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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 18:46

Ce dimanche 10 mars à Abobo des étudiants très peu ordinaires se sont invités dans les cités universitaires Abobo 1 et 2.

  Dozos

Et ce sont pour l'occasion des étudiants des sciences occultes. Puisqu'en lieu et place des encyclopédies et des formules en chiffres inscrites sur les tableaux noirs ce sont plutôt des gris-gris, des fusils de chasse et des queues de cheval que plusieurs tenaient à la main une fois à l'intérieur des deux cités. Et ce sont bien évidemment les dozos, ces chasseurs traditionnels venus directement du nord.

En effet sur les lieux cette visite inopinée survenant très tôt ce dimanche matin à Abobo près du camp commando répond à la foire annuelle organisée par les dozos.

 C'est un peu le moment choisi pour les grandes retrouvailles ainsi que pour revaloriser la vocation dozo. Et les deux cités universitaires Abobo 1 et 2 ont manifestement été choisies par ces derniers pour à la fois y séjourner et exposer aussi leur savoir-faire. C'est du coup un véritable foutoir ce matin sur la place devant les entrées des deux cités et même à l'intérieur. Certains brandissent avec ostentation leurs dynamites mystiques tandis que d'autres font des incantations en plein jour pour prouver la puissance de leurs génies.

Et ces faits portent en ce moment ces conséquences sur le terrain. Les habitants sont désorientés face à une telle présence massive. Les petits enfants tous apeurés refusent de sortir et se sont abrités dans les creux des mains de leur mère. Et en général au sein de la population c'est directement le débat de la suprématie des nordistes qui est relancé.

Rappelons pour l'occasion que les deux cités universitaires d'Abobo sont officiellement fermées pour travaux de réhabilitation qui attendent toujours.

 

www.rumeursdabidjan.net (avec A.P.)

 

en maraude dans le web

Sous cette rubrique, nous vous proposons des documents de provenance diverses et qui ne seront pas nécessairement à l’unisson avec notre ligne éditoriale, pourvu qu’ils soient en rapport avec l’actualité ou l’histoire de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens, et aussi que par leur contenu informatif ils soient de nature à faciliter la compréhension des causes, des mécanismes et des enjeux de la « crise ivoirienne ».

 

Source : La Dépêche d'Abidjan 10 Mars 2013

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 18:52

Interview de Kabran Appiah, président du Mouvement alternative citoyenne (Mnc), candidat aux élections municipales à Abengourou.

 

Ancien militant vedette du PIT où il passait même pour un fils spirituel de son fondateur et président Francis Wodié, Kabran Appiah avait quitté ce parti pour …des raisons mystérieuses, et s’était rapproché du FPI, ou plutôt du président Laurent Gbagbo dont, jusqu’au 11 avril 2011, il était apparemment l’un des fidèles. Cette interview nous le Kabran-Appiah--daniele-Boni-Claverie--Theodore-Mel-ou-en-.jpgmontre sous les traits d’un fieffé opportuniste, doublé d’un arriviste sans principes ; ce qu’il est depuis toujours sans doute, mais qu’il avait aussi l’art de dissimuler sous les masques contradictoires de ses fidélités successives.

 

 

Des partis d’opposition dont le Mouvement alternative citoyenne prendront part aux élections municipales et régionales. A laquelle des élections êtes-vous personnellement candidat ?

Je suis candidat aux municipales à Abengourou. Je conduis une liste indépendante en personne, mais pas au titre de mon parti.

 

Quelle est la différence ?

La différence est que le parti ne parraine pas ma candidature. Le vice-président du Mnc, Yapo Yapi (maire sortant, ndlr) conduit aussi une liste indépendante à Yakassé-Attobrou. Un groupe de militants du parti sont inscrits sur des listes indépendantes à Tanda. Nous avons une liste Mnc en cours de dépôt à Transua. C’est la seule liste que nous avons en dépôt au titre du parti.

 

Pourquoi si peu de candidatures ?

C’est ce que nous pouvons faire avec les moyens que nous avons. Nous avions une vingtaine de candidatures annoncées, mais nous avons dû les supprimer, parce que nous n’avons pas les moyens de les financer. Les deux premiers dirigeants (le président et le vice-président, ndlr) de notre formation politique se sont rabattus sur des listes indépendantes sur lesquelles ils sont des têtes de liste.

 

Y a-t-il des raisons particulières à ce choix ?

Ces élections sont locales ; il y a donc des réalités locales qui ne nécessitent pas un engagement militant.

 

N’est-ce pas plutôt une mesure de prudence que de présenter des candidats indépendants et d’autres parrainés par le parti ? 

Non, c’est une mesure que nous impose la réalité du terrain. Le Mnc n’a pas les moyens d’aller seul à des élections à Abengourou et de les gagner. Il est donc associé à des militants d’autres partis, mais sur une liste indépendante. On aurait pu réclamer chacun le parrainage de leur parti, mais on ne l’a pas fait. Pour nous, le plus important est que l’enjeu n’est pas politique. Là où l’enjeu est politique, et que nous avons pu financer, c’est à Transua.

 

A quoi faites-vous allusion concrètement, quand vous parlez de réalité du terrain?

La réalité du terrain est liée à l’absence de financement, au délabrement, à la situation des nombreux cadres qui ont perdu leurs revenus et dont les maisons ont été pillées. Il y en a qui ont peur… Tout cela nous amène à avoir un profil très bas.

 

A Abengourou, vous êtes alliés à quels partis politiques ?

Ils sont de tous les bords politiques. Ils sont issus du Pdci, du Rdr, du Fpi… Mais ils ne sont pas inscrits sur les listes en tant que des militants. Ils sont inscrits en tant qu’habitants de la ville ; parce que c’est en citoyen que nous allons conquérir la ville d’Abengourou.

 

Vous résidez à Abidjan où vous êtes très souvent. Vous auriez pu y briguer une mairie. Pourquoi avoir choisi la commune d’Abengourou ?
Ces élections sont locales. Puisque je suis chez moi, à Abengourou, j’ai préféré me présenter là-bas. J’aurai pu me présenter à Cocody, puisque je réside dans cette commune.

 

Des partis membres du Cpd ont décidé de ne pas aller à ces élections. N’est-ce pas dommage, quand on sait qu’à l’origine, ils avaient donné l’assurance d’y participer ?

C’est dommage pour tout le monde ; leurs positions sont fondées. Je ne critique même pas leur option. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons opté pour une participation libre. Ils ne sont pas en contradiction avec nous. Nous avons dit que chaque parti est libre d’aller aux élections en son âme et conscience. Nous, nous avons préféré ne pas laisser le terrain vacant. Mais nous comprenons parfaitement leurs critiques et leurs décisions, puisque nous n’avons rien eu pratiquement.

 

Qu’entendez-vous par « nous n’avons rien eu pratiquement » ?

Vous vous imaginez que le gouvernement ne nous a donné que vingt millions de francs pour des élections nationales. Combien de régions et de communes peut-on financer avec une telle somme ?

 

Vous semblez dire que l’enveloppe n’est pas suffisante, pourtant vous l’avez acceptée. Pourquoi ?

On ne fait pas ce qu’on veut en politique. La politique est l’art du raisonnable. Les élections auxquelles je me suis engagé sont d’abord locales. Donc j’ai un engagement d’abord de citoyen d’Abengourou, de l’Indénié. Quand mes concitoyens m’ont demandé de diriger cette liste, ce n’est pas pour des raisons politiques. Ceux qui me l’ont demandé ne sont même pas du Mnc, ce sont mes concitoyens qui m’ont appelé en tant que cadre de la région et qui m’ont demandé de venir les aider à sauver Abengourou. C’est donc une motivation qui n’est pas du tout politique.

 

A vous écouter, le Mnc n’a pas d’appréhension sur les prochaines élections !
La politique de la chaise vide n’est pas une option qui nous a beaucoup rendu service. Il sera temps d’en discuter. Mais cela ne veut pas dire que nous sommes d’accord avec les conditions dans lesquelles les élections se tiennent. Ces choses continuent d’être discutées. Les vraies élections, ce sont les législatives et les présidentielles de 2015. Celles-là (les toutes prochaines, ndlr) sont alternatives. Nous espérons qu’elles nous ouvrirons de vraies alternatives politiques. Si elles sont bloquées et caporalisées comme les précédentes, cela veut dire que les élections ne servent à rien dans ce pays. Et tout le monde pourra en tirer les conséquences.

 

Quelle est votre conviction intime, concernant ces échéances électorales ?

Nous faisons confiance à la capacité des Ivoiriens à comprendre que la démocratie est un exutoire. Nous sommes des démocrates ; et quand on est un démocrate, on croit que la démocratie peut aider à trouver une porte de sortie pour nos contradictions. C’est pour cette raison que nous avons toujours combattu toutes les solutions militaires qui n’ont aucun sens. Je n’ai aucun respect et aucune excuse à la rébellion, parce que rien ne justifie de prendre les armes pour faire valoir un point de vue politique.

 

Comment expliquez-vous alors que des politiques qui disent être démocrates s’abstiennent, par exemple, à prendre part à des élections, moyen par lequel ils peuvent obtenir des changements qu’ils réclament ?

Ils n’ont pas décidé au hasard de ne pas y aller. Ils considèrent que les conditions d’organisation de ces élections ne sont pas réunies. On ne peut pas aller à une réunion ou à une compétition qui ne sert à rien. Si c’est le cas, on analyse et on observe. S’il ne sert à rien d’y aller, alors ce n’est pas la peine de perdre le temps. Je prends un exemple : On donne vingt millions de francs à nous qui avons décidé d’aller aux élections. Je ne vais pas aller saupoudrer en donnant un million à chacun pour avoir vingt candidatures. Ce serait juste pour témoigner ou pour dire que nous sommes présents. Cela n’a aucun sens. Nous avons financé les seuls endroits où nous sommes sûrs de gagner. Maintenant, si notre analyse est que – et ce cas peut arriver – dans cinq ans, les élections ne servent à rien, alors nous n’irons pas aux élections.

 

Alors quel jugement portez-vous sur les décisions prises par les uns et les autres de ne pas aller aux élections ?

Une décision ne doit pas être d’émotion, mais de raison. Il ne faut jamais agir par émotion en politique. Une situation peut plaire ou ne pas plaire. Mais quand le terrain indique une orientation, il faut la suivre.

 

Est-ce à croire que la recomposition de la Cei, le statut et le financement de l’opposition que réclament d’autres opposants ne sont pas des conditions à votre participation aux élections ?

Il n’y a personne qui dit des choses différentes dans l’opposition. La libération des prisonniers, la recomposition de la CEI… tout le monde dit la même chose.

 

Pour vous, la priorité est ailleurs ?

Ce n’est pas une affaire de priorité, c’est une affaire de réalité. Aujourd’hui, est-ce qu’on a même des priorités ? La réalité commande certaines choses. Soit on est un parti ou on n’en est pas un. C’est pourquoi nous ne faisons pas comme les autres qui traitent leurs camarades de traîtres. Chaque position peut se comprendre ; il suffit d’être attentif. Maintenant, quand on dit qu’il n’y a pas d’explications recevables, il faut en discuter. Alors, je comprends ceux qui disent qu’ils ne vont pas aux élections ; de cette même manière, ils doivent comprendre que moi je vais aux élections.

 

Qu’elles sont vos conditions auxquelles le gouvernement a donné une suite favorable pour que vous soyez aussi déterminé à aller à ces élections ?

Le gouvernement n’a fait aucune concession sérieuse. Tout est sur la table, il n’y a aucun mystère. Le gouvernement nous a donné vingt millions pour aller aux élections. Pas au seul Mnc, il l’a donné potentiellement à tous les partis qui voulaient aller aux élections. Certains ont dit qu’ils ne prennent pas cet argent parce qu’ils ne vont pas aux élections. D’autres l’ont pris parce qu’ils ont décidé d’aller aux élections. Moi, je l’ai pris au nom du Mnc, et nous allons aux élections dans des conditions minimales que j’ai expliquées plus haut.

 

Quelle analyse faites-vous des élections?

Ces élections sont la fin du cycle du désordre et de la cupidité politique. Les vainqueurs doivent savoir avoir raison. La démocratie a une fonction détersive, c’est-à-dire qu’elle absorbe les contradictions de la société en offrant un exutoire à toutes les réclamations et à toutes les revendications. Pourquoi aller à la violence si on a la possibilité de combattre son adversaire par des moyens autres que les violences ? Donc, l’antiviolence, le meilleur réconciliateur, c’est la démocratie. J’appelle solennellement le pouvoir à considérer cela.

 

Réalisée par Bidi Ignace

Titre original : Kabran Appiah : « Pourquoi j’ai pris l’argent du gouvernement. »

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Source : Nord-Sud 07 mars 2013 

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 17:15

Nous ne nous attarderons pas sur le sens d’un État, d’un pays. Mais nous attirerons votre attention sur la subtilité de la langue de Molière qui précise ceci : Faire un éclat, c’est faire scandale. Nous ne nous appesantirons pas ici, faute de temps, sur tous les éclats de verres éparpillés par la CEDEAO dans certains pays membres de ladite organisation. Mais, nous soulignerons le cas du Mali qui se trouve enfoncé dans des problèmes organisationnels aggravés par des dirigeants de la CEDEAO. Cette organisation sous régionale que nous avions photo-de-groupe-du-42e-sommet-cedeao.jpgqualifiée de Cédé-chaos a malheureusement favorisé les fractures sociales au Mali par l’imposition des dirigeants de la transition sans jamais daigner demander l’avis des Maliens. Après avoir décuplé le trouble sociopolitique au Mali, des chefs d’État ou chefs d’Éclat de la CEDEAO n’ont posé aucun acte salutaire de sortie de crise à travers leur médiation confuse entre le Mali et ses assaillants. Par contre, cette inédite crise malienne sert de fonds de commerce à des dirigeants qui se disent soucieux du bien-être du Mali en organisant une mendicité internationale au nom des Maliens.

Assis autour de la table à manger du Mali, les chefs d’Etat de la CEDEAO s’empressent à faire leur conjugaison préférée : « Je mange, tu manges et nous mangeons ensemble » pour se taire ensemble, se disent-ils, au chevet du Mali malade qui ne mangera que le reste. Des présidents qui ont été très prompts à recourir à l’embargo total pour affamer les Maliens. Pourtant, ils ont été très lents pour secourir ce « peuple ami et frère» qui subissait des coups meurtriers des envahisseurs. N’eut été la rapide intervention des Français, le Mali succomberait de ces graves blessures sous les regards insouciants et impuissants des dirigeants de la CEDEAO. Ces chefs d’États joliment habillés, correctement cravatés sont hautement qualifiés dans la pratique de la mendicité éhontée auprès des dirigeants occidentaux.

Au sein de cette CEDEAO, la plus part des décideurs et médiateurs impliqués dans la résolution de la crise malienne sont venus au pouvoir ou s’y maintiennent par la force des armes ou de l’argent avec la complicité des pays occidentaux qui ne soutiennent que des dirigeants leur permettant d’exploiter incessamment et abusivement les ressources naturelles d’Afrique. Ces dirigeants africains de la CEDEAO ont un rôle bien précis à jouer : Favoriser le désordre, les aggraver en chaos pour faire semblant d’apaiser la tension par l’imposition aux populations d’autres dirigeants véreux. Ainsi ces dirigeants plus bruyants et plus truands habitués au tripatouillage de la constitution et des élections élargiront leur cercle vicieux de dirigeants qualifiés de démocrates par leurs commanditaires. Aujourd’hui, jetez un regard furtif dans la grande cour de la politique mondiale, vous verrez que l’Afrique de l’ouest est parmi les lieux les plus brulants de conflits destructeurs. Ces foyers de tensions sociopolitiques sont enflammés par-ci et par-là par des dirigeants qui sèment et entretiennent des désordres dans leurs seuls intérêts personnels.

Les différentes interventions diplomatiques et militaires de la CEDEAO lors des guerres civiles au Libéria, en Sierra Léone et en Guinée-Bissau, ont laissé des blessures sociales encore douloureuses aux flancs de ces populations concernées : Des filles et des femmes violées, de nombreux enfants dont les pères restent inconnus, des gens dépourvus violemment de leurs biens qui ne peuvent se plaindre.

Pendant plus d’un mois que des braves soldats de la France et du Tchad (qui n’est pas membre de la CEDEAO) se battent aux côtés de ceux du Mali au front, les dirigeants de cette CEDEAO sont encore à leur interminable phase de préparation pour combattre les agresseurs en débandade. Ces chefs d’Éclat ou plutôt d’État veulent profiter du mal malien pour donner à manger et à boire à leurs nombreux « militaires » actuellement désœuvrés en attente de récompenses pour services rendus aux chefs. Auprès de la Communauté internationale, ces dirigeants oust-africains avaient mendié près de 450 millions pour mobiliser 3300 hommes susceptibles de donner des soins à un Mali jadis gravement blessé. En cette période de guérison certaine et rapide du Mali grâce à un traitement de choc efficace, ces dirigeants de la CEDEAO font la surenchère en multipliant, le lundi dernier, par deux (950 millions de dollars) leurs aumônes demandées. Une telle demande d’aide exagérément gonflées pour quel « travail » pendant combien de mois et pour quel résultat ? Surtout que les élections sont annoncées au Mali pour le 31 juillet 2013 au plus tard, donc pratiquement dans 5 mois. Que les élections aient lieu ou pas à cette date prévue, il serait utile d’investir cette cagnotte dans les forces armées et de sécurité du Mali qui, ainsi équipées et requinquées, pourront parachever la libération et la sécurisation du territoire national.

Si la CEDEAO pouvait avoir une quelconque utilité dans la gestion efficace et efficiente de cette crise malienne sans précédent, la France n’aurait eu ni le temps ni la place pour intervenir militairement. C’est pour faire face à son devoir d’assistance à un pays en danger de mort que la France a tiré le Mali des griffes meurtrières des sadiques bandits armés.

À la lumière d’une telle réalité, il est normal que le « Président normal», François Hollande, continue ses efforts de normalisation du Mali entamés il y a un peu plus d’un mois.

 

Lacine Diawara

Titre original : Des chefs d’État ou Chefs d’Éclats de la CEDEAO ?

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Source : Option (Mali) 01 mars 2013

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 22:28

Me Josette Kadji, avocate au Tribunal pénal international pour le Rwanda, était l’invitée de la chaîne de télévision panafricaine Africa 24. Pour elle, le procureur n’a pas mis la chambre dans la possibilité de bien appréhender les charges produites contre le président Gbagbo.


Africa 24 : Mme Kadji pourquoi M. Gbagbo n’a pas été jugé dans son pays en Côte d’Ivoire ?

Me Josette Kadji : moi, je ne cesse de le dire parce que c’est une décision qui dépend du gouvernement ivoirien. Comme vous le savez, les dispositions de la Cpi permettent à un Etat-partie qui en a les capacités de juger ses Bensouda-Fatou.jpgressortissants. Mais apparemment, le gouvernement de M. Ouattara a préféré renvoyer cette charge sur la Cpi. Mais bien évidemment, il peut être jugé en Côte d’Ivoire.


Africa 24 : Il existe également une cour africaine. N’a-t-elle pas la capacité de juger M. Gbagbo ?

J.K. : Non, la cour africaine n’est pas compétente pour connaître des affaires de ce genre. Elle est là plutôt pour connaître des affaires concernant l’interprétation, l’application de la charte africaine des droits de l’Homme et des peuples. A ma connaissance, personne ne l’a saisie en ce qui concerne le cas du président Gbagbo. 


Africa 24 : Les charges retenues telles qu’elles ont été présentées par l’Accusation, par la procureure, vous semblent-elles suffisantes à la tenue d’un procès ?

J.K. : Suffisantes ? Des charges suffisantes ? Mais elles ne peuvent pas être suffisantes. Moi, je poserais la question autrement. Est-ce que le procureur a établi la possibilité pour la Cpi de poursuivre le président Gbagbo ? Je ne le pense pas parce que j’ai suivi avec beaucoup d’attention les audiences de confirmation des charges. Et pour ma part, le travail du procureur a été mal ficelé, a été fait à la va-vite et sans enquêtes. Donc pour moi, je trouve que le procureur n’a pas mis la chambre dans la possibilité de bien appréhender les charges qu’il produit contre le président Gbagbo.


Africa 24 : D’après vous, cela semble-t-il possible que la Cour pénale internationale lance des mandats d’arrêts contre les partisans, ceux qui étaient alors dans le camp de l’actuel président, Alassane Ouattara?

J.K. : Non seulement c’est possible, mais la cour doit le faire pour avoir une certaine crédibilité. Parce que tout le monde sait et cela ressort même dans le dernier rapport d’Amnesty International, que des exactions ont été faites par le camp Ouattara et continue à l’être par ce camp. Donc pour la crédibilité du tribunal, il faudrait absolument que des mandats d’arrêt soient lancés.


Africa 24 : Dans son intervention au dernier jour du procès, M. Gbagbo n’a pas évoqué le sort des victimes. Est-ce que cela peut lui porter préjudice ? 

J.K. : Oh ! Il aurait fallu avant qu’il parle des victimes des deux camps… Je ne pense pas que le fait de ne pas en avoir parlé veut dire qu’il ne se préoccupe pas du sort de ces victimes-là. Puisque ce sont des Ivoiriens. Et il se prévaut d’être président de tous les Ivoiriens. Donc le fait de ne pas avoir parlé de victimes, pour moi, ne veut pas dire qu’il n’en a pas conscience. 


Africa 24 : A quoi peut-on s’attendre à présent ? Dans combien de temps la cour peut prendre une décision ?

J.K. : La cour a 60 jours. Donc, je pense que comme l’a dit la présidente le jour de la clôture de l’audience, elle veut disposer d’un moment qui fait 60 jours pour pouvoir prendre une décision qui, je l’espère, sera profondément logique et profondément justifiée sur le plan légal.


Propos retranscris par Robert Krassault

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Source : Notre Voie 6 mars 2013

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 21:22

C’est plusieurs dizaines de femmes désemparées, hier lundi 25 février 2013 aux environs de 10 heures, qui visiblement ne savent à quel Saint se vouer, que nous avons rencontrées à l'entrée du consulat français au Plateau. L'aspect piteux qui se lit sur leur visage traduit la détresse et les mobiles de leur présence pour la moins Jeunes-patriotes-prisonniers-des-Frci.jpgattendue à cet endroit. Une présence inopportune qu’explique Mme Gnahoré, porte-parole du collectif des femmes épouses ou parentes aux nombreux éléments ex-Fds enlevés de la Maca et transférés vers une destination jusque-là inconnue, le dimanche 24 février 2013.

 

«Nous ne sommes pas venues pour manifester. Nous sommes là parce que nous voulons que quelqu’un nous accorde une oreille attentive pour lui exprimer nos préoccupations, une oreille internationale », a d'entrée de jeu lâché Mme Gnahoré. Avant de rappeler que depuis le dimanche 24 février 2013, date de l'exfiltration de leurs proches, elles ne cessent de crier leur désarroi à qui de droit. D'abord chez Konan Banny, président de la Cdvr, qui leur a plutôt fermé la porte au nez et les renvoyer paître ce même jour. «Le président de la Cdvr a refusé de nous écouter. Nous voulons savoir où nos maris, nos frères, nos fils ont été emmenés. Personne ne veut rien nous dire. Nous sommes allés à la cathédrale, les Frci nous ont chassées des lieux. C'est pourquoi, nous sommes venues à l'ambassade de France», a poursuivi la porte-parole. Qui indique, par ailleurs, que depuis le 30 octobre 2012, date de la première vague de transfert de prisonniers ex-Fds, nombreuses sont parmi elles qui n'ont aucune nouvelle de leur proche. Situation que déplore le collectif mais qui ne trouve aucun interlocuteur pour être dûment informé du sort réservé à leurs parents.

 

«C'est devant nous que les cargos qui transportaient nos parents et nos maris sont passés. Qu'on nous dise vers quelle destination ils ont été conduits. Nous n'avons aucune nouvelle d'eux et on ne peut non plus les voir. Nous disons que la Côte d'Ivoire est un pays de droit. Si on leur reproche quelque chose, alors qu'on les juge », a-t-elle martelé, avant de révéler qu'une autre liste de transfèrement est en attente. Et Mme Gnahoré de conclure que depuis que leurs mari et parents sont en détention, c'est une misère inqualifiable que vivent les épouses qui ne peuvent pas faire face aux charges familiales.

 

Marcel Dezogno

Tire original : « Après le transfèrement des prisonniers ex-fds au nord, leurs proches font un sit-in devant l'ambassade de France. »

 

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Source : LGInfos 26 février 2013

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 23:15

Le week-end dernier, un des porte-voix du RDR s’est autorisé à écrire dans une déclaration de son cru au point 2 que « … c'est le refus de la défaite de Monsieur Laurent Gbagbo à l'élection présidentielle qui a engendré la crise postélectorale avec comme conséquence plus de 3000 morts… ». L’inénarrable Joël N’guessan reprend ainsi à son compte le postulat qui était servi par la presse internationale, du 11 avril 2011 à récemment, et selon lequel « …la crise post-électorale ivoirienne est née du refus de Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite… ».

L'Agence tous risques (affiche détournée)Puisque le représentant du RDR met ainsi au goût du jour un débat qui avait été quasiment interdit au lendemain du 11 avril 2011, il nous donne désormais l’occasion de revenir sur la question de fond de l’élection présidentielle 2010 : qui, de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara, a refusé de reconnaitre sa défaite ? En clair, que s’est-il passé durant l’élection présidentielle 2010 en Côte d’Ivoire ? Qui de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara a été proclamé vainqueur et par qui ? Que s’est-il passé entre le 28 novembre 2010 et le 11 avril 2011 ? Trois questions étroitement imbriquées dont les réponses permettent de savoir qui a refusé d’accepter les résultats proclamés par le seul organe habilité ?

 

Retour sur les faits

 

Le mercredi 1er décembre 2010, la Commission électorale indépendante (CEI), ne parvenant pas à s’accorder pour donner les résultats provisoires de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010, est forclose à minuit au regard de la loi électorale.

Le jeudi 2 décembre 2010, hors délai, le Président de cette CEI forclose, M. Youssouf Bakayoko – qui a lui-même fait acheminer au Conseil constitutionnel les documents électoraux – annonce depuis le QG de campagne de M. Alassane Ouattara, sans le moindre document et sur les antennes de la chaîne de télévision française «France 24», un résultat qui donne ce dernier vainqueur de l’élection du 28 novembre 2010.

Le vendredi 3 décembre 2010, sur la chaîne nationale RTI, le Président du Conseil constitutionnel, M. Paul Yao N’dré – muni des documents électoraux remis par la CEI et entouré des membres de son institution – proclame M. Laurent Gbagbo vainqueur du scrutin présidentiel du 28 novembre 2010. Ainsi, au terme de la loi ivoirienne qui fait du Conseil constitutionnel la seule institution habilitée à donner les résultats définitifs de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, le vainqueur de cette élection présidentielle du 28 novembre 2010 est le président Laurent Gbagbo.

Immédiatement après cette annonce, M. Young Jin Choi, représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Côte d’Ivoire, rejette les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel et déclare qu’il certifie plutôt les résultats provisoires donnés par le président de la CEI au Golf Hôtel, quartier général de campagne du candidat Alassane Dramane Ouattara. Le même jour, se saisissant de la perche tendue par le chef de l’ONUCI, M. Alassane Dramane Ouattara se déclare vainqueur de l’élection présidentielle. C’est le début du contentieux électoral. Les pays de l’Union Européenne – instrumentalisés par le président français Nicolas Sarkozy – et les Etats-Unis décident de s’aligner sur la position de M. Young Jin Choi.

De décembre 2010 à mars 2011, l’Union Africaine tentera de résoudre le contentieux électoral par la négociation. Elle commet des experts qu’elle envoie à Abidjan pour vérifier les documents électoraux. Cette commission d’experts africains ne livrera malheureusement jamais les conclusions de son travail car l’Union Africaine n’a pu résister à la phénoménale pression de Nicolas Sarkozy, qui a fait de la question ivoirienne une affaire personnelle. A bout, elle s’est satisfaite d’une déclaration demandant au Président Laurent Gbagbo de céder le pouvoir.

Deux semaines plus tard, le 28 mars 2011, M. Alassane Dramane Ouattara, lance les Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN) de Guillaume Soro (rebaptisées FRCI) à l’assaut des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) depuis leurs positions de l’Ouest et du Centre de la Côte d’Ivoire. Soutenues et poussées dans le dos par les forces françaises et onusiennes, les FRCI se retrouvent aux portes d’Abidjan au bout de trois jours de campagne sans rencontrer de réelle résistance.

Mais à Abidjan où sont cantonnées désormais les FDS, la résistance est plus que farouche. Pendant une semaine, les FRCI tentent en vain de prendre les sites stratégiques de la capitale ivoirienne.

Le 8 avril 2011, les FDS réussissent quasiment à bouter les FRCI hors de la capitale.

Le 9 avril 2011, les forces franco-onusiennes entrent en lice à visage découvert aux côtés des FRCI qu’elles soutenaient jusque-là au plan logistique. Elles bombardent le camp militaire d’Akouédo, le siège de la RTI et le Palais présidentiel du Plateau. Le 10 avril 2011, le bombardement de la résidence du chef de l’Etat à Cocody par les hélicoptères franco-onusiens débute à 17h00. Il est interrompu par la pluie qui s’est mise à tomber vers 17h30.

Le 11 avril 2011, autour de 10h, les bombardements reprennent. Sur le coup de 11h00, des chars français franchissent le portail de la résidence officielle du Président Laurent Gbagbo. Le premier à en sortir – avec un mouchoir blanc – est le ministre Désiré Tagro Assignini. Il attend avec les militaires français l’arrivée des troupes de M. Alassane Dramane Ouattara. Il est mitraillé par les FRCI sous les yeux de ces soldats français. Le Président Laurent Gbagbo et une centaine de personnes dont son épouse Simone et son fils Michel sortent de la résidence en feu. Ils sont conduits au Golf Hôtel.

Le 12 avril 2011, le président Laurent Gbagbo est déporté à Korhogo. Son épouse à Odienné. Ces deux villes, fiefs de la rébellion, sont situées dans le nord de la Côte d’Ivoire.

Le 29 novembre 2011, après plusieurs mois de détention dans des conditions inhumaines, Laurent Gbagbo est remis à la CPI par Alassane Dramane Ouattara, en sa qualité de chef de l’Etat. Tels sont les faits. Inaltérables.

Depuis le 19 février 2013, la CPI examine les «preuves» du procureur contre Laurent Gbagbo. Pour l’heure, tout porte à croire que l’accusation s’est fourvoyée. Le RDR aussi.

 

Par Bamba Franck Mamadou

Titre original : « Qui a refusé les résultats du scrutin présidentiel de novembre 2010 ? »

 

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Source : Notre Voie 28 février 2013

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 22:16

Interview du Dr Ernest Atté Boka*

 

Dr Ernest Atté Boka, quels sont les points d’accord entre le gouvernement et vous ?

Depuis le 4 février, nous avons enclenché un arrêt de travail de 5 jours et le vendredi 8 février dernier, nous avons convoqué une assemblée générale qui a délibéré pour suspendre le mot d’ordre de grève du 9 au 17 février. Cela, suite à la rencontre avec le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Gnamien Konan, le Dr-Ernest-Atte-Boka--porte-parole-de-la-coordination-des-s.jpgmercredi 6 février dernier. Réunion au cours de laquelle il a demandé de lui laisser un peu de temps pour qu’il puisse acter les dossiers relatifs à notre revendication majeure : le paiement des indices. Sur cette base, il s’était engagé, au plus tard fin février, à faire acter les indices, à savoir 400 points pour les cadres supérieurs de la santé et 150 points pour le personnel technique. Fort de cela, il a été décidé, lors de l’assemblée générale, d’ouvrir une fenêtre «thérapeutique», en vue des négociations.

Le payement des indices demeure la doléance majeure, à vous entendre.

Le Premier ministre Daniel Kablan Duncan, s’est saisi du dossier et a rencontré la coordination de la santé, le mardi 12 février, à la primature, de 18h45 à 20h. A cette occasion, nous avons passé en revue toutes nos revendications, mais le Premier ministre a voulu, pour désamorcer la crise, savoir la revendication majeure. Nous lui avons fait comprendre qu’il s’agit du paiement des indices et sur la question, il nous a demandé de lui donner 15 jours, à compter du 12 février, pour qu’il puisse finaliser ce dossier et nous donner des réponses concrètes. Dès l’instant où il a pris cet engagement fort, cela prouve que la décision du ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative a été réaffirmée par la hiérarchie. Cela nous rassure que ces indices seront pris en compte par le gouvernement.

Une date a-t-elle été arrêtée quant à la prise en compte de cette revendication ?

Lors de la dernière rencontre avec le ministre Gnamien Konan, il nous a indiqué la date du 31 mars. Alors que le gouvernement, dans son ensemble, parlait de janvier 2014. Il faut pouvoir rapprocher ses deux positions. Surtout que le Premier ministre, après l’audience du 12 février, a souhaité qu’on conduise le travail avec les ministères techniques pour finaliser les dossiers en vue de prendre une décision honorable pour les deux parties.

Qu’en est-il des autres revendications ?

Concernant les autres revendications, à savoir le payement intégral des indemnités, des émoluments hospitaliers et des arriérés d’indemnités. Dès l’entame de la réunion, le Premier ministre, Daniel Kablan Duncan, a voulu que l’on en discute un mois durant. Mais nous lui avons proposé de ramener ce délai à 15 jours en ce qui concerne les indices. Les autres questions feront l’objet de discussions durant un mois pour trouver des solutions.

Aucune période précise n’a donc été déterminée ?

Non, la période court à partir de la rencontre du 12 février. Pour les arriérés, le plus important était d’établir un chronogramme clair, accepté par les deux parties. Si l’on nous demande de le faire, cela veut dire que les arriérés seront pris en compte. Or le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative affirmait que l’Etat n’avait pas les moyens de penser aux arriérés.

Quelle va être la suite des évènements ?

Nos camarades sont mobilisés sur le terrain. Tout le monde attend des négociations sincères. Mais s’il y a un couac, l’action syndicale va prendre le relais. Nous avons fait beaucoup de concessions depuis 9 mois. Nous ne sommes pas des va-t-en-guerre. Nous souhaitons que le gouvernement ne nous ramène pas à cette situation de grève.

Si votre grève est légale, pourquoi avez-vous présenté des excuses à votre ministre de tutelle ?

Après une sortie de crise, il est toujours bon de normaliser les relations. Depuis que nous sommes syndicalistes, chaque fois que nous menons une action d’envergure, les ministres de tutelle pensent que nous dirigeons une action contre eux. Il était donc bon pour nous, avant d’aller à la primature, de rencontrer la tutelle, parler le même langage. A cette occasion, nous avons dit à la ministre de la Santé et de la Lutte contre le Sida, Raymonde Goudou Coffie, que s’il y a eu des impairs dans la gestion de la grève, qu’elle comprenne que c’est dans la conduite de notre mouvement et non pour braver son autorité. Donc si l’action a été mal comprise, nous lui présentons nos excuses.

Quelles ont été les conséquences de ce débrayage ?

Il faut signaler que partout, l’autorité se préoccupait de savoir si le service minimum était assuré plutôt que de chercher à résoudre le problème. Il est vrai que la population en a souffert. Mais quand nous faisons nos activités, personne ne vient faire de décompte macabre, pourquoi lorsque nous sommes en grève, on nous demande s’il y a des morts. Notre rôle, aujourd’hui, est de faire en sorte qu’il y ait moins de morts dans nos établissements hospitaliers. S’il y en a eu, néanmoins, je ne crois pas que ce soit à l’hôpital. Il faut savoir que pendant la période de grève, tous les cas d’urgence ont été pris en charge immédiatement.

Pourquoi une grève maintenant, quand on sait la situation difficile de la Côte d’Ivoire qui sort de crise ?

Des engagements ont été pris par l’Etat ivoirien. Nous aussi, nous souffrons. Parce que le médecin touche 173 000 F Cfa par mois. Avec ce salaire, on ne peut pas nous demander d’être souriants. C’est parce que nous sortons de crise que nous demandons au gouvernement d’y aller pas à pas. Par exemple, nous ne revendiquons pas systématiquement le payement de nos arriérés qui se chiffrent individuellement pour les médecins, à 3 000 000 F Cfa, pour les infirmiers spécialistes à 1 200 000 F Cfa, les non spécialistes à 960 000 F Cfa et les aides-soignants à 720 000 F Cfa. Nous savons que l’Etat n’a pas les moyens de payer ces sommes maintenant. Nous avons donc proposé d’établir un chronogramme. Mais pour ce qui est des indices devant nous accompagner à la retraite, c’est maintenant qu’il faut les relever. Il est inconcevable que le cadre supérieur du ministère de la Santé et de la Lutte contre le Sida n’ait qu’un indice de 745 alors qu’ailleurs, dans le même secteur, quelqu’un qui a le niveau le plus bas est à 880. Voici le drame aujourd’hui.

Si les indices sont pris en compte, le secteur retrouvera son calme. Nous savons qu’il y a des difficultés, raison pour laquelle nous ne sommes pas gourmands dans les négociations.

Ce sont les mêmes problèmes depuis 2009 qui perdurent. Si la santé est aussi importante, pourquoi ne pas prendre les décisions idoines pour apaiser cette fronde sociale ? Pourquoi attendre qu’il y ait du grabuge ? Anticipons tous. Trouvons des solutions, surtout que le Président a décrété cette année 2013, année de la santé, il n’y a donc pas de raison que le minimum ne puisse pas se faire. Pour que, la main dans la main, nous puissions conduire le système de santé à bon port en pensant à la motivation du personnel qui va animer toutes les infrastructures de santé qui seront mises en place.

En définitive, qu’attendez-vous du gouvernement et de la population?

Nous exprimons notre gratitude au Premier ministre qui a bien voulu se saisir de ce dossier pour engager des discussions sincères avec la coordination. Nous souhaitons qu’il aille jusqu’au bout des choses avec des résultats probants pour apaiser durablement le front social au niveau de la santé. Nous disons aussi aux populations de faire confiance au personnel de santé. Nous sommes toujours là pour elles, personne ne viendra les prendre en charge. Il est donc important que lorsque nous crions nos difficultés, elles puissent comprendre. Les agents de santé, dans le système de fonctionnariat, sont lésés dans le traitement financier, ce qui nous irrite souvent. Nous ne comprenons pas que nous qui sommes au début et à la fin de la vie d’un homme, soyons malmenés par l’Etat ivoirien, lorsque nous demandons le minimum. En direction de nos camarades militants, il faut qu’ils demeurent mobilisés et à l’écoute du directoire. Si nous n’avons pas les résultats escomptés, nous utilisons l’action syndicale.

 

Interview réalisée par Marie Chantal Obindé

 

(*) – Le Dr Ernest Atté Boka est le porte-parole de la coordination des 14 syndicats de la santé.

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Source : Fraternité-Matin 27/02/2013

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 20:46

Nous avions une politique véritablement nationale, qui comprenait la défense, l’économie, le social et le culturel. Nous avions tout embrassé ; nous n’avions rien négligé, et notre pays était notre pays.

 

Comment vous suivez ce conflit au Mali, depuis l’intervention de l’armée française ? 

Seydou Badian : La question m’a été posée, il y a quelque temps. Elle a été posée aussi à certains de mes compagnons. La réponse donnée par eux et par moi, c’est la même chose : Seydou-Badian-Kouyate.jpgon ne parle pas de l’intervention française que Modibo Keïta aurait saluée. Je dis qu’avec Modibo Keïta,  les conditions qui ont provoqué l’intervention française ne se seraient pas produites. Nous avions une politique véritablement nationale, qui comprenait la défense, l’économie, le social et le culturel. Nous avions tout embrassé ; nous n’avions rien négligé, et notre pays était notre pays. C’est cela. Mais tout de suite, je vous dis ce que j’ai déjà dit : nous n’étions pas contre la France, mais nous étions contre le système colonial. Nous sommes de culture française, nous sommes des adeptes des philosophes français, des humanistes français. Nous partageons beaucoup de choses avec la France sur ce plan là. Ils resteront nos amis et nos frères, c’est cela que j’ai à vous dire.

Est-ce qu’il y a des ressemblances entre ce conflit et les précédents que notre pays a connus ?

Non. Je vais dire tout de suite, j’entends dire par-ci et par-là, que depuis les années 1960, nous nous battons contre les Touaregs. La rébellion que nous avons eue, nous venait des administrateurs coloniaux qui étaient dans le nord. Pourquoi ? Parce qu’ils savaient que nous soutenions l’Algérie combattante. Ils ont fait circuler des papiers en disant qu’il fallait faire punir Modibo Keïta, excusez-moi du terme, de son concubinage avec les fellagas d’Algérie. Je vous mets à l’aise, il n’était pas, du tout, question d’Azawad. Il était question de créer une République du Litamé et c’était cela ; ça n’a pas été loin. Après, il y a eu d’autres. Mais, moi, j’étais en exil depuis 1968. J’étais hors du Mali. Je suis rentré au moment où les Accords d’Alger se préparaient et je les ai dénoncés. C’était en 2006-2007. Ma position est celle-ci : l’indépendance que le MNLA demande, c’est une lubie, un rêve. J’ai entendu un dirigeant MNLA dire : « Il nous faut un statut particulier ». Qu’est-ce qu’ils entendent par statut particulier ? Ils veulent être des supers citoyens ? Ils veulent un Etat dans l’Etat ? Qu’est-ce qu’ils veulent ? Si c’est des Maliens, qu’ils déposent les armes, on négocie du développement. Qu’est-ce qu’on doit faire ? Ce n’est pas à eux de nous dire ce qu’on doit faire. On se réunit avec toutes les communautés du nord du Mali, Sonrhaï, Bozo, Peul, Bamanan, Touareg, Arabes, et on voit ensemble ce qu’il y a à faire. D’ailleurs, il faut reconnaître qu’en matière de financement, ils en ont eu beaucoup. Parce que c’était la tactique d’ATT, quand ça bruissait un peu, il donnait de l’argent et c’est lui-même qui nous a amenés cette guerre parce qu’il a laissé les débris de la horde de Kadhafi rentrer au Mali avec armes et bagages. Le Niger a désarmé les Nigériens qui étaient en Libye ; l’Algérie a désarmé les Algériens qui étaient en Libye ; la Mauritanie a fait pareil. Mais c’est ATT qui les a laissés passer en leur faisant des cadeaux, pour qu’ils achètent du thé, et après ils se sont rebellés contre nous. C’était inévitable !

Et cette histoire de Kidal avec le MNLA ?

C’est le MLNA qui interdit à l’armée malienne de pénétrer dans Kidal. Mais ATT avait laissé tout ça aux Touareg. Il avait tout laissé. Est-ce qu’il y avait des soldats maliens noirs dans Kidal ? Il y en avait combien, il faut voir ?  Cette guerre, c’est la guerre d’ATT. Je suis sûr d’une chose, c’est qu’on ne sait pas tout ce qui s’est passé entre ATT et Kadhafi à propos des Touareg. Mais je crois que l’histoire étant l’histoire, tôt ou tard, on le saura. Parce que, ATT viendra s’expliquer un jour, je l’espère, devant le peuple malien.

Est-ce que vous avez des échos de nos militaires qui traversent d’énormes difficultés ?

Pas plus tard qu’avant-hier (mercredi), j’ai reçu un coup de téléphone du nord, d’un soldat qui se plaint de manque de nourriture, manque de carburant, et qui me dit : « regardez-nous et regardez les autres soldats, nos frères venus d’Afrique ! » Je ne comprends pas ce qui se passe ; je ne comprends pas. J’avais entendu le Procureur général, qui avait été sur le terrain, et tout ce qu’il a dit est vrai. Nos soldats sont pratiquement à certains égards considérés comme sous-équipés. J’ai entendu une journaliste dire que les soldats maliens se battent avec leur courage, qu’ils sont sous-équipés, vous vous rendez compte ! Sur le théâtre des opérations nos soldats communiquent avec le téléphone portable, il n’y a rien d’autre. C’est scandaleux. Je me demande ce qui se passe. Or, j’ai entendu le ministre des Finances dire l’autre jour que les moyens sont là. Alors où est le blocage ? À qui doit-on parler ? Qu’est-ce qui se passe ? Je suis vraiment choqué. Le ministre des Finances a mis ce qu’il faut à la disposition de qui de droit, et les destinataires n’ont rien. Ça, c’est quelque chose d’étrange ! Cela mérite une explication et je serais heureux de savoir ce qui se passe.

Avez-vous un mot de la fin ?

Je pense que nous devons féliciter nos soldats. Si pendant un certain temps, c’était des fils à Papa, c’était des soldats qui avaient payé pour être soldats, aujourd’hui, c’est des guerriers. C’est des vrais guerriers courageux, décidés, déterminés : on doit les féliciter, les encourager. Mais il faut qu’ils aient ce qu’il faut, et les priver aussi, c’est commettre un acte inqualifiable. Ça se passe où, à quel niveau ? J’aimerais le savoir, pour ma gouverne personnelle, à 85 ans, à deux pas d’aller rejoindre mes camarades. Je voudrais savoir ce qui se passe pour partir dans la quiétude, dans la paix. Est-ce que nous sommes défendus ? J’attends la réponse.

 

Kassim TRAORE, Le Reporter (Mali)

 

 

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Source : Bamada.net 27 février 2013

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 23:25

Madame la présidente, honorables juges, la rébellion de 2002 et la crise postélectorale de 2010 sont des événements dont les faits ne m’ont pas été racontés. Par ailleurs, à Abidjan, j’habite un quartier qui se trouve entre le Zoo et le quartier Samaké. Je pense que ces références pourront permettre à l’accusation et à la représente légale des victimes de deviner où cela se trouve. Alors les populations qui fuient les atrocités, c’est sur mes yeux. Les jeunes gens qui tombent, Me-Agathe-Barouan-lors-de-son-intervention.jpgles personnes égorgées ou brûlées vives, ce n’est pas des vidéos pour moi. Les femmes violées qu’il faut rassurer ne relèvent pas de faits divers. Tout ce vécu, notre passé et notre présent à nous population de Côte d’Ivoire, l’avenir de nos enfants, tous ces éléments m’imposent l’indécence, sinon la décence de ne pas faire de la question des victimes un débat d’un match en coupe Davis ou d’un championnat de ping-pong. Mais je voudrais simplement relever trois choses et dire que le village d’Anonkoua-Kouté est un village appartenant à Abobo. Dans ce village, les 6 et 7 mars 2011, donc la période qui est ici prise en compte, les populations ont été attaquées. Et la plupart des victimes tuées étaient des Ebrié.

La représentante légale des victimes avait des Ebrié dans sa liste ? Je dis tout de suite non, si j’en crois la liste qu’elle-même a voulu nous lire tout à l’heure sur les origines des victimes. Je le dis et je le répète, en Côte d’Ivoire, les populations ne vivent pas parquées par groupe ethnique. C’est vrai, il y a des quartiers où des groupes sont dominants, mais le système des cours communes en Côte d’Ivoire et la colportation de nos coutumes villageoises en ville les obligent à vivre en communauté quelles que soient les origines des groupes qui constituent la population dans la cour commune. Donc le miracle qui consiste à n’avoir qu’un seul groupe ethnique, que des membres d’un seul camp tués dans une attaque systématique en Côte d’Ivoire est un miracle possible par l’opération de l’accusation et de la représentante légale des victimes. Mais hélas, c’est un miracle, c’est un drame pour la Côte d’Ivoire.

Madame la présidente, Mesdames et Messieurs les juges, je voudrais continuer mon propos sur des choses beaucoup plus générales. Après ces trente heures d’audience, les Ivoiriens, toutes les personnes qui tressaillent au nom Côte d’Ivoire, les Africains ou les non-Africains qui pleurent l’Afrique au travers de la douloureuse histoire de la Côte d’Ivoire sont à la fin de notre audience entre tristesse et espoir. Tristesse devant une accusation qui déforme l’histoire pourtant bien récente.

L’histoire de la Côte d’Ivoire, l’accusation en a fait une caricature qui ne lui a pas permis de pouvoir saisir les enjeux et de comprendre la réalité dans la crise dans ce pays. Certes, on me dira que dans ce prétoire aujourd’hui, c’est Laurent Gbagbo qui est concerné par la procédure. Mais, faut-il le rappeler, le droit pénal et toutes discussions relatives à des charges pénales ne se nourrissent que de la réalité du terrain traité. En déformant les faits, l’accusation ne peut présenter un dossier de qualité à votre Cour. Madame la présidente, Mesdames et Messiers les juges, actuellement en Côte d’Ivoire, se chante un hymne, l’hymne à la réconciliation. Dans cet hymne, la justice judiciaire ou juridictionnelle est présentée comme l’élément incontournable et préalable. Alors peut-on rendre justice en faisant fi de la réalité ? La réponse est évidemment non.

Ce qu’on attend de la réconciliation, c’est l’écoute de tous. Chacun veut être entendu dans sa détresse pour repartir grâce au dialogue et regarder ensemble avec les autres pour la réconciliation de la Côte d’Ivoire. Une histoire trahie conduit où ? On l’a déjà indiqué, à de nouvelles violences. Parce qu’elle nie la souffrance des vraies victimes et n’identifie pas les vraies causes du conflit pour en résoudre les problèmes posés. Dans ces conditions, peut-on se reconstruire et construire ensemble ? Comme vous le voyez, la réconciliation ne peut se faire que si la vérité est respectée et c’est le respect de la vérité qui fait la justice. Est-ce la vérité de la défense qui voit comme un clair de lune sur la plaine dissiper la nuit des allégations du camp de l’accusation ? Madame la présidente, honorables juges, à cette interrogation, les populations de Côte d’Ivoire et d’ailleurs, les amis de la Côte d’Ivoire répondent avec espoir : la lumière triomphe toujours des ténèbres et quelle que soit la longueur de la nuit, le jour finit par s’élever.

Je vous remercie.


Propos recueillis par César Ebrokié (Notre Voie

 

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Source : La Dépêche d'Abidjan 3 Mars 2013

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 17:43

Egypte, Tunisie, Mali, Lybie : Le célèbre économiste franco-égyptien parle géostratégie du sahel dans un entretien avec nos confrères du site algeriepatriotique.com

 

Algeriepatriotique : On assiste en Egypte à une passe d’armes entre le président Morsi et l’armée. On parle d’un probable limogeage du ministre de la Défense et d’une «perte de patience» de l’institution militaire face à la situation politique dans le pays. Qu’en est-il ?

Samir Amin : Je ne suis pas au Caire actuellement. Je suis à Dakar. Lorsque je suis au Caire, en général, j'ai des informations un peu plus précises. Là, je n'ai guère que ce qui est donné par les médias et, donc, j'ai quelques Samir Amindifficultés à interpréter ce conflit. Je crois qu'effectivement il y a conflit, dans ce sens qu'une partie, au moins, du commandement de l'armée est consciente de la perte de crédibilité rapide du gouvernement des Frères musulmans et de la présidence de Morsi. Elle est également consciente qu'elle ne veut pas donner de gage à ce gouvernement. Elle veut continuer à apparaître aux yeux de l'opinion publique comme neutre ou relativement neutre et, donc, éventuellement, susceptible d'intervenir si le choc entre les Frères musulmans en déclin et le mouvement populaire démocratique qui se renforce chaque jour venait à créer une situation passablement chaotique.

 

Deux années après la révolution, les Egyptiens continuent de manifester, mais, cette fois, contre le président et son mouvement des Frères musulmans, lesquels sont accusés de reproduire le même système autoritaire que l’ancien régime. Morsi tombera-t-il ?

Je ne suis pas un devin. Je ne sais pas si Morsi tombera ou pas, mais ce que je sais, c’est que ce que vous dites est correct, dans le sens où l'opinion publique grandissante en Egypte est de plus en plus consciente que ce gouvernement et les Frères musulmans d'une manière générale ne font que poursuivre les politiques du régime antérieur, de celui de Moubarak et de Sadate, avant lui. Non pas seulement sur le plan de la gestion politique très peu démocratique, mais également – et cela est peut-être plus important – dans les domaines économique et social. La politique des Frères musulmans et du président Morsi est une politique super-réactionnaire ; il n’y a aucun changement par rapport à celle de Moubarak, aussi bien sur le plan social qu’économique.

C’est une politique de soumission totale, intégrale, aux ordres de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et, derrière eux, les Etats-Unis. Il n'y a aucun changement. Les électeurs qui avaient cru – parce qu'ils n'avaient pas vu les Frères musulmans au gouvernement – qu'ils allaient changer les choses ont été très rapidement déçus et c'est ce qui explique que le mouvement de protestation est en montée continue et permanente.

 

La nouvelle Constitution – qui est pour de nombreux Egyptiens synonyme d’une islamisation de l’Egypte – a donné lieu à un vaste mouvement de contestation qui va en s’aggravant. Que retiennent les Egyptiens de la douloureuse expérience algérienne ?

Vous savez, les Egyptiens sont les Egyptiens et l'Algérie, bien qu'un pays frère et proche, n'est pas connu de tout le monde. Par conséquent, l'expérience douloureuse des Algériens n'a pas été nécessairement comprise par une bonne partie (des Egyptiens, ndlr). Elle a été comprise par ceux qui suivent la politique de plus près, mais pour les grandes masses populaires, l'image est assez chaotique.

 

Deux années après les bouleversements en Tunisie, en Egypte et en Libye, les conditions sociales des citoyens se sont détériorées. La revendication sociale prendra-t-elle le dessus sur l’aspiration démocratique ? Les peuples arabes sont-ils en train de vivre une désillusion ?

D'une manière générale, oui. Les peuples arabes vivent une désillusion. Mais il faut regarder au cas par cas. On ne peut pas parler de l'Egypte, de la Libye et de la Tunisie comme s'il s'agissait du même pays. Les conditions très concrètes sont différentes d'un pays à un autre. Dans le cas égyptien, je suis persuadé – dans le cas tunisien également – que l'opinion en général – et non seulement l'opinion publique –, mais également l'opinion d'une bonne partie des classes moyennes, a compris que rien n'était changé et que leurs conditions continuaient à se détériorer avec les gouvernements actuellement en place.

Le cas de la Libye est assez différent, parce que l'intervention militaire – je dirai criminelle – des Occidentaux pour soi-disant libérer la Libye d'un dictateur, Kadhafi, a tout simplement détruit l'existence de ce pays. Je ne défends pas Kadhafi et ne prétends pas que c'était un grand démocrate, mais l'objectif n'était pas du tout d'établir une démocratie en Libye et la preuve est faite. La Libye est maintenant sur la voie – on pourrait dire – de la «somalisation», c'est-à-dire l'incapacité du pouvoir central à affirmer et à gérer le pays livré à des seigneurs de guerre, à des groupes régionaux et, souvent, à des bandits, à des cliques armées ou pas armées, ici ou là. La Libye n'existe plus comme pays.

 

Vous condamnez, par principe, toute intervention militaire étrangère mais vous avez appelé à soutenir celle de la France au Mali. Pourquoi la France doit-elle faire exception ?

Je me suis exprimé avec beaucoup de détails sur cette question. Je suis effectivement contre les interventions militaires des puissances occidentales, d'une manière générale. Mais il faut toujours, quand même, avoir le sens politique et le sens des nuances. Dans le cas du Mali, les forces dites islamiques – prétendues islamiques – s'autoproclament telles, même si ce qu'elles font n'a rien avoir avec l'islam. Et ça, c'est une autre question. Ces forces ne sont pas le résultat d'un mouvement populaire, mais celui d'une intervention de petits groupes armés, autoproclamés djihadistes et qui se sont imposés avec une violence extrême.

Le Mali était et reste menacé d'être véritablement saccagé par un pouvoir qui se prétend islamique, même s'il n'a rien à voir (avec l’islam). Je crois que vous, Algériens, vous pouvez le comprendre facilement, ayant eu l'expérience de ce que fut le FIS et de ce que fut le GIA. Dans ce cas, l'ennemi principal – en politique, il faut toujours distinguer l'ennemi principal des autres ennemis – du peuple malien, ce sont ces groupes djihadistes. La France n'est pas un ami ; loin de là. La France est une puissance impérialiste et coloniale, et elle le sera au Mali comme elle l'a été et comme elle l'est partout. Je n'en doute pas, mais faut-il laisser ces djihadistes créer un ou deux Etats pseudo-islamiques au Mali ? Ce dernier aurait été saccagé à la manière de la Somalie et je ne sais pas combien de décennies il faudrait après cela pour voir réapparaître un Etat digne de ce nom ; il aurait été gommé de la liste des Etats dignes de ce nom à l'échelle internationale.

Si les Français tentent, après cette aventure, de mettre le gouvernement du Mali sous leur tutelle, peut-être réussiront-ils à court terme. Mais le peuple malien saura se débarrasser de cette colonisation comme il l'a fait dans le passé. C'est un danger et je l'ai signalé, dit et écrit à un certain nombre de ceux qui me critiquent et ne lisent pas tout ; ils se contentent de dire que Samir Amin soutient les Français au Mali. Non ! Samir Amin dénonce les djihadistes prétendus islamiques comme le danger principal de saccage du Mali et ne se fait aucune illusion. J'ai écrit, d'ailleurs, que la France était très mal placée pour la reconstruction du Mali. Le Mali ne peut être reconstruit que par les Maliens et il ne le sera que par les Maliens, fût-ce contre les Français. Mais avant d'être reconstruit, il faut d'abord qu'il ne soit pas détruit. Or, ceux qui veulent le détruire, ce sont les djihadistes.

 

Pensez-vous comme d’autres que c’était à l’Algérie d’intervenir au Nord-Mali plutôt que la France ?

Ecoutez, je ne veux pas me mettre à la place du gouvernement algérien. Je respecte beaucoup ses positions et je crois qu’elles ont été intelligentes. Je pense que si le Mali, et peut-être aussi d’autres pays de la région comme la Mauritanie et le Niger, avait demandé à l’Algérie une intervention commune, je ne sais pas qu’elle aurait été la réponse du gouvernement algérien. Mais je pense qu’il aurait compris la demande. Néanmoins, le Mali n’a pas fait cette demande et, par conséquent, je comprends très bien – elle était tout à fait juste – la position de l’Algérie.

D’autre part, l’Algérie a raison – et tous ceux qui disent la même chose, ont raison : il faut distinguer. Les Touareg sont un peuple et les Touareg, comme peuple, ont des droits. Non pas le droit à la sécession, ni en Algérie, ni au Mali, ni au Niger, mais le droit d’être respectés comme des citoyens à part entière et non comme des citoyens de seconde zone. Alors, il faut distinguer ces revendications, parfaitement légitimes des citoyens maliens touareg comme des citoyens algériens touareg dont les droits, je crois, sont respectés, ou des citoyens touareg du Niger qui sont, je pense, dans le moment actuel, assez correctement respectés. Cela il faut le dire, il faut les distinguer des djihadistes.
Les djihadistes sont souvent des étrangers, comme vous le savez, c'est-à-dire qu’ils sont recrutés n’importe où dans le monde, en Algérie, en Tunisie, en Afghanistan et même en Finlande, paraît-il. Ces djihadistes ont su utiliser le mécontentement légitime des Touareg pour se prétendre les défenseurs de la communauté targuie. Ils ne le sont pas. Ils sont les défenseurs de personne d’autre que d’eux-mêmes. Leur projet est, tout simplement, un projet de mise sous tutelle qui ne respecte le droit d’aucun citoyen, qu’il soit targui ou autre. D’autre part, il faut se souvenir que dans le nord du Mali, la partie la plus peuplée est la vallée du Niger, de Mopti à Ansongo, à la frontière du Niger, et que la grande majorité de cette population est composée des pêcheurs bozos et des paysans sonrais, et ce ne sont pas des Touareg. Les Touareg ont des droits, certainement comme tous les citoyens, mais les pêcheurs bozos et les agriculteurs sonrais ont également les mêmes droits.

 

Comment expliquez-vous cette contradiction flagrante dans la politique étrangère de la France et de l’Otan qui consiste à combattre les groupes salafistes armés au Mali et à les soutenir en Syrie ?

Oui, la France est totalement en contradiction avec elle-même. Elle est, je dirais, du bon côté dans le cas malien ; elle est certainement du mauvais côté, partout ailleurs, particulièrement en Syrie, bien entendu, comme elle l’avait été en Libye où elle avait joué un rôle déterminant. La France reste une puissance impérialiste, mais il y a une petite fissure entre la France, les Etats-Unis et ses alliés majeurs en Europe, sur la question du Mali, parce que le projet du «Sahelistan», c'est-à-dire du grand Etat saharien, n’est pas un projet français ; c’est un projet qui a l’oreille des Etats-Unis. Il a l’oreille des Etats-Unis mais je ne sais pas s’il est vraiment un projet des Etats-Unis. Il est probablement soutenu par des pays comme l’Arabie Saoudite et le Qatar, qu’on veut nous présenter de temps en temps comme de grandes démocraties ; c’est amusant.

Ce projet du «Sahelistan» est de faire du Grand Sahara un Etat à l’image de l’Arabie Saoudite, c'est-à-dire un étang saharien avec une population très limitée en nombre mais des richesses fabuleuses, évidemment, le pétrole et le gaz, mais également l’uranium et probablement d’autres minéraux précieux et importants. Ce serait un Etat qui serait aux mains d’émirs prétendus islamiques qui s’enrichiraient fabuleusement à la façon des monarchies du Golfe et qui pourraient, peut-être, redistribuer à cette population clairsemée quelque chose pour les avoir de leur côté.
C’est un projet qui ne menace pas seulement le Mali, mais aussi l’Algérie, parce que les impérialistes n’ont jamais renoncé à casser l’Algérie et à priver la partie la plus peuplée de l’Algérie du Grand Sahara algérien. Alors, je crois qu’il y a, là, une fissure – sans plus – entre la vision française respectueuse, pour le moment, du partage – si on peut l’appeler ainsi – du Sahara entre les Etats algérien, malien, nigérien et mauritanien, et le point de vue – peut-être – des Etats-Unis qui est, ma foi, qu’un «Sahelistan» qui affaiblirait considérablement l’Algérie mais détruirait, par la même occasion, la Mauritanie, le Mali et le Niger, ne serait pas une mauvaise chose.

 

L’attaque terroriste d’In Amenas obéit-elle à cette même logique ? Si c’est le cas, la France jouerait-elle double jeu avec l’Algérie ? 

L’attaque d’In Amenas révèle, effectivement, la nature de ce projet de «Sahelistan» et je crois que le gouvernement algérien et – je pense – le peuple algérien aussi ont pris conscience que cette menace n’était pas réduite au Mali, mais qu’elle menaçait également le sud algérien. Je crois que cette attaque l’a démontré. Peut-être était-ce une erreur de leur part, parce qu’en s’attaquant directement au sol algérien, à In Amenas, les djihadistes en question ont aidé le peuple algérien et son gouvernement à comprendre que la menace ne pouvait pas être limitée au Mali.

 

Interview réalisée par Mohamed El-Ghazi et M. Aït Amara

 

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