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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 23:32

2012

 

« Si j’étais à votre place, vous investisseur ou chef d’entreprise européen ou, tout simplement, étranger à la Côte d’Ivoire, j’aurais hésité à effectuer ce déplacement, tant l’image que donnent de nombreux media de notre pays est peu rassurante.

Parce que selon tous les indicateurs, selon de nombreux spécialistes et experts en Economie, selon de grands cabinets internationaux, selon les média les plus pointus qui écrivent sur l’Afrique, investir dans un pays qui va de crise aiguë en crise aiguë depuis 15 ans, est particulièrement risqué. Mettre de l’argent dans un pays dont la presse ne parle que du climat d’insécurité qui y règne n’est pas très conseillé.

Comment puis-je avoir confiance dans un pays dans lequel les commissariats, les casernes et les postes de polices sont régulièrement attaqués ?

Un pays où régulièrement les journaux font état de complots de déstabilisation déjoués par les autorités ?

Et pourtant, malgré ces tableaux alarmistes, la Côte d’Ivoire est de retour.

Aux questions que certains d’entre vous et pas des moindres se posent logiquement, vous permettrez que je réponde par des interrogations :

Comment, malgré plus de 10 années de crise politico-militaire, bon nombre d’investissements dans cette période de forte instabilité se sont avérés judicieux car ayant générés de bons revenus et produit de bons résultats. Tels, le secteur de la banque (le nombre d’établissements financiers est passé de 18 en 2004 à 24 en 2012), le secteur de l’assurance (1er de la zone CIMA avec une croissance moyenne de 6,6% par an depuis 2004) ainsi que le secteur des TIC pour ne citer que ceux-là.

Comment ; malgré cette instabilité chronique en Côte d’Ivoire, ce pays a pu maintenir sa position de premier producteur de cacao au monde ; a pu se hisser au rang de troisième producteur et 1er exportateur mondial d’anacarde et de sixième producteurs d’hévéa.

Enfin, comment ce pays-là a-t-il pu conserver sa position de leader de la zone UEMOA ?

Un seul mot en guise de réponse : la résilience de l’économie ivoirienne.

Cette résilience, qui permet à l’économie ivoirienne de repartir vigoureusement après chaque grave crise sociopolitique :

- 2,5 point de croissance dès 2001 après la crise de 1999

- 3,6 point de croissance après la crise de 2004

- 8,5 points de croissance en 2012 après la crise postélectorale.

C’est cette même résilience de l’économie ivoirienne qui a permis à son secteur privé de redémarrer ses activités dans un délai enviable, alors qu’il fut très ébranlé par la crise poste électorale. En effet, 1954 entreprises ont été crées en 2011, et 1069 au premier trimestre de l’année 2012.

Certes, certains analystes économiques essaieront d’expliquer cette résilience par des arguments rationnels. Mais pour nous hommes d’affaires, cette économie a ce petit quelque chose d’inexplicable qui fait sa force.

Mesdames et Messieurs, en me basant sur ses faits concrets que je viens de mentionner, je ne me pose plus de questions, je laisse tomber toutes les analyses des experts mondiaux en investissement qui insistent sur le risque pays, et je dis, j’y vais.

J’y vais, comme le Groupe NSIA, qui de l’assurance en Côte d’Ivoire, s’est installé dans 11 pays africains incluant le Nigéria. Ce même groupe qui a étendu ses activités à la banque en faisant l’acquisition de la BIAO en 2007. De cette acquisition dont notre groupe en est fier, les performances de la BIAO lui ont permis de passer de la 6ème place en 2007 à la 3ème en 2011 pendant cette période de crise.

Je laisse tomber toutes les grandes théories des Cabinets en stratégie et j’y vais, comme le Groupe OLAM l’a fait, en s’alliant, entre autres, au Groupe SIFCA de mon jeune frère et (désormais) non moins ministre Jean Louis Billon.

J’y vais, comme le Groupe Bolloré qui, avec sa filiale Bolloré Africa Logistique a investi dans le Port à conteneurs d’Abidjan plusieurs dizaines de millions d’€uros, consolidant ses positions et multipliant son chiffre d’affaires et ses résultats pendant cette période.

J’y vais comme Petro Ivoire, un groupe ivoirien de distribution de produits pétroliers qui s’est consolidé et a étendu ses activités dans le Gaz, y réalisant un des investissements les plus importants de ces dernières années.

J’y vais comme ces grandes sociétés de téléphonie mobile qui rivalisent d’investissement et d’innovation, mettant la modernité à la portée des masses populaires ivoiriennes.

J’y vais comme les Groupes Marocains qui investissent massivement depuis quelque temps en Côté d’Ivoire. Et ils n’ont pas tord.

Tout cela pour vous donner quelques exemples concrets, car ils sont nombreux, les investisseurs qui ont réussi pendant cette période de crise ou qui reviennent s’installer en Côte d’ivoire.

Aujourd’hui, j’avais juste envie de partager avec vous mon intuition d’homme d’affaires qui croit très fort que la Côte d’Ivoire est le pays où il faut investir, et investir maintenant. Car vous investirez dans un pays à forte rentabilité, leader de la sous-région et hub d’un marché de 300 millions de consommateurs (CEDEAO).

Croyez moi et soyez en sûr, si les entreprises ivoiriennes que j’ai l’honneur de représenter, avait la capacité d’absorber seules tout le flux financier qui va circuler en Côte d’Ivoire ces prochaines années, je n’aurais pas été devant vous aujourd’hui afin de vous recommander vivement de venir investir en Côte d’Ivoire. Comme on dit chez nous, on aurait mangé seul cet argent.

Et au delà de ces éléments très concrets qui illustrent l’opportunité que représente la Côte d’Ivoire, je dois mentionner d’autres aspects qui viennent améliorer le climat des affaires depuis plus d’une année maintenant.

Nous amorçons un tournant décisif dans l’histoire économique de la Côte d’Ivoire avec pour la 1ère fois, une convergence de vue, une vision d’avenir partagée entre les pouvoirs publics et le secteur privé. Avec le Plan National de Développement élaboré par le Gouvernement qui vient rencontrer celui, à plus long terme (le plan stratégique Côte d’Ivoire 2040), défini et adopté par le Patronat, et mis à la disposition des autorités. Désormais le cap est fixé et notre pays sait dans quelle direction il doit se diriger. Comment et à quel rythme il doit construire son développement.

Par ailleurs, de nombreux signes lancés par le Gouvernement, ont considérablement amélioré le cadre des affaires depuis quelques temps :

- Je pense notamment au guichet unique récemment mis en place qui simplifie considérablement la procédure administrative de création d’entreprise.

Ainsi en 48 heures, vous pouvez maintenant boucler toute la procédure de création de votre entreprise.

- Je pense, également, est c’est très important, vous le savez, à la création d’un tribunal de commerce qui gère désormais les litiges entre entreprises.

- Autre mesure, et, c’est un signal notable, une incitation à travailler pour créer de la richesse, la baisse substantielle du B.I.C qui est passé de 35% à 25%.

Vous m’en voudrez, et c’est normal, si je termine mon intervention sans dire un mot de la corruption.

Nous, hommes d’affaires ivoiriens partageons le même sentiment sur la question; à savoir que la corruption est de moins en moins flagrante dans notre pays. Et les signaux que nos gouvernants nous envoient tendent à nous convaincre de ce que leur volonté de lutter contre ce fléau est réelle.

La presse s’est largement faite l’écho de l’effort d’assainissement dans la justice, notamment avec la suspension de quatre (04) hauts Magistrats dans notre pays. Une mesure forte qui contribue à rassurer à la fois l’investisseur, et le justiciable. Nous avons donc la conviction que de moins en moins, en Côte d’Ivoire, la corruption sera un frein à la rentabilité et à la prospérité des entreprises.

Venez donc, et nous ferons ensemble de bonnes affaires. Vous y trouverez sur place, des partenaires compétents et intègres ; des partenaires ayant la maîtrise de l’environnement des affaires en Côte d’Ivoire et qui savent évoluer pour s’adapter à un climat des affaires en pleine mutation.

Vous trouverez également une main d’œuvre de qualité, disponible et abondante.

Le temps de la Côte d’Ivoire est venu. Et nous vous invitons à être présents au moment où cela se passe. Parce que c’est maintenant que cela se passe. Demain, il sera trop tard.

Je vous remercie. »

 

Jean Kacou Diagou, Président de la CGECI

Source : Banque Mondiale 5 décembre 2012 

 

 

Le discours du président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), Jean Kacou Diagou, lors de la réunion du Groupe Consultatif pour le Financement du PND 2012-2015, que la presse a diffusé sous le titre : "Investir en Côte d’Ivoire ? J’y vais !", et que nous avons reproduit ci-dessus, est une véritable invitation au pillage des ressources de la Côte d’Ivoire. Ces gens se croient revenus au beau temps du prétendu « miracle ivoirien » des années 1960-1970, quand, toute l’intelligentsia ivoirienne étant embastillée ou paralysée par la terreur, les fameux bailleurs de fonds faisaient des fortunes faciles sur le dos des Ivoiriens, avec la complicité d’Houphouët et ses ministres des Finances successifs, dont un certain Bédié…, celui-là même qui joue à présent les eunuques en chef au service des Ouattara. A cette époque-là, ce n’étaient pas des Ivoiriens, mais des chroniqueurs de la presse colonialiste qui se chargeaient de faire la réclame. Voici, par exemple, ce que cela donnait sous la plume d’un Pierre Biarnès, alors le correspondant du Monde pour la sous-région, basé à Dakar.

En 1963, il voyait « l’économie ivoirienne en pleine expansion », et il ne semblait pas douter qu’elle maintiendrait indéfiniment cette allure.

Vingt ans plus tard, en 1982, changement de ton : il n’est plus question de miracle, mais d’« un modèle à l’épreuve »...

M.A

 

1963

 

L'économie de la Côte d'Ivoire est en nette expansion

de notre envoyé spécial Pierre Biarnès – Le Monde du 18 décembre 1963

 

« "SONAFI 8 % 1933". Cette affiche jaune, en lettres rouges et noires, reproduite à des centaines d'exemplaires, attire l'attention dés que l'on quitte l'aérodrome d'Abidjan. Pour l'étranger informé des menées subversives qui ont été découvertes M en janvier et en août, et dans lesquelles sont impliquées plusieurs dizaines de personnalités politiques, cet appel à l'épargne, lancé par une société d'Etat avec la garantie de l’Etat, apparaît de prime abord comme un défi.

Quelques Jours passés à interroger les responsables, tant ivoiriens qu'étrangers, dés différents secteurs d’activité du pays ment du contraire : ce pari de la Côte d’Ivoire et de son gouvernement sur la confiance qu'ils estiment l'un et l'autre continuer à inspirer n'a rien de téméraire.

Quelques chiffres suffisent à témoigner de la poursuite de l’expansion économique et confirment l'impression de prospérité que l'on ressent, immédiatement, en parcourant la capitale ivoirienne, où s’élèvent chaque mois de nouveaux immeubles, hôtels ou édifices publics, le disputant en luxe et en confort à ce que l'on fait de mieux actuellement dans le monde.

Au 31 octobre 1963, les recettes douanières s'élevaient à 18090 millions de francs CFA contre 15364 millions en 1962, soit une progression de 2726 millions de francs CFA.

Le trafic du port d'Abidjan au cours des neuf premiers mois 1963 s'élevait à 2182845 tonnes contre 1844746 tonnes en 1962, soit une progression de 300 000 tonnes, dont 260000 tonnes à l'exportation et 78 000 tonnes à l'importation.

De leur côté, les récoltes de café et de cacao qui viennent de s'achever ont atteint des chiffres records : 184 800 tonnes pour le café et 100000 tonnes pour le cacao. Selon les prévisions pour les nouvelles campagnes ouvertes officiellement le 28 septembre 1963, ces chiffres seraient dépassés, tout au moins en ce qui concerne le café. On est en effet généralement moins optimiste actuellement en ce qui concerne le cacao, par suite de l'abondance des pluies. Quoi qu'il en soit, l'augmentation des prix à l’intérieur du pays, résultant de nouvelle» conditions de commercialisation, ainsi que l'augmentation probable des tonnages devrait entraîner normalement un accroissement de l'activité du commerce général et des industries naissantes en Côte d'Ivoire.

Quant à la balance commerciale, dont l’excédent était de 5 milliards de francs C.FA. en 1961 et avait atteint 10 milliards en 1962, soit un doublement, elle se soldait par un excédent de 12 milliards à l’issue des huit premiers mois de l'année en cours.

Ces résultats remarquables sont ceux d’une politique économique réaliste, de caractère libéral, poursuivie par M. Houphouët-Boigny et son ministre des finances, M. Raphaël Saller.

La Côte d'Ivoire possède au surplus d'importants atouts d'ordre géographique qui expliquent, eux aussi, l'expansion actuelle et qui sont peut-être bien la cause profonde du maintien de la confiance des investisseurs étrangers, par-delà certains risques d'agitation politique : diversité des zones climatiques et des sols, et situation d'ensemble dans la zone tropicale humide qui favorise la diversification, déjà grande, des cultures ; position côtière, qui permet une moins coûteuse mise en exploitation que dans les pays de l'intérieur ; plus grand pouvoir d'achat des masses rurales.

Deux chiffres résument au reste à eux seuls cette expansion et ce maintien de la confiance : en 1959, à peine 10000 français résidaient en Côte d’Ivoire ; en 1963, ils dépassent le nombre de 20000. »

 

 

1982

 

UN MODÈLE A L’ÉPREUVE

Les limites du « miracle »

Par Pierre Biarnès – Le Monde 16-17 mai 1982

 

« Pendant deux décennies, la Côte d'Ivoire a été en Afrique la vitrine de l’Occident. Dès février 1969, M. Mac-Namara, alors président de la Banque mondiale, en visite à Abidjan, s'exclamait, admiratif et satisfait : « II serait difficile sans doute de trouver dans toute l'Afrique un pays gui ait accompli des progrès plus décisifs vers la prospérité ».

De 1960 à 1979, le produit intérieur brut de la Côte-d'Ivoire a été multiplié par treize en valeur courante, passant d'environ 145 milliards de francs CFA à près de 1900 milliards, et il a plus que quadruplé en francs constants. Pendant la même période, le revenu réel par habitant a triplé pour atteindre près de 200 000 francs C.P.A. par an en francs courants, pour une population qui — du fait notamment de l'immigration en provenance des pays voisins a elle-même plus que doublé (la Côte d'Ivoire compte actuellement près de huit millions d'habitants).

En 1979, près de vingt ans après l'indépendance, quel que soit le secteur considéré, il était incontestable qu'un premier et important palier de développement avait été atteint. Les axes routiers importants étaient revêtus ; l'infrastructure de l'éducation primaire était à peu près en place (environ 80% des enfants étaient scolarisés) ; l’électrification des villes et des principales localités (près de 450) était réalisée, de même que l'approvisionnement régulier en eau potable de presque tous les villages ; le pays était doté d'un tissu industriel de base pour les activités les plus rentables de transformation des produits agricoles ou de substitution aux importations, etc.

La très forte croissance de la production agricole, notamment de la production agricole « industrielle » et d'exportation, passée de 650 000 tonnes en 1960 à près de 1 500 000 en 1978, a été à la Base de cette expansion et dans ce cadre, le cacao et le café qui, tout au long de la période considérée, ont représenté environ 60 % des exportations à eux deux, ont joué le rôle essentiel.

En 1978, avec 296884 tonnes (contre 85683 en 1960), la Côte d'Ivoire est devenue le premier producteur mondial de cacao, dépassant le Ghana, tandis que cette année-là, qui n'était cependant pas une très bonne année, avec 196226 tonnes (contre 136635 en 1960), elle se maintenait au troisième rang des producteurs mondiaux de café, derrière le Brésil et la Colombie.

Parallèlement, dans le cadre d'une politique de diversification méthodiquement menée, la Côte d'Ivoire était devenue un des plus gros producteurs mondiaux d'huile de palme (118037 tonnes en 1977-1978, contre 20 736 en 1960). Sa production de coton était passée de 6 505 tonnes (de coton-graines) en 1960 à près de 120 000 tonnes en 1978 ; celle d'ananas, de 19 885 tonnes à 62 200 ; celle de bananes, de 88 000 tonnes à 160 000 ; celle de latex de 81 tonnes à 15500 tonnes. La Côte d'Ivoire était, d'autre part, en train de devenir un important producteur de sucre de canne, et elle se lançait dans la culture en grand du soja.

Durant les quatre dernières années, cette croissance s'est poursuivie à un rythme très soutenu. 367000 tonnes de café (chiffre record) ont été produites en 1980-1981 et environ 350 000 tonnes sont attendues de la présente campagne. Quant au cacao, avec plus de 400 000 tonnes pour les deux dernières campagnes, il bat, lui aussi, de nouveaux records.

Surtout, de 1976 à 1979, la flambée des prix de ces deux produits, qui, à certains moments, ont même respectivement quadruplé et doublé, a permis l'explosion de la croissance : en 1977, par exemple, année où les cours du café ont atteint en moyenne 1222 francs CFA. le kilo et ceux du cacao 99800 F CFA, la valeur de la production ivoirienne totale augmentait de 47 %, les investissements publics doublaient et la Côte-d'Ivoire triplait ses emprunts extérieurs.

L'euphorie était à son comble et Abidjan devenait le symbole de la réussite.

Le réveil devait être plus brutal. En moins de deux ans, le marché international du café et du cacao se retournait complètement et les cours de ces deux produits retrouvaient, en valeur nominale, leur médiocre niveau de 1974 : autour de 400 F CFA pour le premier et de 550 pour le second. En valeur réelle, c'était encore pire, et, le coût de ses importations s'étant, pendant ce temps-là, par contre, considérablement élevé, la Côte d'Ivoire, victime finalement d'une fantastique détérioration des termes de ses échanges, se retrouvait, en dépit de la progression continue de sa production, avec des revenus amputés de moitié, une infrastructure économique qu'elle avait de plus en plus de mal à faire fonctionner, une structure financière en plein déséquilibre.

Pour faire face à la crise, il fallait stopper brutalement d'importants programmes d'investissements, en particulier dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, et dissoudre nombre de sociétés publiques, qui, après avoir été pendant plusieurs années les locomotives de l'expansion, se retrouvaient presque toutes en état de faillite virtuelle. Des licenciements massifs s'ensuivaient, tandis que la chute des revenus, qui se propageait de proche en proche, se répercutait sur le niveau de la production industrielle, qui s'installait dans une relative stagnation, après avoir connu des taux de croissance annuelle de l'ordre de 12 % pendant de longues années.

Plus profondément la crise mettait à nu les principaux défauts du système de développement ivoirien, que les bons résultats des années précédentes avaient eu tendance à masquer : une très grande dépendance vis-à-vis de l'extérieur et de considérables disparités internes. Sa richesse provenant essentiellement de cultures d'exportation dont elle ne maîtrise pas les cours — c'est vrai de ses deux grandes cultures traditionnelles, le café et le cacao, mais ce le sera tout autant de ses cultures nouvelles, telles que l'huile de palme ou l'hévéa, — la Côte d'Ivoire ne peut prétendre assurer, sur des bases aussi fragiles, un véritable décollage économique.

Mais, dans la mesure où, pour accélérer autrement sa croissance, elle a très largement fait appel, par ailleurs, et avec succès à d'autres facteurs étrangers — hommes, capitaux, techniques, — elle a d’autant aggravé sa dépendance, et cela n'est pas non plus sans danger.

Ainsi, les intérêts étrangers représentent plus des trois quarts du capital social des entreprises industrielles privées. Les emprunts auprès de l'étranger atteignaient environ I 500 milliards de francs O.P.A., à la fin de 1981, et la charge annuelle de cette dette approchait alors près du tiers de la valeur des exportations. Les expatriés européens sont" omniprésents et les travailleurs étrangers africains se retrouvent dans des proportions très importantes dans tous les secteurs 25 % dans l'industrie, 85 % dans le commerce, 75 % parmi les salariés de l'agriculture.

Le coût de cette dépendance est important du point de vue financier, et il aggrave lourdement la balance des paiements. II est également élevé quant aux risques politiques et sociaux. Bien que l'assimilation soit particulièrement réussie en Côte d'Ivoire, où 30 % au moins de la population est étrangère, il reste que, dans un contexte de crise et de rareté de l'emploi, cette situation peut dégénérer en conflit de nationalités. On le voit bien depuis un an ou deux, avec les controverses publiques qui sont apparues au sujet de l'origine d'une criminalité urbaine dont la croissance est inverse à la récession économique.

D'autre part, en dépit d'efforts certains en sens contraire, entrepris à l'initiative du président Houphouët-Boigny lui-même, le développement ivoirien, dans la mesure ou il était essentiellement axé sur la croissance de te production, s'est incontestablement accompagné d'importantes distorsions et a accentué les inégalités du pays.

— Les inégalités géographiques puisque la zone forestière méridionale, qui était naturellement la plus riche, a reçu la majorité des investissements agricoles et industriels depuis l'indépendance ;

— Les inégalités entre Abidjan, métropole du Sud en pleine expansion, et de tout le reste du pays, encore que l'afflux considérable d'immigrants que cela a provoqué dans la capitale a vite entraîné l'apparition de gigantesques et dangereuses poches de pauvreté aux abords immédiats des quartiers résidentiels de celle-ci ;

— Les inégalités de revenus, enfin, avec un éventail de plus en plus large entre les faibles ressources de la majorité de la population et la richesse criante de quelques centaines de super-privilégiés.

Avec l'entrée en exploitation du pétrole off shore, la Côte d'Ivoire escompte légitimement sortir de la grave crise à laquelle elle est actuellement confrontée. Dès l'an prochain, la production (environ 600 000 tonnes) du petit gisement «Bélier», au large de Grand-Bassam, et celle (de l’ordre de 1500 000 tonnes) des premiers forages du gisement «Espoir », au large de Jacqueville, couvriront très largement ses besoins. En attendant mieux, d'ici trois à quatre ans, le cap des 6 millions de tonnes pourrait être atteint, permettant d'effacer toutes les dettes actuelles et de repartir de l'ayant. »

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 18:56

La complicité entre le Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité et les policiers dérange certaines officines tapies dans l’ombre. Parce que le Ministre d’Etat Hamed Bakayoko a entrepris de mobiliser et d’encourager ses éléments avec des primes pour mieux combattre les braquages, des père fouettard se parent de toutes les vertus pour tenter de lui faire la leçon. Pour les uns, le Ministre d’Etat n’aurait jamais dû faire ce geste parce que les policiers n’ont fait que leur travail. Comme si on ne devait jamais donner de primes supplémentaires aux Eléphants ou aux athlètes qui font leur travail en gagnant des compétitions. D’autres plus cléments estiment que le geste d’Hamed Bakayoko est légitime, mais selon eux, le sécurocrate devait le faire dans la discrétion et sans publicité. On parle de droits de l’homme. On profite de l’occasion pour indexer la police, ses abus et ses rackets. On craint que la prime offerte soit perçue comme un permis de tuer et de violer les droits de l’homme. Le disant, on fait fi des efforts fournis par le Ministre d’Etat, avec l’appui du Président de la République, pour remettre en marche, dans la cohésion et sans chasse aux sorcières, une police démunie et dépouillée de tout, au sortir de la crise post-électorale. Cette police là était rejetée par une grande partie de la population et par les Frci, à cause de sa loyauté à l’ancien régime. Peu à peu, le Ministre d’Etat a fait libérer les commissariats et a rétabli la police dans ses droits, a restauré sa dignité et l’a enjointe à porter des habits de la République, pour se mettre au service de tous les citoyens sans distinction, sans exclusion dans le strict respect des procédures et des droits de l’homme. Pourquoi ne pas se focaliser sur un tel bilan ? Pourquoi ne pas encourager le « faroteur » qui s’est construit une stature d’homme d’Etat et qui a réussi, malgré tout, à faire admettre des compétences et aptitudes avérées à la tête du ministère stratégique et essentiel, chargé de l’Intérieur et de Sécurité ? Au départ, en juin 2011, oubliant que depuis le Golf, pendant la crise postélectorale et même bien avant, Hamed Bakayoko gérait déjà les questions de sécurité des Ivoiriens, de sûreté de l’Etat, les problèmes d’administration territoriale, des analystes aux vues peu longues et peu lointaines prédisaient que ce ministère de souveraineté ne devrait pas lui échoir. Mais voici que l’homme a fait ses preuves ! Mauvais joueurs et mauvais perdants, les mêmes contempteurs saisissent la prime offerte aux policiers pour en faire une affaire d’Etat. Briser la cohésion entre le Ministre et la Police nationale, faire peur aux Ivoiriens et aux populations, montrer que l’insécurité est plus forte que jamais, malgré les assurances du chef de l’Etat et en dépit des indicateurs fournis par le Gouvernement, voici l’objectif des détracteurs du ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité. Leur plan est voué à l’échec pour l’heure et jusqu’à nouvel ordre.

 

Ismaël Dembélé (Source : L’Intelligent d’Abidjan)

 

 

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COMMENTAIRE EMPRUNTÉ GERMAIN SÉHOUÉ

 

Primes à tuer !

 

12 millions aux policiers. Ils ont abattu 3 bandits. Au Plateau. C’est pour encourager les Frci à tuer… Frci, policiers etc., sont payés pour nous mettre en sécurité. Leur donner une prime supplémentaire à tuer... Mais nous nous connaissons. Ces gens-là iront au-delà de cette idée de réduire l’insécurité. Ils vont même créer l’insécurité. Poussés par le gain, ils vont abattre des innocents demain et tendre la main. Des règlements de comptes passeront par là. On n’aime pas votre tête. On pourra vous abattre et vous présenter comme un braqueur. Etant déjà mort, vous ne pourrez vous défendre. Voilà le risque ! Un pays où les enlèvements sont un fléau… Y ajouter la prime à tuer… C’est dangereux ! Les gens ne verront pas la vie humaine. Mais l’argent à gagner !

 

SOURCE : Le Temps 13 décembre 2012

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 15:39

« Du 11 décembre 1993 au 24 décembre 1999, j'ai eu l'insigne honneur, grâce à l'inébranlable volonté et confiance du chef de l'Etat, le Président Henri Konan Bédié, d'animer et de coordonner, sous sa haute égide, l'action du gouvernement ivoirien. Les résultats de cette action gouvernementale sont connus, tant avec ses faiblesses qu'avec Duncan--Photo--Abidjan.net-par-Kone-Nathan.jpgaussi ses succès et tout un chacun peut, notamment avec le recul du temps, l'apprécier à sa juste valeur, et ce à sa manière, selon sa perception des faits et ses sensibilités politiques. » Daniel Kablan Duncan (Le Temps 22/12/2009)

 

Quoi qu’il en dise, Daniel Kablan Duncan (DKD) n’avait pas vraiment fait merveille la première fois qu’il occupa la fonction de Premier ministre. C’était entre 1993 et 1999… Au fait, les généraux Coulibaly, Palenfo et Guéi n’ont pas renversé que Bédié cette année-là ; DKD aussi fut renversé. On peut d’autant mieux le dire que, tandis que « Sa Haute Egide » se prélassait en toute inconscience dans sa gentilhommière de Daoukro, c’est lui qui était en première ligne, face à des « mutins » diablement versatiles que manœuvraient d’habiles marionnettistes tapis dans l’ombre… Selon le récit qu’il fit de cette aventure dix ans après, DKD aurait (presque) réussi, au soir du 23 décembre 1999, à mettre les mutins dans sa poche :

 

« Le Premier ministre a demandé et obtenu que les militaires se retirent des différents points occupés et regagnent leurs casernes afin de permettre une normalisation plus rapide de la situation et la poursuite des négociations dans la sérénité. Les discussions ont pris fin vers 20 heures, les soldats se retirant ont promis rendre compte à leurs camarades, non seulement des importants acquis concédés par le Gouvernement, mais aussi de leur faire connaître les recommandations du Premier ministre, notamment celles relatives au retrait des espaces de la Télévision et de la Maison de la Radio et d'en rendre compte ».

 

Malheureusement, le lendemain 24 décembre, « Sa Haute Egide » a voulu s’en mêler, avec ses gros sabo-o-ots…, comme dirait Henri Salvador. Et arriva ce qui devait arriver.

 

Après le putsch, DKD partit en exil en « métropole » (ce n’est pas un lapsus), comme « Sa Haute Egide ». Ce qui lui évita de subir les humiliations et les brutalités qui furent le lot de quelques-uns de ses collègues ministres dans certaine enceinte militaire. Puis il disparut des radars de l’actualité politique…

 

DKD est un commis, pas un politique. C’est à ce titre qu’Alassane Ouattara l’avait ramené de Dakar, en 1990, pour en faire son « ministre délégué chargé de l’Economie, des Finances, du Commerce et du Plan ». C’est aussi à ce titre qu’il fut bombardé, en 1993, Premier ministre à la place de son mentor. Et c’est encore à ce titre sans doute qu’il prend aujourd’hui la suite du malheureux Jeannot Kouadio Ahoussou (JKA). C’est un gestionnaire, un « manager » ; pas le genre à vouloir à tout prix devenir khalife à la place du khalife…

 

Remarquez bien : je n’ai pas dit que c’était ce qu’on reprochait à son prédécesseur, et qui lui vaut cette fin de service peu glorieuse. Je ne sais pas ce qu’on reprochait à JKA. Mais quand je vois qu’on lui a préféré cet être sans couleur ni volonté propres ; ce lacertilien ectoplasmique ; bref, cette bonne à tout faire, je m’interroge. Est-ce que le très zélé codirecteur de campagne du candidat Rhdp entre les deux tours du scrutin présidentiel de 2010 n’a pas déplu parce que, sous ses faux airs de chien soumis à Ouattara comme à Bédié, il dissimulait quelques vues politiques bien à lui, et refusait de n’être que le bras mécanique de quelqu’un… Quelqu’un qui lui-même serait comme qui dirait, le « pantin de l’Occident » (Odile Biyidi de Survie) !

 

Quoi qu’il en soit, et quoi qu’on puisse penser de son bilan apparent, le remplacement brutal et, apparemment, sans motif avouable, de JKA par DKD exhale un lourd parfum de… décadence.

 

Je veux marquer à ma manière cette réapparition de Duncan en Premier ministre, en offrant à nos lecteurs un article que j’ai écrit vers le milieu de sa précédente prestation dans le même rôle, en réaction à une de ses conférences de presse particulièrement triomphaliste. C’est une sorte d’inventaire ironique de ses prouesses imaginaires, intitulé : « Comptes et mécomptes de l’éléphant d’Afrique ». A l’époque, cela fit un certain effet dans le microcosme bédiéiste.

 

M. A.

 

 

Comptes et mécomptes de l’éléphant d’Afrique

 

La Côte d’Ivoire va bien… pourvu qu’on la soigne. Telle est la leçon un peu inquiétante qui se dégage de la conférence de presse donnée le 28 mars par le Premier ministre Daniel Kablan Duncan. Officiellement, il s’agissait de « rassurer les Ivoiriens sur les perspectives économiques et sociales » du pays. Mais DKD n’a rien dit que tout Abidjan n’eût pas déjà entendu cent fois et plus.

 

Après la longue période électorale qui vient seulement de se terminer, au cours de laquelle chaque candidat du PDCI a brandi les mêmes chiffres comme un trophée personnel, qui peut encore ignorer que « la croissance amorcée en 1994 avec un taux de +1,8% s’est confirmée en 1995 avec une croissance estimée à plus de 6,5%, largement supérieur au taux de la croissance démographique ; [que] l’inflation a été maîtrisée avec un taux à deux chiffres (32,2% en 1994) qui est passé à 7,7% ; [que] la production agricole, sous l’impulsion de l’augmentation des prix aux producteurs et grâce à la maîtrise de la compétitivité dans ce secteur, a connu une forte croissance en 1994 et 1995 : 4,5% pour la production vivrière et 4% pour la production agricole d’exportation ; [que] la production industrielle a connu une progression de 9% en 1995 et de 3% en 1994 contre seulement 1% en 1993 ; [que] le secteur tertiaire, avec une hausse moyenne de 5% l’an, a suivi ce mouvement ascendant de l’activité économique globale ; [que] le taux d’investissement est passé de 8,2% du pib en 1993 à 11,8% en 1994 et 13% en 1995 (dont 8,4% au titre des investissements privés, contre 4,6% en 1993 et 7,2% en 1994) ; [qu]’il y a une  hausse moyenne de l’emploi de plus de 10% dans le secteur manufacturier ; [qu]’au niveau des finances publiques, le solde primaire budgétaire est passé d’un déficit de 95 milliards en 1993 à un excédent de 59 milliards en 1994 et de 161 milliards en 1995 ; [que] grâce à cette évolution favorable, le gouvernement a pu réduire les arriérés intérieurs d’environ 175 milliards sur un total de 288 milliards de FCFA ; [que] les réserves de change se sont accrues d’environ 567 milliards de FCFA en deux ans ; [que] la balance commerciale est passée de 208 milliards de FCFA en 1993 à 692 milliards en 1994 et à environ 740 milliards en 1995 ; [que] le volume des exportations industrielles s’est accru de près de 20% en 1994 et 1995 ; [que] les importations, qui ont connu une chute de 14% en 1993, ont, depuis, progressé d’autant ; [que] la balance des paiements courants a fortement décru en 1994, passant de –11% du pib en 1993 à –1,6% en 1994 » ? Personne. Du moins, personne de ceux qui savent suffisamment le français pour comprendre ce qui s’écrit dans les journaux et ce qui s’entend dans la radio ou dans la télévision ; car, pour tous les autres, les plus nombreux, tout cela n’est, de toute façon, qu’un impénétrable jargon de kabbalistes.

 

S’il ne s’agissait que d’informer les Ivoiriens, la prestation du Premier ministre était donc parfaitement inutile. D’autant plus qu’il ne faisait que relire le texte de la « déclaration de politique générale » qu’il avait faite devant les députés moins d’une semaine auparavant. D’aucuns estimeraient-ils que cette assemblée, où dominent pourtant les houphouéto-bédiéistes, n’est pas suffisamment représentative pour se contenter de ses avis et de son aval ?

 

Tel le berger de la fable mais à rebours, Duncan n’a-t-il pas trop habitué les Ivoiriens à de telles litanies triomphalistes pour être pris au sérieux à un moment où, manifestement, il est à la recherche du soutien et de la compréhension de l’opinion ? Toujours est-il que son bilan de rêve a laissé son auditoire plutôt sceptique, voire même, carrément enclin à le suspecter d’avoir seulement voulu préparer l’opinion à de nouvelles reculades de l’Etat devant les exigences de ceux qu’il nomme, par un élégant euphémisme, « nos partenaires au développement ». De plus, comme s’il avait voulu absolument transformer en certitude ce soupçon qui pesait sur le chef du gouvernement ivoirien, Antoine Pouillieute, venu à Abidjan, dixit Fraternité Matin, pour écrire « une nouvelle page de l’histoire d’amour entre la Côte d’Ivoire et la Caisse française de développement dont il est le patron » (en fait, c’était, plus prosaïquement, pour signer un autre « accord de prêt » avec le gouvernement Duncan), se répandait lui aussi en propos lénifiants sur la prétendue bonne santé de l’économie ivoirienne.

 

Sept pour cent de taux de croissance, soit. Mais « Comment cette richesse se manifeste-t-elle ? Où se répercute-t-elle sur la population ivoirienne qui ne cesse d’invoquer la baisse perpétuelle de son pouvoir d’achat ? » Devant ces questions du premier journaliste qui l’interrogea, le chef du gouvernement de managers, pour qui, sans doute, un bilan chiffré sorti de ses services vaut parole d’évangile, plaida l’évidence : « Il y a quand même, dit-il en substance, une amélioration de la situation de nos concitoyens, même si cette amélioration n’est pas aussi forte que souhaitée par les populations ». Seulement le temps n’est plus sans doute où les Ivoiriens se fiaient volontiers à la seule parole des faiseurs de miracles. Aujourd’hui, ces saints Thomas demandent à toucher. Et quoi que veuille Duncan, ce qu’ils vivent au quotidien n’est apparemment pas de nature à les convaincre qu’ils sont à la veille de connaître la fin de leurs difficultés. Ainsi, la plupart des questions qui furent posées au conférencier témoignent de préoccupations terre à terre, surtout au regard d’un banquier central, comme la cherté de l’eau et de l’électricité, la détresse de petits épargnants qui ont vu leurs économies s’envoler suite aux faillites de certaines banques, l’insécurité qui n’épargne même plus les villages les plus éloignés des grands centres urbains, l’opacité persistante des opérations de privatisation, etc.…

 

On voit où se situe le problème de ce Premier ministre, par ailleurs excellent commercial formé à bonne école, à qui on ne demandait que de gérer la Côte d’Ivoire comme on gère un consortium industriel ou un groupe financier, c’est-à-dire sans trop se préoccuper des états d’âme du personnel, et qui y a sans doute trop cru. Ce n’est pas un as de la persuasion. Il lui en faut pourtant, s’il veut réussir à vendre aux Ivoiriens son fameux éléphant d’Afrique ; autrement dit, s’il veut vraiment les convaincre d’accepter, contre les mirages d’une hypothétique prospérité à venir, de défiler en bon ordre sous les fourches caudines des soi-disant partenaires au développement.

 

Dans moins de 12 mois, la Côte d’Ivoire va subir un nouvel ajustement déjà en cours de négociation avec les clubs de Paris et de Londres. Là non plus les choses ne s’annoncent pas faciles. Certains des créanciers, qui estiment que le pays est suffisamment riche, se refusent à la moindre concession dans le traitement de sa dette. Pour les fléchir, Duncan se propose peut-être de leur servir l’étrange argumentaire qu’il expérimenta sur le correspondant de Reuter, ce 28 mars : « Il faut que la Côte d’Ivoire soit aidée pour qu’elle revienne à une fiabilité importante au niveau de la dette. Et pour qu’elle joue son rôle régional de moteur de la croissance de la sous-région. Nous avons des responsabilités non seulement nationales mais régionales. Vous savez très bien que sur les 12 millions d’habitants que nous avons ici, 4 millions sont étrangers : près de 30% de la population ivoirienne. Aider la Côte d’Ivoire, c’est aider aussi la sous-région. Les transferts de revenus effectués par nos frères sont très importants. Plus de 5 milliards de FCFA chaque année. »

 

Tout cela est, certes, plein de bon sens mais il est douteux que cela fasse beaucoup d’effet. Il est même fort probable que cela fera un effet contraire à celui qui est recherché. Car il est trop évident que pour Duncan, cette affaire de traitement de la dette ivoirienne ne relève que de la plus pure technique manageriale ; que les intérêts de l’entité politique, humaine, Côte d’Ivoire, ne le préoccupent que secondairement, seulement comme « le moteur de croissance de la sous-région ». On se demande après cela comment il peut encore croire que cela pourrait intéresser ses partenaires au développement qui, après tout, sont aussi des gestionnaires.

 

Avec un tel cornac, le fameux éléphant d’Afrique n’est pas près de s’acclimater sur les rives de la lagune Ebrié. Car à voir la façon dont Duncan entend le problème de l’endettement de la Côte d’Ivoire, il se pourrait bien que le remède, s’il le trouve, s’avère extraordinairement plus néfaste encore que le mal. Et il n’est pas sûr que les Ivoiriens, même les plus toqués du libéralisme sans rivages, y soient prêts, malgré toutes les difficultés qui découlent du colossal endettement du pays. L’encours de la dette extérieure s’élève actuellement à près de 7.571 milliards de FCFA (soit 203% du pib en 1994) se répartissant comme suit : 2.066 milliards au titre des institutions multilatérales ; 2.527 milliards au titre du club de Paris ; 2.952 milliards au titre du club de Londres ; et 26 milliards au titre d’autres créances. Quant au service de la dette, il était estimé à 650 milliards de FCFA (701 si on ajoute le service de la dette intérieure), soit 46% des exportations en 1994. Pour se faire une idée tout à fait complète de la charge qu’une telle dette représente pour une économie comme celle de la Côte d’Ivoire, il suffit de dire que si on la répartissait également sur la tête des 12 millions d’Ivoiriens, chacun d’entre eux aurait à payer 700.000 FCFA, alors que le pib par habitant n’excède pas 370.000 FCFA !

 

Lorsque, à la surprise générale, Duncan et son équipe de technocrates à peine remaniée furent reconduits le 26 janvier, on avait cru que c’était à cause de leurs succès. On ne change pas une équipe qui gagne ! Mais, depuis la dernière réunion du bureau politique du PDCI le 26 mars, on sait, de la bouche même du président Bédié, que cette décision n’était, pour ainsi dire, qu’un pis aller : « Notre tâche après les élections était de colmater les fissures. Il ne fallait pas ajouter d’autres fissures au sein du gouvernement. Il fallait jouer sur la continuité pour la mise en orbite des actions du gouvernement ». Même si le propos n’implique pas nécessairement un jugement négatif de l’action de l’actuel Premier ministre, il n’en est pas moins de nature à conforter dans leur pessimisme ceux qui, déjà, se doutaient que, depuis sa promotion comme Premier ministre, le 10 décembre 1993, en remplacement d’Alassane Ouattara, son ancien patron de la BCEAO, qui l’avait d’ailleurs ramené dans ses valises pour être son ministre délégué chargé de l’Economie et des Finances, la vraie fonction de Duncan a été de neutraliser cette importante position de pouvoir, le temps pour Bédié de ramasser dans sa main tous les moyens de le pourvoir à sa convenance.

 

Ce temps approche. En octobre se tiendra le premier congrès ordinaire de l’ère nouvelle, le dixième de l’histoire du PDCI, et qui, annonce-t-on, « marquera un tournant décisif ». Déjà la dernière réunion du bureau politique a été l’occasion pour le président Bédié de s’affirmer comme le seul vrai patron d’un PDCI dont la cohésion a été, semble-t-il, sérieusement mise à mal pendant le long marathon électoral. Le tournant d’octobre le mènera-t-il à agir de même avec le gouvernement ?

 

Marcel Amondji

(Le Nouvel Afrique Asie N°80, mai 1996)

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 15:07

Vingt ans après, le même scenario…

Qui donc tient tant à nous brouiller avec le Ghana ?

 

La tentative d’enlèvement de l’ancien ministre Justin Katinan Koné à l’aéroport d’Accra en vue de le livrer aux sbires du régime fantoche d’Abidjan, ressemble comme une goutte d’eau à une autre tentative de la même nature survenue vers la fin de l’année 1992, une année particulièrement riche en traquenards ourdis par le gouvernement alors dirigé par Alassane Ouattara contre l’opposition légale. Il s’agit de l’enlèvement du professeur Marcel Etté. Planifié à partir de la Côte d’Ivoire ­– ce qui ne veut pas nécessairement dire : « planifié par des Ivoiriens pur jus ! » –, ce complot aussi fut déjoué in extremis, grâce notamment à la vigilance des autorités frontalières ghanéennes.

J’ai retrouvé l’article que « Téré », l’éphémère organe du Parti ivoirien du travail (Pit), consacra en son temps à cette rocambolesque affaire ; je le livre à nos lecteurs comme une pièce à conviction et comme un indice pour orienter la recherche des éventuels commanditaires de ces actes de piraterie.

Il est particulièrement intéressant de comparer l’article de « Téré » traitant de l’affaire Etté avec celui que « Le Nouveau Courrier » vient de consacrer à l’affaire Katinan. A vingt ans de distance, l’histoire semble vouloir se répéter à l’identique. C’est que, très probablement, ceux qui étaient à la manœuvre en 1992 et ceux qui sont à l’œuvre aujourd’hui, sont des gens la même sorte, agissant pour les mêmes intérêts, et n’ayant rien à voir avec les Ivoiriens ni avec la Côte  d’Ivoire, même s’ils poussent toujours devant eux des Bakayoko, des Ahoussou, des Kouadio, des Konan et des Ouattara comme au temps du gouverneur Angoulvant.

Marcel Amondji 

 

 

Koné Katinan, un enlèvement illégal qui a fait pschitt ?

Le Nouveau Courrier 26 août 2012

  

Koné Katinan Justin, porte-parole du Président Laurent Gbagbo, accompagné de l’avocate Lucie Bourthimieux, a séjourné en Afrique du sud du 19 au 24 août 2012, muni d’un visa régulier. Il y a eu des contacts très fructueux dans le cadre de la mission que lui a confié Laurent Gbagbo. A l’issue de son voyage il est arrivé à l’aéroport International d’Accra Kotoka par un vol régulier de la compagnie aérienne South African Arways. C’est à sa sortie de l’aéroport, après toutes les formalités usuelles et dans l’attente de son chauffeur que Koné Katinan a été interpellé par des policiers dont découvrira par la suite qu’ils sont de Interpol Ghana. Ces derniers, notoirement dans un deal avec le pouvoir Ouattara, à l’insu des autorités ghanéennes, ont voulu remettre Katinan dans l’avion pour le livrer à Abidjan comme ce fut le cas du Commandant Anselme Séka Yapo depuis l’aéroport de Lomé.

L’avocate Lucie Bourthoumieux s’y est opposée de manière très ferme et a clairement indiqué aux que la destination finale de son client était Accra et non Abidjan. C’est sur ces discussions que l’affaire atterrit à la police de l’immigration de l’aéroport et ensuite au BNI (Bureau National d’investigation )… DST ghanéenne. Là-bas, tout le monde est surpris par ce qui apparait visiblement comme un enlèvement organisé par le pouvoir ivoirien avec la complicité manifeste de certains policiers du Ghana. On parle même d’une affaire de gros sous.

L’on comprend pourquoi c’est précisément d’Abidjan qu’on apprendra en «exclusivité» l’arrestation de Katinan et son extradition imminente sur Abidjan comme le signale Le Patriote, journal porte-voix du pouvoir dans son édition du Samedi 25 août 2012. On a même signalé une grande effervescence faite de joie, d’affrètement d’avion spécial et de l’avènement du doyen des juges d’instruction du Tribunal d’Abidjan pour finaliser à Accra, les formalités judiciaires pour l’extradition illico presto de Koné Katinan, présenté comme un « activiste pro Gbagbo pour qui sonnait la fin de cavale ». Cette fausse information relevant purement de l’intoxication gouvernementale a malheureusement été reprise par les médias internationaux AFP, BBC, RFI et autres. Aucun avion, aucun juge n’a été aperçu dans la capitale ghanéenne. Le Ghana qui est un pays respectueux du droit et particulièrement jaloux de son indépendance et de sa souveraineté ne s’est jamais senti ni concerné ni influencé par les agitations du pouvoir Ouattara.

Après le week-end, Koné Katinan sera surement libre de ses mouvements bénéficiant de la protection constitutionnelle de l’Etat ghanéen en sa qualité de réfugié politique. En effet la Constitution ghanéenne, renforcée par des lois pertinentes, interdit formellement et de manière explicite l’extradition d’un réfugié surtout pour des motifs politiques.

Après le coup foireux de Katinan présenté en son temps par Ouattara himself comme étant au centre d’une négociation avec le président camerounais Paul BIYA en vue d’une extradition, voici de nouveau une rocambolesque affaire d’enlèvement crapuleux qui échoue une fois de plus de la manière la plus lamentable.

 

(Source : Connectionivoirienne.net 26 août 2012)

 

 

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Etté Marcel enlevé par qui ? et pourquoi ?

Téré n°14, 3 novembre 1992

 

 

La Côte d'Ivotre est un Etat bien curieux qui se permet d'enlever d'honnêtes ivoiriens en territoire étranger. Au mépris de toute clause d'extradition. Au moment où le Ghana vit à L'heure des élections présidentielles ; qu'il a d'autres chats à fouetter qu'à livrer des armes à l'opposition ivoirienne pour déstabiliser un régime aux abois, l'enlèvement d'Etté Marcel à Accra relèved'un non-sens . Dans cette ridicule mais rocambolesque affaire pilotée de main de maître par James Scott, l'agent double, il faut savoir raison garder.

Que s'est-il passé ? 

Le 12 Juillet 1992, Monsieur Paul Tedga écrit au professeur Etté Marcel, secrétaire général du Synares pour une participation à la rédaction d'un ouvrage collectif sur les universités africaines du XXIe siècle. Cet ouvrage qui sera édité par les éditions L’Harmattan et qui est actuellement suivi par Mme Monique Chasmovian, directrice littéraire. Pour cela Etté Marcel a reçu la mission d'écrire le chapitre 07 du livre sur les rapports entre les universités africaines et les pouvoirs politiques africains, en tant que universitaire et grand dirigeant syndicaliste. Le communiqué de Presse adressé aux journaux par le Pr. Etté Marcel souligne bien qu'il y est pour des interviews et des enquêtes dans le but de finaliser son chapitre. Le livre doit être  prêt avant fin 1992 et doit paraître en 1993. Voici les faits !

James Scott : un agent double 

Le 04 Octobre 1992, James Scott, espion ghanéen à Abidjan, celui-là même qui a dirigé l'orchestre de la RTI et qui est en réalité un agent double, puisqu'il s'est fait racheter par la Côte d'Ivoire, donnant des informations au Ghana, à Rawlings (son ami d'enfance) et à Houphouet, intervient. A bord d'une peugeot 205 immatriculée AN 5225 CM, et avec l'aide d'une cammarilla à la solde du Pdci, (policiers ghanéens ? ou loubards ?) au nombre de 5 personnes, ils enlèvent Etté Marcel pour le ramener en Côte d'Ivoire. A la frontière la police ghanénne les coince et saisit le gouvernement ghanéen qui les fait ramener à Accra. Il faut signaler que d'Accra à Elubo il n'y a pas de poste de police pendant la journée. Un malfrat réussit à prendre la fuite. James Scott, l'espion double visage, et les autres sont emprisonnés et l'ambassadeur des Etats-Unis au Ghana son excellence Kenneth Brown est saisi aussitôt de l'affaire. Etté Marcel aux mains et sous la protection de Rawlings, les agents de la sécurité ivoirienne qui attendaient à la frontière rentrent bredouille. Que se serait-il passé si la bande à James Scott avait pu ramener Etté Marcel en territoire ivoirien. Encore un complot qui aurait été sûrement et rondement mené. N'est-ce pas là une intrigue pour salir Jerry Rawlings en cette période d'élection ou le Pdci, semble-t-il, soutient un candidat opposé à Rawlings ?

L'opposition n'a pas intérêt à ne pas ouvrir les yeux. Le complot guette. Si l'opposition doit s'armer, ce nest sûrement pas un homme aussi connu et aussi populaire qu'Etté Marcel qui s'en ira chercher les armes au Ghana.

 

N'Guetta Kouamé

(Source : Archives personnelles de Marcel Amondji)

 

 

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Une bien étrange circulaire

 

Lors de l’affaire Etté, il y eut en France un début de campagne d’intoxication de l’opinion publique visant à reproduire l’effet Biafra, c’est-à-dire : à dresser les milieux progressistes de France contre le gouvernement ghanéen et le président Rawlings comme on avait réussi, en 1976, à les dresser contre les autorités légitimes du Nigeria contre lesquelles la France menait une guerre non déclarée sous le masque d’une soi-disant révolte nationale des Ibos. On trouvera, ci-dessous, la très étrange lettre-circulaire qu’une certaine Catherine Choquet diffusait à l’époque avec le même zèle que les propagandistes de Foccart… Il faut lire ce texte avec la plus grande attention ! C’est une autre pièce à conviction et un autre indice précieux pour qui veut vraiment chercher à connaître les tenants et les aboutissants de l’affaire en cours. On y voit, inscrite en toutes lettres, l’intention pernicieuse de détourner l’attention des vrais coupables et de leurs commanditaires en accusant le président Rawlings et son gouvernement d’avoir ordonné l’arrestation de Marcel Etté pour d’obscures raisons politiciennes, et même de l’avoir peut-être déjà « liquidé »…

Marcel Amondji 

 

 

Catherine CHOQUET

Fax 1.42.72.34.59

Tel 42.78.33.22 bureau

Tel 42.02.54.92 domicile

 

Paris, le 23 octobre 92

 

Hier matin, j'avais contacté Mme Etté en lui demandant que son fils m'appelle le plus tôt possible d'un autre endroit que leur domicile. Hier soir vers 19 h., j'ai reçu deux appels de Michel Etté (fils de Marcel et frère de Jean) actuellement à Abidjan.

Je lui ai demandé qu'il nous fasse parvenir le maximum d'informations sur son père et son frère, par fax. J'ai donc reçu ce matin, une lettre de Madeleine Etté dont vous trouverez le texte ci-dessous. (J’ai dû refaire la dactylographie, l’original reçu étant peu lisible.)

Les discussions que j'ai eues avec Michel Etté donnaient les informations qui figurent dans la lettre de sa mère. Il évoquait certaines possibilités : Actuellement le Ghana est en pleine campagne pour les élections présidentielles. La Côte d'Ivoire finance les opposants à Rawlings. Marcel et Jean Etté pourraient donc être en résidence surveillée « sous protection » de Jerry Rawlings soit parce que ce dernier souhaiterait obtenir des informations sur la pénétration de son armée par les services ivoiriens, puisque des complicités semblent avoir joué entre la FIRPAC et des militaires ghanéens pour l'arrestation des deux hommes ; soit une négociation pourrait être en cours entre autorités ghanéennes et ivoiriennes, du genre « je vous remets ces hommes, et vous arrêtez de financer mon opposition ». Bref tout est possible, y compris le fait que ces personnes aient déjà été liquidées...

Dans sa lettre Mme Etté fait allusion aux notables de la région de Niablé qui sont intervenus pour empêcher que Marcel et Jean Etté soient remis à la FIRPAC. Michel Etté m’a précisé que la région de Niable était sous contrôle du FPI (Front populaire Ivoirien).

Il est absolument vital d'intervenir auprès des autorités  ghanéennes pour obtenir des informations sur l'état de santé de ces personnes, sur les raisons de leur « arrestation » et de leur maintien en détention ou résidence surveillée.

Si vous faites une déclaration (télégramme, télex ou autre) merci de m'en transmettre copie pour que je puisse passer l'information à Mme Etté. Si vous entrez en contact avec elle, attention son téléphone est sous surveillance et il y a des risques pour elle et sa famille. Je rappelle que toute la famille Etté a la double nationalité française et ivoirienne.

Avec mes remerciements pour votre aide. 

  

(source : Archives personnelles de Marcel Amondji)

 

 

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Vingt ans ! Beaucoup de nos concitoyens aujourd’hui majeurs n’etaient que de très jeunes enfants au moment de ces faits et sans doute la plupart ignorent-ils qui est Marcel Etté et ce qu’il représentait ;  et ceux qui étaient déjà en âge de le savoir l’ont peut-être oublié ; un bref rappel me paraît donc nécessaire.

Au moment du « Printemps ivoirien », au tout début des années 1990, Marcel Etté était la figure emblématique de l’opposition au système de parti unique. L’année précédente, lors des Journés nationales du dialogue, au nom du Syndicat national de la recherche et de l’Enseignement supérieur (Synares) dont il était le secrétaire général, il avait prononcé un véritable réquisitoire contre le régime. Ce qui l’avait rendu très populaire. Mais cela lui avait aussi valu la haine implacable de nos ennemis. Personnalité éminemment consensuelle et universellement appréciée pour son intégrité, Marcel Etté apparaissait comme le candidat idéal de l’opposition au moment où la formation d’un vrai gouvernement d’union nationale apparaissait à tous comme le seul moyen de sortir définitivement de la crise du système politique issu de la soi-disant décolonisation. Il n’est pas interdit de penser que ceux qui tentèrent d’enlever Marcel Etté et, peut-être, de l’éliminer physiquement, visaient avant tout à empêcher qu’un tel processus puisse être conduit jusqu’à son terme.

Les circonstances, ainsi que l’histoire personnelle de Justin Katinan Koné sont certes différentes. Mais l’avantage que se procureraient ses persécuteurs est du même ordre que celui qu’escomptaient les ravisseurs de Marcel Etté : le capturer en vue de le réduire au silence, c’est, pour les vainqueurs du 11-Avril 2011, éliminer un témoin des plus gênants. Souvenez-vous de Désiré Tagro, de Phillipe Rémond, d’Yves Lambelin…, tous lâchement assassinés non pour ce qu’ils avaient fait, mais pour ce qu’ils savaient du vaste complot ourdi par leurs assassins en vue d’installer Alassane Ouattara au pouvoir.

Pour conclure (provisoirement) ce dossier, voici un extrait de l’article que j’avais consacré à l’affaire Etté dans Le Nouvel Afrique Asie N°40 de janvier 1993.

Marcel Amondji

 

 

UNE TENEBREUSE AFFAIRE

 

  

 

Bien curieuse affaire que celle au centre de laquelle se trouve le professeur Marcel Etté, le secrétaire général du SYNARES, depuis le 20 septembre dernier. D’autant plus que cette affaire ne semble pas avoir soulevé beaucoup d’émotion dans les milieux politiques et syndicaux d’un bord ou de l’autre. D’autant plus, aussi, qu’elle eut lieu dans une période où on pouvait constater de très nombreux signes de détente entre le pouvoir et d’autres opposants dont pourtant on le dit proche. Parti au Ghana le 20 septembre « dans le cadre d’une enquête pour la rédaction d’un ouvrage collectif » sur les universités africaines du XXIè siècle – une idée de Paul Tedga, dit-on –, son absence ne devait pas d’abord excéder le temps d’un week end ; mais, à l’heure où ces lignes sont écrites, le professeur Marcel Etté n’a toujours pas rejoint son domicile. On sait néanmoins qu’il se trouve à Accra et qu’il est, en principe, hors de danger.

Dès le début du mois d’octobre, la rumeur d’une tentative d’enlèvement du leader syndicaliste pendant son séjour à Accra envahissait Abidjan. Pourtant, ce n’est qu’à la fin du même mois, dans sa livraison du 31 octobre-1er novembre, que l’officieux Fraternité Matin donna corps à cette rumeur dans une manchette ambiguë en forme d’affichette : « "Tentative d’enlèvement" du S. G. du SYNARES ? Marcel Etté jamais inquiété. Le S. G. du SYNARES déclare à l’AFP s’être réfugié au Ghana suite à une tentative d’enlèvement. Le gouvernement dément et déclare que M. Etté est libre de tout mouvement en Côte d’Ivoire et ailleurs. » Restée muette jusque là, la presse d’opposition s’empara alors de l’affaire, mais avec une sobriété et un détachement qui peuvent surprendre, quand on se rappelle les nombreuses chroniques passionnées que, à peine un mois plus tôt, les mêmes journaux et parfois les mêmes journalistes consacraient à la ténébreuse « affaire Drobo II », du nom de ce guérisseur ashanti qui prétendait détenir le secret de guérir le SIDA !

Dans ses livraisons des 3 et 4 novembre, le quotidien La Voie (proche du FPI) publia une interview du professeur M. Etté dans laquelle ce dernier dément le démenti du gouvernement en faisant le récit détaillé de sa mésaventure des 4, 5 et 6 octobre à Accra et à la frontière ivoiro-ghanéenne, face à la localité de Niablé. Attiré d’abord dans un guet-apens à l’intérieur d’une villa discrète, séquestré ensuite dans un local du centre-ville par des hommes armés, il fut emmené le lendemain jusqu’à la frontière, en un point où s’étaient rassemblés des « policiers, gendarmes et militaires » ivoiriens assez peu discrets et même provocants. Là, le voyage fut interrompu parce la méfiance des autorités frontalières ghanéennes avait été alertée par cette activité inhabituelle, et par l’impossibilité où se trouvèrent les ravisseurs de prouver par des pièces officielles qu’ils exécutaient un ordre d’une autorité ghanéenne. C’est à cela que le secrétaire général du SYNARES doit aujourd’hui d’être encore au Ghana, libre, retenu seulement, assure-t-il, pour les besoins de l’enquête diligentée par les autorités ghanéennes. Quant à ses ravisseurs, ils auraient été emprisonnés.

On doit rapprocher de cette affaire un incident survenu à l’aéroport d’Abidjan le 27 septembre dernier, et qui alimenta des rumeurs d’après lesquelles l’un des fils du professeur M. Etté avait été arrêté alors qu’il transportait une bombe dans sa valise. Ce jour-là, l’appareil d’Air Ivoire en provenance d’Accra fut fouillé de fond en comble. L’un des passagers fut sauvagement malmené ; c’était un Métis, mais ce n’était pas un Etté… A quelques jours près, le coup était réussi pour autant, bien entendu, que ce fût lui qu’on chercha à piéger : l’un des fils du professeur M. Etté était allé au Ghana avec son père le 20 septembre, puis il était revenu à Abidjan, mais c’était avant le 27…

Le professeur M. Etté n’écarte pas l’hypothèse d’une machination tramée autour de sa personne. Il paraît au moins vraisemblable que, entre le 20 septembre et le 6 octobre, quelqu’un a bel et bien tenté de l’impliquer à son insu dans une situation compromettante, et que l’entreprise ne manqua son but que grâce à une série de hasards. Encore que, hypothèse la moins sauvage, si le but n’était que d’écarter momentanément un personnage gênant sans nécessairement attenter à sa vie, ce résultat puisse s’analyser comme un succès : la prolongation sine die du séjour du secrétaire général du SYNARES à Accra n’équivaut-il pas à un exil forcé ? Et c’est à ce moment où, de toute évidence, la vie politique aborde un important virage, peut-être vers la formation d’un gouvernement intégrant des personnalités de l’opposition politique et syndicale.

(…).

 

Marcel Amondji

(Source : Archives personnelles de Marcel Amondji)

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 14:26

Les problèmes auxquels la justice ivoirienne est confrontée en ce moment sont inquantifiables. Le palais de justice d’Abidjan-Plateau est le lieu par excellence où le sombre tableau des difficultés qui caractérisent cette justice s’étale au grand jour.Tenez, en matière pénale, où la liberté du prévenu ou de l’accusé ne tient très souvent qu’à l’humeur d’un juge, le tribunal ne dispose pas, depuis belle lurette, d’interprêtes assermentés pour mettre au même niveau de compréhension les juges et le(s) mis en cause lors du procès. «L’Eléphant», qui suit de près les audiences correctionnelles afin d’observer les conditions dans lesquelles la justice statue sur le sort des individus présumés innocents d’une infraction, a pu se rendre compte de ce déficit d’interprêtes dans un « grand palais de justice » comme celui d’Abidjan-Plateau. Voyez  vous-mêmes. Le mardi 29 mai 2012, il est 14 heures 45 minutes lorsque la prévenue Cissé Nassénéba, poursuivie par le parquet pour escroquerie, est appelée à la barre pour répondre de ses actes. Le hic, c’est que la mise en cause, arrêtée en face du juge pour se défendre, ne comprend pas un traître mot de la langue de Molière. Elle ne s’exprime uniquement qu’en malinké, dialecte qu’évidemment, les membres du tribunal ne comprennent pas. Le président du tribunal demande alors de l’aide dans la salle une première fois. Mais personne ne réagit. Cissé Nassénéba est donc priée de regagner le box des accusés à nouveau en entendant qu’un interprête de circonstance soit trouvé. C’est finalement après avoir jugé cinq (5) autres prévenus que le juge rappelle de nouveau la dame à la barre. « Y a-t-il quelqu’un dans la salle qui pourrait nous aider à traduire les propos de la prévenue ? », interroge encore le président. Une dame volontaire pour qui ce dialecte n’a aucun secret se lève dans le public pour venir jouer le rôle d’interprète de circonstance. Sur la traduction de cette dernière, la prévenue est déclarée non coupable. Mais la recherche d’un traducteur assermenté n’a guère préoccupé les responsables du tribunal. Car, trois mois plus tard, l’on revivra la même situation dans le même tribunal. Le mercredi 22 août 2012, à notre passage, à 12 heures 00, au même endroit pour le suivi des audiences correctionnelles, la situation de deux prévenus (nous n’avons pas pu avoir les noms pour défaut d’affichage) d’origine ghanéenne appelés à la barre pour s’expliquer sur les faits qui leur sont reprochés par le procureur, a attiré notre attention. Devinez ! Les deux individus, anglophones, ne comprennent que l’anglais et le juge, lui, ne connaît que vaguement, quelques mots de la langue de Shakespeare. Conséquence donc, il va retourner dans le box des accusés dans l’hypothétique espoir qu’une personne de bonne volonté accepte encore de jouer gratuitement le rôle d’interprète. Il n’y a eu aucun volontaire pour traduire les propos des prévenus. Et les malheureux n’ont pu être jugés. Dossier renvoyé à une autre date. Et peu importe ce que cela peut coûter aux prévenus. « Y a-t-il un traducteur volontaire dans la salle » ? Comment veut-on faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent à l’horizon 2020 avec une justice pareille ?

 

Noël Konan

Titre original : «Y a-t-il un interprète volontaire dans la salle ? »

 

EN MARAUDE DANS LE WEB

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l’unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu’ils soient en rapport avec l’actualité ou l’histoire de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens, et aussi que par leur contenu informatif ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».

le-cercle-victor-biaka-boda

 

source : L’Eléphant déchaîné 31 août-3 septembre 2012

 

 

EN GUISE D’ILLUSTRATIONS…

 

Au tribunal de Dimbokro : parler français ou aller au violon

 

Triste mercredi pour Koffi Kouassi Jean. Venu témoigner sur le litige forestier qui oppose son village à la société Beuglot Frères, il n'a pas eu le temps de déposer à la barre du tribunal de Dimbokro. Sur ordre du président Teny Gbayero, il a été conduit au violon. Tout simplement parce que le témoin a émis le voeu de parler dans sa langue maternelle qu’est le baoulé.

« Gardes, menottez-le et faites-le sortir de la salle ! On s’occupera de lui après. » C’est la suite de la requête : « Monsieur le président, mon français n’est pas bon. Je préfère parler en baoulé » formulée par le témoin Koffi Kouassi Jean. Les surveillants pénitenciaires se sont emparés de lui pour le conduire au violon. 

L’audience s'est tenue sans ce témoin venu d’Aboutoukro (84 Km) sur convocation du tribunal.

ton du tribunal. Le geste du magistrat a créé un  désordre momentané dans la salle. « Est-ce qu’on est obligé de perler dans une langue qu’on ne maîtrise pas ? ». « Nous ne sommes pas des Blancs. » «Le juge veut nous intimider», entendait-on ici et là dans la salle.

M.Koffi Kouassi, dit Aboutou, le principal inculpé, quqlifie la réaction du président du tribunal de Dimbokro de « logique par rapport à la négligence que celui-ci affiche vis-à-vis du problême forestier. Il ne peut pas agir autrement quand it pense que c'est par le fruit du hasard que les arbres abattus

se sont retrouvés dans nos plantations. Et que les arbres ne sont pas notre propriété, pourtant quand il y a la sécheresse, c'est nous qui en souffrons d'abord », a-t-il conclu.

Koffi Kouassi Jean a donc payé 2000 F de frais de transport pour se retrouver en prison. Parce qu’il ne peut pas s’exprimer dans la langue de Molière. Alors que devient le poste du traducteur du tribunal de dimbokro ? Violente question.

 

Doua Gouli - Ivoir’Soir 15,16,17 décembre 1995

(source : Archives Marcel Amondji)

 

 

 

« Souvenirs d’un enfant de Bingerville »*

« Avant d’aborder l’apprentissage du fran­çais, la plupart des écoliers de notre pe­tite ville étaient déjà des polyglottes, pour ainsi dire, congénitaux. Nous parlions tous, outre notre langue maternelle, le baulé et le bambara ou dyula. Tout au moins, les formes rudimentaires dans lesquelles ces deux idiomes s’étaient répandus dans toute la colonie sur les traces des conquérants, et s’étaient imposés comme langues d’usage, notamment sur les marchés. Cela n’est vrai, naturellement, que de ceux dont la langue maternelle n’était ni le baulé ni le bambara. Les autres n’avaient besoin de connaître que l’un ou l’autre de ces deux idiomes. Ainsi, nous avions tous deux ou trois langues naturelles, une pour la mai­son, une ou deux autres pour la rue. Ces langues, nous les avions apprises Dieu sait comment. Sans effort et sans fatigue en tout cas. Et, naturellement, nous en usions sans nous préoccuper le moins du monde ni de leurs beautés, ni de leur richesse, ni de leur efficacité expressive. On nous aurait aisément persuadés qu’elles étaient vouées à s’effacer dans l’année même devant le fran­çais… Ce qui ne coûte pas d’effort ni de fatigue a-t-il une valeur et mérite-t-il qu’on y tienne ?

Quant au français... Ah ! le français !...

Chacun de nous conserve dans le vif de sa mémoire les jalons de ses progrès, les stigmates des ef­forts soutenus pour passer d’une étape de ce dur apprentissage à l’autre, et des coups endurés, les cicatrices de sa vanité blessée un jour où il fut le seul de sa classe à tomber dans un subtil piège grammatical que tous les autres avaient éventé... Mon pauvre oncle avait bien tort de s’in­quiéter en nous voyant tellement heureux autour du syllabaire ébrié ! Il n’y avait au­cun danger que nous renoncions à conqué­rir un bien si précieux quelque souffrances que cette aventure nous promît.

Tout ce que nous éprouvâmes, l’interprète-catéchiste l’avait certainement éprouvé avant nous. Lui aussi avait couru cette car­rière. Et puis, pour une raison quelconque, il s’était arrêté, et il avait été rejeté sur la touche. Et désormais il faisait ce métier difficile d’interprète, qui avait déjà perdu beaucoup du prestige qu’il eut du temps de l’interprète principal Coffie, dont le nom et le titre, sous des formes à peine altérées, ont passé dans notre langue pour désigner plaisamment les indiscrets et les importuns, ceux qui s’ingèrent dans les disputes qui ne les concernent pas. Grâce à quoi nous sa­vons avec certitude que les relations entre les derniers Ébrié libres et nos conquérants ne furent ni simples, ni dénuées d’humour. De notre côté du moins.

Y a-t-il encore un cadre des interprètes dans les fonctions publiques des anciennes colonies ? S’ils ont été conservés, il serait intéressant de savoir à quoi on les utilise aujourd’hui. S’ils ont été supprimés ou si on les a laissé s’éteindre, il serait tout aussi intéressant de connaître les motifs de ceux qui l’ont fait ou permis.

Dans son numéro du 10 février 1998, le quotidien Ivoir’Soir paraissant à Abidjan a rapporté les confi­dences d’un certain Nouplézana Ouattara Drissa, haut magistrat dans cette ville. Depuis on en sait un peu plus sur la manière dont les interprètes ont disparu de nos tribunaux : « L’absence d’interprètes au niveau des ju­ridictions dans leur ensemble est due au fait que cette catégorie de personnes appar­tenait au niveau de la fonction publique, au corps des agents temporaires. Certains même étaient des agents journaliers et les autres ont été atteints par la limite d’âge, les nouvelles règles définies au niveau de la fonction publique ne permettant plus de les remplacer. Par conséquent des postes sont restés vacants. » Reste à nous expliquer pourquoi rien ne fut entrepris en temps utile afin de pourvoir au remplacement de ceux que la limite d’âge avait atteints…

Sous l’appellation de gouverneurs ou de préfets, les commandants actuels sont, certes, des indigènes ou des nationaux. Mais d’une part ils ne parlent pas toujours la lan­gue d’usage de leurs administrés et, d’autre part, la langue nationale officielle de nos pays est le français, une langue étrangère à leurs populations aujourd’hui autant qu’elle l’était hier. Au moins, l’existence d’un cadre officiel des interprètes était la recon­naissance de cet état de fait. En le suppri­mant, c’est une promotion extraordinaire et exorbitante qu’on donne au français. On en fait formellement la langue naturelle du pays ; une langue qu’il n’est pas nécessaire de traduire au peuple. Mais la suppression des interprètes n’abolit pas cette réalité tra­gique : la constitution, les lois, les discours solennels des dirigeants de l’Etat, les procla­mations des partis politiques, les journaux et les traités sont rédigés dans une langue que le plus grand nombre des citoyens ne connaissent pas. Dans ces conditions, com­ment les citoyens connaîtraient-ils leurs droits, et comment s’acquitteraient-ils de leurs devoirs, sans des interprètes qualifiés ?

Les Français qui, excepté le Marcel Griaule de Dieux d’eau[1] (et on sait ce qu’il a fait des confidences d’Ogotemmeli !), n’écoutaient pas les indigènes et ne voulaient qu’être obéis d’eux, avaient une conception ori­ginale de la fonction d’interprète. Ainsi, d’après l’administrateur Marc Simon qui a laissé un livre de souvenirs[2] fort instructif, l’interprète principal Coffie ne connaissait aucune des langues parlées dans la région. C’est dire le peu de cas que les colonisa­teurs faisaient déjà des cultures des indi­gènes, ainsi que des supports naturels de ces cultures, les langues, qu’on dira bientôt ver­naculaires, du latin verna, esclave né dans la maison de son maître ! Même si un Maurice Delafosse s’intéressa beaucoup à ces langues vers la même époque, ce n’est que l’excep­tion qui confirme la règle. D’ailleurs, s’est-on assez gaussé de cet administrateur qui se piquait indûment de linguistique ? Les savants insistaient sur son incompétence en la matière, mais aucun d’entre eux n’alla y voir de plus près. Pensez donc, des idiomes nègres ! Parlez-nous plutôt du sanscrit, de l’araméen, de l’égyptien des pharaons... Les langues parlées par les habitants de ces pays qu’on appellerait un jour la France d’Outre-mer ne présentaient aucune espèce d’intérêt pour les colporteurs et les propagateurs de la civilisation occidentale et chrétienne ! »

  

(*) - Extrait d'un livre de Marcel Amondji à paraître aux Editions Anibwe, Paris.


 

1]- Entretiens avec Ogotemmeli, 1948.

2]- Souvenirs de brousse, 1905-1918. Les nouvelles éditions latines, Paris, 1965.

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 11:33

  

Timeo Danaos, et dona ferentes !

Virgile

 

  

 

Nommé ambassadeur en France, Charles Gomis sollicite le soutien du FPI

 

Le nouvel ambassadeur de la Côte d’Ivoire près la République française, Charles Gomis, a sollicité le jeudi 27 septembre 2012, au cours d'une audience que lui a accordée Sylvain Miaka Ouretto, le soutien du Front populaire ivoirien (FPI) pour réussir la tâche que lui a confiée le président Alassane Ouattara.

L'audience qui s'est déroulée au siège provisoire du parti de Laurent Gbagbo sis à la Riviera-Attoban, a vu la participation du secrétaire général du FPI par intérim, Dr Richard Kodjo, du Pr Sébastien Danon Djédjé et du Pr Tapé Kipré, tous deux membres du secrétariat général du FPI. « L’ambassadeur nous a fait l’honneur de cette visite pour nous annoncer sa nomination en France et demander notre soutien dans la tâche qui sera la sienne de veiller sur les intérêts de notre pays dans l’Hexagone… Nous avons été touchés par cet acte profondément républicain de S.E.M. Charles GOMIS… Au nom du FPI, nous l’avons accompagné de nos sincères meilleurs vœux. La Direction du Parti mettra tout en œuvre pour l’aider à réussir sa mission en France, au nom de tous les Ivoiriens sans exclusive… », a déclaré le président du FPI, Miaka Ouretto, à l'issue de la rencontre.

Selon Dr Richard Kodjo, c'est la première fois qu'un ambassadeur nommé par Alassane Ouattara pose un tel acte. A l'en croire, c'est un acte d'« humilité » qui est « la preuve qu’au-delà de nos divergences politiques, l’intérêt national doit nous emmener à nous asseoir et discuter ». Charles Gomis faut-il le noter, a été nommé récemment ambassadeur de la Côte d'Ivoire en France par le chef de l'Etat, en remplacement de l'ambassadeur Ali Coulibaly, qui occupe désormais le fauteuil de ministre de l'Intégration africaine dans le gouvernement Jeannot Ahoussou-Kouadio.

Hervé Kpodion - L'Inter 29-30 septembre 2012

 

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Le président Miaka Ouretto a raison : ça ne s’est jamais vu nulle part ni à aucune autre époque ! On n’a jamais vu un ambassadeur à peine nommé par son gouvernement et à peine agréé par celui du pays où il doit aller prendre fonction, demander à être adoubé par-dessus le marché par des gens que ces deux gouvernements traitent comme des moins que rien…

La démarche de Charles Gomis allant demander aux dirigeants intérimaires du Fpi de l’aider à réussir sa mission à Paris n’est pas seulement sans exemple dans l’histoire, c’est le type même de ce que l’anglais désigne par le mot « nonsens » : une absurdité, une sottise. Mais c’est plus encore que cela. C’est en soi un acte d’une totale inutilité… Ce qui ne veut d’ailleurs pas dire qu’il est sans utilité pour tout le monde…

Qui est Charles Gomis ? un ouattariste de la première heure, qui fut pour cette raison le ministre des Affaires étrangères de Robert Guéi, et dont le choix comme futur ambassadeur de la Côte d’Ivoire en France relève certainement de la même logique…

Quel genre de bénéfice un tel homme pouvait-il espérer tirer, à titre personnel ou en tant qu’ambassadeur, de son entrevue avec Miaka Ouretto et Richard Kodjo ? Il n’avait pas eu besoin de leur agrément ni même de leur avis pour être nommé par Ouattara ou pour être agréé par Paris. Et il n’a nullement besoin de leur bénédiction pour réussir à Paris. Mais, à supposer que cela lui était absolument nécessaire, par exemple pour se conforter moralement avant d’aborder une tâche pour laquelle il ne se sentait peut-être pas tout à fait de taille, pourquoi a-t-il sollicité seulement le FPI, et pas le RDR, le PDCI, le PIT, etc. ?

Et que gagne dans cette affaire le FPI – que je ne confonds pas avec Miaka et Kodjo, ses actuels président et secrétaire général intérimaires, qui se sont paraît-il sentis tellement honorés par la démarche de Gomis – ? Il n’y gagne rien ! Mais c’est encore trop peu dire… En fait, si l’on considère le moment où cette démarche a eu lieu, non seulement le FPI – je veux dire la masse des militants et sympathisants de ce parti, qui, par la magnifique résistance que, depuis le 19 septembre 2002, ils opposent aux marionnettes houphouéto-françafricaines actuellement au pouvoir ainsi qu’à ceux qui les manipulent, donnent corps et âme à ce sigle – n’y gagne rien, mais encore il court le risque de perdre sa raison d’être, s’il laisse le dernier mot de cette folle histoire à des dirigeants intérimaires apparemment résignés à avaler toutes les couleuvres qu’on leur présente.

L’étrange démarche de Charles Gomis, disais-je, n’est pas sans utilité pour tout le monde. Ceux à qui elle va rapporter gros si elle n’est pas battue en brèche par une réaction adéquate des patriotes conséquents, sont au nombre de deux. L’un, c’est le pouvoir ouattariste, qui a tout intérêt à affaiblir le camp de la résistance patriotique ; qui s’y emploie d’ailleurs par tous les moyens dont il peut disposer. Faut-il rappeler le sort de Laurent Akoun et d’Alphonse Douaty qui croupissent actuellement en prison ; ou celui de Justin Katinan Koné que ce pouvoir fantoche poursuit jusque dans son exil ghanéen ?

Parmi les moyens dont ils usent, il y a la diversion. C’est à quoi sont préposés, par exemple, Charles Konan Banny et son CDVR. A ce propos, il est intéressant de noter que dans le même temps où Gomis courtisait la direction intérimaire résiduelle du FPI, Banny associait dans une même opération médiatique les patriotes Bernard Dadié, Auguste Daubrey et Bernard Tiabas Oulaï, tous trois membres éminents du CNRD, le temple de notre résistance à ce régime qui nous a été imposé à coups de bombes, avec Camille Alliali ou Jean Konan Banny, dont on sait les affinités quasi-congénitales avec l’houphouéto-foccartisme le plus borné, et aujourd’hui, avec sa variété ouattariste.

Ha ! Si le CNRD était soluble dans le CDVR !… Si tous ceux qui subissent quotidiennement les exactions des FRCI et des dozos sous le regard indifférent de l’Onuci et des Français de la « force Licorne » venaient, alignés humblement derrière Charles Konan Banny, s’agenouiller devant le trône de Ouattara, quel triomphe pour ceux qui, tout en prônant la réconciliation, traquent ceux qui ne pensent pas comme eux jusque dans leur exil !

Et pour la France, donc ! Si l’intention du président Miaka Oureto et du secrétaire général Richard Kodjo d’accompagner gentiment Gomis dans son ambassade parisienne était partagée par tous les expatriés ivoiriens vivant à Paris et alentour, qui sont si prompts à manifester contre les agissements des ouattaristes d’ici et d’ailleurs, et s’ils décidaient de cesser de manifester dans Paris et partout ailleurs en France leur soutien à Laurent Gbagbo et aux autres patriotes emprisonnés ou en exil, qui serait bien content ? Connaissant le degré d’implication de la France dans ce qu’on appelle la crise ivoirienne – crise, en réalité, des relations franco-ivoiriennes telles qu’elles ont été ficelées par Foccart sous le masque d’Houphouët – il n’est pas interdit de penser que la caresse de Gomis au FPI et celle de Banny au CNRD participent d’un plan françafricain visant à désarmer moralement le camp de la résistance patriotique.

Marcel Amondji

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 12:55

Bouc émissaire idéal de l’impossible « solution » OUATTARA pour la Côte d’Ivoire, les militants du Front Populaire Ivoirien sont accusés par le pouvoir en place pour cacher l’impuissance de M.OUATTARA face à son incapacité à trouver une solution au problème de l’insécurité dont il a été le géniteur, le nourricier et le tuteur officieux de 2002 à 2010 et le tuteur officiel depuis le 17 mars 2011,date de la promulgation de son ordonnance transformant les FAFN en FRCI et leur donnant l’ordre d’une attaque généralisée dans le pays.

Dr Assoua Adou

En effet le 18 aout 2012, le siège du Front Populaire Ivoirien (FPI) a été attaqué par les Forces « Républicaines » de Côte d’Ivoire suite aux lamentables accusations portées contre le FPI dans la grave crise sécuritaire qui frappe le pays depuis la spectaculaire prise pendant des heures du camp militaire d’AKOUEDO par des individus non encore identifiés.

 

C’est le lieu de rappeler que dans une république censée être dirigée par des républicains, tout fait quelconque qui cause un dommage relève de l’unique responsabilité de ses acteurs formellement identifiés, arrêtés et remis à la justice. Accuser et punir des citoyens supposés parents, amis et alliés des auteurs du délit, relève d’une conception rétrograde aux antipodes de la pensée républicaine.

 

Le FPI, né dans la clandestinité en septembre 1982 a nourrit l’ensemble de ses militants aux méthodes pacifiques de lutte face à la toute puissance du parti unique. Nous sommes parvenus à bout de cette citadelle qui semblait imprenable sans jamais penser à l’usage de la force, l’histoire en témoigne, convaincu que la non violence était le moyen le plus certain de parvenir à un changement consensuel et durable.

 

Pour le Front Populaire Ivoirien qui aspirait à gouverner la Côte d’Ivoire dans une société démocratique, il fallait développer la culture de l’opposition civilisée, pour que, une fois parvenu au pouvoir, l’héritage d’une opposition pacifique prospère. C’était sans compter avec ceux qui ont choisi la violence comme mode d’action politique. Une rébellion préparée de longs mois au Burkina Faso nait en 2002 après un coup d’était manqué et divise le pays en deux avec au nord des chasseurs traditionnels Dozos faisant office de forces de sécurité et de défense et qui, ne leur en demandez pas trop, confondent droit de l’homme et chasse à l’homme.

 

En 2011, face au refus du candidat de la rébellion de se soumettre aux décisions du Conseil Constitutionnel, fidèle à sa méthode de lutte, il prend officiellement la tête de la rébellion et renverse le pouvoir constitutionnel avec des chasseurs traditionnels, des chômeurs, des prisonniers et mercenaires armés par la communauté internationale instrumentalisée par Nicolas Sarkozy et malgré l’embargo sur les armes qui frappait la Côte d’ivoire ainsi que le cessez-le-feu conclu en 2003.

 

Après avoir rempli la Côte d’Ivoire d’armes, de ces chasseurs traditionnels accourus de toute la sous région, de bandes armées et créé un marché officiel de trafic d’armes, le pouvoir est surpris de ce qui arrive à la Côte d’Ivoire et accuse à tours de bras le FPI alors qu’il ne fait que récolter ce qu’il a semé.

 

La coordination FPI accuse M.OUATTARA d’être l’unique responsable de la prolifération d’armes en Côte d’Ivoire et de la culture de la violence comme moyen de revendication.

 

La coordination FPI exprime sa compassion à l’égard de toutes les victimes et leur famille sans distinction qui subissent les conséquences de la turpitude des « démocrates » d’un autre genre.

 

La coordination FPI condamne l’irresponsabilité du pouvoir OUATTARA qui préfère accuser le « sorcier du village » pour cacher sa responsabilité dans l’inoculation, dans le pays, du virus de la haine, de la violence et du tribalisme qui ronge le pays.

 

La coordination FPI en exil exprime son soutient sans réserve à la direction du FPI dans son désir de libérer pacifiquement les détenus politiques en vue d’une vrai réconciliation et de la mise en œuvre consensuelle du programme DDR.

 

La coordination FPI en exil exprime son soutien et ses encouragements militants au Ministre Alphonse Douaty injustement détenu à la DST, haut lieu de torture d’une curieuse démocratie.

 

La coordination FPI appelle la communauté internationale à assumer ses responsabilités face aux dérives de la « démocratie » qu’ils ont installé en Côte d’Ivoire à coup de bombes et d’armes dont les ivoiriens ignorent le mode d’emploi et le traitement des effets secondaires.

 

La coordination FPI en exil exhorte toutes les Ivoiriennes et tous les Ivoiriens du nord du sud de l’est de l’ouest et du centre à œuvrer pour l’instauration d’un État de droit en Côte d’Ivoire.

 

 

Pour la coordination FPI en exil, le coordonnateur et porte parole :

Dr ASSOA ADOU

Source : infodabidjan  August 21, 2012

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 15:28

« …tout le monde, y compris mes camarades d’HEC, se demandent pourquoi je m’entête à rester en Afrique, alors que j’aurais pu opter pour une brillante carrière internationale (…). C’est difficile à comprendre (…) …seuls ceux qui ont la foi peuvent comprendre pourquoi je l’ai fait. Néanmoins je voudrais vous donner quelques explications.
Tout d’abord, notre vie sur cette terre est très courte. Personne n’est éternel. Ce qui signifie que les biens terrestres ne nous servent à rien à notre mort. Alors, cela ne sert à rien de vouloir les accumuler au-delà de nos besoins. C’est pourquoi chacun de nous doit tout faire pour soulager les souffrances des autres, car si nous aimons Dieu que nous ne voyons pas, nous devons également aimer notre prochain que nous voyons tous les jours. Et dans ce cas, "il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de sacrifier sa vie pour ses amis" (Jean 15, verset 13). Or vous êtes plus que des amis, vous êtes mes frères. C’est pourquoi j’ai accepté de supporter, durant mes 20 années de combat, tous les sacrifices qui sont parfois très lourds, mais qui sont nécessaires pour que mes frères puissent bénéficier des richesses que Dieu a mises à leur disposition. C’est cela le sens de mon Combat !
(…) si nous écoutons Dieu, nous aurons son aide divine pour accomplir le 2e Miracle Ivoirien. (…). En revanche, si nous refusons d’écouter Dieu, en refusant sa solution, alors les calamités vont continuer à s’abattre sur nous. Et l’histoire de l’humanité nous a montré de multiples exemples… J’ajoute que, depuis 20 ans, Dieu m’a mis à cœur (sic) pour faire comprendre à mes frères Ivoiriens que Dieu a choisi la Côte d’Ivoire pour être le "Japon de l’Afrique", c’est-à-dire pour servir de modèle de développement aux autres pays africains, afin que tous les Africains deviennent tous prospères. »
(propos recueillis par Assalé Tiémoko, L’Eléphant déchaîné 1er au 4 juin 2012)


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Ce n’est pas sans surprise ni sans inquiétude que j’ai lu, dans L’Eléphant déchainé (01-04/06/2012), l’interview du nommé Thierry Tan  par Assalé Tiémoko, dont j’ai tiré ces extraits… En fait il ne s’agit pas d’une interview originale, et elle n’est même pas récente ; c’est le recyclage d’un texte paru dans L’Inter le 24 janvier 2008, sous la signature de Charles d’Almeida ; texte que ce dernier lui-même avait repiqué à partir d’un CD mis en circulation par Thierry tan sous le titre de « Ma vision pour la Côte d’Ivoire ». La soi-disant interview de T. Tan par Tiémoko Assalé n’est donc qu’un bidonnage, une escroquerie médiatique. Comme on dit : qui se ressemblent s’assemblent !

Assalé Tiémoko, je crois bien que c’est ce jeune journaliste dont l’incarcération, sous le régime précédent, avait provoqué une campagne de dénonciation virulente de certaines personnes aujourd’hui fort bien en cours, en particulier l’actuel ministre de l’Agriculture… Espérons que ce n’est pas là un lien de cause à effet.

J’ignore quel âge avait le citoyen Assalé vers 1995-1996 et ce qu’il faisait en ces temps-là. Travaillait-il déjà comme journaliste ou était-il encore étudiant ? Et s’il pouvait avoir ignoré l’escroquerie au long court dont Thierry Tan fut le génial organisateur, et dont on fit grand bruit en partie parce qu’il s’en était fallu de peu que la Bad ne figurât au nombre de ses victimes. Ou s’il a estimé que c’était de l’histoire ancienne, et que l’homme parlant comme un dévot dont il prétendait rapporter les paroles, n’était plus le même homme que l’escroc de naguère. En tout état de cause, donner pour une interview originale ce qui n’est que le repiquage du texte d’autopromotion d’un escroc déjà condamné par la Justice ivoirienne, c’était prendre le risque de se faire complice d’un truand qui, peut-être, est à la recherche de pigeons en vue de son prochain méfait…

En souhaitant qu’il n’y ait eu, en l’occurrence, qu’imprudence ou manque occasionnel de vigilance, je lui dédie, ainsi qu’à tous ceux qui n’ont pas connu cette affaire ou qui l’ont oubliée, cet article qu’elle m’avait inspiré à l’époque.

Le cercle Victor Biaka Boda.


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Cinq ans d’emprisonnement fermes …par défaut, 3 millions de francs d’amende et 150 millions de dommages et intérêts au bénéfice de la Banque africaine de développement (BAD) pour tentative d’escroquerie, faux et usage de faux.
Ce verdict a été rendu le 4 avril par le tribunal correctionnel d’Abidjan, à la grande satisfaction d’un nombreux public et …en l’absence du condamné, un certain Thierry Tan, Français d’origine vietnamienne (ou chinoise) né au Cambodge, et souffrant actuellement d’un très opportun décollement de la rétine impossible à transporter en avion, ce qui lui a évité d’avoir à comparaître en personne. Et pas à lui seulement, sans doute.
Ce Thierry Tan était, semble-t-il, très introduit dans le milieu des dirigeants ivoiriens, peut-être même au plus haut niveau ; mais cela, on ne peut que le supposer par des rapprochements avec maintes autres affaires similaires ou voisines, comme, vers le milieu des années 80, le rapt avec demande de rançon d’un ministre en exercice, dont il semble que la Justice ivoirienne n’eut jamais à connaître, ou le pillage par des proches du palais, de la SOGEFIA, qui mena quelques lampistes en prison le temps qu’on l’oublie. Ce qui semble tout à fait sûr, en revanche, c’est que cet homme, qu’on n’appelle plus aujourd’hui que l’aventurier Thierry Tan, bénéficia alors d’une telle confiance dans ces milieux qu’il fut appelé à conseiller plusieurs ministres.
Au début de l’année 1990, jouant très habilement de cette position forte, il sortit subitement de l’ombre de ses protecteurs en brandissant un mirifique projet de société. En quelques semaines seulement, il réussit à y intéresser des foules de gogos : des hommes politiques (il était, rappelons-le, le conseiller de certains d’entre eux), des hommes d’affaires, des fonctionnaires, des exploitants agricoles, de simples épargnants. Son truc ? Une société, IVOIR-CAFE, constituée en août 1992 en vue de produire du café soluble à partir de grains verts achetés sur place, au capital initial de 150 millions qu’il portera rapidement à 950 millions avec cotation de nouvelles actions à la Bourse des valeurs d’Abidjan (BVA), puis à 1.862.440.000 par voie de conversion de dettes, et dans laquelle il détenait 30,50% des parts. Il avait même réussi à obtenir de la BAD un engagement pour une prise de participation de 68 millions de francs et un prêt de 3,8 milliards. C’est d’ailleurs ce qui le perdra, si je puis dire, car il court encore.
Entre temps, alors que, semble-t-il, la société IVOIR-CAFE n’était même pas régulièrement constituée, elle était néanmoins cotée en bourse. Avec quelles complicités ? Cette dotation apportée par des petits épargnants, des sociétés d’assurance et des groupements à vocation de coopérative (GVC) s’élevait à… 860 millions, que Thierry Tan aurait touchés par l’intermédiaire d’un certain Me Serge Roux, notaire, et qu’il aurait aussitôt virés sur un compte bancaire, en France ou dans un paradis fiscal.
En revanche, sa tentative sur la BAD se heurtera rapidement à la vigilance de cette institution, sans doute parce qu’elle est indépendante des circuits politico-affairistes ivoiriens où ce Tan devait se sentir comme un poisson dans l’eau. En vue d’obtenir son prêt, en guise d’apport personnel, Tan avait présenté une première facture d’un montant de 490.201.524 francs CFA, datée de 1993, pour des travaux effectués au siège d’IVOIR-CAFE, mais à l’entête d’une société, EGESO, qui était, alors, officiellement en cessation d’activité depuis trois mois (des travaux avaient bien été effectués, mais par une autre société, LAVIBAT, dont le gérant, un certain Paulet, avait été le gérant de la défunte EGESO, et pour un coût très sensiblement inférieur : 8.080.000 francs) ; puis encore une deuxième facture d’un montant de 422.244.000 francs provenant d’une société domiciliée au Luxembourg (FINDEVIN), qui aurait aussi effectué des travaux pour sa société.
L’enquête diligentée par la BAD après le constat de ces bizarreries révéla aussi que deux autres sociétés domiciliées l’une à Genève (ROBILAC SA), l’autre à Londres (FIEDLAND), servaient également d’écrans à Tan. C’est ainsi que fut découvert le pot aux roses et que la banque interafricaine, quoiqu’elle n’ait rien perdu dans l’affaire, porta plainte contre l’homme qui voulait l’escroquer. C’est justement le procès qui vient d’être jugé en l’absence du coupable.
Mais, quid des victimes de l’escroc, les actionnaires floués d’IVOIR-CAFE, qui se compteraient par milliers ? Il paraît qu’on s’en occupe, à la mode houphouétiste. Le dossier IVOIR-CAFE était à l’ordre du jour de l’un des derniers conseils des ministres. Toutefois, le gouvernement du président Bédié, qui, au demeurant, n’a fait qu’hériter cet embarras de ses glorieux prédécesseurs, n’envisagerait pas d’action en justice, car ce qui le préoccupe surtout, c’est de sauver le projet nonobstant la défaillance de son indigne promoteur, parce que, assure-t-on, « bien géré, IVOIR-CAFE peut avoir des retombées favorables dans le cadre de la transformation locale des produits agricoles. » D’autre part, les gros sous des victimes de Thierry Tan ne sont peut-être pas perdus à jamais. Simplement, en ce qui les concerne, l’épilogue de cette ténébreuse affaire n’aura pas le palais de justice pour théâtre. Car nous sommes en Côte d’Ivoire. Ainsi qu’un chroniqueur le faisait finement remarquer, « Sous d’autres cieux on aurait, en pareilles circonstances, désigné maintes et maintes personnes, accusées de complicité, pour les vouer aux gémonies. Mais, en Côte d’Ivoire, l’on a toujours réprouvé cette façon de résoudre les problèmes. Ici, il s’agit plutôt de sauver un projet viable et en même temps, les intérêts des épargnants. »
Pas de doute ; La Côte d’Ivoire n’est pas n’importe quel pays. Le bonhomme Thierry Tan le savait bien, lui. Au Diable ! les paranos de la BAD…


Marcel Amondji
(Article paru dans Le Nouvel Afrique Asie N° 80, mai 1996 sous le titre : L’affaire Thierry Tan).

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 16:59

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En marge de la réunion en cours de l’instance dirigeante suprême de l’ancien parti unique aujourd’hui en pleine crise identitaire, voici, à l’intention de ceux de nos lecteurs qui sont aussi des adhérents ou des sympathisants de ce parti – ce n’est pas impossible, et ce n’est pas un péché –, quelques réflexions sur son état vers le milieu des années 1980, qui, à en juger d’après certains bruits qui nous parviennent ces jours-ci du microcosme houphouéto-bédiéiste, n’ont peut-être pas cessé d’être actuelles, et qui pourraient donc les aider à y voir plus clair au moment où se pose la question de la survie du vieux parti sous ce régime dominé par ceux qui, il y a 18 ans, y jetèrent les premiers germes de la division.



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Dans la mémoire collective des Ivoiriens, l'image du Parti démocratique de la Côte-d'Ivoire (P.D.C.I.) doit tout son lustre à ce qu'il fut ou faillit être entre le 9 avril 1946, date de sa création, et le 6 octobre 1950, jour où Félix Houphouët, tirant à sa façon la leçon des graves événements suscités par la provocation du 6 février 1949, mit brutalement fin à ce qu'on peut bien appeler la période héroïque du P.D.C.I.-R.D.A.[1].
Toute étude de la structure, du fonctionnement et du rôle du parti unique actuellement au pouvoir doit commencer par la reconnaissance du fait que, dans son histoire depuis le jour où les Ivoiriens ont pu s'organiser librement, le pays a connu, non pas une, mais deux formes d'organisation politique, quoique sous une seule et même appellation.
En effet, si le parti au pouvoir porte le nom de P.D.C.I., il n'en demeure pas moins vrai que la formation politique déclarée en 1946 sous cette appellation fut pratiquement détruite par l'action du gouverneur Péchoux et par l'inaction de ses propres dirigeants en 1950 et après 1950 ; que ses militants les plus actifs furent persécutés, neutralisés ou assassinés ; que ses dirigeants les plus irréductibles furent bannis de la vie publique pendant de longues années ; et, enfin, en 1956, lorsque ce parti put à nouveau se présenter au grand jour à l'occasion des élections législatives, qu'il ne s'est pas agi d'une résurrection au sens biblique, l'auréole du P.D.C.I. ayant servi à coiffer tout autre chose que le vaste mouvement populaire spontané et résolument anticolonialiste des années 1940. Très exactement c'en était l'antithèse, la négation même, après l'abandon des objectifs qui avaient été ceux de ce mouvement, de ses méthodes de direction et d'intervention, et après le renversement des alliances d'alors. Engagé sur cette pente, il fut inévitablement entraîné à entreprendre des actions conjointes avec les pires adversaires du mouvement anticolonialiste, en particulier, avec les colons français de Côte-d'Ivoire et leurs alliés des partis et organisations anti-R.D.A. Dans les assemblées de Paris, il fut mis au service des partis qui l'avaient combattu en tant qu'il était le parti des vrais patriotes africains.
L'existence de deux périodes bien distinctes de l'histoire du P.D.C.I. est donc un fait évident. La coupure se situe à la charnière des années 1949-1950. De part et d'autre de cette charnière, le sigle P.D.C.I. a incontestablement recouvert deux réalités très différentes.
Il s'agit de réalités historiques ; c'est-à-dire que leur nature n'est pas déterminée par une volonté consciente des hommes qui ont contribué à leur émergence, mais par des conditions diverses dont les plus déterminantes étaient imprévisibles et incontrôlables.
Il serait, bien entendu, naïf de vouloir dissocier le P.D.C.I. en deux essences étrangères l'une à l'autre et parfaitement distinctes, dont l'une appartiendrait à l'ère d'avant et l'autre à l'ère d'après la date fatidique de 1950. Si une telle distinction est certainement utile du point de vue théorique, il ne faut pas, toutefois, perdre de vue que certaines conditions de leur apparition ou de leur existence peuvent être réalisées à des époques différentes. Seules changent les proportions dans lesquelles elles se mélangent aux conditions vraiment spécifiques et singulières. Par exemple, et pour s'en tenir aux seuls faits de conscience en tant qu'ils manifestent le rapport des forces en interaction à un moment donné, l'état d'esprit qui dominait parmi les Ivoiriens avant 1950 n'a pas disparu de la Côte-d'Ivoire d'aujourd'hui. Inversement, l'état d'esprit qui domine aujourd'hui existait déjà à un certain degré avant 1950,
La période héroïque du P.D.C.I. ne recouvre que cinq courtes années sur les quarante ans d'existence de ce parti. Cinq années qui ont incontestablement marqué la Côte-d'Ivoire ; mais ce n'est pas à elles que la vie politique actuelle doit principalement ni, surtout, directement, sa physionomie.
Aujourd'hui, les motivations des responsables et, par conséquent, leur attitude vis-à-vis des masses, sont à l'opposé de ce qu'elles étaient avant 1950.
Le meilleur expert en la matière est F. Houphouët lui-même : « Notre parti, né le 9 avril 1946, héritier du Syndicat agricole africain créé le 10 juillet 1944, ( ... ) avait pour vocation d'exprimer et de défendre nos légitimes aspirations et de rassembler tout le peuple ivoirien, sans distinction de couches sociales, de races ni de religions. Pendant toute la durée de la lutte pour l'indépendance, il est demeuré fidèle à cet idéal. Toutes les volontés étaient tendues vers un objectif précis, qui était de recouvrer notre liberté confisquée et notre dignité bafouée.
« La population était mobilisée comme un seul homme au sein du parti et autour de ses responsables ( ... ) J'ai le regret de devoir dire qu'une fois l'indépendance acquise, nous n'avons pas retrouvé le même dynamisme, la même cohésion, la même mobilisation des esprits et des cœurs. A mesure que se développait le progrès économique et social, s'affadissait l'ardeur combative des militants et militantes et surtout des cadres. Le pur courant de l'idéal se perdait dans le marécage des intérêts personnels et des ambitions égoïstes. Le peuple ne se sentait plus concerné par l'action des dirigeants, ne participait pas réellement à leur choix ; il avait l'impression d'être livré à lui-même, peut-être méprisé par ceux-là mêmes qui ne rendaient pas compte de leur mandat... »[2].
On ne peut pas mieux faire ressortir ce qui fait la différence entre les deux époques du P.D.C.I. !
A la fin des années 1940, au plus fort de l'épreuve de force déclenchée par le gouverneur Péchoux, le P.D.C.I. est le seul parti politique dans lequel la presque totalité des Ivoiriens se reconnaissaient. Dans sa chronique de ce temps, Bernard Dadié signale à plusieurs reprises les visites de soutien que les enfants d'adversaires notoires du mouvement anticolonialiste faisaient aux prisonniers de Bassam. Cet exemple est pour montrer que, sans être des militants ou, formellement, des adhérents, beaucoup d'Ivoiriens s'identifiaient alors dans le P.D.C.I. dès lors qu'ils n'avaient pas de raisons particulières de pactiser avec son principal ennemi, l'administration coloniale française.
Le P.D.C.I. n'était pas alors un parti unique. Même réduits à de maigres comités d'aboyeurs dispersés sur la route des caravanes, il y avait d'autres formations politiques déclarées, regroupant soit des Africains, soit des Français. Ces partis anti-R.D.A. bénéficiaient de l'appui du gouverneur. Pourtant, c'est le P.D.C.I. seul qui contenait toute la force politique efficace disponible en Côte-d'Ivoire !
Aux deux périodes de l'histoire du P.D.C.I. correspondent deux orientations politiques et économiques et, par voie de conséquence, deux projets de société.
Une phrase prononcée par Jacob Williams, l'un des prisonniers de Bassam, définit assez bien l'orientation générale d'avant 1950 : « Nous luttons, nous lutterons contre toute politique d'expansion coloniale des trusts étrangers en Afrique noire française, parce que nous n'avons pas le droit d'aliéner l'avenir politique et économique de notre pays »[3]. Ce n'est pas là, précisément, le principe qui a prévalu au moment des choix politiques et économiques caractéristiques de la Côte-d'Ivoire d'aujourd'hui !
Les déclarations faites en 1950 devant la cour d'assises de Bassam par les dirigeants R.D.A. emprisonnés n'étaient pas des résolutions élaborées par les instances statutaires officielles du P.D.C.I. A considérer la diversité de ces textes et ce qu'ils doivent de toute évidence tant à la personnalité qu'à la qualité de la formation politique de chacun d'eux, il s'agit incontestablement de l'exposé de leurs vues personnelles. Mais, il s'agit de très hauts dirigeants du P.D.C.I., qui avaient dans ce parti une influence de plus en plus grande depuis 1948 en particulier. La plupart deviendront des hommes d'Etat de premier plan ; J. Williams, par exemple, sera le ministre de l'Economie du premier Conseil de gouvernement de la Côte-d'Ivoire.
Le P.D.C.I. était en outre en pleine recherche d'une doctrine. Il ne faut pas oublier qu'il se trouvait alors à seulement quatre années du jour de sa fondation. Quatre années pendant lesquelles la poignée de militants d'avant-garde avaient eu tant à faire dans tous les domaines, et alors que le plus urgent était d'organiser et d'informer la masse des adhérents qui ne cessait de croître.
Il était normal, dans ces conditions, qu'il n'existât pas alors une doctrine officielle univoque, une orthodoxie. On n'en constate pas moins une profonde unité de vue entre les différents orateurs et, sans aucun doute, tous les autres étaient d'accord avec J. Williams sur ce point. Quant à la masse des adhérents et la quasi totalité des Ivoiriens, on ne peut pas douter que les paroles de l'inculpé de Bassam, qui disait d'ailleurs, parler en leur nom, leur sont allées droit au cœur[4].
Avant 1950, les objectifs que visaient la majorité des Ivoiriens ne pouvaient être atteints que par la lutte positive et des actions de masse. C'est cette conviction que B. Dadié exprime en disant : « Nous, au Rassemblement démocratique africain, nous luttons parce que nous savons que les alouettes ne tombent pas toutes seules du ciel »[5].
Pratiquement, le retournement de 1950 revint à biffer, dans un premier temps, le verbe « Lutter » et à le remplacer par le verbe « Capituler » ; et, dans un deuxième temps, à entretenir, avec le thème du « miracle économique », l'illusion que les alouettes tombent du ciel toutes rôties. Dès lors, l'existence d'un parti vraiment capable de mobiliser les initiatives des masses n'était plus jugée nécessaire. Mais, surtout, l'immolation du mouvement anticolonialiste était réclamée par les nouveaux amis du député de la Côte-d'Ivoire.
F. Houphouët ne pouvait pas répudier l'auréole de cette école d'héroïsme désintéressé sans aggraver la suspicion dont il était déjà l'objet de la part de ceux qui étaient avertis de ce qui se tramait. En outre, abandonner ce symbole, c'était laisser aux éléments radicaux qui traînaient la jambe, la possibilité trop belle de relancer quelque jour le mouvement dans sa forme originelle. Les possibilités d'une telle relance existaient bel et bien. En tout cas, les autorités coloniales en étaient persuadées[6] et elles avaient fait savoir qu'elles ne voulaient pas en courir le risque. Ainsi, la fidélité dont F. Houphouët se réclame était à la fois une obligation et une apparence.
L'usage ainsi fait de l'auréole du mouvement anticolonialiste des années 1940 pour couvrir une démarche à rebours de ce courant a été le plus sûr moyen d'en finir avec lui. La fidélité purement verbale à l'idéal du P.D.C.I. n'a été et n'est encore qu'un moyen d'empêcher l'éclosion d'un autre parti qui serait plus justement fondé à s'en réclamer, parce qu'il reprendrait les mêmes objectifs et les mêmes méthodes.
Il était évidemment impossible de maintenir le P.D.C.I. de 1946 tel qu'il est dépeint avec une feinte nostalgie en 1980, en changeant si profondément son principe. Qui plus est, dans les années qui suivirent le « repli tactique », on ne constate pas d'actes concrets qui traduisent chez les dirigeants de ce parti la volonté de cultiver, en les pratiquant les premiers, les vertus qu'ils réclamaient des militants et des cadres subalternes. Bien au contraire, et sans même compter les effets délétères des graves crises internes des premières années 1960, qui n'ont pas dépendu d'une volonté ivoirienne conduite en toute conscience, le recrutement des hauts personnels du parti au pouvoir ne pouvait que le dégrader davantage.
Si le nom de P.D.C.I. a été conservé religieusement après 1950, on ne s'est pas soucié, dix pleines années durant, de convoquer un seul congrès de ce parti, ne fût-ce que pour y donner, publiquement et solennellement, acte aux nombreuses victimes directes et indirectes de la terreur coloniale, du triomphe de leur idéal ! En laissant ainsi se prolonger jusqu'en 1959 la paralysie provoquée par les mesures d'exception instaurées en 1950, on ne faisait, en somme, qu'exécuter le plan anti-R.D.A. à long terme du gouvernement français[7].
Pour bien juger des paroles de F. Houphouët qu'on a citées plus haut, il faut se souvenir que le VIIe Congrès s'est tenu dans le sillage de la « démocratisation », ce coup de poker qui avait libéré des processus dangereux auxquels il ne s'attendait pas et qui rendaient nécessaire et urgente la reprise en main d'un parti qui s'en allait de toutes parts et menaçait de lui échapper. Il s'agit donc de paroles de circonstance. Mais, au-delà du jeu politicien dérisoire, c'est la description fidèle de ce qu'on pourrait appeler le « qui pro quo » ivoirien.
Tout ce que F. Houphouët a dit ce jour-là est rigoureusement vrai. Mais d'une part, c'est incomplet et, d'autre part, aucun des auditeurs ne pouvait ignorer que le président du parti voulait faire porter à d'autres, principalement à Philippe Yacé, un chapeau qui n'appartenait qu'à lui-même.
C'est incomplet, car le principal dirigeant du P.D.C.I. depuis sa fondation passa sous silence les divergences graves qui surgirent en son sein dès 1947[8] et surtout en 1949-1950, pour ne rien dire de la crise de 1963-1965 qui appartient à l'histoire du P.D.C.I. d'après le « repli tactique ».
Ces divergences, d'ailleurs normales (on en voit dans la vie de tout mouvement politique), ne concernaient pas seulement les méthodes de lutte mais aussi les objectifs à court et à long termes. Il est notoire, par exemple, que le principe du « repli tactique » ne fut pas approuvé par la plupart des « compagnons ». Les uns ne s'y sont pliés que contraints par la menace d'être réduits à la misère, comme d'autres militants irréductibles du R.D.A. le furent ailleurs[9]. Les autres pour des raisons diverses, mais qui, en tout cas, n'eurent rien à voir avec la conception qu'ils avaient eux-mêmes de l'idéal politique du R.D.A.
F. Houphouët a imposé, avec l'appui ouvert des autorités coloniales et du gouvernement français, une politique qui impliquait non seulement l'abandon des actions de masse, mais aussi l'abandon du simple militantisme responsable des adhérents du parti. Par la suite, leur rôle s'amenuisera toujours plus dans la vie du parti et dans la vie politique, au fur et à mesure de l'intégration dans la direction du parti, à tous les niveaux, de la plupart des anciens adversaires du mouvement anticolonialiste. C'est ainsi que dans la dernière période, des fondateurs du Parti progressiste ont pu devenir des membres haut-placés du P.D.C.I. sans avoir eu à faire la preuve de leur ralliement sincère aux idéaux que ce sigle recouvre.
Une autre conséquence du « repli tactique », c'est l'importance que la corruption a prise dans la vie politique dès les années 1950. Jusqu'alors, c'était le fait des seuls suppôts du colonialisme. Quant aux militants du P.D.C.I., ils se caractérisaient aussi par leur moralité exemplaire.
B. Dadié rapporte cette anecdote qui devrait trouver sa place, la plus haute, dans un « De Viris… » ivoirien si quelqu'un pensait à l'écrire : « Un gouverneur (...) a essayé de détacher de nous, une de nos camarades femmes, secrétaire générale, en lui promettant une voiture toute neuve, trente mille francs de rente mensuels et des avantages divers. Elle lui répondit simplement : "Ce n'est pas le moment où les femmes de France et du monde entier luttent pour la liberté et la paix que nous, femmes africaines, allons croiser les bras... Depuis vingt ans je marche à pied, je n'ai que faire de votre voiture. Je vis bien sans votre rente. Nous continuerons la bataille à côté de nos frères, de nos pères et de nos maris qu'on arrête et tue". »[10]
A présent, ce sont les hautes sphères mêmes du P.D.C.I. qui sont gangrenées. On ne peut même pas être assuré qu'il n'y a pas une volonté politique à la racine de ce mal. Dès 1956, en effet, la politique était devenu le plus rapide moyen d'enrichissement en Côte-d'Ivoire à condition de se situer dans l'obédience de F. Houphouët. En même temps, l'opposition déclarée à cette ligne politique était aussi devenue le plus sûr moyen de tomber dans la misère ou de s'y enfoncer.
En octobre 1951, lorsqu'il appelait les masses R.D.A. à se rallier à sa politique de collaboration avec le colonat et l'administration coloniale, alors que les vrais patriotes avaient les mains liées, le président du R.D.A. ne faisait ni plus ni moins que supprimer ce qui constituait la force de ce mouvement, c'est-à-dire sa capacité de mobiliser les initiatives des masses en vue de la reconquête de leurs droits que ses nouveaux amis persistaient à leur nier.
Telles sont les actions qui ont entraîné, avec la perte du « pur courant de l'idéal », « l'affadissement de l'ardeur combative des militants et des militantes et surtout des cadres ».
Quant au deuxième point, il est évidemment impossible qu'il y ait eu, sous le secrétariat général de Ph. Yacé, une déviation dont le président du parti ne pût connaître l'existence qu'en en constatant les effets à l'occasion des renouvellements et des innovations électoraux de 1979. Si c'était le cas, les congressistes auraient d'ailleurs pu s'interroger sur sa capacité à servir les multiples fonctions qu'il s'est attribuées ! A quoi sert-il, en effet, d'être si puissant si on peut rester près de vingt ans sans s'apercevoir que vos agents et hommes de confiance vous trahissent ?
En réalité, et encore mieux depuis les curieuses confidences qu'il a faites en avril 1983[11] à l'occasion de la grève des enseignants, on sait bien comment, grâce aux fonds secrets dont Alain Belkiri est le généreux dispensateur[12], grâce aux écoutes téléphoniques, au viol des correspondances, aux filatures policières et aux rapports d'une nuée de sycophantes, le chef de l'Etat contrôle la scène politique et les acteurs qui s'y produisent.
Les congressistes ne pouvaient donc pas douter qu'il a toujours très bien su ce que les fonctionnaires du parti unique faisaient, ni qu'il n'a jugé bon d'y aller de ses critiques générales et vagues, autant dire sans portée politique, qu'à partir du moment où leurs agissements ne servaient plus sa politique de poudre aux yeux, parce qu'ils avaient fini par exaspérer l'opinion publique à un moment où, en outre, l'échec du modèle économique devenait patent.
La nostalgie du « pur courant de l'idéal » et la dénonciation du « marécage des intérêts personnels et des ambitions égoïstes » et, d'une façon générale, ce qui est dit dans la première partie de cette citation qui oppose et compare les pratiques des deux partis homonymes et l'attitude des simples gens à leur égard sous-entend que le P.D.C.I. fondé le 9 avril 1946 possédait les ressources nécessaires pour mobiliser les initiatives responsables des Ivoiriens et que le parti unique actuellement au pouvoir n'en a pas !
Certes, il est vrai que dans les années 1940, les Ivoiriens participaient effectivement au choix des dirigeants et qu'ils se sentaient concernés par leurs actions, comme on le vit si bien à l'occasion des manifestations spontanées de soutien aux grévistes de la faim. Leur adhésion au mouvement anticolonialiste était, selon le mot de B. Dadié, « une association librement consentie ». Il est vrai aussi que le peuple n'était pas méprisé. Témoin la belle formule de J.-B. Mockey : « Pour moi, la force d'un pays réside avant tout dans la conviction qu'ont ses enfants à défendre les droits et libertés chèrement acquis et qui leur appartiennent tous et non point dans celle qu'ils peuvent avoir à se faire les complices du maintien de privilèges de classe. Bien plus, je suis convaincu que sans le peuple, l'élite d'un pays ne saurait avoir de justification à sa propre existence. »[13]
La censure tardive des signes de déliquescence de la morale politique dans la Côte-d'Ivoire d'aujourd'hui constitue l'aveu involontaire qu'en tout état de cause, le parti unique au pouvoir ne possède ni sa propre doctrine, ni ses propres objectifs et méthodes d'action, et qu'en cela il est essentiellement différent du P.D.C.I. des années 1940. Il y a donc le souci d'entretenir l'illusion d'une identité bien improbable et, en même temps, l'aveu implicite qu'en réalité le P.D.C.I. n'existe peut-être plus.
Au moment de ce constat, le pays se trouve de nouveau à un tournant de son histoire. On parle de l'après-Houphouët. Le chef de l'Etat sera tantôt parvenu à un âge où il est normal de mourir ou d'aller à la retraite. Mais, quelle que soit la profondeur du vide qu'il laissera après lui et quoi qu'il advienne de la Côte-d'Ivoire, l'« après-Houphouët » ne sera que la période plus ou moins étendue durant laquelle les nouvelles autorités constitueront les caractères originaux d'un nouveau régime.
Si le règne de F. Houphouët fut utile à beaucoup, surtout en dehors de la Côte-d'Ivoire, il fut probablement trop long pour pouvoir se survivre sur le même train sans beaucoup d'inconvénients sérieux. Les « compagnons » sont vieux, ou bien ils ont pâli et, parfois, se sont corrompus à attendre si longtemps à l'ombre du plus élevé d'entre eux. De sorte qu'il est bien improbable que le personnel politique issu de l'histoire de la période héroïque du P.D.C.I. puisse fournir le remplacement idéal, c'est-à-dire un homme possédant assez de sang-froid pour conduire une politique tout en cultivant chez le peuple le rêve d'une autre.
La conscience de cette difficulté a dû certainement guider la réorganisation du parti unique, opérée en 1980 dans la foulée de la « démocratisation ». Le VIIe Congrès a vu, en effet, la cooptation au sommet du parti d'un certain nombre d'hommes jeunes qui illustrèrent, au sein de l'histoire mouvementée du M.E.O.C.A.M. et du M.E.E.C.I.[14], des idées et des méthodes tout à l'opposé de la tradition du P.D.C.I. des années 1940. Avec eux et pour la première fois, ce n'est plus l'idéal anticolonialiste auquel F. Houphouët lui-même était obligé de se référer, mais un nationalisme étroit, élitaire, tel que les pétainistes invétérés qui combattaient le R.D.A. le trouveraient tout à fait à leur goût, qui fait son entrée à la direction du P.D.C.I. ! Cette orientation existe aussi au sein des instances locales de ce parti où elle s'exprime avec beaucoup plus de naïveté. Le secrétaire à la Presse de la section du P.D.C.I.-R.D.A. d'Agnibilékrou écrit dans une tribune, libre il est vrai, de l'hebdomadaire de ce parti : « La direction du parti doit recenser ces sections et les réorganiser en comités de quartier. Cette réorganisation devra s'appuyer uniquement sur les nationaux afin de pouvoir constater réellement l'amour des Ivoiriens pour le parti, pour leur pays, car le poids des étrangers fausse la vie du parti dans nos régions... »[15]
La promotion de ceux qui professent une telle idéologie signifie-t-elle qu'on a définitivement renoncé aux vertus du P.D.C.I. que le président évoquait avec tristesse feinte dans son adresse aux congressistes ? En 1946, le P.D.C.I. était aussi internationaliste ; il comptait de nombreux étrangers parmi ses membres éminents et même parmi ses fondateurs !
Quoi qu'il en soit, on peut s'inquiéter de constater à quel point l'idéal dont F. Houphouët regrette la perte a peu à voir avec l'idéal de ses jeunes compagnons qui, en outre, semblent encore à la recherche d'une définition de l’houphouétisme qui les satisfasse, près de cinq ans après le VIIe Congrès ![16] Les fameux appels aux jeunes ne seraient-ils que des appels à ceux qui n'ont pas de mémoire ?
Les nouveaux jeunes turcs du parti unique obligatoire sont-ils l'avenir qu'on prépare pour la Côte-d'Ivoire ? Ce n'est qu'une hypothèse. Ce qui est sûr, c'est qu'ils sont bel et bien le présent de ce parti. Avec de tels idéologues à sa direction, qui semblent, en outre, avoir été éduqués en vue de ce rôle, le P.D.C.I. est désormais tout à fait dégagé de ses traditions populaires et démocratiques.
II est d'ailleurs incorrect de dire qu'ils sont à la recherche d'une définition de l’houphouétisme.
L’houphouétisme, chacun sait ce que c'est. C'est la politique que seul F. Houphouët a pu conduire en Côte-d'Ivoire sans soulever en même temps l'ensemble du peuple contre elle. De ce fait, on ne peut pas imaginer l’houphouétisme sans celui qui lui donne son nom. Après lui, personne n'aura besoin de l’houphouétisme parmi les Ivoiriens, surtout pas ces bons élèves des missions récemment appelés à la direction du parti et qui paraissent tout à fait convaincus que la direction des hommes est une simple technique qu'il suffit d'appliquer.
Ces jeunes gens sont venus tout armés dans ce bastion du pouvoir. C'est pourquoi, presque dans le même temps où F. Houphouët regrette qu'on ne sache plus mobiliser les initiatives des masses, Alphonse Djédjé Mady, lui, parle de les mener : « Je sais, par expérience, ce que c'est que diriger les hommes ; et je sais que, toujours, ce n'est pas facile »[17]. Voilà une belle preuve que le parti fondé en 1946 et le parti dont ce meneur d'hommes est l'un des hauts dirigeants ne sont décidément pas le même parti !
Mais il ne faut pas s'attacher trop au sens des mots. N'est-ce pas le mobilisateur qui a appelé le meneur auprès de lui pour diriger le P.D.C.I. et tout spécialement sa fraction la plus jeune, celle qui est la plus éloignée des sources du « pur courant de l'idéal » ? Et n'est-ce pas lui aussi qui, bien avant que ce pur produit d'une mission probablement mal épurée en 1944 et mal décolonisée après 1960 ne se fasse connaître comme casseur du mouvement étudiant, avait décrété l'appartenance obligatoire de tous les Ivoiriens au parti unique ?
Comme on forme le troupeau, on le mène ; et le bouvier ne s'inquiète pas de la volonté des bœufs !
Le P.D.C.I. est, aujourd'hui, non seulement le seul parti légal en Côte-d'Ivoire, mais encore c'est un parti auquel tous les Ivoiriens et même les résidents africains doivent obligatoirement cotiser. La carte d'adhérent est devenue une sorte de passeport intérieur. Ce procédé n'en a pas fait un parti populaire dans lequel les masses se reconnaissent, au contraire ! Les simples gens « achètent » leur carte « sous l'effet de la contrainte pour pouvoir voyager en paix, pour ne pas être inquiétés par la police, ou pour faire comme tout le monde »[18]. Seuls « les vieux, ceux qui ont connu les travaux forcés[19] et les vicissitudes de la colonisation voient toujours le parti comme l'organe de la libération du pays, de la suppression de l'impôt et des travaux forcés et ont déclaré être membres du parti par conviction personnelle »[20]. Ils n'en sont pas moins, eux aussi, tenus à distance respectueuse par les égoïstes, les contempteurs et les meneurs d'hommes qui gravitent autour de F. Houphouët.
Ainsi s'explique que, en dépit de la puissance théorique que lui confèrent les moyens de l'Etat mis à son service, le parti unique au pouvoir ne peut fonctionner que comme une fiction cérémonielle ou comme une Eglise concordataire qui demande à ses membres non pas tant de croire que d'être soumis.


Marcel AMONDJI
(Article paru dans Peuples Noirs Peuples Africains no. 41-42 / 1984)


NOTES
[1] Ce sigle apparaîtra dans la suite souvent dissocié. On dira tantôt P.D.C.I., tantôt R.D.A. pour désigner la même chose. « P.D.C.I. » sera généralement employé quand il ne s'agira que de l'organisation formelle tandis que « R.D.A. » en désignera plus précisément l'esprit, l'idéal. En 1949-1950, les masses ivoiriennes qui allaient « à l'assaut du ciel » se disaient R.D.A. mais l'organisation à laquelle elles adhéraient était P.D.C.I., la section ivoirienne du Rassemblement démocratique africain (R.D.A.).
[2] Félix Houphouët-Boigny au VIIe Congrès du P.D.C.I, 1980.
[3] Jacob Williams, Déclaration au tribunal, mars 1950.
[4] « ... Nous sommes les porte-parole conscients des populations africaines dont les impérialistes ont gravement sous-estimé la volonté de lutte, la volonté d'en finir avec le colonialisme... », J. Williams, loc. cit.
[5] Bernard Dadié, Déclaration au tribunal, mars 1950.
[6] Voir à ce sujet : François Mitterrand, Présence française et abandon, Seuil, 1957.
[7] Cf. F. Mitterrand, op. cit.
[8] Trahison de la grève des cheminots.
[9] Tel fut le sort, par exemple, de Madeira Kéita, l'un des fondateurs du R.D.A. en Guinée française. Voir à ce propos : P.-H. Siriex, Houphouët-Boigny, l'homme de la paix, Seghers-N.E.A., 1975.
[10] B. Dadié, loc. cit.
[11] Fraternité-Matin, 29-4-1984.
[12] C'est du moins ce qu'on peut déduire de cette phrase de F. Houphouët, « ... le quatrième, qui distribue le plus, et qui n'étant pas du pays ne fait pas de distinction, est mon Secrétaire général du gouvernement ».
[13] J.-B. Mockey, Déclaration au tribunal mars 1950. (Souligné par nous, M.A.)
[14] M.E.O.C.A.M. : Mouvement des étudiants de l'Organisation commune africaine, M.E.E.C.I. : Mouvement des étudiants et élèves de Côte-d'Ivoire
[15] Fraternité-Hebdo, no 1280 du 10-11-1983.
[16] Voir note suivante.
[17] A. Djédjé Mady, interview à Fraternité-Hebdo, 18-12-1983.
[18] Besoins culturels des Ivoiriens en milieu urbain, Université d'Abidjan, Institut d'ethno-sociologie, 1975.
[19] L’expression « travaux forcés » ici est impropre : il faudrait plutôt parler de « travail forcé » ou de « travail obligatoire ».
[20] Besoins culturels..., 1975.

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 19:58

Aujourd’hui, la parole est à Laurent Dona Fologo



C’est en lisant, dans Le Nouveau Réveil du 12 mai 2012, l’interview de Laurent Fologo, que l’idée de cette note m’est venue. C’est plus fort que moi, chaque fois que j’entends Fologo, j’ai l’impression d’être dans un film de politique fiction. L’enfant de Sinématiali sait-il seulement à quel point il est à l’image de cette Côte d’Ivoire dont le regretté Diégou Bailly a dit un jour qu’elle était le royaume des faux-semblants. Cette Côte d’Ivoire de rêve que le monde entier célébrait naguère, tandis que nous-mêmes, ses fils et ses citoyens naturels, avions toutes les peines à nous y reconnaître.


Dans ce « nous-mêmes » j’englobe évidemment Fologo ainsi que tous ceux qui, comme lui, se réclament de ce qu’ils appellent la philosophie politique d’Houphouët, mais qui seraient bien embarrassés s’ils devaient énumérer les points où ils sont absolument d’accord avec elle. Dans cette interview par exemple, Fologo apparaît tout à fait comme un houphouétiste de façade. L’orthodoxie houphouétiste dont il se targue n’est qu’une posture. Cet opportuniste passé maître dans l’art de faire son miel de toute fleur, n’utilise le nom d’Houphouët que comme un moyen de s’attirer honneurs et considération. Tel une paonne faisant la roue pour attirer son paon…


Fologo est sans doute sincère quand il exprime sa gratitude envers celui qui l’a fait. Mais, dès qu’il veut se faire passer pour un bon élève d’Houphouët, voire le meilleur de ses élèves, on a toutes les raisons de douter de sa sincérité. J’ai éprouvé la même chose quand j’ai lu le livre de Camille Alliali, autre « Disciple d’Houphouët »… Fologo a-t-il approuvé tout ce qu’il a vu son maître faire, ou tout ce que son maître lui a fait faire ? Par exemple, cette mission en Afrique du Sud… Je me rappelle une déclaration sèche sur RFI où, lors d’un passage à Paris vers la fin des années 1970, celui qui aujourd’hui se dit tellement fier et heureux d’avoir été en quelque sorte un héros du combat pour l’abolition de l’apartheid reconnaissait que son expédition n’avait servi à rien, ce qui est la stricte vérité.


Le type de relation qu’Houphouët a maintenu entre la Côte d’Ivoire et son ancienne métropole durant tout son règne était-il compatible avec l’indépendance ? Fologo ne le pense pas aujourd’hui. Et hier non plus, sans aucun doute. Cela saute aux yeux quand on lit le passage où il justifie son ralliement à Gbagbo. Car, de deux choses l’une : ou l’indépendance, c’est-à-dire l’abolition complète du statut de colonie sanctionnée par un acte public, ou la dépendance maintenue et cultivée sous les dehors trompeurs d’une décolonisation de façade. Récemment le journaliste Didier Dépry, de Notre Voie, a révélé la confidence que, au lendemain du massacre de l’hôtel Ivoire qui l’avait révolté, un ancien chargé de mission à la présidence de la République du temps d’Houphouët lui a faite :


« Le véritable Président de la Côte d’Ivoire, de 1960 jusqu’à la mort d’Houphouët, se nommait Jacques Foccart. Houphouët n’était qu’un vice-président. C’est Foccart qui décidait de tout, en réalité, dans notre pays. Il pouvait dénommer un ministre ou refuser qu’un cadre ivoirien x ou y soit nommé ministre. C’était lui, le manitou en Côte d’Ivoire. Ses visites étaient régulières à Abidjan et bien souvent Georges Ouégnin (le directeur de protocole sous Houphouët) lui cédait son bureau pour recevoir les personnalités dont il voulait tirer les oreilles ».


S’il est vrai que Fologo était si proche d’Houphouët, cette réalité n’a pas pu lui échapper. Peut-être qu’à force de se répandre en vantardises sur sa longue familiarité avec son grand homme, il finira un jour par nous livrer quelque grave secret de la même sorte. En attendant, savourons ces quelques perles rhétoriques qu’il a semées ici ou là dans la dernière période, comme autant d’offrandes à ses idoles successives.



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« Il [Houphouët] disait : "Laissez venir les étrangers, c’est Dieu qui nous les envoie". L’Occident devrait lui élever une citadelle (sic) pour avoir vu 50 ans à l’avance ce que serait le monde du 3e millénaire. (Fraternité Matin 4-5/12/1999)

 « Quand je vois les effets dévastateurs de la mondialisation sur nos pays, je pense au président Houphouët-Boigny et je me demande comment il aurait pu supporter pareille situation (…). Dieu a bien fait de rappeler le président Houphouët-Boigny à lui avant que n’arrive tout ce qui se passe aujourd’hui ou on vous dicte tout, on vous dirige de l’extérieur. Comment quelqu’un qui a combattu le colonialisme et libéré son pays aurait-il supporté cette autre colonisation qui ne dit pas son nom ? » (Fraternité Matin 4-5/12/1999)

« Ce qui nous arrive aujourd’hui, Houphouët-Boigny l’avait prédit. » (Fraternité Matin 4-5/12/1999)

« Oui, aujourd’hui comme hier, contre vents et marées, je réaffirme et assume le sens de mon modeste combat et de ma détermination : je suis pour le meilleur et pour la République. Mon choix est clair. J’ai soutenu, je soutiens, je soutiendrai toujours tout Président que, par la volonté de Dieu, le peuple ivoirien se donnera, quelles que soient son ethnie, sa région, ses croyances. » (Le Nouveau Réveil 07/09/2007)

« Dieu veut qu’il soit le chef, Dieu a fait que c’est cet homme qui était opposé à Houphouët-Boigny, je n’en reviens même pas. C’est vrai, je me dis aujourd’hui avec le recul du temps que ces deux partis se ressemblaient trop. Sinon, je ne vois pas le seul acte posé aujourd’hui par le président Gbagbo qui soit tellement différent de ce que faisait le Président Houphouët-Boigny. Sauf peut-être cet amour excessif de ce qu’on appelle la Françafrique. N’oubliez pas que lorsque le Rda est né à Bamako en 1946, c’étaient des révolutionnaires qui voulaient se débarrasser du joug colonial, de l’oppresseur colonial, libérer l’homme noir. Houphouët-Boigny le disait lui-même ; pour lui redonner sa dignité bafouée, il le disait. C’est après que tout a changé. Mais, il a commencé dans la révolution. C’est la même chose que Gbagbo fait aujourd’hui. Gbagbo veut la souveraineté comme moi qui vous parle, je veux la souveraineté de la Côte d’Ivoire. Je veux qu’on nous respecte, voilà. » (Le Temps 14 août 2009)

« A chaque époque ses réalités et à chaque réalité son combat. A chaque époque ses hommes et ses femmes pour mener la lutte. Aujourd’hui, Laurent Gbagbo n’est plus le seul enfant du FPI. Il est désormais l’enfant de toute la Côte d’Ivoire. C’est pour cela que ceux qui m’ont déjà vu porter une autre casquette en d’autres temps, je leur demande de ne pas être surpris de me voir aujourd’hui au-devant du combat pour la démocratie, pour la liberté. C’est le Président Houphouët-Boigny qui disait, “Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas”. Et comme moi je pense que je ne suis pas imbécile, j’ai décidé de changer. » (Notre Voie 14/11/2009)

 (à suivre)

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