraisemblance aux graves accusations contre les exilés, le rapport entreprend un montage surréaliste à partir d’une réunion imaginaire que ces derniers, répartis en trois groupes politico-militaires, auraient tenue, le 12 juillet, à Takoradi, dans l’optique de déstabiliser Ouattara. A la suite de cette prétendue rencontre, des contacts auraient été établis avec la junte malienne et avec le mouvement djihadiste Ansar Dine, qui occupe le nord du Mali, en vue de joindre leurs efforts pour déstabiliser « le président de la CEDEAO ».

Les démentis cinglants apportés par les personnes mises en cause, à la suite de l’émission de RFI, consacrée au rapport des experts, montrent qu’il n’y a jamais eu, ni de réunion de Takoradi, ni de projet de déstabilisation des exilés, partisans de Gbagbo, à partir du Ghana. De même, la junte malienne a démenti tout rapport avec les exilés ivoiriens.

Le Groupe poursuit et dit « avoir porté dans la mesure du possible, ses conclusions aux Etats, individus et sociétés concernées, leur ménageant ainsi la possibilité d'y apporter leur réponse ».

Qui, parmi les pro Gbagbo en exil et incriminés dans ce rapport, a été approché à cette fin ? Aucun à notre connaissance. Ne leur avoir pas ménagé la possibilité de dire leur part de vérité est contraire à la recherche de faits incontestables, recoupés et donc indiscutables ?

Enfin, le groupe, donne lui-même, les instruments de mise en doute de son rapport par l'emploi régulier du conditionnel et le recours à des ouï-dire. La vérité, ne l'oublions pas, se fonde sur des preuves, des faits établis et avérés, vérifiés, recoupés et indiscutables et non sur des approximations. Or, le rapport leur tourne le dos :

Au total, les éléments de preuve, pour accuser aussi gravement des personnalités de ce niveau, sont très légers. Leur collecte, reposant par ailleurs sur une méthodologie discutable, tout autorise à douter du sérieux du rapport de ces experts.

 

2- Les preuves par les SMS

 

Avec le recours à des SMS interceptés, n'y a-t-il pas une violation du secret des correspondances ? En vertu de quelle procédure cette violation a-t-elle été possible ? De quelle garantie de procédure les mis en cause disposent-ils de ne pas voir ces procédures faire l’objet d’abus ? Pour quelques SMS captés et exploités, combien de pro-Gbagbo ont-ils eu leur correspondance violée ? Qui le fait ? Et que fait-on des autres informations recueillies ? Pourquoi dans sa méthodologie de travail, le groupe n'a-t-il fait aucune mention du fondement juridique de cette violation de correspondance ? Les pro-Gbagbo ont-ils encore droit à une vie privée et à la liberté ?

 

3- Les pro Gbagbo, un bon fonds de commerce pour les experts

 

4- Une vigilance préventive suspecte contre le CEPAD

 

Pour ce qui est de ce comité de pilotage, qui « se veut un mouvement à vocation diplomatique et politique stratégique, le Groupe d’experts cherche à déterminer si une partie des fonds officiellement collectés a été, ou est, mise au service de la violation des sanctions décrétées contre la Côte d’Ivoire et Laurent Gbagbo (gel des avoirs) ». Ce qui veut dire qu’à ce jour, rien de suspect n’a encore été relevé dans les activités de ce comité. A quoi répond alors la médiatisation de cette vigilance suspecte dont le rapport aurait pu faire l’économie en attendant d’avoir des éléments relatifs à la violation des sanctions décrétées contre la Côte d’Ivoire et les proches du président Laurent Gbagbo.

 

5- Les impasses du rapport

 

Contrebande de cacao et noix de cajou via le Burkina Faso

Les paragraphes 51 à 54, de la section VI-A Finances, évoquent la contrebande de ces produits par le Ghana, mais fait l'impasse sur la contrebande des produits au nord, par le Burkina Faso et qui semble nettement plus importante que celle qui a lieu à l’est de la Côte d'Ivoire par le Ghana. La raison en est que de nombreux Burkinabés ont installé des colonies d’exploitation dans l’ouest du pays, où ils se consacrent à l’exploitation de plantations de divers produits ainsi qu’à leur exportation. S’étant installés en grand nombre, depuis la rébellion, leur activité est nettement plus importante et mieux organisée et bénéficie des complicités des autorités ivoiriennes actuelles pour faire exporter les produits via le Burkina Faso.

 Les conséquences de cette contrebande sont d’autant plus importantes qu’elles expliqueraient « la chute constante des recettes publiques » au point de « menacer la santé économique du pays » et que le groupe « ne saurait exclure qu’une partie de ces recettes ait été détournée aux fins de l’achat d’armes ».

N’aurait-il pas été plus indiqué de suggérer l’approfondissement de l’enquête sur la contrebande via le Burkina Faso et la colonisation agricole de l’ouest de la Côte d’Ivoire qui est notoirement le fait d'hommes en armes ayant combattu aux côtés des forces pro-Ouattara ?

Le groupe estime aussi que le système de taxation illégale, qui continue d’exister au nord en dépit de l’installation des régies financières, pourrait « permettre d’acheter armes et munitions pour « intimider les commerces et la population en général ». Mais, pourquoi uniquement à cette fin ? Pourquoi, ce prélèvement illégal ne pourrait-il pas continuer à financer « la centrale » de l'ex rébellion ou encore l’achat d’armes comme dans le passé ? Pourquoi ne devrait-on pas penser à un fonds parallèle du pouvoir en vue d’acquérir officieusement des armes, de recruter des mercenaires et de financer des milices parallèles, tout en évitant toute traçabilité dans les comptes publics ?

 

Le rapport minimise les violations de l'embargo sur les armes par la France, le Burkina Faso, la Tunisie et le gouvernement Ouattara

Alors qu’il ne parle pas ou très peu des violations manifestes et documentées, des mesures imposées par la résolution 1572/2004, particulièrement l’embargo sur les livraisons de matériel militaire (article 7), ou omet d’en tirer les conséquences logiques au plan des sanctions, le Groupe des experts accable sans preuves les exilés proches du président Gbagbo, qu’il accuse d'avoir « violé ou ayant l’intention de violer » lesdites sanctions. Le rapport, reconnaît, mais, minimise les violations de l’embargo par le Burkina Faso, la France, la Tunisie et le gouvernement Alassane Ouattara.

 

Le rapport, aux paragraphes C24 à C26, fait état de la découverte en Côte d’Ivoire de munitions livrées par la Roumanie au Burkina Faso. Le rapport indique même que c’est de « manière régulière qu’il découvre en Côte d’Ivoire du matériel militaire livré au Burkina Faso ». Il rappelle aussi qu’en 2009, des uniformes militaires livrés au Burkina Faso par le groupe français Marck ont été retrouvés en possession des Forces Armées des Forces Nouvelles (ex-rébellion). Curieusement, le rapport reste évasif quant aux entités ayant reçu le matériel livré en violation flagrante de l’embargo. Il se garde d’indiquer qu’il s’agit des FRCI d’Alassane Ouattara. Plus grave, il ne demande pas au Comité de prendre des sanctions contre le Burkina Faso et les FRCI. Une autre preuve du caractère biaisé et partisan de ce rapport.

 

Les violations de l’embargo sur les armes et le matériel connexe par la France et la Tunisie

Le rapport, aux paragraphes A18 à A22, informe que les sociétés françaises Soicex Electronique, Sofexci du groupe Marck, Usmc, et la société tunisienne Dutex ont, courant 2011-2012, en violation de l’article 7 de la résolution 1572/2004, livré au gouvernement ivoirien, du matériel militaire de combat (uniformes, armes de poing) et du matériel connexe (radios, satellitaires). En vérité, tous les Ivoiriens savent, y compris l’ONUCI et par extension le groupe des experts, que sous le couvert des uniformes, ce sont de véritables armes de guerre qui sont régulièrement livrées au gouvernement Ouattara.

Là aussi, le rapport ne fait aucune recommandation contre les Etats et les sociétés fautives. Encore une autre preuve du biais et du parti pris de ce rapport.

 

Les violations de l’embargo par le gouvernement Alassane Ouattara

Les paragraphes A18 à A22, B23, C 24 à C26 du rapport ainsi que les annexes, montrent sans discussion, que le gouvernement Alassane Ouattara a importé, en violation de l’embargo imposé par la résolution 1572/2004, du matériel militaire et du matériel connexe. L’attitude du groupe des experts est la même. Aucune recommandation au titre des sanctions ne vise le gouvernement Ouattara. La tolérance, pour ne pas dire la complicité, est encore de mise quand il s’agit de Alassane Ouattara et de son camp.

 

Méconnaissance de la situation à l'ouest

Qu’en est-il des accusations portées contre les exilés de recruter des mercenaires et combattants au Ghana et au Liberia, de financer et de planifier des opérations de déstabilisation de la Côte d’Ivoire à partir du Liberia ?

Le rapport soutient, sans en apporter la preuve, que des fonds ont été convoyés ou virés au Liberia à partir du Ghana, qu’une personne dans le sud-ouest, en Côte d’Ivoire, recevait régulièrement des fonds d’un responsable en exil au Ghana.

La question est de savoir pourquoi les experts tiennent absolument à relier tous les événements qui surviennent en Côte d’Ivoire aux exilés au Ghana ? Pourquoi les experts n’expliquent-ils les attaques survenues à l’ouest que comme s’inscrivant forcément dans un plan de déstabilisation, là où des observateurs neutres et objectifs font une lecture circonstanciée, liant les événements à des conflits fonciers provoqués par l’occupation des plantations et des forêts des autochtones Guérés réfugies au Liberia, par des hordes de burkinabés armés venus du Burkina Faso.

En effet, les nombreux massacres de Guérés à l’ouest par les mercenaires d’Alassane Ouattara (Guitrozon-Petit Duékoué, dans la nuit du 31 au 1er juin 2005, 141 morts ; Duekoué Carrefour, le 29 mars 2011, 1308 morts ; Duékoué Camp de réfugiés de Nahibly, le 20 juillet 2012, 230 morts), ont eu pour conséquence un déplacement massif et forcé des populations au Liberia (près de 200 000 Guérés originaires des zones de Taï, Guiglo, Bloléquin, Toulepleu et Duékoué). Dans le même temps, on assiste, à un peuplement massif et planifié de cette zone par des populations burkinabés, armés et transférés depuis le Burkina Faso, pour occuper de force les villages, les forêts et les plantations des autochtones Guérés, momentanément réfugiés au Liberia.

Aujourd’hui, toute cette région est sous le contrôle de chefs de guerre burkinabés, qui ont la main mise sur les terres ainsi que le droit de vie ou de mort sur les populations terrorisées, obligées de se réfugier au Liberia ou de se soumettre, pour ne pas mourir, ou d’abandonner leurs villages pour la ville. Les experts de l’ONU, qui sont si bien documentés sur les combattants ivoiriens et libériens et qui donnent des informations à ce sujet au groupe des experts sur le Liberia, ne feront croire à personne qu’ils ignorent ce drame, ainsi que l’existence de criminels notoires qui y règnent en roitelets :

Issiaka Tiendrebeogo à Taï; Ouédraogo Jean-Pierre à Blolequin (Tinhou-Diboké); Le Rougeot dans la Forêt classée du Goin-Debe; Sana Salifou dans la Forêt classée du Scio; Issa Ouedraogo à Bloléquin; Kouanda Lassane à Zagné.

Pour être complet, il faut ajouter à ces groupes armés, les FRCI et les dozos fortement présents dans cette zone convoitée pour le cacao. Le rapport ne dit aucun mot de cette situation à la base des heurts fréquents enregistrés entre les populations autochtones massacrées et spoliées et « les occupants burkinabés » soutenus par Alassane Ouattara.

Au total, il convient de se demander si l'on peut encore accorder un quelconque crédit à un tel rapport ?

 

Le rapport volontairement muet sur les dérives totalitaires du régime Ouattara

Le rapport reflète le parti pris des experts, en faveur d’Alassane Ouattara, qu’ils savent en sérieuse difficulté. Ce dernier n’a aucune solution face au mécontentement généralisé des populations que sa mauvaise gouvernance a engendré: gestion tribale de l’Etat; affairisme au sommet de l’Etat; désorganisation de secteurs sensibles pour la survie des populations; licenciements abusifs massifs des travailleurs sur des bases tribalistes; pauvreté record des populations liée à une incapacité de maîtrise du coût de la vie; insécurité généralisée consécutive à la mise à l’écart des FDS, désarmées, et remplacées par des FRCI et des dozos sans formation; abandon des populations de l’ouest, livrées à la merci des seigneurs de guerre burkinabé; désorganisation de l’école à la tête de laquelle se trouve un ministre d'un niveau scolaire et de culture très bas; justice des vainqueurs et impunité des criminels de son camp, auteurs de massacres et d’exactions au quotidien et pourtant promus « sauveurs »; atteintes aux libertés fondamentales, d’opinion, d’expression et de manifestation, etc.

A tous ces mécontents s’ajoutent, ceux qui, dans son camp, estiment avoir été floués après avoir exposé leurs vies pour le porter au pouvoir. Les mercenaires burkinabé ont, il y a quelques mois, bruyamment et très officiellement, saisi l’ambassadeur ivoirien au Burkina Faso de la question de leurs dus pour activités « de mercenariat » pour le compte de Ouattara, non honorées.

Dans leur rapport, les experts au lieu de stigmatiser le recours à ces mercenaires, demandent plutôt, comble d'ironie, qu’ils soient « récompensés pour les services rendus à la cause Ouattara ». On peut leur demander si c’est avec l’argent des contribuables ivoiriens qu’ils ont massacrés, qu’ils devraient être payés ? Bonne recommandation de la part d'experts, qui plus est de l'ONU. L'ONU soutiendrait-il donc le mercenariat ?

 

Enfin, l’incapacité de l'armée de Ouattara (les FRCI), à juguler les attaques qu’elle subit depuis quelques mois, achève de convaincre de l'incompétence et de l'impuissance du chef de l'Etat-ministre de la Défense. Pour masquer son échec, le régime Alassane Ouattara qui ne veut pas d’une réconciliation véritable entre les Ivoiriens, a choisi la fuite en avant en se réfugiant dans la répression des pro Gbagbo et dans le mensonge à la déstabilisation.

 

Le rapport examiné tente de lui porter secours en confortant la thèse d’un projet de déstabilisation ourdi par des exilés proches de Gbagbo.

 

6- Dénonciation et condamnation du rapport

 

La coordination FPI en exil dénonce et condamne cette énième manœuvre de désinformation-diabolisation dont elle est l’objet et dont elle attribue la paternité à Alassane Ouattara en difficulté.

La coordination FPI en exil, réitère qu’elle n’est pas organisée dans le but de déstabiliser la Côte d’Ivoire, et qu’aucun de ses membres ne nourrit une telle intention, ni n’a établi de contact, ni avec la junte malienne, ni avec le mouvement Ançar Dine. Elle affirme qu’aucun de ses membres ne finance des attaques contre la Côte d’Ivoire, à partir du Ghana ou du Liberia.

La coordination FPI en exil, voudrait à la lumière du rapport des « experts », s’interroger sur la volonté réelle et sincère de l’ONU à promouvoir la paix en Côte d’Ivoire ou à continuer d’y attiser le feu de la violence ?

 

La coordination FPI en exil, rappelle que au mois d’avril 2011, les troupes franco-onusiennes ont semé le chaos et détruit de nombreuses vies, simplement parce que le Secrétaire Général de l’ONU a préféré la guerre réclamée par Alassane Ouattara et Nicolas Sarkozy, à la solution pacifique du recomptage des voix proposée par le président Laurent Gbagbo.

La coordination observe qu'en parlant des combattants pro-Ouattara, le groupe d'expert admet la normalité de la conquête du pouvoir par les armes dans un Etat démocratique.

La coordination fait observer en dernier que le problème de fonds demeure le fait qu'après tant d'années de fonctionnement, toutes les résolutions relatives aux Etats indépendants d'Afrique ne peuvent être initiées que par leurs anciens colonisateurs. Lorsqu'ils sont agressés par l'ex-colonisateur, l'ONU est alors instrumentalisée pour parfaire le coup d'Etat. C'est ce qui vient de se passer en Côte d'Ivoire.

La coordination FPI, après l’installation d’Alassane Ouattara dans la violence, observe :

L’inaction et l’indifférence de l’ONU face aux nombreux massacres des populations Guérés à l’ouest de la Côte d’Ivoire, à l’occupation et au peuplement organisé de leur région par des burkinabés armés venus du Burkina Faso et soutenus par le pouvoir Ouattara.

 

Conclusion: Interpellation de l'ONU

 

La coordination FPI en exil, rappelant à l’ONU ses devoirs envers les peuples au regard de sa Charte constitutive, voudrait l'inviter :

À éviter la prise de sanctions et de résolutions contre « les pro-Gbagbo », à partir de rapports peu crédibles et peu fiables servis hâtivement par des experts dont le souci actuel est l'augmentation de leurs dotations budgétaires.

Il reste donc à espérer que le rapport final qui ne sera produit qu’en avril 2013, sera expurgé de ces allégations qui pour le moment sont sans aucun fondement sérieux et qu’une analyse sérieuse ne permet pas d’accueillir.

 

Pour la Coordination FPI en exil, Dr Assoa ADOU, Coordonnateur et Porte parole

(Titre original : « Etude critique du rapport du groupe d’experts de l’ONU »)

 

EN MARAUDE DANS LE WEB 

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l'unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu'ils soient en rapport avec l'actualité ou l'histoire de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens, et que, par leur contenu informatif, ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la «crise ivoirienne».

le-cercle-victor-biaka-boda 

 

Source : http://www.civox.net 31 Octobre 2012

Repost 0
Published by chato9.over-blog.com - dans EN MARAUDE DANS LE WEB
commenter cet article